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La date du 27 Avril est un repère capital dans
l’Histoire du Togo. En effet, c’est un 27 Avril de
l’an de grâces 1958 que les Togolais, dans leur
écrasante majorité, avaient voté pour l’indépendance
du Togo, lors d’un référendum organisé sous l’égide
des Nations Unies. Deux ans, jour pour jour plus
tard, soit le 27 Avril 1960, l’indépendance du Togo
a été solennellement proclamée, inscrivant notre
pays sur la liste des nations ayant accédé à la
souveraineté internationale.
A partir de 1958, la date du 27 Avril fête
nationale, a été célébrée avec faste au Togo comme
on le faisait dans toutes les jeunes Républiques
africaines.
Mais le
13 janvier 1963, il s’était produit au Togo un
événement dramatique qui allait apporter beaucoup de
bouleversements dans le pays. Le Président Sylvanus
Olympio, l’homme qui fut à l’avant-garde de la lutte
pour l’indépendance a été assassiné par des
militaires. Un régime civil avec à sa tête, Nicolas
Grunitzky, un progressiste opposant à Sylvanus fut
porté au pouvoir.
Quatre ans plus tard, c’est-à-dire le
13 janvier 1967, les militaires, après un
apprentissage des agrégats politiques, reviennent à
la charge et prennent le pouvoir.
Commencera alors une longue et rude
descente aux enfers pour le 27 Avril. En effet,
l’une des caractéristiques du régime Eyadema, était
sa ferme volonté de réécrire l’histoire du Togo. Il
allait donc de soi qu’une date comme le 27 Avril,
symbole de l’indépendance acquise à une époque où
les militaires n’étaient pas aux affaires et étaient
considérés comme quantité négligeable reçoive des
coups. Et elle en a reçus. Petit à petit, au fil des
ans, Eyadema avait étouffé la ferveur avec laquelle
était célébré le 27 Avril. Finalement, la fête de
l’indépendance a été tout simplement rayée de la
liste des fêtes légales du Togo, au profit du 13
janvier proclamé fête nationale. La devise nationale
«Travail-Liberté-Patrie» a été supprimée des
armoiries et remplacée par celle du RPT «Union-Paix-Solidarité».
L’hymne national «Terre de nos aïeux» a dû céder la
place à «Unité nationale» connue jusque-là comme
étant l’hymne du RPT. Il fut un temps, on avait même
sérieusement envisagé de changer l’emblème national
(le drapeau).
Il a fallu attendre
la Conférence Nationale Souveraine de 1991 pour voir
réhabiliter la fête du 27 Avril et tous les autres
attributs initiaux de la République. Faisant contre
mauvaise fortune bon cœur, Eyadema, sans pour autant
accepter le retour total du 27Avril, tolérait la
célébration qu’il avait réduite à sa plus simple
expression. Il se contentait le 26 Avril au soir, de
ranimer la flamme de l’indépendance et le reste des
manifestations officielles se résumait à des matchs
de football ou à des cultes. En tout cas, en matière
de faste et de mobilisation, le 27 Avril n’avait
rien de comparable au 13 janvier que Eyadèma
continuait à célébrer comme fête nationale.
Face à cette situation, l’opposition
démocratique à laquelle appartient l’Union des
Forces de Changement (UFC) de Gilchrist Olympio
s’arrogeait le droit de célébrer le 27 Avril en
organisant diverses manifestations puisqu’il y avait
un vide. Cela allait donc de soi.
Aujourd’hui, contrairement à Eyadema qui
n’avait jamais voulu réhabiliter réellement le 27
Avril, Faure Gnassingbé au pouvoir depuis près d’un
an a décidé de donner à la fête nationale du 27
Avril, toute l’importance qui est la sienne dans
la République. Et compte tenu des informations
recueillies de diverses sources, tout est fait pour
que le 27 Avril soit dignement célébré. Déjà, des
spécialistes sont à pied d’œuvre pour la
restauration du monument de l’indépendance. Ce qui
n’a jamais été fait depuis plusieurs décennies.
