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Après la mort du Président
Eyadema, les Togolais ont besoin de savoir, grâce à un document unique, les
événements survenus au Togo entre le 27 Avril 1958, date de la victoire du CUT,
parti de Sylvanus Olympio au référendum qui a conduit à l’indépendance
nationale, et le 13 janvier 1963, date de l’assassinat du Président Sylvanus
Olympio.
En effet, l’histoire du Togo,
indépendamment de tous les livres écrits ou récits publiés sous divers aspects
mérite encore d’être contée. Un tel exercice sera naturellement l’œuvre des
historiens. Mais il est connu que l’historien ne fait pas l’histoire. Il fonde
sa vérité sur des faits rigoureusement vérifiés, recoupés à divers niveaux.
C’est pourquoi, pour pouvoir accomplir convenablement sa mission, il est
important pour l’historien de verser au dossier tous les documents publiés à un
moment ou à un autre par les parties antagonistes.
Au Togo, on
assiste ces derniers temps à la publication de nombreux ouvrages sur l’histoire
de notre pays. Mais ce qui est remarquable, c’est que, délibérément ou non, ces
documents qui devraient apprendre objectivement aux générations présentes et à
venir ce qui s’était passé au Togo dans un passé récent sont amputés de certains
pans représentant des faits pourtant vécus. Ce faisant, on laisse dans notre
histoire des trous et des zones d’ombres qui méritent d’être éclairées. C’est
pourquoi nous pensons humblement que le contenu du «Livre blanc» publié par le
gouvernement après la mort de Sylvanus Olympio doit être porté à la connaissance
du public. Parce que ce document contient des éléments édifiants qu’il faut
porter à la connaissance de l’opinion.
Ce document scindé
en deux parties à savoir l’historique et les témoignages, sera publié en deux
temps.
Contrairement à ce
que beaucoup de Togolais peuvent croire, l’histoire du Togo n’a pas commencé en
1963 avec l’assassinat de Sylvanus Olympio, ni en 1958 avec l’arrivée de
Sylvanus Olympio au pouvoir. Le volet que nous publions aujourd’hui pour
éclairer l’opinion sur la gestion de Sylvanus Olympio n’est qu’une partie.
D’autres éléments pourront venir confirmer ou démentir ces faits. Mais après
lecture de ce document, il est loisible de constater que certaines idées reçues
ne sont pas vérité d’évangile.
Nous publions pour
illustrer la première partie, deux documents témoins : une lettre de Nicolas
Grunitzky à Sylvanus Olympio en date du 07 mai 1962 et un ordre de saisie des
biens N° 34/C/DSN du 17 janvier 1962.
Ces deux documents
illustrent parfaitement l’atmosphère qui prévalait à l’époque. Rappelons que
Nicolas Grunitzky était avant l’indépendance, l’adversaire politique de Sylvanus
Olympio. Il a été Premier ministre avant ce dernier et il était devenu Président
de la République après lui. Mais le plus important, c’est que Sylvanus Olympio a
épousé la sœur de Nicolas Grunitzky. Les deux hommes ont donc des liens
familiaux. Et pourtant…
Livre blanc sur les événements survenus au Togo entre le 27 avril 1958 et le 13
janvier 1963
AVANT-PROPOS
Le dimanche matin du 13
janvier 1963, le poste de radiodiffusion de Lomé, capitale du Togo, interrompt
ses émissions normales.
Un comité insurrectionnel a
pris le pouvoir pendant la nuit. Il annonce : le Chef de l’ancien gouvernement
est mort, pour avoir essayé de résister à la volonté du Comité Insurrectionnel.
Le Président de la République
du Dahomey, M, MAGA, pays frère, envoie sur place une mission pour faciliter une
médiation éventuelle et tenter d’éviter une guerre civile.
Le calme conservé par le pays
pendant les journées du dimanche 13 et du lundi 14 décide le Comité
Insurrectionnel à faire reprendre le travail le mardi 15. Ce même jour, vers 18
h, 30, le Comité Insurrectionnel donne une conférence de presse, M. Nicolas
GRUNITZKY, ancien Premier Ministre, de 1956 à 1958, appelé la veille pour former
le gouvernement provisoire, y rend compte de ses consultations.
