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Elections législatives au Togo : L’UFC prise en flagrant
délit de violation du code électoral
Tout
au long de la semaine écoulée, l’UFC, au mépris des
règles du jeu, a déclenché une véritable campagne
électorale sur une bonne partie du territoire national.
On observe ainsi partout, des groupes de
militants habillés en tee-shirts aux couleurs et à
l’effigie du parti avec des accoutrements de fous,
circulant sur la voie publique, à bord de bus, de
camionnettes ou à pied, laissant dans leur sillage des
tracts de toutes natures comme pour narguer ceux qui ne
pensent pas comme eux.
Malgré tous les rappels à l’ordre des
autorités compétentes, les responsables du parti,
singulièrement M. Jean-Pierre Fabre, ont fait sourde
oreille et laissaient se poursuivre le mouvement comme
si de rien n’était.
Ailleurs, sur le territoire national, leurs
militants ont organisé un véritable cortège de 5 ou 6
véhicules bondés de militants habillés aux couleurs de
leur parti et accompagnés de fanfares, une pagaille
organisée. Un tel comportement démontre que l’UFC se
croit au-dessus de la loi ou a peur des lendemains. Mais
en agissant ainsi, ce parti se met hors-la-loi.
A titre d’exemple, le Code électoral dit en
son article 86 que la campagne électorale débute quinze
jours avant la date du scrutin et prend fin le dernier
vendredi à minuit avant le jour du vote (Article 86 –
alinéa 1 et 2).
Mieux, l’article 88 stipule que la campagne
ne peut se faire «qu’aux lieux publics et non sur les
voies publiques c’est-à-dire les routes et les rues».
Au vu de ces violations flagrantes du code
électoral, beaucoup s’interrogent sur la capacité ou la
volonté réelle des responsables de l’UFC à respecter la
légalité. On s’étonne qu’un parti qui a toujours crié
aux fraudes et dénoncé à cor et à cri les violations des
lois puisse aussi délibérément, piétiner les règles du
jeu consensuellement établies.
L’UFC, un parti politique qui se présente
toujours aux yeux de l’opinion comme étant le plus
populaire, voire le plus fort, traîne un handicap de
poids. N’ayant jamais participé à une élection
législative, ses dirigeants confondent vitesse et
précipitation pour éviter la déroute.
On ne gère pas les législatives comme les
présidentielles. Un scrutin législatif est un scrutin de
proximité.
Les candidats présentés par un parti doivent
mouiller le maillot, se faire connaître par les
électeurs et expliquer pourquoi ils sollicitent le
mandat populaire. Au lieu de cette démarche pédagogique,
on préfère opter pour le crétinisme en criant dans les
rues «détia yé lé yi lo». On préfère mettre dans la rue
des voyous qui scandent des slogans creux, se bandent
les visages de masques, se couvrent la tête de petits
paniers fabriqués avec les branches du palmier, se
ceignent le cou et les reins avec des colliers faits
avec des noix ou des branches de palme et débitent des
âneries qui n’ont rien à voir avec un programme sérieux
d’un parti politique qui se respecte.
En déversant déjà dans les rues des
militants malheureux avec des accoutrements bizarres et
qui se prétendent en pré campagne, l’UFC prépare le
terrain à l’affrontement et à la violence comme ce fut
le cas dans le passé. En exploitant la misère de
la
Jeunesse, l’UFC prépare le terreau de la violence et
exploite l’ignorance des masses à des fins inavouables.
En demandant à leurs militants de pénétrer
dans les domiciles privés pour provoquer de paisibles
citoyens, violant du coup leurs convictions, l’UFC prend
le risque de tout remettre en cause.
Le 15 septembre 2007,
la
CENI, face à cette dérive de l’UFC a dû rendre public un
communiqué pour mettre les partis politiques en garde.
En dépit de cet avertissement, on retrouve très tôt le
lendemain matin, le dimanche 16 septembre 2007 les
militants de l’UFC
déferlant avec fanfare sur la plage en tee-shirts aux
couleurs et à l’effigie de leur parti. Il s’agit là
d’une forme de tricherie révoltante.
Il est donc à craindre qu’un éventuel
dérapage de la campagne qui s’annonce soit le fait de l’UFC
qui aime troubler l’eau pour pêcher en eau trouble.
On découvre aujourd’hui que les dirigeants
de l’UFC ont fait leur, cette idée : «Qui m’aime me
suive». Alors ils s’élancèrent tous, sauf un
intellectuel qui ne voulait pas aimer, mais comprendre,
et qui fut tué par une horde de partisans».
