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4 juillet 2006

[ 557:  du 3 juillet 2006]

Dossier trafic de drogue : Révélations sur ce que Eyadema avait dit et ce que pensait Boko au moment des faits
 
 

Depuis quelque temps, plusieurs confrères de la place ont rendu public avec des titres plus ou moins sensationnels, un soi-disant rapport de la commission d’enquête sur le trafic des stupéfiants présidé par le Gal Zoumaro Gnonfame. Dans ce rapport, plusieurs noms de personnalités civiles et militaires sont cités, soit sur la base de prétendues déclarations de Taffa Mourane soit sur d’autres bases. Pêle-mêle, on a parlé du réseau Taffa Mourane, du réseau Bayor Souphaou, du réseau Barnabo, etc. De même, la complicité de la police et de la gendarmerie a été mise en évidence. Des officiers de l’armée et pas des moindres, à savoir, le Gal Tidjani, le Gal Mémène, le Gal Walla, le Col Laokpessi actuellement Général, le Lt Col Takougnandi, le Lt Col Tchalla, le Col Dotto, le Ministre Boko, le Lt Col Sam, le Lt Bignandi, le Cdt Yark, le Lt Col Ernest Gnassingbé ont été impliqués. Des magistrats tels que Gnandi Garba, ex-Procureur de la République, Abdoulaye Yaya et des fonctionnaires de Police comme le Commissaire Baba, le Commissaire Koudouwovoh, l’Officier de Police Gnassingbé Kossi, de même que des personnalités civiles comme Agbéyomé Kodjo, Issa Samarou, Pitang Tchalla, Kpatcha Gnassingbé et le pilote de l’avion présidentiel M. Restout ont été cités. Tout ce monde, à en croire le fameux rapport serait concerné par le trafic de la drogue. Nous n’inventons rien au «Combat du Peuple». Tous ces noms se trouvent dans le rapport attribué à la Commission présidée par la Gal Gnonfame et publié par plusieurs confrères.

            A la lecture de ce rapport, nous nous sommes posés un certain nombre de questions parce que nous avons été les premiers à écrire des articles de dénonciation sur ce dossier de trafic de la drogue. C’était à l’arrivée des policiers français en 2004. A l’époque, nous avions investigué et nous étions allés le plus loin possible puisque nous avions eu plusieurs entretiens avec le Cdt Boko, alors Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité qui nous avait donné son point de vue sur le sujet. Nous avions eu le privilège de discuter du dossier avec le Chef de l’Etat, le feu Président Eyadema, de son vivant. Celui-ci nous avait également donné son point de vue sur la question.

            Aujourd’hui, le dossier rebondit et des noms sont publiés. Des hommes et des femmes sont jetés en pâture. Dans quel but ? On ne saurait le dire pour le moment. Mais la question de fond demeure. Et de la réponse à cette question jaillira la lumière.

            La question de fond est de savoir qui a rendu public le rapport ? Est-ce le Gal Gnonfame, Président de la Commission d’investigation ou le Cdt Boko qui, en sa qualité de Ministre de l’Intérieur, avait aussi connaissance du rapport ?

            D’après nos analyses, le Gal Gnonfame, Président de la Commission ne pouvait pas et n’avait aucun intérêt à rendre public ce rapport par les temps qui courent. Ceci pour deux raisons.

            La première raison est que la Commission qu’il a présidée était officiellement mise en place par le défunt Président Eyadema. Même si aujourd’hui, Eyadema n’est plus, il y a son successeur à qui la commission doit rendre compte et qui, seul, peut décider de sa publication ou non. Ce qui n’est pas le cas. Autrement, la presse privée n’aurait pas la primeur du dossier.

            La deuxième raison, c’est que le Gal Gnonfame est un militaire. Quelle que soit sa volonté d’en découdre avec certains de ses pairs, il ne saurait se mettre à dos tout le monde. Cela lui serait suicidaire puisque dans plusieurs autres domaines, il traîne lui-même des casseroles.

            Reste donc le Cdt Boko, ancien Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, actuellement Avocat au Barreau de Paris. Ce dernier avec qui nous avons eu plusieurs entretiens téléphoniques se plaint toujours qu’on le salit et menace de faire des révélations. Il n’a jamais fait mystère de sa volonté de publier ce rapport pour montrer sa propre innocence. Et la manière dont est publié ce rapport le rend suspect d’en être l’instigateur.

            En tout état de cause, Boko est celui à qui profite le crime. La publication de ce rapport est une sorte d’exercice par lequel il cherche à s’innocenter. Si tel est le cas, que faut-il tirer comme conclusion ?

            La première évidence est que l’ancien Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité se comporte comme un irresponsable parce que s’il était sûr de la culpabilité de tous ceux qui sont cités dans le rapport, il aurait pu publier un Livre Blanc sur le sujet, preuve à l’appui. C’est trop facile de faire publier en catimini un rapport incriminant les autres pour se faire innocenter alors qu’on est soi-même soupçonné de faire partie du réseau de trafic.