Le jeudi 17 janvier 1963, le
Gouvernement est formé, la crise est dénouée, Le 5 mai suivant, le peuple du
Togo approuve une nouvelle Constitution, élit une nouvelle Assemblée Nationale
et choisit au suffrage direct un Président de la République : Nicolas GRUNITZKY,
et un Vice-Président : Antoine MEATCH!. Au gouvernement, tous les partis sont
représentés.
Que s’est-il donc passé au
Togo, sous le régime antérieur, qui puisse expliquer un événement aussi
exceptionnel, d’abord éclatant comme un éclair dans un ciel d’orages puis
s’estompant rapidement pour laisser place au calme et à la paix, à la concorde
des citoyens dans une union retrouvée ?
LE VŒU DE L’ASSEMBLEE
NATIONALE
Le samedi 6 juillet 1963,
l’Assemblée Nationale du Togo adopte, à l’unanimité, la proposition suivante,
présentée au nom de la Commission des Affaires Etrangères et de la Défense
Nationale, par son Vice-Présiqent, M Cosme. DOTSEY, un rapport oral de M. Napo
BADJI.
Considérant les événements du
13 janvier 1963 survenus au Togo ;
Considérant les résultats
obtenus aux consultations populaires du 5 mai 1963 qui ont permis au Pays de
retrouver librement la légalité constitutionnelle et la paix sur toute l’étendue
de la République;
Considérant que
certains pays étrangers continuent à vouloir ignorer volontairement les
réalités politiques du Togo ;
Considérant que toute position
de l’extérieur tendant à porter atteinte à l’Unité déjà réalisée par la
politique de réconciliation et suivie par le Gouvernement, ne peut plus
continuer à être admis ;
Considérant qu’une meilleure
information sur les réalités politiques togolaises apporterait la lumière à
certains pays étrangers mal renseignés ;
Condamne avec force
l’hostilité manifestée par certains chefs d’Etats africains envers le Togo pour
sa participation à la grande assise africaine d’Addis-Abeba ;
Loue avec enthousiasme les
efforts du Gouvernement pour le succès remporté dans sa politique extérieure
pour les reconnaissances obtenues ;
Remercie les Pays ayant déjà
reconnu le Gouvernement Togolais issu des élections du 5 mai 1993 ;
Invite lie Gouvernem8nt à tout
mettre en œuvre en vue de la publication rapide d’un LIVRE BLANC sur le régime
défunt ;
Souhaite que ce document fasse
l’objet d’une importante diffusion à l’intérieur comme à l’extérieur du pays.»
PREFACE
Je ne m’attarderai pas sur
les souffrances, les tortures, les deuils endurés par de nombreux Togolais, si
ce n’est pour rendre à tous ceux qui ont offert dans leur chair, dans leur cœur
ou dans un esprit la sollicitude et la compassion du Gouvernement que je
préside.
Nicolas GRUNITZKY.
(Assemblée Nationale – le
Jeudi 16 mal 1963)
Le document désigné par
l’Assemblée Nationale sous te nom de «LIVRE BLANC sur le régime défunt doit
clairement et sans passion exposer les faits qui se sont déroulés au Togo
pendant une période de près de cinq années - depuis le 27 avril 1958 jusqu’au 13
janvier 1963 - date de la fin tragique de Sylvanus OL YMPIO.
Un tel exposé n’est pas
destiné à charger !a mémoire d’un homme disparu, incapable d’apporter sa
défense, La place de cet homme est marquée dans l’histoire de la patrie
Togolaise, Le temps permettra, seul avec la sérénité nécessaire, d’en fixer la
véritable part.
Il ne peut s’agir d’un
réquisitoire au moment où le T::>go fait, une nouvelle fois, appel à l’Unité de
Tous ses enfants.
Il s’agit de suivre
l’évolution d’un mal, à peine perceptible à l’origine, qui grandit au fur et à
mesure que se relâche la juste critique des élus du peuple, et que se
multiplient les preuves d’adulation et de flagornerie.