Le Togo est notre patrimoine commun. Nous
devons tous en prendre soin et y vivre dans la paix et
la sérénité ; car où cesse la volonté commence le
«problème».
Personne ne doit perdre de vue que tout peut
être sauvé par une allure, par un mouvement. Ce qui
compte, c’est le geste. Il y a du sublime dans cette
banalité.
Dans notre pays, nous avons traversé
beaucoup de tempêtes. Les Togolais ont connu des
fortunes diverses. Il faut éviter d’en rajouter d’autant
qu’il y a des idées qui saignent. Il y a des idées
malades. Il y a aussi des idées, au ventre ballonné et
qui pètent.
Rodrigue
Jeux d’intérêts et alliances politiques Les labyrinthes
de la haine et de la passion Gilchrist Olympio, la force
et la faiblesse de l’UFC
Depuis
notre édition N° 597 du 03 au 07 septembre 2007, nous
avions initié une série d’articles pour jeter
l’éclairage sur les partis dits de l’opposition
traditionnelle et leurs leaders. La semaine dernière,
dans cette rubrique, nous avions consacré un article à
M. Edem Kodjo, Président de la CPP. Aujourd’hui, il nous
paraît indiqué de nous intéresser un tant soit peu à M.
Gilchrist Olympio, Président national de l’Union des
Forces de Changement (UFC).
En effet, Gilchrist Olympio n’est pas
n’importe qui. Communément appelé «opposant historique»,
l’homme est un leader charismatique dont il n’y a pas
longtemps, la seule présence à Lomé, suffisait pour
drainer des foules hystériques capables de tout. En
vérité, Gilchrist Olympio qui a pratiquement cessé de
séjourner longtemps au Togo depuis 1963, année de
l’assassinat de son père Sylvanus Olympio est un grand
inconnu. Peu de Togolais savent qui est réellement
l’homme. Cependant, il est entouré d’une aura mythique
que le régime de feu Président Eyadema a
considérablement contribué à asseoir.
Dans l’imagination populaire, Gilchrist à
qui on a attribué par le passé des actions de
déstabilisation est considéré comme un homme immensément
riche qui, une fois au pouvoir, va construire de sa
propre poche, des usines et faire embaucher de milliers
de Togolais en quête d’emploi. Il était vénéré parce que
son père, premier Président de
la
République togolaise avait été assassiné.
Certes, l’homme a un parcours élogieux.
Après son doctorat en Finances dans une prestigieuse
université, il a débuté sa carrière comme fonctionnaire
du Fonds Monétaire International (FMI) avant d’intégrer
le système des Nations Unies où il occupera diverses
fonctions, notamment celle de Représentant-Résident dans
les Grands Lacs. On le retrouvera plus tard au sein du
grand holding anglo-sud africain LONHRO puis à la tête
de MIDCO International sa propre société.
Très peu de Togolais peuvent se targuer
d’avoir un tel curriculum. Ce qui n’a contribué qu’à
renforcer son mythe.
Mais, si un leader est adulé non pas pour le
travail accompli sur le terrain politique mais à cause
d’un mythe qui entoure sa personne, c’est toujours
dangereux, car la réalité peut avoir un effet contraire
terrible.
Lorsque, à la faveur de l’ouverture
politique des années 90, il a enfin été possible à
Gilchrist Olympio de mener des activités politiques au
Togo, l’homme a été tout de suite considéré comme un
messie. On faisait une parallèle entre lui et son feu
père. On disait volontiers que si le père avait sorti le
Togo des griffes du colon, il n’y avait pas de raison
que le fils ne réussisse pas à sortir le Togolais du
joug de la dictature.
Fort de ce soutien populaire, Gilchrist
Olympio avait commencé à tout ramener à lui-même, en
pratiquant une politique ostraciste. Sa vision politique
égocentriste était plus proche du fascisme. Pour lui,
ceux qui voulaient être à l’opposition devaient se
rapprocher de lui et se
soumettre à lui. Tous ceux qui voient les choses
autrement sont des appendices du RPT et bons à exclure
de la classe opposante. Dans son approche, il n’y a pas
de nuance. C’est ainsi que lui-même et ses proches ont
toujours tenu des discours de nature à vouer aux
gémonies, à vilipender ou à dénigrer les autres leaders
de partis qui refusent la confrontation brutale avec le
régime en place ou optent pour la modération et la
stratégie qui veut qu’on rentre dans le système pour le
combattre de l’intérieur.
