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Combat du Peuple

20 Sept 2007

[ 620 : du 17 Sept 2007]

Elections législatives au Togo : L’UFC prise en flagrant délit de violation du code électoral

            Tout au long de la semaine écoulée, l’UFC, au mépris des règles du jeu, a déclenché une véritable campagne électorale sur une bonne partie du territoire national.

            On observe ainsi partout, des groupes de militants habillés en tee-shirts aux couleurs et à l’effigie du parti avec des accoutrements de fous, circulant sur la voie publique, à bord de bus, de camionnettes ou à pied, laissant dans leur sillage des tracts de toutes natures comme pour narguer ceux qui ne pensent pas comme eux.

            Malgré tous les rappels à l’ordre des autorités compétentes, les responsables du parti, singulièrement M. Jean-Pierre Fabre, ont fait sourde oreille et laissaient se poursuivre le mouvement comme si de rien n’était.

            Ailleurs, sur le territoire national, leurs militants ont organisé un véritable cortège de 5 ou 6 véhicules bondés de militants habillés aux couleurs de leur parti et accompagnés de fanfares, une pagaille organisée. Un tel comportement démontre que l’UFC se croit au-dessus de la loi ou a peur des lendemains. Mais en agissant ainsi, ce parti se met hors-la-loi.

            A titre d’exemple, le Code électoral dit en son article 86 que la campagne électorale débute quinze jours avant la date du scrutin et prend fin le dernier vendredi à minuit avant le jour du vote (Article 86 – alinéa 1 et 2).

            Mieux, l’article 88 stipule que la campagne ne peut se faire «qu’aux lieux publics et non sur les voies publiques c’est-à-dire les routes et les rues».

            Au vu de ces violations flagrantes du code électoral, beaucoup s’interrogent sur la capacité ou la volonté réelle des responsables de l’UFC à respecter la légalité. On s’étonne qu’un parti qui a toujours crié aux fraudes et dénoncé à cor et à cri les violations des lois puisse aussi délibérément, piétiner les règles du jeu consensuellement établies.

            L’UFC, un parti politique qui se présente toujours aux yeux de l’opinion comme étant le plus populaire, voire le plus fort, traîne un handicap de poids. N’ayant jamais participé à une élection législative, ses dirigeants confondent vitesse et précipitation pour éviter la déroute.

            On ne gère pas les législatives comme les présidentielles. Un scrutin législatif est un scrutin de proximité.

            Les candidats présentés par un parti doivent mouiller le maillot, se faire connaître par les électeurs et expliquer pourquoi ils sollicitent le mandat populaire. Au lieu de cette démarche pédagogique, on préfère opter pour le crétinisme en criant dans les rues «détia yé lé yi lo». On préfère mettre dans la rue des voyous qui scandent des slogans creux, se bandent les visages de masques, se couvrent la tête de petits paniers fabriqués avec les branches du palmier, se ceignent le cou et les reins avec des colliers faits avec des noix ou des branches de palme et débitent des âneries qui n’ont rien à voir avec un programme sérieux d’un parti politique qui se respecte.

            En déversant déjà dans les rues des militants malheureux avec des accoutrements bizarres et qui se prétendent en pré campagne, l’UFC prépare le terrain à l’affrontement et à la violence comme ce fut le cas dans le passé. En exploitant la misère de la Jeunesse, l’UFC prépare le terreau de la violence et exploite l’ignorance des masses à des fins inavouables.

            En demandant à leurs militants de pénétrer dans les domiciles privés pour provoquer de paisibles citoyens, violant du coup leurs convictions, l’UFC prend le risque de tout remettre en cause.

            Le 15 septembre 2007, la CENI, face à cette dérive de l’UFC a dû rendre public un communiqué pour mettre les partis politiques en garde. En dépit de cet avertissement, on retrouve très tôt le lendemain matin, le dimanche 16 septembre 2007 les militants de l’UFC déferlant avec fanfare sur la plage en tee-shirts aux couleurs et à l’effigie de leur parti. Il s’agit là d’une forme de tricherie révoltante.

            Il est donc à craindre qu’un éventuel dérapage de la campagne qui s’annonce soit le fait de l’UFC qui aime troubler l’eau pour pêcher en eau trouble.

