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19 avril 2006

 
[ No 546: 18 avril 2006]
Commémoration de la fête de l’indépendance : Une privatisation dangereuse pour la réconciliation nationale  Le 27 Avril, une fête qui doit unir les Togolais

          La date du 27 Avril est un repère capital dans l’Histoire du Togo. En effet, c’est un 27 Avril de l’an de grâces 1958 que les Togolais, dans leur écrasante majorité, avaient voté pour l’indépendance du Togo, lors d’un référendum organisé sous l’égide des Nations Unies. Deux ans, jour pour jour plus tard, soit le 27 Avril 1960, l’indépendance du Togo a été solennellement proclamée, inscrivant notre pays sur la liste des nations ayant accédé à la souveraineté internationale.

            A partir de 1958, la date du 27 Avril fête nationale, a été célébrée avec faste au Togo comme on le faisait dans toutes les jeunes Républiques africaines.

            Mais le 13 janvier 1963, il s’était produit au Togo un événement dramatique qui allait apporter beaucoup de bouleversements dans le pays. Le Président Sylvanus Olympio, l’homme qui fut à l’avant-garde de la lutte pour l’indépendance a été assassiné par des militaires. Un régime civil avec à sa tête, Nicolas Grunitzky, un progressiste opposant à Sylvanus fut porté au pouvoir.

            Quatre ans plus tard, c’est-à-dire le 13 janvier 1967, les militaires, après un apprentissage des agrégats politiques, reviennent à la charge et prennent le pouvoir.

            Commencera alors une longue et rude descente aux enfers pour le 27 Avril. En effet, l’une des caractéristiques du régime Eyadema, était sa ferme volonté de réécrire l’histoire du Togo. Il allait donc de soi qu’une date comme le 27 Avril, symbole de l’indépendance acquise à une époque où les militaires n’étaient pas aux affaires et étaient considérés comme quantité négligeable reçoive des coups. Et elle en a reçus. Petit à petit, au fil des ans, Eyadema avait étouffé la ferveur avec laquelle était célébré le 27 Avril. Finalement, la fête de l’indépendance a été tout simplement rayée de la liste des fêtes légales du Togo, au profit du 13 janvier proclamé fête nationale. La devise nationale «Travail-Liberté-Patrie» a été supprimée des armoiries et remplacée par celle du RPT «Union-Paix-Solidarité». L’hymne national «Terre de nos aïeux» a dû céder la place à «Unité nationale» connue jusque-là comme étant l’hymne du RPT. Il fut un temps, on avait même sérieusement envisagé de changer l’emblème national (le drapeau).

            Il a fallu attendre la Conférence Nationale Souveraine de 1991 pour voir réhabiliter la fête du 27 Avril et tous les autres attributs initiaux de la République. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, Eyadema, sans pour autant accepter le retour total du 27Avril, tolérait la célébration qu’il avait réduite à sa plus simple expression. Il se contentait le 26 Avril au soir, de ranimer la flamme de l’indépendance et le reste des manifestations officielles se résumait à des matchs de football ou à des cultes. En tout cas, en matière de faste et de mobilisation, le 27 Avril n’avait rien de comparable au 13 janvier que Eyadèma continuait à célébrer comme fête nationale.

            Face à cette situation, l’opposition démocratique à laquelle appartient l’Union des Forces de Changement (UFC) de Gilchrist Olympio s’arrogeait le droit de célébrer le 27 Avril en organisant diverses manifestations puisqu’il y avait un vide. Cela allait donc de soi.

            Aujourd’hui, contrairement à Eyadema qui n’avait jamais voulu réhabiliter réellement le 27 Avril, Faure Gnassingbé au pouvoir depuis près d’un an a décidé de donner à la fête nationale du 27 Avril, toute l’importance qui est la sienne dans la République. Et compte tenu des informations recueillies de diverses sources, tout est fait pour que le 27 Avril soit dignement célébré. Déjà, des spécialistes sont à pied d’œuvre pour la restauration du monument de l’indépendance. Ce qui n’a jamais été fait depuis plusieurs décennies. Outre la restauration du monument de l’indépendance, des informations annoncent un message du Président de la République à la Nation, un grand défilé militaire et civil et beaucoup d’autres manifestations culturelles. Bref, le menu est le classique généralement observé dans tous les grands pays. Cela veut dire que Faure Gnassingbé a à cœur de tenir un engagement qu’il avait pris pendant la campagne électorale, celui de réconcilier tous les Togolais avec eux-mêmes. Une démarche à saluer parce que fédératrice de tous les fils et filles du pays.

