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27 fevrier 2006

 
[ No 539: 27 fev. 2006]

La démocratie en insultant : Lawson Nicolas, symbole de la démagogie et de la négation politique

Nous avons lu avec consternation et dégoût, la lettre que M. Lawson Nicolas, Président du Parti du Renouveau et de la Rédemption (PRR) a adressée à M. Edem Kodjo pour exiger sa démission du poste de Premier Ministre. Nous trouvons tout simplement que cette façon de présenter les choses est lamentable et injuste. Lamentable parce qu’un homme politique qui a l’ambition de diriger un pays doit faire preuve de jugeote et de responsabilité. Injuste parce que la crise que traverse le Togo ne saurait être réduite à une seule personne. Cette vision réductrice de la situation politique de notre pays procède généralement de l’inculture politique et d’une forme de haine viscérale nourrie envers un homme.

On aura tout reproché à M. Edem Kodjo dans sa vie. Mais les observateurs les plus impartiaux sont unanimes pour reconnaître que c’est au moment où celui-ci a occupé des postes de responsabilité dans ce pays que le Togo s’est porté le mieux. Un petit rappel suffit pour s’en convaincre.

Au moment où Edem Kodjo était Secrétaire Général du RPT, ce parti était resplendissant et cristallisait toutes les espérances. Le Livre Vert dont il était le concepteur était la preuve de l’ambition qu’il nourrissait pour le Togo. Si les idées contenues dans le Livre Vert n’ont pas pu être entièrement concrétisées, c’était tout simplement parce qu’à l’époque, Edem Kodjo a été mis en minorité. Et c’est l’une des raisons qui sont à l’origine des frictions entre lui et Eyadema. Il s’agissait de savoir si dans chaque circonscription administrative, le RPT devait avoir des responsables locaux indépendamment des chefs de circonscription. Edem Kodjo pensait, à juste titre d’ailleurs, qu’il faut séparer la politique de l’administration. Le Président Eyadema pensait le contraire. C’est ainsi que les chefs de circonscriptions administratives ont été faits es qualité, commissaire régional du RPT.

A l’époque, on accusait Edem Kodjo de vouloir le pouvoir en tant que Secrétaire Général du RPT. Mais par la suite, les faits ont prouvé que, en laissant les chefs de circonscription cumuler les deux postes, l’administration s’est politisée avec tous les travers qu’on a connus.

Avec le recul, il fallait plutôt jeter des fleurs à Edem Kodjo au lieu de le condamner puisqu’il n’a été Secrétaire Général du RPT que pendant deux ans.

On accuse Kodjo d’avoir créé le RPT et d’en avoir été le Secrétaire Général pendant deux ans. C’est devenu un refrain dont ses détracteurs aiment se gargariser. Mais après lui, qu’est-ce qui s’était passé ? La création du parti unique n’a pas été une originalité togolaise. Partout en Afrique, c’était la mode. Incriminer quelqu’un pour cela relève d’un dérèglement psychologique.

Nous continuerons pour dire que c’est justement, au moment où Edem Kodjo était Ministre des Finances que l’économie togolaise a été la plus florissante. C’était au temps de la nationalisation de la CTMB et des budgets titan. L’économie togolaise faisait envie. C’était le temps des vaches grasses.

            Sauf ceux qui ont la mémoire courte, tout le monde reconnaît que c’est lorsque Edem Kodjo était Ministre des Affaires Etrangères que la diplomatie togolaise a été le plus efficace et la plus respectée. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu d’être élu Secrétaire Général de l’OUA.

Au poste de Secrétaire Général de l’OUA, il était celui, et le seul, qui avait donné une dimension économique nouvelle à l’organisation avec le Plan d’Action de Lagos qui est resté jusqu’à ce jour, une référence sur le continent.

On se rappelle que depuis que notre pays est plongé dans une crise récurrente, notre économie n’a connu une légère embellie qu’au moment où Edem Kodjo occupait le fauteuil de Premier Ministre. Tous les observateurs impartiaux l’ont reconnu. Entre 1994 et 1996, le Togo était sur le point de remonter la pente. Malheureusement, pour des raisons relevant de la politique politicienne, il a été contraint à la démission parce qu’il y avait justement à l’opposition, certains qui faisaient de son départ, un passage obligé, une sorte de casus belli.

Mais alors, lorsqu’il a quitté le poste de Premier Ministre, beaucoup de Premiers Ministres se sont succédé. On en compte quatre. Il suffit de comparer le bilan des uns et des autres pour comprendre que Edem Kodjo n’était pas aux commandes de la barque aux moments les plus sombres. Au contraire.


S’agissant des problèmes politiques du Togo, particulièrement le dialogue national, à moins qu’on soit frappé de cécité intellectuelle, on doit comprendre que ce n’est pas Edem Kodjo qui gère le dossier. Oui, c’est le Président de la République qui gère personnellement le dossier du dialogue intertogolais. Certes, dans le cadre des préparatifs du dialogue, Edem Kodjo a été au Burkina Faso. Mais, il n’était qu’en mission, sûrement à cause du calendrier chargé du Président de la République. En tout état de cause, le dialogue auquel Lawson Nicolas n’est pas associé, durait depuis des années avant que Edem Kodjo ne soit nommé, il y a sept mois, Premier Ministre.