Il a toujours considéré Eyadema, non pas
comme un adversaire politique mais un ennemi à abattre
parce qu’il aurait tué son père.
Pendant de longues années, Gilchrist Olympio
a usé et abusé de la sympathie populaire. La seule
évocation de son nom soulevait les foules. Et tant que
Eyadema et son régime étaient là pour le contrarier, sa
popularité allait, grandissante et rejaillissait sur l’UFC
qui, de fait, était devenu le parti à plus grande
audience au Togo.
Tant que Eyadema vivait, la stratégie usitée
par Gilchrist Olympio pour tenir le haut du pavé
marchait. A la mort du Général-Président, nombreux
étaient ceux qui avaient pensé que Gilchrist Olympio
allait changer de fusil d’épaule pour se mettre au goût
du temps. Ce qui lui aurait sans doute permis de
recentrer le combat et redéfinir ses tactiques selon la
nouvelle configuration du terrain. Malheureusement, il
n’en a rien été. Il continue à se comporter comme s’il
avait encore et toujours Eyadema en face de lui. Et
pourtant tout le monde sait que même si le successeur du
général défunt est son fils, ce dernier est
fondamentalement démocrate et veut un changement au
Togo, même s’il a choisi un rythme plus raisonnable et
plus apaisé.
Hier encore, il suffisait d’écouter la radio
ou de regarder la télévision nationale pour trouver à
redire. Aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé et
les pratiques courantes naguère décriées ont
complètement disparu. Et cela défavorise
considérablement Gilchrist Olympio qui se retrouve en
porte-à-faux avec lui-même parce que son comportement
suranné, dépassé et archaïque ne répond à rien d’actuel.
Il devient donc dangereux de suivre Gilchrist Olympio
s’il ne change pas de vision. Car dans un environnement
désormais détendu comme celui du Togo aujourd’hui, la
stratégie de l’affrontement permanent devient tout
simplement ridicule et dessert inévitablement la nation
tout entière.
Il est clair qu’au moment où tous les
Togolais veulent aller à une sortie de crise dans
l’apaisement, Gilchrist Olympio n’est pas encore cet
homme qui cherche à trouver des solutions par des voies
consensuelles. Beaucoup de choses changent autour de lui
mais il refuse de les voir. Cette cécité intellectuelle
qui est l’arme des incapables n’est qu’une manifestation
flagrante de sa faiblesse.
Le Togo avec Faure Gnassingbé n’est plus ce
qu’il était sous Eyadema. La bonne preuve, c’est que,
aujourd’hui, Gilchrist Olympio peut arriver à Lomé quand
il veut et comme il veut sans se faire la moindre
inquiétude. Il peut se balader et arpenter les rues de
Lomé comme bon lui semble, sans craindre la moindre
agression. Ce qui du vivant de Eyadema n’était même pas
pensable. Le leader de l’UFC le sait bien mais lorsqu’on
lui pose la question, au lieu de reconnaître que
beaucoup de choses changent, il se limite à parler d’un
léger mieux.
Il n’empêche qu’on assiste présentement à
une banalisation de Gilchrist Olympio devenu «Monsieur
tout le monde» avec les nombreuses ouvertures faites par
Faure.
La situation qui faisait de lui un homme pas
comme les autres ayant disparu, Gilchrist Olympio doit
revenir sur terre, au lieu de «danser quelque part où il
n’y a plus de tam-tam».
Dans un autre registre, il faut reconnaître
qu’avec le poids de l’âge, l’homme est usé. Nombreux
sont ceux qui sont déçus lorsqu’ils voient pour la
première fois Gilchrist à l’occasion de ses tournées.
Déçus parce que, en lieu et place de l’homme vigoureux
et plein de jouvence qu’ils s’attendaient à voir, ils se
retrouvent en face d’un vieux fatigué, au physique
éprouvé et qui visiblement n’a plus grand-chose à
offrir.
Gilchrist Olympio aurait pu faire œuvre utile en prenant
sa retraite politique avec la mort de Eyadema qui a été
son seul et unique repère dans son combat politique. En
refusant et en s’accrochant, il est devenu un boulet à
la cheville de l’UFC. Voilà comment celui qui était la
force de son parti en est devenu du jour au lendemain,
la faiblesse fondamentale.
C.P. |