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Depuis quelque temps, plusieurs
confrères de la place ont rendu public
avec des titres plus ou moins
sensationnels, un soi-disant rapport
de la commission d’enquête sur le
trafic des stupéfiants présidé par le
Gal Zoumaro Gnonfame. Dans ce rapport,
plusieurs noms de personnalités
civiles et militaires sont cités, soit
sur la base de prétendues déclarations
de Taffa Mourane soit sur d’autres
bases. Pêle-mêle, on a parlé du réseau
Taffa Mourane, du réseau Bayor
Souphaou, du réseau Barnabo, etc. De
même, la complicité de la police et de
la gendarmerie a été mise en évidence.
Des officiers de l’armée et pas des
moindres, à savoir, le Gal Tidjani, le
Gal Mémène, le Gal Walla, le Col
Laokpessi actuellement Général, le Lt
Col Takougnandi, le Lt Col Tchalla, le
Col Dotto, le Ministre Boko, le Lt Col
Sam, le Lt Bignandi, le Cdt Yark, le
Lt Col Ernest Gnassingbé ont été
impliqués. Des magistrats tels que
Gnandi Garba, ex-Procureur de la
République, Abdoulaye Yaya et des
fonctionnaires de Police comme le
Commissaire Baba, le Commissaire
Koudouwovoh, l’Officier de Police
Gnassingbé Kossi, de même que des
personnalités civiles comme Agbéyomé
Kodjo, Issa Samarou, Pitang Tchalla,
Kpatcha Gnassingbé et le pilote de
l’avion présidentiel M. Restout ont
été cités. Tout ce monde, à en croire
le fameux rapport serait concerné par
le trafic de la drogue. Nous
n’inventons rien au «Combat du
Peuple». Tous ces noms se
trouvent dans le rapport attribué à la
Commission présidée par la Gal
Gnonfame et publié par plusieurs
confrères.
A la lecture de ce rapport, nous nous
sommes posés un certain nombre de questions parce
que nous avons été les premiers à écrire des
articles de dénonciation sur ce dossier de trafic de
la drogue. C’était à l’arrivée des policiers
français en 2004. A l’époque, nous avions investigué
et nous étions allés le plus loin possible puisque
nous avions eu plusieurs entretiens avec le Cdt Boko,
alors Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité qui
nous avait donné son point de vue sur le sujet. Nous
avions eu le privilège de discuter du dossier avec
le Chef de l’Etat, le feu Président Eyadema, de son
vivant. Celui-ci nous avait également donné son
point de vue sur la question.
Aujourd’hui, le dossier rebondit et des
noms sont publiés. Des hommes et des femmes sont
jetés en pâture. Dans quel but ? On ne saurait le
dire pour le moment. Mais la question de fond
demeure. Et de la réponse à cette question jaillira
la lumière.
La question de fond est de savoir qui a
rendu public le rapport ? Est-ce le Gal Gnonfame,
Président de la Commission d’investigation ou le Cdt
Boko qui, en sa qualité de Ministre de l’Intérieur,
avait aussi connaissance du rapport ?
D’après nos analyses, le Gal Gnonfame,
Président de la Commission ne pouvait pas et n’avait
aucun intérêt à rendre public ce rapport par les
temps qui courent. Ceci pour deux raisons.
La première raison est que la Commission
qu’il a présidée était officiellement mise en place
par le défunt Président Eyadema. Même si
aujourd’hui, Eyadema n’est plus, il y a son
successeur à qui la commission doit rendre compte et
qui, seul, peut décider de sa publication ou non. Ce
qui n’est pas le cas. Autrement, la presse privée
n’aurait pas la primeur du dossier.
La deuxième raison, c’est que le Gal
Gnonfame est un militaire. Quelle que soit sa
volonté d’en découdre avec certains de ses pairs, il
ne saurait se mettre à dos tout le monde. Cela lui
serait suicidaire puisque dans plusieurs autres
domaines, il traîne lui-même des casseroles.
Reste donc le Cdt Boko, ancien Ministre
de l’Intérieur et de la Sécurité, actuellement
Avocat au Barreau de Paris. Ce dernier avec qui nous
avons eu plusieurs entretiens téléphoniques se
plaint toujours qu’on le salit et menace de faire
des révélations. Il n’a jamais fait mystère de sa
volonté de publier ce rapport pour montrer sa propre
innocence. Et la manière dont est publié ce rapport
le rend suspect d’en être l’instigateur.
En tout état de cause, Boko est celui à
qui profite le crime. La publication de ce rapport
est une sorte d’exercice par lequel il cherche à
s’innocenter. Si tel est le cas, que faut-il tirer
comme conclusion ?
La première évidence est que l’ancien
Ministre de l’Intérieur et de la Sécurité se
comporte comme un irresponsable parce que s’il était
sûr de la culpabilité de tous ceux qui sont cités
dans le rapport, il aurait pu publier un Livre Blanc
sur le sujet, preuve à l’appui. C’est trop facile de
faire publier en catimini un rapport incriminant les
autres pour se faire innocenter alors qu’on est
soi-même soupçonné de faire partie du réseau de
trafic.
Nous disons que si comme tout porte à le
croire, c’est le Cdt Boko qui a fait publier ce
rapport conformément à ses menaces, cela relève
d’une malhonnêteté morale et intellectuelle, parce
que, au moment des faits, notre Directeur de la
Rédaction Lucien Messan a discuté avec le Ministre
Boko au sujet de la Commission d’Enquête. Ce dernier
avait alors dit ce qui suit : «Le Gal Gnonfame ne
connaît rien à une enquête sur la drogue. Il ne
saurait aboutir à aucun résultat concret. Ce n’est
pas bon que le Gal Gnonfame convoque ses pairs et
leur demande directement : ‘‘est-ce que tu fais
du trafic de drogue’’ ? Naturellement ses pairs
convoqués lui répondent ‘‘non’’, puisqu’il n’a
aucune preuve contre eux. Pour mener à bien une
enquête sur la drogue, il faut aller mollo, prendre
du temps, suivre les gens et les prendre la main
dans le sac, preuve à l’appui. En chargeant le Gal
Gnonfame de mener cette enquête, le Président a tout
embrouillé et tout compliqué. C’est dommage».
