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21 mars 2006

 
[ No 542: 20 mars 2006]

L’opposition démocratique et la politique de l’autruche : Marché de dupes entre Gilchrist Olympio et Me Agboyibo

Une fois de plus, une fois encore les ténors de l'opposition togolaise, se chamaillent  et se tiraillent. La raison de la guéguerre est toujours la même. Comment s'entendre sur les grandes articulations et la finalité du dialogue. Dialogue pour quoi faire ? Elections législatives pour obtenir quoi ?

Pour Gilchrist Olympio, le jeu et l'enjeu sont clairs. Le pouvoir suprême que l'on a pris à son père un 13 Janvier 1963 doit être reconquis. Tout le reste est accessoire. Pour Me Agboyibo, il faut créer les conditions d'une alternance démocratique au Togo. Ces deux stratégies ne sont pas conciliables. On peut donc dire qu'au sein de l'opposition, tout change mais rien ne change.

En réalité, les données sont simples. Me Agboyibo est incontestablement le leader qui se fourvoie. Il a toujours voulu une chose et son contraire à la fois. Le parti qu'il a créé, le CAR, appelé ''parti des déshérités'' n'a rien à voir avec l'UFC.

L'expression ''bourgeoisie compradore'' utilisée par Me Agboyibo au début du processus démocratique illustre parfaitement cette vision.

Gilchrist Olympio n'a pas choisi de faire la politique par amour pour le Togo. Le leader de l'UFC n'est pas venu à la politique par patriotisme pour sauver les Togolais du joug de la dictature. Gilchrist Olympio est descendu dans l'arène politique parce qu'on a assassiné son père. Le but qu'il poursuit est connu. Il veut venger son père. Même s'il le nie, c'est cette soif de vengeance qui fait qu'il est toujours réfractaire à tout compromis et qu'il ne fait confiance à aucun autre parti politique de peur que ce qui le préoccupe soit relégué au second plan.

Me Agboyibo est celui qui sait qu'il n'y aura jamais d'entente entre lui-même et M. Gilchrist Olympio. Les alliances qu'il conclut avec lui de temps en temps ne sont que des marchés de dupes. En effet, les deux hommes sont issus de milieux opposés. Gilchrist Olympio ne cultive que du mépris pour ceux qui ne sont pas de son bord. Il sait que sa popularité est fondée sur un mythe et qu'il ne doit rien à personne. A l'UFC, ceux qui exercent réellement le pouvoir sont du clan Olympio. Si Jean-Pierre Fabre n'est pas marié à une Olympio, il n'aurait pas un tel poids dans le parti. Akitani-Bob est dans le même cas. Il est l'instrument des Olympio. Bref, l'UFC est coiffé au sommet par un clan.

Me Agboyibo n'ignore rien du mépris que Gilchrist Olympio nourrit à son égard. Et pourtant, il fait semblant de le suivre croyant faire plaisir à l'électorat qu'il redoute plus que tout. Or pour Gilchrist Olympio, une alliance avec Agboyibo ne l'oblige à rien. Pour lui, Agboyibo est quantité négligeable corvéable à merci.

En 1994, le CAR avait fait un score très honorable aux législatives. Malheureusement Me Agboyibo n'a pas mis cette opportunité à profit pour engranger le maximum de bénéfice. Il a mal géré sa victoire, aveuglé qu'il était par sa haine viscérale envers Kodjo.

Parmi tous les leaders de l'opposition, Me Agboyibo est incontestablement celui qui a le plus gaspillé les occasions et manqué des rendez-vous historiques.

En 1994, il aurait pu être Président de l'Assemblée Nationale avec à la clé, près de 8 portefeuilles ministériels. Il a dit niet pour se contenter du poste de Vice-président de l'Assemblée.

En 2005, il avait toutes les chances de devenir Premier Ministre. Tout était fin prêt. Il avait tout fait pour tout rater parce qu'il voulait gagner sur tous les tableaux. Me Agboyibo voulait être le Premier Ministre de la Coalition alors que la coalition n'est pas au pouvoir. Il voulait être Premier Ministre avec la bénédiction de Gilchrist Olympio, alors que ce dernier ne voulait pas de lui comme Premier Ministre. Par ce fait, il est devenu l'homme des occasions perdues.

Aujourd'hui, il broie du noir. Il est prêt à tous les compromis. Cela se voit à travers les communiqués de presse qu'il rend publics. Est-il trop tard ? Non. Tout est question de choix. Me Agboyibo doit, pour une fois, choisir et assumer seul les conséquences de son choix. On ne recrée pas l'histoire. Gilchrist Olympio ne servira jamais de tremplin au leader du CAR. Il faut cesser de se nourrir d'illusions. Jusqu'à sa mort, Gilchrist Olympio ne changera pas de stratégie. Il a opté pour l'usure. Pour lui, le plus important, ce qui compte, c'est d'empêcher Eyadema ou son fils de gouverner en toute quiétude. Pour lui, ce qui compte c'est d'user Faure comme il l'a fait avec le père. Gilchrist Olympio sait que désormais, le temps est son pire ennemi. Faure est jeune et déterminé à relever le défi du développement. Pour Gilchrist, il faut l'empêcher de réussir. Le fameux dialogue devenu un véritable serpent de mer est son fonds politique. Il a fait de la surenchère son arme favorite. De l'héritage de la haine à la banalisation de la violence, Gilchrist excelle dans le jeu du quitte ou double.

Si bien que Gilchrist Olympio et Me Agboyibo ont toujours joué l'un contre l'autre.

Et c'est parce que ces deux hommes n'ont jamais été sincères l'un envers l'autre que l'opposition togolaise a toujours perdu ses repères. Ils sont donc les principaux artisans de la situation actuelle.

Devant le miroir de l'histoire, cette opposition qui avait toujours cru qu'elle n'a pas l'obligation de résultat, est en train de découvrir sa propre face hideuse.

Il suffit pourtant que Me Agboyibo jette un regard autour de lui et qu'il voit ce qui se passe au Bénin voisin pour comprendre que le peuple se lasse tôt ou tard des hommes politiques qui ne se déterminent pas face à leur destin. Le score réalisé par Yayi Boni est la preuve que ceux qui croient qu'ils sont les pionniers incontournables se trompent. Le même phénomène risque de se produire au Togo. L'émergence d'une nouvelle classe d'opposants est souhaitée voire imminente.

Quand on assiste au spectacle désolant d'un Boko François qui lance un appel pour que Agboyibo et Gilchrist taisent leur querelle, on se demande s'il faut en rire ou en pleurer.

Me Agboyibo doit tirer les leçons de ses échecs et agir pour lui-même, autrement, il n'a plus d'avenir politique.

Le dialogue intertogolais est désormais un bluff. Rien n'oblige Faure Gnassingbé à se plier aux exigences d'un Gilchrist Olympio.

L'Union Européenne finira par choisir entre le peuple togolais et une opposition qui ne sait par ce qu'elle veut ni où elle va.

Il est temps de voir la vérité en face et cesser la politique de l'autruche. 

Rodrigue

 

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M. GNANDI Thomas
Interview: Entretien de togoforum avec M. Alex BINIZI, SG de l’A.P.U.A.-FRD
 

 

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  Rapport FIDH
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