            Nous disons que si comme tout porte à le croire, c’est le Cdt Boko qui a fait publier ce rapport conformément à ses menaces, cela relève d’une malhonnêteté morale et intellectuelle, parce que, au moment des faits, notre Directeur de la Rédaction Lucien Messan a discuté avec le Ministre Boko au sujet de la Commission d’Enquête. Ce dernier avait alors dit ce qui suit : «Le Gal Gnonfame ne connaît rien à une enquête sur la drogue. Il ne saurait aboutir à aucun résultat concret. Ce n’est pas bon que le Gal Gnonfame convoque ses pairs et leur demande directement : ‘‘est-ce que tu fais du trafic de drogue’’ ? Naturellement ses pairs convoqués lui répondent ‘‘non’’, puisqu’il n’a aucune preuve contre eux. Pour mener à bien une enquête sur la drogue, il faut aller mollo, prendre du temps, suivre les gens et les prendre la main dans le sac, preuve à l’appui. En chargeant le Gal Gnonfame de mener cette enquête, le Président a tout embrouillé et tout compliqué. C’est dommage».

            Dans un tout autre registre, le Ministre Boko s’est, au cours du même entretien, défendu d’avoir fait partie d’un quelconque réseau de trafic de drogue mais a reconnu qu’une somme d’argent avait été remise à une amie par Taffa Mourane. Ce qu’il considérait comme une tentative de le corrompre.

            Ceci étant, si aujourd’hui, après avoir regretté l’incapacité du Gal Gnonfame à faire aboutir l’enquête, Me Boko se sert de son rapport comme une bombe destinée à éclabousser ses supérieurs hiérarchiques et tout ce beau monde, c’est qu’il est de mauvaise foi. Gnonfame ne pouvait pas être incompétent et faire du bon travail.

            Nous avions comme précédemment précisé, eu des entretiens avec feu le Président Eyadema sur le dossier. Il faut dire qu’à l’époque, l’homme était impuissant et dépité. Voici à peu près, ce qu’il avait dit : «Au sujet de cette affaire de trafic de drogue, tout se passe comme si nous sommes dans un bâtiment où, entre le rez-de-chaussée et le premier étage, il y a une dalle épaisse. Moi je me trouve à l’étage et je n’entendais rien de ce qui se passait en bas. Tout le monde est mêlé à la drogue. La Gendarmerie a son réseau de trafic de drogue. La Police a son réseau de trafic de drogue. Les magistrats ont leur réseau de trafic de drogue. Les différents Ministres de l’Intérieur ont trempé dans la drogue. Des officiers supérieurs sont concernés ainsi que la plupart de mes collaborateurs. En tout cas, personne n’échappera à son destin».

            A la question de savoir si le Cdt Boko était aussi impliqué, le Président avait répondu «Oui, comme tout le monde».

            Comme on le voit, ce dossier n’était pas du tout facile pour le Président Eyadema. S’il voulait le régler, il risquait de se déstabiliser lui-même. En effet quel est le chef d’Etat au monde qui peut faire arrêter en même temps, son Ministre de la Défense, son Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, des Officiers généraux et supérieurs de l’armée, son Directeur Général de la Police, son Procureur de la République et rester en place ? Il est donc clair que le dossier du trafic de drogue au Togo est un secret de Polichinelle. Feu le Président Eyadema n’a cité aucun nom. Il savait seulement que tout l’appareil était gangrené.

            Malheureusement Boko qui avait le dossier en charge dans un premier temps en sa qualité de Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, n’avait rien compris. Rien du tout. Ceux qui étaient cités et dont on publie les noms aujourd’hui ont exercé de hautes responsabilités dans ce pays et sont encore là aujourd’hui. Peut-on aller les inculper sans preuve sur la seule parole d’un trafiquant susceptible de les impliquer pour s’en sortir ?

            Tout le monde savait que Taffa Mourane était un fanfaron qui ne cachait pas d’être un trafiquant et se vantait d’être l’ami de telle ou telle personnalité. C’est vrai qu’il a bénéficié de la protection en haut lieu. Mais, est-ce une preuve suffisante pour soutenir que ce beau monde était trafiquant de drogue ? En citant les noms, pourquoi n’a-t-on pas dit quand, où et comment l’argent a été remis aux gens ? C’est trop facile.

            En cherchant à provoquer une sorte de séisme, en semant le bordel, Boko croit arriver à quoi ? A quoi s’attendait-il ? Que ces gens-là soient arrêtés et traduits devant la justice ? Non, non, non ! Boko est en train de se faire des illusions. Le problème du trafic de drogue n’est pas une singularité togolaise. Il est planétaire. C’est pour cela qu’il faut le gérer avec beaucoup de rigueur, de tact et de discernement. Boko ne peut pas prouver son innocence en essayant de dénoncer les autres, puisque les autres aussi le dénonceront. Et dans ce jeu, il n’a rien à gagner.

            Nous avons cru que l’ex-commandant devenu Avocat est plus futé que ça. Nous sommes déçus qu’il gère le dossier du trafic de drogue au Togo comme une opération de vente aux enchères. Boko doit comprendre que lorsqu’on a une vocation politique, on ne doit pas se permettre certains propos ou révéler certains faits connus lorsqu’on occupait des postes de grande responsabilité de l’Etat. Boko ne fait du tort ni à Faure Gnassingbé, ni aux Togolais, ni même à ceux dont le nom figure dans le rapport. Il se fait du tort lui-même. Car, quoi qu’il dise aujourd’hui, le Président Eyadema, de son vivant, le soupçonnait d’avoir trempé dans la drogue directement ou indirectement.

            Voilà aussi l’une des raisons pour lesquelles «Le Vieux» avait les mains liées. Dans cette affaire, il vaut mieux laisser le temps au temps. Dans cette affaire, Boko avait mieux à faire. C’est dommage qu’il ait choisi de crier comme tout le monde. Et pour quel résultat ?

C. P.

 

 

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