            On découvre aujourd’hui que les dirigeants de l’UFC ont fait leur, cette idée : «Qui m’aime me suive». Alors ils s’élancèrent tous, sauf un intellectuel qui ne voulait pas aimer, mais comprendre, et qui fut tué par une horde de partisans».

            Le Togo est notre patrimoine commun. Nous devons tous en prendre soin et y vivre dans la paix et la sérénité ; car où cesse la volonté commence le «problème».

            Personne ne doit perdre de vue que tout peut être sauvé par une allure, par un mouvement. Ce qui compte, c’est le geste. Il y a du sublime dans cette banalité.

            Dans notre pays, nous avons traversé beaucoup de tempêtes. Les Togolais ont connu des fortunes diverses. Il faut éviter d’en rajouter d’autant qu’il y a des idées qui saignent. Il y a des idées malades. Il y a aussi des idées, au ventre ballonné et qui pètent.

Rodrigue

Jeux d’intérêts et alliances politiques Les labyrinthes de la haine et de la passion Gilchrist Olympio, la force et la faiblesse de l’UFC

            Depuis notre édition N° 597 du 03 au 07 septembre 2007, nous avions initié une série d’articles pour jeter l’éclairage sur les partis dits de l’opposition traditionnelle et leurs leaders. La semaine dernière, dans cette rubrique, nous avions consacré un article à M. Edem Kodjo, Président de la CPP. Aujourd’hui, il nous paraît indiqué de nous intéresser un tant soit peu à M. Gilchrist Olympio, Président national de l’Union des Forces de Changement (UFC).

            En effet, Gilchrist Olympio n’est pas n’importe qui. Communément appelé «opposant historique», l’homme est un leader charismatique dont il n’y a pas longtemps, la seule présence à Lomé, suffisait pour drainer des foules hystériques capables de tout. En vérité,  Gilchrist Olympio qui a pratiquement cessé de séjourner longtemps au Togo depuis 1963, année de l’assassinat de son père Sylvanus Olympio est un grand inconnu. Peu de Togolais savent qui est réellement l’homme. Cependant, il est entouré d’une aura mythique que le régime de feu Président Eyadema a considérablement contribué à asseoir.

            Dans l’imagination populaire, Gilchrist à qui on a attribué par le passé des actions de déstabilisation est considéré comme un homme immensément riche qui, une fois au pouvoir, va construire de sa propre poche, des usines et faire embaucher de milliers de Togolais en quête d’emploi. Il était vénéré parce que son père, premier Président de la République togolaise avait été assassiné.

            Certes, l’homme a un parcours élogieux. Après son doctorat en Finances dans une prestigieuse université, il a débuté sa carrière comme fonctionnaire du Fonds Monétaire International (FMI) avant d’intégrer le système des Nations Unies où il occupera diverses fonctions, notamment celle de Représentant-Résident dans les Grands Lacs. On le retrouvera plus tard au sein du grand holding anglo-sud africain LONHRO puis à la tête de MIDCO International sa propre société.

            Très peu de Togolais peuvent se targuer d’avoir un tel curriculum. Ce qui n’a contribué qu’à renforcer son mythe.

            Mais, si un leader est adulé non pas pour le travail accompli sur le terrain politique mais à cause d’un mythe qui entoure sa personne, c’est toujours dangereux, car la réalité peut avoir un effet contraire terrible.

            Lorsque, à la faveur de l’ouverture politique des années 90, il a enfin été possible à Gilchrist Olympio de mener des activités politiques au Togo, l’homme a été tout de suite considéré comme un messie. On faisait une parallèle entre lui et son feu père. On disait volontiers que si le père avait sorti le Togo des griffes du colon, il n’y avait pas de raison que le fils ne réussisse pas à sortir le Togolais du joug de la dictature.

            Fort de ce soutien populaire, Gilchrist Olympio avait commencé à tout ramener à lui-même, en pratiquant une politique ostraciste. Sa vision politique égocentriste était plus proche du fascisme. Pour lui, ceux qui voulaient être à l’opposition devaient se rapprocher de lui et se soumettre à lui. Tous ceux qui voient les choses autrement sont des appendices du RPT et bons à exclure de la classe opposante. Dans son approche, il n’y a pas de nuance. C’est ainsi que lui-même et ses proches ont toujours tenu des discours de nature à vouer aux gémonies, à vilipender ou à dénigrer les autres leaders de partis qui refusent la confrontation brutale avec le régime en place ou optent pour la modération et la stratégie qui veut qu’on rentre dans le système pour le combattre de l’intérieur.

