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S’il y a un sujet sur lequel
les protagonistes de la scène politique togolaise ont toujours achoppé, c’est
bien le dialogue. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé. En effet, pendant de
nombreuses années, la classe politique togolaise a préconisé le dialogue comme
seule voie de règlement de la crise politique née de l’échec de la Conférence
Nationale Souveraine.
En vérité, la Conférence Nationale devait être le haut lieu de dialogue qui
permettrait aux Togolais de laver leurs linges sales en famille. Malheureusement
ce grand rendez-vous de l’histoire a été bâclé à cause des ambitions des uns et
des autres. Pour beaucoup d’hommes politiques togolais, la Conférence Nationale
a été une occasion de défoulement, de règlement de compte et d’affirmation de
soi. Les participants, au lieu de se préoccuper prioritairement de trouver des
solutions durables aux maux qui minaient le pays, ont voulu régler le problème
de l’exclusion qui n’est que le corollaire de la dictature par une solution
d’exclusion. En clair, cela veut dire que l’opposition avait voulu chasser ceux
qui étaient au pouvoir pour les remplacer. Or il se trouve que le rapport de
force n’était pas en faveur de cette opposition qui n’avait pas de vision
cohérente des enjeux et des moyens à mettre en œuvre.
Ainsi, de cette épreuve, la classe politique togolaise était sortie plus que
jamais divisée et méfiante. La Conférence Nationale loin d’être le ciment qui
unit les Togolais comme ce fut le cas au Bénin, a été en revanche l’élément
catalyseur de la division et de la méfiance qui caractérisent désormais le
climat politique au Togo.
C’est à partir de la Conférence Nationale que le RPT qui l’avait échappé bel, a
compris que le dialogue loin de servir ses intérêts ne pouvait que le détruire.
Vouloir se servir du dialogue comme arme pour détruire l’adversaire politique
n’est plus un secret pour personne. Il s’agit donc d’un mensonge permanent
destiné à faire croire à l’adversaire que l’on est là où on n’est pas.
C’est pourquoi tous les dialogues initiés de l’intérieur comme de l’extérieur
ont toujours échoué. La finalité du dialogue n’est plus de créer les conditions
d’une alternance politique mais de prendre le pouvoir immédiatement sans autre
forme de procès. Si le but de l’opposition dite radicale était de partager le
pouvoir, il serait envisageable de trouver un modus vivendi. Pour Gilchrist
Olympio surtout, aller au dialogue c’est discuter des conditions de départ de
ceux qui sont au pouvoir. Un exemple parmi tant d’autres : la réforme de
l’armée. L’Armée est une institution de l’Etat qui, jusqu’à présent, est placée
sous l’autorité politique civile. A chaque occasion, le problème de la réforme
revient au tapis comme un serpent de mer. Réformer l’armée en quoi faisant ? En
chassant les militaires qui y sont ? On parle d’équilibre. Quel équilibre ? L’Armée
n’est pas une voiture accidentée qu’on amène à la tôlerie pour réparation. Oui,
il faut restructurer l’armée en la dotant des statuts plus modernes comme
d’ailleurs toute l’Administration de l’Etat. La réforme de l’Armée doit être le
fait des militaires d’abord qui feront leurs Etats généraux et non un objet de
polémique entre partis politiques. L’Armée ne doit pas être un enjeu de conquête
de pouvoir.
En tout état de cause, l’Armée togolaise ne demande qu’à être mieux commandée.
Celui qui en héritera un jour le constatera.
La question de la réforme de l’Armée est très sensible et demande des moyens
tant financiers que matériels. Il faut approfondir la réflexion en toute
sérénité.
Si aujourd’hui les Américains s’enlisent en Irak et sont confrontés à une
guérilla urbaine inextricable, c’est parce qu’ils ont banalisé le problème de
l’Armée de Saddam Hussein et ont pensé que l’avènement de la démocratie passe
par la destruction de cette Armée. Le résultat est chaotique.
La question du dialogue doit désormais être abordée avec discernement et
réalisme. Si nous prenons les 22 engagements. Au moment où le Gouvernement
prenait ces engagements les données n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Les
problèmes d’impunité dont on parle avec légèreté peuvent devenir une véritable
épée de Damoclès qui n’épargnera personne.