Il s’agit de comprendre
comment le pouvoir s’isole rapidement de l’opinion publique, pour céder à des
conseillers occultes, mépriser les droits de la minorité, multiplier les
tracasseries administratives et policières, fouler au pied les droits du simple
citoyen et de la personne humaine.
Un peuple, un pays connu dans
le monde pour le calme de ses réactions, a vécu une épreuve cruelle et longue :
un homme a’ tenté de démolir les institutions qu’il s’était données de
confisquer les libertés de tous ses citoyens d’abattre un édifice élevé par la
patience de ses fils, l’intelligence et la détermination de ses premières
équipes politiques, pour élever sur ces ruines un monument à l’orgueil, un autel
pour célébrer le culte de sa personnalité.
C’est ce sacrifice qui doit
être connu et médité.
Petit par la taille, le Togo a
conquis ses lettres de noblesse dans le concert des plus grandes nations, par
l’épreuve douloureuse d8 plusieurs milliers de ses fils.
LE TOGO AVANT LES ELECTIONS
DU 27 AVRIL 1958
Avant l’arrivée au pouvoir de
Sylvanus OLYMPIO, le 27 avril 1958, quelle est la situation politique au
Togo ?
Le régime est celui de la
tutelle internationale confiée à la France par l’organisation des Nations
Unies, depuis 1946, La grande différence avec le régime antérieur du Mandat de
la S.D.N. confiée à la France en 1922, c’est la mise en place d’une Assemblée
Territoriale qui va servir de creuset à la vie politique Togolaise.
Dix années, après la fin de la
guerre le 12 Juin 1955, la nouvelle Assemblée Territoriale, consacre le Triomphe
de deux partis : PTP (Parti Togolais du Progrès) et U.C.P.N. (Union des Chefs et
des Populations du Nord) et l’écrasement des partisans de Sylvanus OLYMPIO et du
C.U.T. (Comité de l’Unité Togolaise.
Majorité et minorité
représentent les deux familles d’esprit essentielles qui interprètent, chacun
d’une façon diamétralement opposée, l’avenir du pays.
pour le P.T.P., l’UC.P.N., il
s’agit d’utiliser au mieux le cadre d’évolution présenté par la France et
l’évolution politique de la France elle-même, pour donner au Togo les chance
réelles de gagner son indépendance, sans risque, en faisant les apprentissages
nécessaires et en ménageant les transitions.
Pour Sylvanus OLYMPia et ses
amis du CUT, l’Indépendance doit être réclamée et obtenue immédiatement, la
puissance administrante dénoncée et l’Organisation des Nations Unies requise
d’intervenir.
Le mot «Indépendance» (Ablodé)
sera transformé, par lui, en formule magique capable d’accomplir tous les
miracles, Les» Nations Unies» deviendront dans l’opinion de la masse un paradis
lointain où se forge l’avenir du TOGO.
II n’est pas discutable que la
seule annonce de la participation au scrutin du 27 avril 1958 d’Observateurs de
l’O.N.U. - ait joué un rôle déterminant dans l’approbation donnée «programme de
Sylvanus OLYMPIO par le peuple Togolais.
L’histoire retiendra avec étonnement que les partisans de la patience sont allé
plus vite en besogne que les partisans de la précipitation.
En
effet, l’Assemblée élue le 12 Juin 1955 obtient, l’année suivante, le 24
août, le Statut de REPUBLIQUE AUTONOME DU TOGO.
Alors
que malgré la victoire électorale obtenue au nom de l’indépendance,
l’Assemblée, élue le 27 avril 1958, se contentera bon gré mal gré, d’attendre
trois années.
Deux
années pour déclarer l’Indépendance et trois années pour soumettre à
l’approbation du peuple une Constitution consacrant sa pleine
souveraineté.
Au
printemps de 1958, va donc se jouer le sort du TOGO jusqu’au 13 janvier 1963.
L’Assemblée Générale élue le 27 avril comprend 46 députés (au lieu de 30 pour la
précédente), la majorité comprend 32 membres (C.U.T,), la minorité 14 membres
(P.T.P. et U.C.P.N).