En ce qui concerne la situation de précarité dans laquelle vivent les Togolais, l’honnêteté intellectuelle et morale commande de reconnaître qu’avant Kodjo et même avant Faure, notre pays a touché le fond. Le Togo était dans une société bloquée. Les Togolais vivaient dans la désespérance totale, puisque toutes les perspectives d’avenir étaient bouchées. Il faut reconnaître que la disparition du Président Eyadema a créé une nouvelle dynamique à la tête de l’Etat et que le tandem Faure–Kodjo est en train de faire un déblayage énorme avec l’ouverture de grands chantiers tels que, la réforme de la justice, le dialogue social, l’emprunt obligatoire couronné de succès, la problématique du guichet unique qui a reçu un coup d’accélérateur ces derniers temps,… Et plus près de nous, la rupture du contrat avec Togo-Electricité, gage d’une souveraineté énergétique. On ne peut donc plus dire que rien ne change.

Lorsque M. Nicolas Lawson, un lunatique en mal de sensation forte se plaît et se complaît à passer ces réalités par pertes et profits, et en s’érigeant lui-même en sauveur du Togo, on comprend que cet homme est la caricature de la démagogie et de la négation politique. Car on ne se proclame pas sauveur. Le peuple sait, lui-même, identifier ceux qui mènent des actions salvatrices.

Lawson Nicolas croit que pour faire de la politique, il suffit simplement d’insulter les autres, de les dénigrer, de les traîner dans la boue. Il croit que l’injure est l’arme suprême de la démocratie. Cet égocentrique aux pieds d’argile qui se prend les pieds tous les jours dans son propre tapis, croit pouvoir refaire le monde par une baguette magique.

Au moment de l’arrivée du tandem Faure–Kodjo aux affaires, l’économie togolaise était à l’agonie. Et c’est connu que le redressement économique est une œuvre de longue haleine et de constante vigilance qui nécessite un combat permanent contre les intérêts personnels et égoïstes et surtout contre le système RPT qui perdure et tire le Chef de l’Etat vers le bas.

Face à cette situation, Lawson Nicolas trouve que rien n’est fait. Qui est-il pour porter des jugements sur les autres, lui qui assume une lourde responsabilité en tant que Conseiller politique de Koffigoh dans l’échec de la transition togolaise ? On se rappelle le camouflet qui lui a été infligé à la Conférence Nationale Souveraine lorsqu’un participant l’a pris  à parti en lui reprochant publiquement de se prévaloir des diplômes qu’il n’avait pas. M. Lawson Nicolas n’avait rien trouvé à redire.

Lawson Nicolas devrait se taire pour le rôle néfaste qu’il a joué, lui et ses semblables qui ont conduit le Premier Ministre de Transition à la dérive et à l’échec. Qui est-il pour porter un jugement sur les autres, lui qui, hier encore, servait de coursier entre Eyadema et Kufuor alors que ce dernier était à l’opposition.

Que Lawson Nicolas se détrompe. Il n’est pas blanc comme neige. La complicité et la connivence qui caractérisait ses relations avec Eyadema sont connues. La situation difficile que connaît notre pays est le résultat du défaitisme, de la gourmandise et de l’incurie des Togolais eux-mêmes. Chacun, à des degrés divers, a été l’artisan convaincu ou non, de la situation qui prévaut aujourd’hui dans notre pays. C’est trop facile, vraiment facile de jeter l’opprobre sur les autres et d’imputer le tort, tout le tort à un seul homme.

Si la preuve est faite que Edem Kodjo est le seul obstacle pour la démocratie et le développement économique au Togo, ce dernier, tel que nous le connaissons, se retirerait avec plaisir. Mais dans l’état actuel des choses, nous ne voyons pas celui qui peut le remplacer au pied levé et faire mieux. En tout cas, ce ne sera pas Nicolas Lawson que nous mettons au défi de nous désigner une seule personne susceptible de relever le défi.

Si par l’impossible, on nommait Nicolas Lawson à la place de Edem Kodjo, le pays va sombrer fatalement dans l’anarchie, la démagogie et le désordre. Si Nicolas Lawson veut promouvoir ou relancer son parti politique, il lui appartient de s’organiser personnellement, au lieu de s’en prendre aux autres. Tout bon politicien réfléchi et raisonnable doit s’investir à barrer la route à des individus de la race de Lawson Nicolas qui n’est qu’un démagogue invétéré qui se prend pour le nombril du Togo alors qu’il n’est pas plus lourd que son poids qui n’est d’ailleurs pas lourd.

La personnalisation du débat politique qui consiste à faire porter le chapeau à une personne ciblée à dessein est une hérésie qui ne peut que porter de graves préjudices à la Nation.

En 1991, à la Conférence Nationale Souveraine, si Kodjo avait été écouté, les Togolais auraient pu faire l’économie de tant et tant de gâchis. Malheureusement à la Conférence Nationale c’est la clique à Lawson Nicolas qui avait le vent en poupe avec les conséquences que l’on sait et que l’on vit.


C. P.

 
 

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