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Dialogue politique, stratégie de conquête de
l’opinion, partage du pouvoir, rencontres avec
Faure Gnassingbé ou ses collaborateurs… Le chef de
file de l’opposition togolaise, M. Gilchrist
Olympio dévoile son plan de bataille pour les
législatives de l’année prochaine. Depuis le décès
subit du Président Eyadema et après les violences
qui ont émaillé le processus électoral dans notre
pays, nous assistons à une évolution très
intéressante du jeu politique au Togo.
En effet, depuis son accession aux
affaires, on a vu agir le nouveau pouvoir sous la
houlette de Faure Gnassingbé qui a initié de
profondes mutations dans ses approches et sa
stratégie de la résolution de la crise togolaise.
C’est ainsi que dans son mémorandum introductif au
dialogue intertogolais, il a été clairement dit
qu’il n’y aura pas de sujet tabou. De sorte que
des points non prévus par les 22 engagements ont
été finalement retenus à l’ordre du jour du
dialogue. La révision de la constitution, la
question de l’impunité et la réforme de l’armée
par exemple, ne figuraient pas dans les 22
engagements. Mais elles ont été bel et bien
inscrites à l’ordre du jour du dialogue et
régulièrement débattues.
Cette ouverture a conforté plusieurs
observateurs dans le sentiment que Faure
Gnassingbé a beau être le fils du père, il n’est
pas le père. En permettant un débat ouvert sans
limite, Faure Gnassingbé a apporté la preuve de sa
détermination à rompre avec le passé.
On se rappelle qu’avant l’élection
présidentielle et précisément pendant la campagne
électorale, Faure Gnassingbé avait pris des
engagements dans ce sens. C’est dans cet esprit
que 48 heures avant la proclamation des résultats,
au cours d’une rencontre qui avait réuni tous les
protagonistes de la scène politique togolaise à
Abuja devant le Président Obasanjo, il a été
convenu la mise en place d’un gouvernement d’union
quel que soit le vainqueur de l’élection.
Pour concrétiser cette recommandation,
Faure Gnassingbé avait pressenti Me Agboyibo au
poste de Premier ministre. Mais l’UFC qui
n’adhérait pas à cette vision, avait posé un
préalable à travers une plate-forme que Faure
Gnassingbé avait rejetée.
C’est le lieu de souligner que dans
notre pays, le processus démocratique a été piégé
dès le départ, à cause de la philosophie d’action
de M. Gilchrist Olympio pour qui, le problème
politique au Togo n’est pas seulement lié à la
dictature, mais à l’assassinat de son père.
En effet, M. Gilchrist Olympio, une
fois encore, vient d’en apporter la preuve à son
arrivée à Ouagadougou vendredi dernier, en
déclarant à RFI que la crise togolaise remonte à
plus de quarante ans.
Si jusqu’à présent, les différentes
tentatives de réconciliation ont échoué ; si
jusqu’au jour d’aujourd’hui, le processus
démocratique n’a pas abouti dans notre pays, c’est
parce que M. Gilchrist Olympio, contre vents et
marées voulait que ceux qui sont au pouvoir cèdent
la place à lui-même et à son parti. Pour le leader
de l’UFC, il n’était pas question de partager le
pouvoir. C’est pourquoi lorsqu’on parle d’un
«gouvernement d’union nationale», il préconise
plutôt un «gouvernement de transition» au sein
duquel, le Premier ministre aura une totale
indépendance vis-à-vis du Président de la
République. Il est de tout temps dans la logique
de la cohabitation.
Après la formation du Gouvernement
Kodjo et eu égard aux progrès réalisés ces
derniers temps, l’opposition dans son ensemble et
Gilchrist Olympio en tête, a compris qu’il faut
changer de stratégie parce que les réformes
entreprises dans le cadre de la démocratisation de
la société togolaise sont de nature à amener
l’Union Européenne à reprendre sa coopération
totale avec notre pays. Et tout porte à croire que
si cela venait à se faire, l’opposition togolaise
n’aura plus sa raison d’être parce qu’elle aura
perdu sa principale raison de combat.
C’est face à cette réalité que M.
Gilchrist Olympio a pris un virage à 180 degrés.
En rencontrant personnellement Faure
Gnassingbé et en ouvrant parallèlement au dialogue
national, des rencontres bilatérales avec le RPT,
M. Gilchrist Olympio voulait avant tout, couper
l’herbe sous les pieds de l’aile modérée de
l’opposition en s’imposant comme seul
interlocuteur du pouvoir. D’après nos
informations, au cours de l’une de ces rencontres
et précisément, celle d’Accra, l’UFC aurait
accepté de rentrer au Gouvernement, à condition
d’obtenir la primature. Elle aurait même proposé
pour ce poste, son 3e vice-président,
M. Patrick Lawson.
Si l’UFC avait refusé de parapher
l’Accord politique de base paraphé par sept (7)
délégations sur les neuf (9) au dialogue, c’est
certainement parce que le document ne prenait pas
en compte, cette préoccupation du partage du
pouvoir avec le RPT.
