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Le débat politique au Togo
s'articule aujourd'hui comme hier d'ailleurs, autour du dialogue. Il est
cependant intéressant de noter que la nouvelle situation est caractérisée par la
pagaille. Le dialogue manifestement est à géométrie variable puisqu'il se fait
sur plusieurs axes. Ainsi, l'on observe que l'opposition est hybride. De
l'opposition traditionnelle, on est passé à l'opposition radicale. Désormais, il
vaut mieux parler des oppositions parce que les positions des uns sont
totalement aux antipodes de celles des autres. Par exemple, au moment où le CAR
assouplit sa position et propose que le dialogue se déroule sans préalable et
sur place au Togo, l'UFC durcit le ton, exige la présence non pas d'un
facilitateur mais d'un médiateur. Pire, l'UFC fait désormais de la réforme de
l'armée un véritable casus belli sans lequel, rien ne peut aboutir.
A preuve, dans un
communiqué daté du 07 mars courant et intitulé : "La clarification s'impose !"
le parti de Gilchrist Olympio pose trois conditions :
1°) Les rencontres
de Sant'Egidio sont indispensables pour préparer un dialogue qui ne se perde pas
dans des préliminaires interminables et éviter tout blocage préjudiciable.
2°) L'UFC, en ce
qui le concerne, ne prendra pas part à un dialogue sans médiateur.
3°) Le problème
fondamental à résoudre au cours du dialogue, avant celui important de ''la
révision du cadre électoral en partant de l'Accord-cadre de Lomé'', c'est la
réforme de l'Armée.
Au vu de ces trois
exigences, on se pose des questions :
a) Les rencontres de
Sant'Egidio qui n'impliquent que le pouvoir et l'UFC sont-elles exclusives ?
Quel sort réserve-t-on aux autres composantes de l'opposition ? L'UFC a-t-elle
reçu mandat de ces autres partenaires, en l'occurrence le CAR, la CDPA et
consorts ? Si l'UFC s'arroge le droit de s'imposer comme unique interlocuteur du
pouvoir, le jeu en vaut-elle pas la chandelle ? Ceux qui se battent pour
l'avènement de la démocratie sont-ils tous des militants de l'UFC ? Il est temps
d'explorer d'autres voies et d'opérer un recentrage indispensable. Autrement l'UFC
un parti fasciste risque de tout bloquer.
b) La présence
d'un médiateur est-elle vraiment indispensable pour faire avancer les choses
même si les parties en présence sont de mauvaise foi ? Il est permis de dire au
regard des expériences antérieures que le médiateur ne peut pas déterminer
l'issue du dialogue. En revanche, l'heureux aboutissement du dialogue dépend de
la bonne volonté des protagonistes de la scène politique.
Il ne faut donc
pas se leurrer. Du moins, dans la phase préliminaire du dialogue, les Togolais
doivent pouvoir se parler entre eux et se dire certaines vérités les yeux dans
les yeux.
c) Quant à la
réforme de l'Armée, le moment est venu d'aborder le sujet, de l'approfondir et
d'en cerner les contours à travers un débat ouvert, réaliste et sans acrimonie.
Il faut donc
commencer par le commencement.
L'Armée et les Olympio
Le premier
Président du Togo s'appelle Sylvanus Olympio. Il est le père de Gilchrist
Olympio, Président de l'UFC. Sylvanus Olympio, avant de devenir Président de la
République, était Premier Ministre du Togo depuis le 16 Mai 1958 après la
victoire des nationalistes au référendum du 27 Avril 1958. Depuis ce temps,
Olympio avait la latitude de reformer l'Administration et de bâtir une armée
pour la Jeune République. Qu'a-t-il fait jusqu'au 13 janvier 1963 ? Pourquoi
n'avait-il pas créé une armée homogène, républicaine digne de ce nom et dont le
rôle sera de sécuriser la République ? Pourquoi cette carence ? Pourquoi cette
volonté délibérée de ne pas se doter d'une armée ? Voilà autant de questions
qu'il faut se poser et trouver les réponses. L'Armée togolaise actuelle a été
modelée et moulée par Eyadema qui est un grand stratège et visionnaire et qui,
malgré un niveau intellectuel inférieur à celui de Sylvanus Olympio, savait
mieux que ce dernier que le pouvoir a pour soubassement le droit et la force.