Sur le
plan parlementaire, le nouveau, Gouvernement est don le maître absolu. Il n’a
rien a redouter d une Opposition minoritaire qui est cependant en droit d
attendre d’exercer sa libre critique. ‘
Les
passions électorales devraient se calmer et la République s’établir dans la
concorde de tous les citoyens.
Que va-t-il donc se passer?
LA PRISE DU POUVOIR
Le vendredi 16 mai 1958 le
Premier Ministre désigné, M. Sylvanus OLYMPIO, prononce devant la Chambre des
Députés son discours d’investiture où il expose son programme minimum pour
réaliser très rapidement l’objectif final du régime de tutelle. Transformation
de l’administration, élaboration d’une constitution, modernisation des
collectivités secondaires. Il proclame que dans le domaine des droits de
l’homme, notre Gouvernement assurera à tous les citoyens et à tous les partis
politiques une liberté totale de parole, de mouvement et de réunion ; ... et en
guise de conclusion. «Je ferai un pressant appel à vous nos compatriotes, sans
distinction de parti, à travers vous les élus, d’écarter toute pensée de
vengeance ; il me semble qu’il n’appartient qu’à Dieu seul de venger ceux qui
ont été les victimes des errements humains. Le Togo a besoin de tous ses enfants
sans exception pour travailler à sa libération complète du joug colonialiste
qui a trop longtemps pesé sur ses destinées. Ensemble nous allons rebâtir notre
patrie sur une fondation solide et durable.»
Le Premier Ministre sortant,
M. Nicolas GRUNITZKY, premier orateur inscrit après avoir fait le bilan détaillé
du chemin parcouru par son Gouvernement, conclut : «Monsieur le Premier
Ministre désigné, Je sais qu’aucun des problèmes que je viens d’évoquer ne vous
échappe. Notre pays est à construire. Aux réalisations déjà entreprises,
viendront s’ajouter les vôtres, votre tâche, je le sais, sera lourde.
Et vous savez que le vœu que
j’ai déjà formulé à votre équipe et à vous-même est que vous réussissiez dans’
votre tâche. Et cette réussite dépendra du calme, de l’ordre à la paix et de la
concorde dont le pays vous entourera... Pour ma part et avant de reprendre rang
dans quelques instants parmi les députés et également au nom de mes amis, je
dirai en concluant qu’à tout ce qui touche à l’intérêt supérieur du pays, nous
apporterons notre concours dévoué.»
La minorité se joint à la
majorité et c’est à l’unanimité que le Premier Ministre désigné est
investi.
Hélas ce beau programme n’est
qu’à «usage externe. Le parti vainqueur entend éliminer ses anciens adversaires
et il le fera par la terreur.
L’exaltation des vainqueurs,
après les élections du 27 avril 1958 et le déchaînement des passions qui
s’ensuit, oblige le Gouvernement à promulguer une loi d’amnistie.
Mais cette amnistie s’exerce
de curieuse façon : tout d’abord, la loi na 58-51 du 23 Juillet 1958, sans autre
considération, décréta l’amnistie à l’égard des personnes mêlées aux incidents
du 22 juin 1957 survenus à Pya-Haut, c’est-à-dire en faveur des partisans avoués
de Sylvanus OLYMPIO.
Le débat de l’Assemblée du 4
Juillet 1957 (J.O. Débats p. 506 et 3), a permis d’apporter toute la lumière
sur des événements qui ont été en définitive, provoqués, recherchés et
mis en scène par des chefs politiques sans scrupules, désireux seulement de
pouvoir transformer à leur profit en héros de l’indépendance, ceux-là même
qu’ils ont poussés en leur promettant l’impunité au nom des Nations Unies, à
commettre de folles actions révolutionnaires à l’encontre des forces du
maintien de l’ordre.
Ensuite, afin de bien marquer
- pour le cas où certains pourraient en douter - que le gouvernement est décidé
à protéger ses amis, une nouvelle loi (n° 59-48 du 10 juin 1959) précise que
l’amnistie est accordée pour toutes infractions - à caractère ou à
inspiration politique, commises entre le 27 avril et le 30 juin 1958.