Dans un tout autre registre, le Ministre Boko s’est,
au cours du même entretien, défendu d’avoir fait
partie d’un quelconque réseau de trafic de drogue
mais a reconnu qu’une somme d’argent avait été
remise à une amie par Taffa Mourane. Ce qu’il
considérait comme une tentative de le corrompre.
Ceci étant, si aujourd’hui, après avoir regretté
l’incapacité du Gal Gnonfame à faire aboutir
l’enquête, Me Boko se sert de son rapport comme une
bombe destinée à éclabousser ses supérieurs
hiérarchiques et tout ce beau monde, c’est qu’il est
de mauvaise foi. Gnonfame ne pouvait pas être
incompétent et faire du bon travail.
Nous avions comme précédemment précisé,
eu des entretiens avec feu le Président Eyadema sur
le dossier. Il faut dire qu’à l’époque, l’homme
était impuissant et dépité. Voici à peu près, ce
qu’il avait dit : «Au sujet de cette affaire de
trafic de drogue, tout se passe comme si nous sommes
dans un bâtiment où, entre le rez-de-chaussée et le
premier étage, il y a une dalle épaisse. Moi je me
trouve à l’étage et je n’entendais rien de ce qui se
passait en bas. Tout le monde est mêlé à la drogue.
La
Gendarmerie a son réseau de trafic de drogue. La
Police a son réseau de trafic de drogue. Les
magistrats ont leur réseau de trafic de drogue. Les
différents Ministres de l’Intérieur ont trempé dans
la drogue. Des officiers supérieurs sont concernés
ainsi que la plupart de mes collaborateurs. En tout
cas, personne n’échappera à son destin».
A
la question de savoir si le Cdt Boko était aussi
impliqué, le Président avait répondu «Oui, comme
tout le monde».
Comme on le voit, ce dossier n’était pas
du tout facile pour le Président Eyadema. S’il
voulait le régler, il risquait de se déstabiliser
lui-même. En effet quel est le chef d’Etat au monde
qui peut faire arrêter en même temps, son Ministre
de la Défense, son Ministre de l’Intérieur et de la
Sécurité, des Officiers généraux et supérieurs de
l’armée, son Directeur Général de la Police, son
Procureur de la République et rester en place ? Il
est donc clair que le dossier du trafic de drogue au
Togo est un secret de Polichinelle. Feu le Président
Eyadema n’a cité aucun nom. Il savait seulement que
tout l’appareil était gangrené.
Malheureusement Boko qui avait le
dossier en charge dans un premier temps en sa
qualité de Ministre de l’Intérieur et de la
Sécurité, n’avait rien compris. Rien du tout. Ceux
qui étaient cités et dont on publie les noms
aujourd’hui ont exercé de hautes responsabilités
dans ce pays et sont encore là aujourd’hui. Peut-on
aller les inculper sans preuve sur la seule parole
d’un trafiquant susceptible de les impliquer pour
s’en sortir ?
Tout le monde savait que Taffa Mourane
était un fanfaron qui ne cachait pas d’être un
trafiquant et se vantait d’être l’ami de telle ou
telle personnalité. C’est vrai qu’il a bénéficié de
la protection en haut lieu. Mais, est-ce une preuve
suffisante pour soutenir que ce beau monde était
trafiquant de drogue ? En citant les noms, pourquoi
n’a-t-on pas dit quand, où et comment l’argent a été
remis aux gens ? C’est trop facile.
En cherchant à provoquer une sorte de
séisme, en semant le bordel, Boko croit arriver à
quoi ? A quoi s’attendait-il ? Que ces gens-là
soient arrêtés et traduits devant la justice ? Non,
non, non ! Boko est en train de se faire des
illusions. Le problème du trafic de drogue n’est pas
une singularité togolaise. Il est planétaire. C’est
pour cela qu’il faut le gérer avec beaucoup de
rigueur, de tact et de discernement. Boko ne peut
pas prouver son innocence en essayant de dénoncer
les autres, puisque les autres aussi le dénonceront.
Et dans ce jeu, il n’a rien à gagner.
Nous avons cru que l’ex-commandant
devenu Avocat est plus futé que ça. Nous sommes
déçus qu’il gère le dossier du trafic de drogue au
Togo comme une opération de vente aux enchères. Boko
doit comprendre que lorsqu’on a une vocation
politique, on ne doit pas se permettre certains
propos ou révéler certains faits connus lorsqu’on
occupait des postes de grande responsabilité de
l’Etat. Boko ne fait du tort ni à Faure Gnassingbé,
ni aux Togolais, ni même à ceux dont le nom figure
dans le rapport. Il se fait du tort lui-même. Car,
quoi qu’il dise aujourd’hui, le Président Eyadema,
de son vivant, le soupçonnait d’avoir trempé dans la
drogue directement ou indirectement.
Voilà aussi l’une des raisons pour
lesquelles «Le Vieux» avait les mains liées. Dans
cette affaire, il vaut mieux laisser le temps au
temps. Dans cette affaire, Boko avait mieux à faire.
C’est dommage qu’il ait choisi de crier comme tout
le monde. Et pour quel résultat ?
C.
P. |