Eyadema savait que
l'attribut essentiel du pouvoir c'est l'Armée. Olympio réputé anti-militariste
l'ignorait et en a payé le prix. Que le fils d'Olympio cherche à imposer au fils
d'Eyadema la destruction de l'œuvre de son père se comprend. C'est de bonne
guerre. Mais cette démarche n'a aucune chance d'aboutir parce que Faure
Gnassingbé est avant tout le fils de son père. Même s'il n'est pas le père, il
sait que lorsqu'on a le pouvoir, on ne gère pas les questions militaires sur la
place publique. Quant à M. Gilchrist Olympio, il doit savoir que lorsqu'on pose
mal un problème, on obtient nécessairement une mauvaise réponse. La question de
la reforme de l'Armée ne peut pas se régler au cours d'un dialogue entre partis
politiques opposés. Ceux qui posent le problème dans le contexte actuel ignorent
la nature réelle du pouvoir au Togo. L'Armée togolaise n'est pas plus mauvaise
que l'Armée nigérienne, malienne, burkinabè ou béninoise. Elle est meilleure à
l'armée ivoirienne qui a échoué dans sa mission première qui est de garantir
l'intégrité territoriale.
Il y a d'abord le
problème de statut qui est en cours de finalisation. D'ores et déjà un
avant-projet de statuts est élaboré et le débat est ouvert au sein des
garnisons. Le Ministre de la Défense est à pied d'œuvre.
En outre, il y a
les nombreux autres problèmes qui concernent les effectifs et les matériels,
etc. L'Armée nationale a besoin de moyens pour se moderniser et il appartient à
ceux qui sont au pouvoir d'y veiller et non à ceux qui veulent venir au pouvoir
de s'en servir pour appeler à une solution militaire. Gilchrist Olympio réputé
allergique aux militaires veut de façon détournée et habile user de la solution
militaire pour prendre le pouvoir. C'est pourquoi son parti ne se lasse pas de
lancer des appels aux soi-disant militaires patriotes d'agir, comme si l'armée
est composée de militaires patriotes et de militaires non patriotes.
Reformer l'Armée
avant d'organiser les élections, c'est la nouvelle trouvaille de l'UFC. Qui
alors va reformer l'armée ? Est-il pensable de demander à un Chef d'Etat de
chasser de l'Armée les militaires qui lui sont fidèles avant d'organiser des
élections ? Il n'y a qu'au Togo où des hommes politiques irresponsables et
ignorant des réalités militaires peuvent poser de telles exigences. Gilchrist
Olympio et son UFC ne comprennent rien aux questions militaires. C'est pourquoi
ils se livrent à la surenchère. Cela ne conduira qu'à l'impasse. Et c'est
pourquoi Gilchrist Olympio ne sera jamais Président du Togo. Personne dans aucun
pays au monde, ne peut arriver au pouvoir ou conquérir le pouvoir contre
l'Armée. Dès lors, on comprend que la stratégie de l'UFC qui consiste à
incriminer les militaires et les opposer au peuple est viciée et vouée à
l'échec. Après la mort d'Eyadema, il faut arrêter ces manœuvres de bas étage.
En Afrique du Sud,
au moment où Mandela allait prendre le pouvoir, l'Armée Sud Africaine était
dirigée par un corps d'officiers presque entièrement blancs. Les 90 % des
officiers étaient des blancs, apartheid oblige. Quand Mandela était devenu
Président, il n'a pas osé bousculer le statu quo. Il a laissé le temps au temps
et progressivement, les choses se normalisent au sein de l'Armée. Il avait
préservé l'équilibre de la République.
M. Gilchrist
Olympio doit cesser de s'amuser avec le sort de tout un peuple. La réforme de
l'Armée ne peut pas constituer un sujet de discussion avec une quelconque
opposition. Car l'Armée est une institution de l'Etat et comme tel, le Chef de
l'Etat en dispose. En cherchant à faire de la réforme de l'Armée une
exigence-clé, l'UFC et son chef font du dilatoire. Ils ne veulent pas du
dialogue. Il appartient aux autres partis politiques qui veulent régler les
problèmes togolais en toute lucidité, de prendre leur responsabilité ; car
Gilchrist Olympio adore le jeu de chat et souris, mais il oublie que la souris
c'est lui et bien lui. L'Armée togolaise est une réalité dont il faut tenir
compte. Elle ne demande qu'à jouer son rôle. C'est les hommes politiques qui
doivent savoir la gérer dans l'intérêt supérieur de la Nation togolaise.
Rodrigue |