Cette loi est donc bien
destinée à protéger non pas les victimes mais les auteurs d’exactions et d’actes
de vengeances tels que ceux commis justement par les partisans fanatisés du
C.U.T. entre le 27 avril et le 30 juin 1958).
Cette amnistie est accordée le
10 juillet 1959 et un de ses bénéficiaires Théophile MALLY sera fait - 10 mois
plus tard - Ministre de l’Intérieur le 25 mai 1960.
Le nouveau Ministre saura
marquer sa reconnaissance à un maître aussi bienveillant et se fera l’ardent et
vigilant défenseur du régime, participant lui-même à des descentes de police.
Le Président de l’Assemblé,
SAVI de TOVE, se montre ‘implacable pour les quatorze députés de la minorité à
laquelle appartient l’ancien Président du précédent Gouvernement qu’il affecte
d’appeler «Monsieur le Député GRUNITZKY».
Le 2 juillet, une passe
d’armes se livre,à l’occasion de deux interpellations déposées par le Président
du groupe parlementaire minoritaire, Antoine MEATCHI. Trois ministres et seize
députés de la majorité - la moitié du groupe - se relaient à la tribune contre
J’interpellateur, qui, au nom de la minorité, a voulu dénoncer le déchaînement
des passions, les vengeances, les cruautés que couvre, et dans certains
cas encourage, une administration hâtivement renouvelée et mise en place et dont
les postes essentiels à la vie du jeune Etat sont confiés à des partisans
fanatiques.
Jusqu’à la fin de juin, le
pays vit au milieu d’incidents graves mettant la sécurité des citoyens en
danger. Il devient nécessaire de calmer les esprits: c’est probablement pourquoi
le Ministre de l’Intérieur annonce la publication par les soins du Gouvernement
lui-même, d’un Bulletin Quotidien de Nouvelles» et ceci en invoquant la loi
française du 29 juillet 1801 sur la liberté de la presse. Tous comptes faits,
cette initiative apparaît presque comme inoffensive en comparaison de ce qui
attend au Togo la liberté de la presse avec la loi c!u 12 octobre 1959, les
saisies de journaux et les arrestations ou les expulsions de journalistes.
L’année se termine sur la
promulgation du Nouveau Statut de la République Togolaise (ordonnance du 30
décembre 1956). ,
Voici que sonne l’heure de la
vérité et les partisans de l’indépendance immédiate, rapide» à n’importe quel
prix vont être obligés à leur tour, de composer avec les réalités, de demander
un délai, de reconnaître que tout ne peut pas être fait d’un seul coup le même
jour (1).
Le Président OL YMPIO déclare
aux députés : «Qu’il est apparu qu’il fallait un ou deux ans pour mettre en
place les transformations qui s’imposent en vue d’adapter la structure
administrative politique et économique du pays à celle d’un pays indépendant..».
II devra ajouter : «Toutes
ces considérations nous ont amené à proposer l’année 1960 comme date de
l’Indépendance du Togo.»
Un député de la majorité
conclura : «Nos populations ne vont pas comprendre ce retard.» (Séance du 27
octobre 1958)
Ce n’est probablement pas sans
une profonde amertume que Sylvanus OL YMPI.O s’incline devant une situation qui
apporte un tel démenti à ses promesses de l’époque plus facile ide ses voyages
de pétitionnaire aux Nations Unies.
UN PREMIER COUP DE SEMONCE
Au printemps de 1959, un
événement important va secouer le: premier ministère Sylvanus OL YMPIO :
l’opposition d’abord sourde puis la démission officielle de Me SANTOS, Ministre
de la Justice, des Travaux Publics, Mines, Transports, Postes et
Télécommunications. 1 est mis fin à ses fonctions le 9 mai 1959.