            Paradoxalement, depuis quelques jours, on remarque que parallèlement aux préparatifs pour la célébration officielle du 27 Avril, l’UFC de Gilchrist Olympio publie un programme personnel de manifestations qui couvrent une semaine et atteignent leur apothéose les 26 et 27 Avril. La démarche suscite un certain nombre d’interrogations. En effet, au nom de quoi Gilchrist Olympio peut-il se permettre de célébrer de façon dichotomique le 27 Avril au moment où le pouvoir accepte de donner officiellement toute son lustre à cette fête conformément à la volonté toujours exprimée par l’opposition ? Est-ce parce que Gilchrist Olympio est le fils de Sylvanus Olympio considéré comme étant le père de l’indépendance qu’il cherche à privatiser le 27 Avril et à le confisquer au profit de l’UFC seule ? Le 27Avril est-il la propriété des Olympio ou de l’UFC ? Non ! Il faut être sérieux et savoir raison garder. Que pense l’opposition dans son ensemble de la démarche de l’UFC ?

            Que l’opposition s’organise pour célébrer la fête de l’indépendance lorsque Eyadema refusait de reconnaître l’importance de l’événement pouvait se comprendre. Mais une fois que le nouveau pouvoir a accepté de célébrer le 27 Avril dignement, rien ne saurait justifier l’organisation parallèle par un parti politique d’une série de manifestations pour la même fête. Est-il pensable un seul instant en France qu’au moment où la majorité de droite au pouvoir organise le 14 Juillet, les Socialistes actuellement à l’opposition se permettent d’organiser des manifestations parallèles ? Non ! Pas plus qu’en France, ce n’est pas possible aux Etats-Unis ou ailleurs. Et pourtant, il s’agit-là de vieilles démocraties. Pourquoi veut-on se singulariser au Togo ? Gilchrist Olympio devrait s’associer au gouvernement dans cette célébration pour donner la preuve qu’il est démocrate et qu’il œuvre réellement pour la réconciliation vraie et durable des fils du pays. En voulant organiser des manifestations parallèles, il donne raison à ceux qui pensent que quel que soit ce que fera le pouvoir, Gilchrist trouvera toujours à redire.

            La décision de Gilchrist Olympio de célébrer le 27 Avril pour son propre compte crée du désordre, divise les Togolais et n’augure rien de bon pour l’avenir puisque cet acte met en péril la cohésion nationale.

            L’UFC a beau être «un grand parti», un parti «incontournable», elle n’est pas à elle seule représentative de tous les Togolais dans leur diversité. Il y a d’autres partis d’opposition qui ont des militants qui ne se retrouvent pas dans l’UFC. Il y a aussi le parti au pouvoir qui a ses militants. Gilchrist Olympio a toujours démontré qu’il n’est pas capable de gérer son leadership dans le sens du rassemblement des Togolais. Si Gilchrist Olympio est le fils de Sylvanus Olympio, il doit savoir que son père, au moment de son assassinat était une personnalité publique dont la mort n’a laissé personne indifférent. Si aujourd’hui, on pouvait demander à Sylvanus Olympio de choisir entre la célébration officielle du 27 Avril par les autorités en place et celle de l’UFC, nous sommes sûrs qu’il préférerait la célébration officielle.

            Gilchrist Olympio doit se prendre au sérieux et savoir ce qu’il veut. On ne peut pas vouloir quelque chose et son contraire à la fois. Si le 13 janvier est une fête qui divise profondément les Togolais, le 27 Avril doit être une occasion qui unit, parce que tout le monde s’y retrouve et personne ne peut nier que le Togo a accédé à la souveraineté internationale un 27 Avril. La preuve, c’est que malgré toutes les tentatives d’étouffement, le 27 Avril a survécu.

            Il appartient à toute la classe politique de se ressaisir et de dire ce qui est bon pour le Togo.

C. P.

 

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