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Depuis quelques jours, les médias
togolais repris par la presse
internationale annoncent le blocage du
dialogue intertogolais et
s’interrogent sur la suite oubliant
qu’avant la pluie, il y a toujours des
nuages qui obscurcissent le ciel.
En effet, dès le début du ‘‘dialogue
entre nous’’ le 12e
en l’espèce, on a le sentiment que certains acteurs
politiques privilégient et mettent seulement
l’accent sur les divergences plutôt que sur les
points de convergence.
Au jour d’aujourd’hui, le problème du
dialogue se pose en terme de volonté politique
réelle de sortir le pays de l’ornière. Il n’est un
secret pour personne que l’une des raisons des
différents échecs qui caractérisent les dialogues
entre les Togolais trouve sa source dans la
propension des uns à vouloir conquérir le pouvoir
par ce biais et la détermination des autres à les en
empêcher. Un tel antagonisme n’est pas de nature à
faire évoluer les choses dans le sens de l’intérêt
général.
Aujourd’hui plus qu’hier, l’opposition
radicale incarnée par l’UFC s’entête à ne pas voir
la réalité en face.
A preuve, le directoire du dialogue
présidé par Me Yawovi Agboyibo a soumis aux
différents protagonistes deux montures d’accord qui
furent toutes les deux rejeter. Il reste que les
points de divergences, à savoir, la révision
constitutionnelle avec à la clé les questions du
scrutin à un ou deux tours, le mandat présidentiel,
les conditions d’éligibilité sont des questions de
fond qu’on ne saurait évacuer précipitamment compte
tenu des expériences passées.
Au Togo, nous avons toujours été
victimes de l’immédiateté. On veut tout et tout de
suite. C’est pourquoi tout se passe comme si d’un
côté émanent des propositions concrètes visant à
trouver un modus vivendi et à déterminer un cadre
électoral susceptible de permettre d’organiser, dans
les quelques mois qui restent, le scrutin législatif
et satisfaire ainsi la dernière exigence de l’Union
Européenne. Et de l’autre, en l’occurrence l’UFC, on
s’accroche à des propositions tactiques dans le but
de démontrer que les Togolais ne peuvent rien faire
entre eux. D’où l’insistance sur la présence d’un
médiateur ou d’un facilitateur. Or, d’ores et déjà,
le temps fait défaut. Pour organiser les
législatives de 2007, il faut un nouveau recensement
pour établir une liste électorale fiable. Toutes les
parties sont d’accord sur l’absolue nécessité de
faire le recensement. On s’étonne dans ces
conditions qu’en même temps on traîne le pas à cause
de la question relative au scrutin à deux tours. On
se rappelle le fameux slogan : «bulletin unique ou
la mort».
Ce que beaucoup refusent de voir, c’est
que le scrutin à un tour, s’agissant spécifiquement
des législatives, n’est pas antidémocratique.
En Grande-Bretagne, le berceau de la
démocratie, on continue à élire les Députés à un
tour. En Allemagne, c’est le même scénario. Les
Parlementaires sont élus au scrutin à un tour.
En revanche, on peut comprendre qu’en ce
qui concerne l’élection présidentielle, le scrutin à
deux tours est indiqué parce qu’il n’est pas sérieux
qu’un Président se fasse élire par 30 ou 35 % de ses
concitoyens.
Justement, au moment de la révision
constitutionnelle qui doit se faire au sein de la
future Assemblée Nationale qui sera mise en place,
le débat sera ouvert en toute sérénité. Soulignons
que le prochain scrutin présidentiel aura lieu en
quatre ans. A moins que dans leur quête effrénée du
pouvoir suprême, nos frères de l’UFC ne se bernent
d’illusions en pensant qu’ils peuvent écourter le
mandat de Faure Gnassingbé.
Nous disons que le blocage actuel dont
on parle tant n’est qu’un blocage artificiel voulu
par un parti incapable de dire autre chose que ‘‘NON’’.