Cette décision
aura son prolongement sur le plan politique: l’éloignement de la majorité
du Mouvement de la Jeunesse
Togolaise dit «Juvento» et sur le plan parlementaire, la tentative de formation
d’un groupe «Juvento» limité à deux membres, Me SANTOS et Firmin ABALO. A cette
époque, ces deux députés n’imaginaient pas encore qu’ils étaient en train de
prendre le chemin des prisons dg Sylvanus Ol YMPIO.
L’heure historique du 27 avril 1960 va enfin sonner. L’indépendance promise pour
le 27 avril 1958 va-t-elle enfin se réaliser pleinement après deux années ? Bon
nombre de précautions sont prises; en particulier, pour loger les hôtes
illustres conviés par la Jeune République, le gouvernement fait construire un
hôtel de classe internationale «le Bénin ».
L’Hôtel est prêt à temps pour recevoir les hôtes étrangers. Pourtant quatre
jours seulement avant ICI date du 27 avril, la Chambra des Députés travaille
encore pour rédiger les modifications aux lois constitutionnelles du 30 décembre
1958, comme pour tenter de conjurer un sort contraire, de parer à un oubli
fâcheux faisant fêter l’indépendance à un pays dont la constitution serait
encore l’œuvre du pays colonisateur.
L’ACTION DU’ PARTI VAINCU
Un des thèmes fa’voris de la
propagande en faveur de l’indépendance immédiate a consisté à faire passer pour
des ennemis de la nation ses adversaires politiques, partisans d’une
progression, d’une temporisation, d’une négociation permanente avec la puissance
«administrante» pour obtenir d’elle le maximum de sa contribution financière et
de son aide technique, préparant ainsi la voie à une indépelO1dance sans risque
ni dommage.
Un tel
effort - que le Dr AJAVON a décrit - en évoquant dans des pages de souvenirs
encore inédites, son action parlementaire à Paris, au Conseil de la République,
comme Sénateur en liaison avec son ami, N. GRUNITZKY, qui menait le même combat
comme député à l’Assemblée Nationale, a pourtant porté es fruits. Il semble
équitable de les rappeler brièvement aujourd’hui.
Grâce
à l’intervention des parlementaire s envoyés en France par le Togo dans les
différentes Assemblées de la IV République, qu’il s’agisse de l’Assemblée
Nationale, du Conseil de la République, de l’Assemblée d3 l’Union Française, le
Togo a pu et su tirer de sa puissance administrante : la France, une part de
crédits d’investissements (s’ajouta aux crédits de fonctionnement et
d’administration) dont il est utile de rappeler l’importance.
a) De
1947 à 1959, au titre des 1'» et 2" Plan d’équipement et pour se limiter à ce
secteur, le FIDES a transféré au Togo la somm3 de 5,227 millions C.F.A.
b)
Pendant la même période, la même aide accordée à la Guinée - dont la superficie
est de 248.850 km et la population de 2.600.000 habitants fut presque
exactement de moitié. (Référence P.H. Siriese, «Une Nouvelle Afrique», Plon,
Editeur.)
c) Enfin, pour la même période
(plus courte de trois trimestres), du 1er avril 1046 au 31 mars 1958, les
paiements effectués par le Royaume Uni au Ghana au titre des «Colonial
Development and Welfare Funds» (correspondant au FIDES français) se sont élevés
au total de 3.400.000 livres i.e. environ 4,800 millions de francs
métropolitains, soit 2.400 millions CFA, soit donc deux fois moins que le Togo,
quatre fois moins étendu en superficie et presque quatre fois moins peuplé.
(Réf. Cmnd. 672 «Colonial
Development and Welfare Acts. Feb. 1960»)
Enfin, le Togo est devenu
indépendant. Il sera’ reçu solennellement par l’Organisation des Nations Unies à
New-York à l’automne suivant le 20 septembre.
Mais avant cette date, dès le
25 mai, l’équipe gouvernementale se complète et se durcit. Il s’agit
maintenant de prépar r l’étape finale pour la conquête du pouvoir. .
Entre temps, la terreur
s’aggrave dans tous le pays. Dans la seconde partie de ce Livre Blanc, des
exemples seront donnés, et cités d’opérations de cruauté, d’exactions, de
destruction et de vols; montées et réalisées avec le silence complice des
autorités.