            Il a toujours considéré Eyadema, non pas comme un adversaire politique mais un ennemi à abattre parce qu’il aurait tué son père.

            Pendant de longues années, Gilchrist Olympio a usé et abusé de la sympathie populaire. La seule évocation de son nom soulevait les foules. Et tant que Eyadema et son régime étaient là pour le contrarier, sa popularité allait, grandissante et rejaillissait sur l’UFC qui, de fait, était devenu le parti à plus grande audience au Togo.

            Tant que Eyadema vivait, la stratégie usitée par Gilchrist Olympio pour tenir le haut du pavé marchait. A la mort du Général-Président, nombreux étaient ceux qui avaient pensé que Gilchrist Olympio allait changer de fusil d’épaule pour se mettre au goût du temps. Ce qui lui aurait sans doute permis de recentrer le combat et redéfinir ses tactiques selon la nouvelle configuration du terrain. Malheureusement, il n’en a rien été. Il continue à se comporter comme s’il avait encore et toujours Eyadema en face de lui. Et pourtant tout le monde sait que même si le successeur du général défunt est son fils, ce dernier est fondamentalement démocrate et veut un changement au Togo, même s’il a choisi un rythme plus raisonnable et plus apaisé.

            Hier encore, il suffisait d’écouter la radio ou de regarder la télévision nationale pour trouver à redire. Aujourd’hui, beaucoup de choses ont changé et les pratiques courantes naguère décriées ont complètement disparu. Et cela défavorise considérablement Gilchrist Olympio qui se retrouve en porte-à-faux avec lui-même parce que son comportement suranné, dépassé et archaïque ne répond à rien d’actuel. Il devient donc dangereux de suivre Gilchrist Olympio s’il ne change pas de vision. Car dans un environnement désormais détendu comme celui du Togo aujourd’hui, la stratégie de l’affrontement permanent devient tout simplement ridicule et dessert inévitablement la nation tout entière.

            Il est clair qu’au moment où tous les Togolais veulent aller à une sortie de crise dans l’apaisement, Gilchrist Olympio n’est pas encore cet homme qui cherche à trouver des solutions par des voies consensuelles. Beaucoup de choses changent autour de lui mais il refuse de les voir. Cette cécité intellectuelle qui est l’arme des incapables n’est qu’une manifestation flagrante de sa faiblesse.

            Le Togo avec Faure Gnassingbé n’est plus ce qu’il était sous Eyadema. La bonne preuve, c’est que, aujourd’hui, Gilchrist Olympio peut arriver à Lomé quand il veut et comme il veut sans se faire la moindre inquiétude. Il peut se balader et arpenter les rues de Lomé comme bon lui semble, sans craindre la moindre agression. Ce qui du vivant de Eyadema n’était même pas pensable. Le leader de l’UFC le sait bien mais lorsqu’on lui pose la question, au lieu de reconnaître que beaucoup de choses changent, il se limite à parler d’un léger mieux.

            Il n’empêche qu’on assiste présentement à une banalisation de Gilchrist Olympio devenu «Monsieur tout le monde» avec les nombreuses ouvertures faites par Faure.

            La situation qui faisait de lui un homme pas comme les autres ayant disparu, Gilchrist Olympio doit revenir sur terre, au lieu de «danser quelque part où il n’y a plus de tam-tam».

            Dans un autre registre, il faut reconnaître qu’avec le poids de l’âge, l’homme est usé. Nombreux sont ceux qui sont déçus lorsqu’ils voient pour la première fois Gilchrist à l’occasion de ses tournées. Déçus parce que, en lieu et place de l’homme vigoureux et plein de jouvence qu’ils s’attendaient à voir, ils se retrouvent en face d’un vieux fatigué, au physique éprouvé et qui visiblement n’a plus grand-chose à offrir.

            Gilchrist Olympio aurait pu faire œuvre utile en prenant sa retraite politique avec la mort de Eyadema qui a été son seul et unique repère dans son combat politique. En refusant et en s’accrochant, il est devenu un boulet à la cheville de l’UFC. Voilà comment celui qui était la force de son parti en est devenu du jour au lendemain, la faiblesse fondamentale.

C.P.

 

     
 

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