Outre la restauration du monument de l’indépendance,
des informations annoncent un message du Président
de la République à
la Nation,
un grand défilé militaire et civil et beaucoup
d’autres manifestations culturelles. Bref, le menu
est le classique généralement observé dans tous les
grands pays. Cela veut dire que Faure Gnassingbé a à
cœur de tenir un engagement qu’il avait pris pendant
la campagne électorale, celui de réconcilier tous
les Togolais avec eux-mêmes. Une démarche à saluer
parce que fédératrice de tous les fils et filles du
pays.
Paradoxalement, depuis quelques jours, on
remarque que parallèlement aux préparatifs pour la
célébration officielle du 27 Avril, l’UFC de
Gilchrist Olympio publie un programme personnel de
manifestations qui couvrent une semaine et
atteignent leur apothéose les 26 et 27 Avril. La
démarche suscite un certain nombre d’interrogations.
En effet, au nom de quoi Gilchrist Olympio peut-il
se permettre de célébrer de façon dichotomique le 27
Avril au moment où le pouvoir accepte de donner
officiellement toute son lustre à cette fête
conformément à la volonté toujours exprimée par
l’opposition ? Est-ce parce que Gilchrist Olympio
est le fils de Sylvanus Olympio considéré comme
étant le père de l’indépendance qu’il cherche à
privatiser le 27 Avril et à le confisquer au profit
de l’UFC seule ? Le 27Avril est-il la propriété des
Olympio ou de l’UFC ? Non ! Il faut être sérieux et
savoir raison garder. Que pense l’opposition dans
son ensemble de la démarche de l’UFC ?
Que l’opposition s’organise pour célébrer
la fête de l’indépendance lorsque Eyadema refusait
de reconnaître l’importance de l’événement pouvait
se comprendre. Mais une fois que le nouveau pouvoir
a accepté de célébrer le 27 Avril dignement, rien ne
saurait justifier l’organisation parallèle par un
parti politique d’une série de manifestations pour
la même fête. Est-il pensable un seul instant en
France qu’au moment où la majorité de droite au
pouvoir organise le 14 Juillet, les Socialistes
actuellement à l’opposition se permettent
d’organiser des manifestations parallèles ? Non !
Pas plus qu’en France, ce n’est pas possible aux
Etats-Unis ou ailleurs. Et pourtant, il s’agit-là de
vieilles démocraties. Pourquoi veut-on se
singulariser au Togo ? Gilchrist Olympio devrait
s’associer au gouvernement dans cette célébration
pour donner la preuve qu’il est démocrate et qu’il
œuvre réellement pour la réconciliation vraie et
durable des fils du pays. En voulant organiser des
manifestations parallèles, il donne raison à ceux
qui pensent que quel que soit ce que fera le
pouvoir, Gilchrist trouvera toujours à redire.
La décision de Gilchrist Olympio de
célébrer le 27 Avril pour son propre compte crée du
désordre, divise les Togolais et n’augure rien de
bon pour l’avenir puisque cet acte met en péril la
cohésion nationale.
L’UFC a beau être «un grand parti», un
parti «incontournable», elle n’est pas à elle seule
représentative de tous les Togolais dans leur
diversité. Il y a d’autres partis d’opposition qui
ont des militants qui ne se retrouvent pas dans l’UFC.
Il y a aussi le parti au pouvoir qui a ses
militants. Gilchrist Olympio a toujours démontré
qu’il n’est pas capable de gérer son leadership dans
le sens du rassemblement des Togolais. Si Gilchrist
Olympio est le fils de Sylvanus Olympio, il doit
savoir que son père, au moment de son assassinat
était une personnalité publique dont la mort n’a
laissé personne indifférent. Si aujourd’hui, on
pouvait demander à Sylvanus Olympio de choisir entre
la célébration officielle du 27 Avril par les
autorités en place et celle de l’UFC, nous sommes
sûrs qu’il préférerait la célébration officielle.
Gilchrist Olympio doit se prendre au
sérieux et savoir ce qu’il veut. On ne peut pas
vouloir quelque chose et son contraire à la fois. Si
le 13 janvier est une fête qui divise profondément
les Togolais, le 27 Avril doit être une occasion qui
unit, parce que tout le monde s’y retrouve et
personne ne peut nier que le Togo a accédé à la
souveraineté internationale un 27 Avril. La preuve,
c’est que malgré toutes les tentatives
d’étouffement, le 27 Avril a survécu.
Il appartient à toute la classe politique
de se ressaisir et de dire ce qui est bon pour le
Togo.
C. P. |