Autrement, s’entendre pour définir un nouveau cadre
électoral transitoire pour les prochaines
législatives est faisable et ne pose pas de
problèmes de fond. Cela n’empêche même pas un
facilitateur d’apporter éventuellement son concours.
En tout état de cause, le Président de
la République, Faure Gnassingbé a fait suffisamment
d’ouverture pour que le dialogue aboutisse à un bon
résultat. N’a-t-il pas permis d’aller au-delà des 22
engagements en abordant les questions qui ne
figurent pas dans les 22 engagements ? Les 22
engagements pris le
14 Avril 2003 à Bruxelles ont été pratiquement déjà mis en œuvre.
Point n’est besoin de revenir sur cet aspect. Tout
observateur honnête doit reconnaître que sur les
questions de libertés et de justice, le Togo, notre
pays, a enregistré des avancées significatives. N’en
déplaise aux détracteurs.
Blocage ou pas, Faure Gnassingbé est
condamné à avancer. Il ne peut pas attendre la bonne
ou mauvaise volonté de son opposition. Le Président
doit mener à bien les réformes qu’il a déjà
commencées. Il doit assainir l’économie et fonder sa
politique économique d’abord sur les ressources
nationales d’autant qu’il a l’obligation de
résultat. Il ne peut s’offrir le luxe ni d’attendre
ni d’échouer. Il ne le sait que trop. Et compte tenu
de ses orientations quotidiennes et des nouvelles
impulsions qu’il donne à la gestion de la chose
publique, il va sans dire que Faure est conscient de
ses responsabilités vis-à-vis du peuple togolais et
qu’il ne se fera pas hara-kiri.
L’opposition et singulièrement l’UFC
doit savoir que Faure n’a pas le choix et qu’il est
condamné à réfléchir dans les deux sens à savoir :
1°) Si le dialogue aboutit à un accord qu’est-ce
qu’il faut faire ? 2°) Si le dialogue échoue, quelle
est la voie à suivre ?
Ainsi donc, quel que soit
l’aboutissement du dialogue, Faure Gnassingbé doit
poursuivre son œuvre de redressement pour pouvoir
présenter un bilan.
Il appartient également à l’opposition
de se poser la même question. Si le dialogue
aboutit, quelle sera notre dividende. S’il échoue,
quel sera le fruit de l’échec. Simple question de
choix.
La problématique de la reprise de la
coopération ne dépend plus nécessairement de la
finalité positive ou négative du dialogue mais de la
volonté de Faure Gnassingbé à GOUVERNER AUTREMENT.
L’Union Européenne saura apprécier le moment venu
les efforts consentis dans le sens de la
démocratisation et de la bonne gouvernance.
Tous les protagonistes doivent savoir
que le Togo est notre patrimoine commun et que nous
sommes liés par une même communauté de destin.
Le dialogue entre nous est une donnée
permanente et qui ne se limite ni dans le temps ni
dans l’espace.
Pour terminer, il nous semble nécessaire
de rappeler cette idée de Georges Bernados au sujet
de la politique : «Nous croyons qu’il y a un honneur
de la politique. Nous croyons non moins fermement
qu’il y a une politique de l’honneur et que cette
politique vaut politiquement mieux que l’autre».
Il est temps pour que les médias qui ont
un rôle central à jouer dans la gestion de ce
dialogue ne perdent pas de vue leur responsabilité
devant l’histoire. Nous osons croire que ceux qu’on
appelle les faiseurs d’opinion, au lieu d’attiser le
feu, doivent nécessairement amener les Togolais à
s’entendre quel que soit alpha, pour le plus grand
bien de notre patrie. Car lorsqu’on dialogue, il ne
faut jamais se demander qui sera le vainqueur ou le
vaincu d’autant plus que le seul vainqueur, c’est le
peuple.
Rodrigue |