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[ No 543:
27
mars 2006] |
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Bénin Election présidentielle:
Une victoire pour le Bénin et l’Afrique:
Yayi
Boni super star |
L’élection présidentielle de Mars 2006
au Bénin appartient désormais à
l’histoire. Les Béninois se sont
massivement prononcé (près de 75 % de
voix) en faveur de Yayi Boni arrivé en
tête au premier tour. La cause est
donc définitivement entendue puisque
son challenger malheureux, l’ancien
Président de l’Assemblée Nationale,
Adrien Houngbédji, lui a adressé ses
félicitations. Le Bénin, une fois de
plus, vient d’administrer la preuve
qu’il est le pays modèle en matière de
démocratie en Afrique.
Certes, ces élections présidentielles ont
connu des péripéties. Mais la maturité
de la classe politique béninoise a eu
raison de toutes les velléités.
En effet, le Président sortant Mathieu
Kérékou, celui que l’on appelle le
Caméléon, après avoir renoncé à
modifier la constitution pour rempiler
une troisième fois à cause de
l’impossibilité dans laquelle il se
trouvait de réunir les ¾ de
l’Assemblée Nationale pour parvenir à
ses fins, n’a pas pour autant baissé
les bras. Durant tout le processus
électoral, le Caméléon, encouragé par
l’aile radicale de ses partisans a
tenté de mettre des embûches pour
faire croire que l’élection ne pourra
pas avoir lieu.
D’abord, c’est au sujet des fonds que le
Gouvernement devait mettre à la
disposition de la Commission
Electorale Nationale Autonome (CENA)
que les premières réticences ont été
constatées. Même le Ministre des
Finances a explicitement déclaré que
le Bénin n’avait pas les moyens pour
organiser ces élections comme si
l’élection présidentielle était un
fait du hasard.
Malgré toutes les manœuvres ou tentatives
d’entraves, le processus électoral
s’est poursuivi cahin-caha jusqu’au
premier tour.
On se rappelle que le jour de l’élection,
le Président sortant, toujours lui,
après avoir voté, a déclaré au sortir
du bureau de vote que le scrutin
n’était pas transparent, qu’il y avait
des fraudes partout et a même envisagé
un recours éventuel.
Ces propos ont été ressentis comme une
véritable douche froide par l’opinion
nationale et internationale. Il est
aujourd’hui acquis pour plusieurs
observateurs que le Caméléon béninois
regrette désormais n’avoir pas modifié
la Constitution pour briguer un
troisième mandat.
Mais, face à ces manœuvres, les Béninois
sont restés sereins et ont fait
confiance à la CENA. La CENA de son
côté a assumé sa mission jusqu’à la
publication des résultats du premier
tour. On constatera alors que la
victoire annoncée de Yayi Boni au
premier tour a été confirmée et
entérinée par la Cour
Constitutionnelle.
A ce niveau, il n’y a eu ni recours, ni
protestation, ni contestation d’aucune
sorte. On se préparait pour le second
tour lorsque des divergences opposent
Mathieu Kérékou à la CENA et à la Cour
Constitutionnelle. Les instances
chargées d’organiser l’élection
demandent une rallonge de trois jours
pour affiner les préparatifs. Le
Président Kérékou dit Niet. Le second
tour a finalement eu lieu à la date
prévue par le Président sortant
c’est-à-dire le 19 mars, dans le
calme. Il n’y a qu’à Porto-Novo, fief
du candidat Houngbédji que quelques
petits incidents vite maîtrisés ont
été enregistrés.
Entre temps, fait significatif, on a
assisté au ralliement de tous les
autres candidats arrivés en 3e, 4e et
5e position au candidat Yayi Boni. Dès
lors, il était clair que les jeux
étaient faits. Yayi Boni, favori après
le premier tour était tout simplement
devenu une super star qui n’a eu aucun
mal à confirmer cette tendance.
Les leçons à tirer de cette élection sont
de deux sortes. 1 - Manifestement, Mathieu Kérékou ne
voulait pas de Yayi Boni comme
successeur. Il aurait préféré
quelqu’un d’autre qui lui serait
redevable d’une manière ou d’une
autre. Ce n’est pas le cas avec Yayi
Boni qui est un proche de l’ancien
Président Nicéphore Soglo qui l’a
placé à la tête de la BOAD et qui est
resté pendant onze ans hors du Bénin.
Qui plus est, Mathieu Kérékou qui a
horreur des technocrates craint que
l’arrivée à la tête du banquier risque
d’entacher sa réputation. Yayi Boni,
s’il n’est pas du grand nord est quand
même du nord. Mathieu Kérékou risque
aussi de perdre son leadership dans la
région.
Heureusement que sur ce chapitre, ce n’est
pas la volonté de Mathieu Kérékou qui
prime. Les Béninois veulent le
changement et sont passés outre la
volonté de Kérékou en portant leur
choix sur le candidat qu’ils trouvent
le plus apte à incarner leurs
aspirations.
Quant à Kérékou, on peut dire que dans
cette aventure il a été le grand
perdant car sa sortie prévue pour être
éclatante a été éclaboussée par les
manœuvres auxquelles il a eu recours
pour tenter de jouer les
prolongations.
2 – Les Africains en général et les
Togolais en particulier doivent
apprendre à travers l’élection
présidentielle béninoise que la
violence n’est pas la meilleure arme
pour arriver à la démocratie. Les
Togolais doivent retenir que les
déclarations intempestives d’un leader
politique pendant un processus
électoral ne sont pas des paroles d’Evangile.
Lorsque Mathieu Kérékou déclarait que
l’élection était truquée, les Béninois
n’étaient pas allés chercher des
machettes et des gourdins pour
réclamer la victoire. Ils ont patienté
et laissé à la CENA le soin de
trancher.
Il est clair que durant ce processus
électoral, beaucoup d’eau a coulé sous
les ponts. Les Béninois ont l’habitude
du dialogue. Mais ils ne dialoguent
pas devant les médias. Ils ont la
culture du dialogue en toute
responsabilité en évitant la
surenchère. Ils en ont fait la preuve
avec la Conférence Nationale des
Forces Vives. Les Togolais ont été
malheureusement des mauvais copieurs.
Nous devons donc apprendre à faire
preuve d’humilité et nous inspirer de
l’exemple de nos voisins pour mieux
faire à l’avenir. Car l’élection de
Yayi Boni est une victoire pour le
peuple béninois et pour la démocratie
en Afrique.
C. P. |
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