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14 Août 2006

[ 562: du 14 Août 2006]
Ouagadougou : Dialogue intertogolais :   L’heure de la vérité : Du partage du pouvoir à la conquête du pouvoir, l’opposition togolaise joue à la roulette russe
 
 

Dialogue politique, stratégie de conquête de l’opinion, partage du pouvoir, rencontres avec Faure Gnassingbé ou ses collaborateurs… Le chef de file de l’opposition togolaise, M. Gilchrist Olympio dévoile son plan de bataille pour les législatives de l’année prochaine. Depuis le décès subit du Président Eyadema et après les violences qui ont émaillé le processus électoral dans notre pays, nous assistons à une évolution très intéressante du jeu politique au Togo.

            En effet, depuis son accession aux affaires, on a vu agir le nouveau pouvoir sous la houlette de Faure Gnassingbé qui a initié de profondes mutations dans ses approches et sa stratégie de la résolution de la crise togolaise. C’est ainsi que dans son mémorandum introductif au dialogue intertogolais, il a été clairement dit qu’il n’y aura pas de sujet tabou. De sorte que des points non prévus par les 22 engagements ont été finalement retenus à l’ordre du jour du dialogue. La révision de la constitution, la question de l’impunité et la réforme de l’armée par exemple, ne figuraient pas dans les 22 engagements. Mais elles ont été bel et bien inscrites à l’ordre du jour du dialogue et régulièrement débattues.

            Cette ouverture a conforté plusieurs observateurs dans le sentiment que Faure Gnassingbé a beau être le fils du père, il n’est pas le père. En permettant un débat ouvert sans limite, Faure Gnassingbé a apporté la preuve de sa détermination à rompre avec le passé.

            On se rappelle qu’avant l’élection présidentielle et précisément pendant la campagne électorale, Faure Gnassingbé avait pris des engagements dans ce sens. C’est dans cet esprit que 48 heures avant la proclamation des résultats, au cours d’une rencontre qui avait réuni tous les protagonistes de la scène politique togolaise à Abuja devant le Président Obasanjo, il a été convenu la mise en place d’un gouvernement d’union quel que soit le vainqueur de l’élection.

            Pour concrétiser cette recommandation, Faure Gnassingbé avait pressenti Me Agboyibo au poste de Premier ministre. Mais l’UFC qui n’adhérait pas à cette vision, avait posé un préalable à travers une plate-forme que Faure Gnassingbé avait rejetée.

            C’est le lieu de souligner que dans notre pays, le processus démocratique a été piégé dès le départ, à cause de la philosophie d’action de M. Gilchrist Olympio pour qui, le problème politique au Togo n’est pas seulement lié à la dictature, mais à l’assassinat de son père.

            En effet, M. Gilchrist Olympio, une fois encore, vient d’en apporter la preuve à son arrivée à Ouagadougou vendredi dernier, en déclarant à RFI que la crise togolaise remonte à plus de quarante ans.

            Si jusqu’à présent, les différentes tentatives de réconciliation ont échoué ; si jusqu’au jour d’aujourd’hui, le processus démocratique n’a pas abouti dans notre pays, c’est parce que M. Gilchrist Olympio, contre vents et marées voulait que ceux qui sont au pouvoir cèdent la place à lui-même et à son parti. Pour le leader de l’UFC, il n’était pas question de partager le pouvoir. C’est pourquoi lorsqu’on parle d’un «gouvernement d’union nationale», il préconise plutôt un «gouvernement de transition» au sein duquel, le Premier ministre aura une totale indépendance vis-à-vis du Président de la République. Il est de tout temps dans la logique de la cohabitation.

            Après la formation du Gouvernement Kodjo et eu égard aux progrès réalisés ces derniers temps, l’opposition dans son ensemble et Gilchrist Olympio en tête, a compris qu’il faut changer de stratégie parce que les réformes entreprises dans le cadre de la démocratisation de la société togolaise sont de nature à amener l’Union Européenne à reprendre sa coopération totale avec notre pays. Et tout porte à croire que si cela venait à se faire, l’opposition togolaise n’aura plus sa raison d’être parce qu’elle aura perdu sa principale raison de combat.

            C’est face à cette réalité que M. Gilchrist Olympio a pris un virage à 180 degrés.

            En rencontrant personnellement Faure Gnassingbé et en ouvrant parallèlement au dialogue national, des rencontres bilatérales avec le RPT, M. Gilchrist Olympio voulait avant tout, couper l’herbe sous les pieds de l’aile modérée de l’opposition en s’imposant comme seul interlocuteur du pouvoir. D’après nos informations, au cours de l’une de ces rencontres et précisément, celle d’Accra, l’UFC aurait accepté de rentrer au Gouvernement, à condition d’obtenir la primature. Elle aurait même proposé pour ce poste, son 3e vice-président, M. Patrick Lawson.