Déjà un travail de recensement
est en cours, portant sur des milliers de cas et pour lesquels une Commission de
réparation a été instituée (décret 63-59 du 28 mai 1963) visant en particulier
les fonctionnaires et agents de l’Administration, licenciés, révoqués, suspendus
pour tiédeur à l’égard du régime ou simplement mutés pour, dès leur arrivée à
leur nouveau poste, recevoir une correction corporelle exemplaire.
Il n’est possible de se faire
une idée complète de cette période tragique, que par la consultation des
archives du Commissariat aux réfugiés et aux chefferies traditionnelles.
Entre temps, dès fin 1959,
«opposition tente de réagir. Elle a décidé de repartir sur une bas nouvelle, en
créant le 30 novembre 1959: l’U.D.P.T. par la fusion des deux partis de Nicolas
GRUNITZKY et d’Antoine MEATCHI, le P.T.P. et l’U.C.P.N.
L’opposition sera mise dans
l’incapacité- sauf quelques cas exceptionnels - de saisir toutes les occasions,
présentées par 1es élections municipales. le Premier Ministre, Sylvanus OLYMPIO,
est élu maire de LOME capitale du Togo; les brimades empêchent toute liste
concurrente de se manifester
A l’Assemblée, la minorité
doit désormais composer, pour se faire entendre. A la fin de l’année, par
exemple, le 14 décembre 1960, le Président de séance déclare qu’une date sera
fixée par le Gouvernement pour répondre à des question s orales posées par
l’ancien Premier ,Ministre, une semaine auparavant. Le 30 décembre «Monsieur le
Député GRUNITZKY est prié de patienter. Le 11 janvier 1961, M. GRUNITZKY
constate que ses questions orales visant les raisons pour lesquelles deux
citoyens togolais ont été arrêtés et déportés n’ont pas reçu de réponse, La
session parlementaire se termine avant que le Gouvernement ait eu le courage d’y
répondre.
Le 1er mars, l’ancien Premier
Ministre, parviendra, non sans mal, à évoquer ces deux arrestations arbitraires.
Mais le Gouvernement restera muet.
Tous ses efforts
sont tournés vers l’organisation et la réussite d’une seconde opération
d’envergure :
a) la préparation
des élections susceptibles de balayer toute opposition et toute critique ;
b) l’élection du
Président de la République et l’approbation, par voie de référendum, de la
Constitution promise depuis, si longtemps.
Lors de cette séance
du 1er mars, tour à tour MM. GRUNITZKY, AGBA YWASSA mettent l’Assemblée et le
Gouvernement devant leurs responsabilités et citent des exemples précis
d’intolérance de la part des chefs responsables du parti au pouvoir. A Soudima
(au Nord -Est de Lama-Kara) par exemple, des barrages sont établis pour filtrer
la population, la contrôler, l’impressionner et créer une atmosphère de
chantage pré-électoral. A Sokodé, le maire fait nettement savoir qu’il
n’:n8talleru pas d’isoloirs et qu’en conséquence’ le vote sera ainsi placé sous
son contrôle.
Le moment est grave. Cette
même séance va décider de la dissolution de la présente législature élue le 27.
avril 1958, donner des pleins pouvoirs au Gouvernement pour le référendum et les
élections législatives, L’Assemblée abandonne son droit de critique et
d’amendement sur 13 sur le texte de la nouvelle Constitution dont le
Gouvernement se réserve la rédaction exclusive. L’ancien Premier Ministre
s’inquiète de toutes ces perspectives, compte tenu des incidents que ses
collègues et lui-même ont signalés à la tribune.
Le Ministre d’Etat lui répond
:
«Il n’est pas question de
mettre en cause le régime des libertés.»
Or, pendant la
période de vacances de la Chambre, le Gouvernement pourra prendre des
ordonnances ayant force de loi. Que va-t-il faire de ce droit ?
En fait, il
s’abstiendra de s’en servir de façon trop visible et parviendra, à ses fins, de
toute autre façon.
A
suivre ... |