Le point 1.1 des 22 engagements est plus que jamais réduit au cadre
électoral.
Aujourd’hui la liberté de presse est une réalité. N’en déplaise aux détracteurs
qui pensent le contraire et qui d’ailleurs ne savent pas de quoi ils parlent.
La réforme de la Justice est en cours et se fera. Le pouvoir n’a pas besoin du
dialogue pour y parvenir. C’est surtout une question de moyens, de temps et de
volonté politique.
Les problèmes électoraux doivent être abordés en toute sérénité. Le Togo a
besoin d’un recensement général qui doit se faire en dehors des périodes
électorales. Et c’est à partir de ce recensement que sera dressée une nouvelle
liste électorale fiable susceptible de permettre une élection plus sûre. Le
Togo, certes n’est pas devenu un paradis, mais par rapport à la situation qui
prévalait il y a deux ans, il y a un mieux qu’il faut saluer. Qu’on le veuille
ou non, Faure Gnassingbé est en train de changer le Togo. C’est vrai que le
changement est lent à se dessiner mais le changement est là. Il suffit de
l’accompagner. Sur le plan économique, le tandem Faure-Kodjo est ce que le pays
peut espérer de mieux à cause de la complémentarité entre les deux hommes. Cette
complémentarité donne une efficacité sans précédent à l’équipe gouvernementale.
La semaine passée RFI et certains journaux ont parlé d’une rencontre entre Faure
et Gilchrist à Rome sous l’égide de la communauté Sant’Egidio. On a alors
galvaudé à dessein le terme dialogue intertogolais oubliant que le dialogue
intertogolais ne se limite pas à la rencontre entre Gilchrist Olympio et Faure
Gnassingbé. A notre avis, il s’agit des effets d’annonce qui ne font que la
publicité de M. Olympio dont on n’entend plus parler ces derniers temps. Que
Faure se déplace pour rencontrer Gilchrist c’est bien. Il l’a déjà d’ailleurs
plusieurs fois fait sans grand résultat. Que Gilchrist Olympio revienne
s’installer au Togo définitivement, c’est mieux. Faure et Gilchrist doivent
discuter du retour définitif de Gilchrist au Togo parce que Gilchrist Olympio ne
peut pas résoudre les problèmes togolais en restant en France. Il doit venir
s’imprégner des réalités sur le terrain. Que Faure le rencontre cent fois ne
donnera rien parce que l’homme (Gilchrist) ne comprendra jamais ce qui se passe
sur place. Il est dans une logique qui date de plus de quarante ans. Il ne
changera qu’en venant constater lui-même que les faits ont évolué et que les
Togolais ne sont pas tous ses militants.
Le dialogue est nécessaire mais le dialogue seul ne suffit pas comme panacée à
la démocratie. Faure a pour devoir de s’occuper des conditions de vie des
Togolais. C’est une question de responsabilité. Faure ne doit pas passer son
temps à s’occuper de l’opposition au détriment du peuple togolais.
Le dernier virage à 180° degrés de Me Agboyibo illustre parfaitement cette
vérité. Il appartient à l’opposition de tirer les leçons en fondant ses analyses
sur la réalité quotidienne du terrain. L’opposition doit agir positivement et
doit veiller à faire en sorte que le pouvoir en place démocratise d’abord.
Autrement, le blocage sera permanent et l’alternance ne sera jamais possible.
L’opposition doit faire preuve de réalisme. Tous ceux qui crient que rien ne
change alors que tout change sont des opportunistes de mauvaise foi. Ceux qui
ont cultivé la haine et l’intolérance parce qu’ils en ont fait un héritage
politique sont ceux-là qui ont banalisé la violence avec pour finalité
d’incriminer leur adversaire politique qui malheureusement pour eux dispose de
la force organisée.
Nous devons cesser de nous voiler la face autrement le Togo ne sortira jamais de
l’ornière. Dans nos prochaines éditions nous publions pour nos lecteurs le Livre
Blanc sur les événements survenus au Togo entre le 27 Avril 1958 et le 13
Janvier 1963 pour apporter l’éclairage sur un pan de notre histoire. Ainsi
chacun se fera une opinion sur les mensonges d’hier et les vérités
d’aujourd’hui.
Rodrigue |