            Si l’UFC avait refusé de parapher l’Accord politique de base paraphé par sept (7) délégations sur les neuf (9) au dialogue, c’est certainement parce que le document ne prenait pas en compte, cette préoccupation du partage du pouvoir avec le RPT.

            Certes, on a fait croire à l’opinion nationale et internationale qu’il y a des points de désaccord. On a alors parlé des questions d’impunité, de réforme de l’armée, de révision de la constitution, du mode de scrutin, etc. Mais personne n’a inscrit dans les points de désaccord, la question de la formation d’un nouveau gouvernement. Paradoxalement, à Ouagadougou, depuis l’arrivée de Gilchrist Olympio, ce point est devenu le sujet phare. On ne parle plus que de la formation d’un nouveau gouvernement. Cela veut dire que la préoccupation fondamentale de l’opposition dite radicale n’est pas la démocratisation du pays. C’est plutôt le partage du pouvoir. Cela signifie en clair que pour une fois, tout le monde est prêt à aller à la mangeoire.

            En vérité, l’honnêteté intellectuelle et morale commande de reconnaître qu’aujourd’hui, les vrais problèmes de ce pays ne se posent plus en terme de démocratisation. Les grands chantiers ouverts prouvent que le respect des droits de l’Homme et les questions de liberté et de justice sont en train de trouver des solutions et tout porte à croire que d’ici un an, de grandes transformations seront au rendez-vous.

            Il convient également de noter que la polémique entretenue autour de la révision de la Constitution procède de cette nouvelle stratégie. En clair, on tient à réviser la constitution pour donner plus de pouvoirs au nouveau futur Premier ministre qui se trouverait ainsi en position d’affronter le Président de la République et de le fragiliser.

            A ce sujet, nous disons que l’UFC a toujours péché par trop de suffisance, car on ne peut pas partager quelque chose que l’on n’a pas. L’UFC veut partager le pouvoir avant d’aller au pouvoir. Et pour atteindre cet objectif, ce parti fait preuve d’un pharisaïsme qui ne trompe plus personne aujourd’hui.

            Les élections législatives sont prévues pour 2007. Plus précisément au mois d’Octobre. Tous les partis veulent rentrer au Gouvernement pour organiser ces élections. Et dans la foulée, les uns et les autres veulent régler leurs comptes à l’actuel Premier Ministre, Edem Kodjo. Le Togo est l’un des rares pays au monde où la compétence n’est pas une vertu. L’actuel Premier ministre est réputé compétent. Depuis sa nomination jusqu’à ce jour, personne ne peut concrètement lui reprocher d’avoir posé tel ou tel acte contraire à la démocratie. Si M. Kodjo est reconnu compétent, s’il n’a pas commis de faute, pourquoi veut-on son poste avant les législatives ? Tout simplement parce qu’on veut se servir de la révision de la Constitution et des élections législatives pour déstabiliser Faure Gnassingbé et éventuellement, prendre sa place. Nous ne reprochons pas cette démarche à nos frères de l’UFC. Nous disons même que c’est de bonne guerre. Ce que nous reprochons par contre à l’UFC, c’est d’avoir compris trop tard que c’est la seule voie de salut. L’UFC aurait pu faire l’économie des violences que nous avons connues avec leurs cortèges de morts et de destructions.

            A Ouaga, les questions d’impunité, de révision de la Constitution, de la réforme de l’armée sur lesquelles on était à cheval sont passées au second plan. C’est la formation d’un gouvernement d’union qui est désormais prioritaire. Et ce qu’on ne dit pas, c’est le poste de Premier Ministre que tout le monde convoite. Et toutes les tractations actuellement en cours tournent autour de ce volet.

            Quant à Faure Gnassingbé, il observe et attend. A l’heure qu’il est, il est le seul qui tient toutes les ficelles. Il sait qu’il joue son avenir politique. Il sait qu’il a le devoir de solder le passif de son père. Il sait qu’il a des difficultés avec son propre camp. Mais il sait surtout que le camp d’en face, celui de Gilchrist Olympio ne lui fera pas de cadeau. Voilà pourquoi les tours de passe-passe de l’UFC peuvent à la fin se révéler une dangereuse partie de roulette russe pour l’opposition. Il revient donc à Faure Gnassingbé de jouer dans l’intérêt supérieur de la nation togolaise. Car chacun doit savoir, s’agissant du dialogue, les limites à ne pas franchir.

C. P

 

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