Certes, on a fait croire à l’opinion
nationale et internationale qu’il y a des points
de désaccord. On a alors parlé des questions
d’impunité, de réforme de l’armée, de révision de
la constitution, du mode de scrutin, etc. Mais
personne n’a inscrit dans les points de désaccord,
la question de la formation d’un nouveau
gouvernement. Paradoxalement, à Ouagadougou,
depuis l’arrivée de Gilchrist Olympio, ce point
est devenu le sujet phare. On ne parle plus que de
la formation d’un nouveau gouvernement. Cela veut
dire que la préoccupation fondamentale de
l’opposition dite radicale n’est pas la
démocratisation du pays. C’est plutôt le partage
du pouvoir. Cela signifie en clair que pour une
fois, tout le monde est prêt à aller à la
mangeoire.
En vérité, l’honnêteté intellectuelle
et morale commande de reconnaître qu’aujourd’hui,
les vrais problèmes de ce pays ne se posent plus
en terme de démocratisation. Les grands chantiers
ouverts prouvent que le respect des droits de
l’Homme et les questions de liberté et de justice
sont en train de trouver des solutions et tout
porte à croire que d’ici un an, de grandes
transformations seront au rendez-vous.
Il convient également de noter que la
polémique entretenue autour de la révision de la
Constitution procède de cette nouvelle stratégie.
En clair, on tient à réviser la constitution pour
donner plus de pouvoirs au nouveau futur Premier
ministre qui se trouverait ainsi en position
d’affronter le Président de la République et de le
fragiliser.
A ce sujet, nous disons que l’UFC a
toujours péché par trop de suffisance, car on ne
peut pas partager quelque chose que l’on n’a pas.
L’UFC veut partager le pouvoir avant d’aller au
pouvoir. Et pour atteindre cet objectif, ce parti
fait preuve d’un pharisaïsme qui ne trompe plus
personne aujourd’hui.
Les élections législatives sont
prévues pour 2007. Plus précisément au mois
d’Octobre. Tous les partis veulent rentrer au
Gouvernement pour organiser ces élections. Et dans
la foulée, les uns et les autres veulent régler
leurs comptes à l’actuel Premier Ministre, Edem
Kodjo. Le Togo est l’un des rares pays au monde où
la compétence n’est pas une vertu. L’actuel
Premier ministre est réputé compétent. Depuis sa
nomination jusqu’à ce jour, personne ne peut
concrètement lui reprocher d’avoir posé tel ou tel
acte contraire à la démocratie. Si M. Kodjo est
reconnu compétent, s’il n’a pas commis de faute,
pourquoi veut-on son poste avant les
législatives ? Tout simplement parce qu’on veut se
servir de la révision de la Constitution et des
élections législatives pour déstabiliser Faure
Gnassingbé et éventuellement, prendre sa place.
Nous ne reprochons pas cette démarche à nos frères
de l’UFC. Nous disons même que c’est de bonne
guerre. Ce que nous reprochons par contre à l’UFC,
c’est d’avoir compris trop tard que c’est la seule
voie de salut. L’UFC aurait pu faire l’économie
des violences que nous avons connues avec leurs
cortèges de morts et de destructions.
A Ouaga, les questions d’impunité, de
révision de la Constitution, de la réforme de
l’armée sur lesquelles on était à cheval sont
passées au second plan. C’est la formation d’un
gouvernement d’union qui est désormais
prioritaire. Et ce qu’on ne dit pas, c’est le
poste de Premier Ministre que tout le monde
convoite. Et toutes les tractations actuellement
en cours tournent autour de ce volet.
Quant à Faure Gnassingbé, il observe
et attend. A l’heure qu’il est, il est le seul qui
tient toutes les ficelles. Il sait qu’il joue son
avenir politique. Il sait qu’il a le devoir de
solder le passif de son père. Il sait qu’il a des
difficultés avec son propre camp. Mais il sait
surtout que le camp d’en face, celui de Gilchrist
Olympio ne lui fera pas de cadeau. Voilà pourquoi
les tours de passe-passe de l’UFC peuvent à la fin
se révéler une dangereuse partie de roulette russe
pour l’opposition. Il revient donc à Faure
Gnassingbé de jouer dans l’intérêt supérieur de la
nation togolaise. Car chacun doit savoir,
s’agissant du dialogue, les limites à ne pas
franchir.
C. P |