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Nous avons lu avec consternation et
dégoût, la lettre que M. Lawson
Nicolas, Président du Parti du
Renouveau et de la Rédemption (PRR) a
adressée à M. Edem Kodjo pour exiger
sa démission du poste de Premier
Ministre. Nous trouvons tout
simplement que cette façon de
présenter les choses est lamentable et
injuste. Lamentable parce qu’un homme
politique qui a l’ambition de diriger
un pays doit faire preuve de jugeote
et de responsabilité. Injuste parce
que la crise que traverse le Togo ne
saurait être réduite à une seule
personne. Cette vision réductrice de
la situation politique de notre pays
procède généralement de l’inculture
politique et d’une forme de haine
viscérale nourrie envers un homme.
On aura tout reproché à M. Edem Kodjo
dans sa vie. Mais les observateurs les
plus impartiaux sont unanimes pour
reconnaître que c’est au moment où
celui-ci a occupé des postes de
responsabilité dans ce pays que le
Togo s’est porté le mieux. Un petit
rappel suffit pour s’en convaincre.
Au moment où Edem Kodjo était
Secrétaire Général du RPT, ce parti
était resplendissant et cristallisait
toutes les espérances. Le Livre Vert
dont il était le concepteur était la
preuve de l’ambition qu’il nourrissait
pour le Togo. Si les idées contenues
dans le Livre Vert n’ont pas pu être
entièrement concrétisées, c’était tout
simplement parce qu’à l’époque, Edem
Kodjo a été mis en minorité. Et c’est
l’une des raisons qui sont à l’origine
des frictions entre lui et Eyadema. Il
s’agissait de savoir si dans chaque
circonscription administrative, le RPT
devait avoir des responsables locaux
indépendamment des chefs de
circonscription. Edem Kodjo pensait, à
juste titre d’ailleurs, qu’il faut
séparer la politique de
l’administration. Le Président Eyadema
pensait le contraire. C’est ainsi que
les chefs de circonscriptions
administratives ont été faits es
qualité, commissaire régional du RPT.
A l’époque, on accusait Edem Kodjo de
vouloir le pouvoir en tant que
Secrétaire Général du RPT. Mais par la
suite, les faits ont prouvé que, en
laissant les chefs de circonscription
cumuler les deux postes,
l’administration s’est politisée avec
tous les travers qu’on a connus.
Avec le recul, il fallait plutôt jeter
des fleurs à Edem Kodjo au lieu de le
condamner puisqu’il n’a été Secrétaire
Général du RPT que pendant deux ans.
On accuse Kodjo d’avoir créé le RPT et
d’en avoir été le Secrétaire Général
pendant deux ans. C’est devenu un
refrain dont ses détracteurs aiment se
gargariser. Mais après lui, qu’est-ce
qui s’était passé ? La création du
parti unique n’a pas été une
originalité togolaise. Partout en
Afrique, c’était la mode. Incriminer
quelqu’un pour cela relève d’un
dérèglement psychologique.
Nous continuerons pour dire que c’est
justement, au moment où Edem Kodjo
était Ministre des Finances que
l’économie togolaise a été la plus
florissante. C’était au temps de la
nationalisation de la CTMB et des
budgets titan. L’économie togolaise
faisait envie. C’était le temps des
vaches grasses.
Sauf ceux qui ont la
mémoire courte, tout le monde
reconnaît que c’est lorsque Edem Kodjo
était Ministre des Affaires Etrangères
que la diplomatie togolaise a été le
plus efficace et la plus respectée.
C’est d’ailleurs ce qui lui a valu
d’être élu Secrétaire Général de l’OUA.
Au poste de Secrétaire Général de
l’OUA, il était celui, et le seul, qui
avait donné une dimension économique
nouvelle à l’organisation avec le Plan
d’Action de Lagos qui est resté
jusqu’à ce jour, une référence sur le
continent.
On se rappelle que depuis que notre
pays est plongé dans une crise
récurrente, notre économie n’a connu
une légère embellie qu’au moment où
Edem Kodjo occupait le fauteuil de
Premier Ministre. Tous les
observateurs impartiaux l’ont reconnu.
Entre 1994 et 1996, le Togo était sur
le point de remonter la pente.
Malheureusement, pour des raisons
relevant de la politique politicienne,
il a été contraint à la démission
parce qu’il y avait justement à
l’opposition, certains qui faisaient
de son départ, un passage obligé, une
sorte de casus belli.
Mais alors, lorsqu’il a quitté le
poste de Premier Ministre, beaucoup de
Premiers Ministres se sont succédé. On
en compte quatre. Il suffit de
comparer le bilan des uns et des
autres pour comprendre que Edem Kodjo
n’était pas aux commandes de la barque
aux moments les plus sombres. Au
contraire.
S’agissant des problèmes politiques du
Togo, particulièrement le dialogue
national, à moins qu’on soit frappé de
cécité intellectuelle, on doit
comprendre que ce n’est pas Edem Kodjo
qui gère le dossier. Oui, c’est le
Président de la République qui gère
personnellement le dossier du dialogue
intertogolais. Certes, dans le cadre
des préparatifs du dialogue, Edem
Kodjo a été au Burkina Faso. Mais, il
n’était qu’en mission, sûrement à
cause du calendrier chargé du
Président de la République. En tout
état de cause, le dialogue auquel
Lawson Nicolas n’est pas associé,
durait depuis des années avant que
Edem Kodjo ne soit nommé, il y a sept
mois, Premier Ministre.
En ce qui concerne la situation de
précarité dans laquelle vivent les
Togolais, l’honnêteté intellectuelle
et morale commande de reconnaître
qu’avant Kodjo et même avant Faure,
notre pays a touché le fond. Le Togo
était dans une société bloquée. Les
Togolais vivaient dans la désespérance
totale, puisque toutes les
perspectives d’avenir étaient
bouchées. Il faut reconnaître que la
disparition du Président Eyadema a
créé une nouvelle dynamique à la tête
de l’Etat et que le tandem Faure–Kodjo
est en train de faire un déblayage
énorme avec l’ouverture de grands
chantiers tels que, la réforme de la
justice, le dialogue social, l’emprunt
obligatoire couronné de succès, la
problématique du guichet unique qui a
reçu un coup d’accélérateur ces
derniers temps,… Et plus près de nous,
la rupture du contrat avec
Togo-Electricité, gage d’une
souveraineté énergétique. On ne peut
donc plus dire que rien ne change.
Lorsque M. Nicolas Lawson, un
lunatique en mal de sensation forte se
plaît et se complaît à passer ces
réalités par pertes et profits, et en
s’érigeant lui-même en sauveur du
Togo, on comprend que cet homme est la
caricature de la démagogie et de la
négation politique. Car on ne se
proclame pas sauveur. Le peuple sait,
lui-même, identifier ceux qui mènent
des actions salvatrices.
Lawson Nicolas croit que pour faire de
la politique, il suffit simplement
d’insulter les autres, de les
dénigrer, de les traîner dans la boue.
Il croit que l’injure est l’arme
suprême de la démocratie. Cet
égocentrique aux pieds d’argile qui se
prend les pieds tous les jours dans
son propre tapis, croit pouvoir
refaire le monde par une baguette
magique.
Au moment de l’arrivée du tandem
Faure–Kodjo aux affaires, l’économie
togolaise était à l’agonie. Et c’est
connu que le redressement économique
est une œuvre de longue haleine et de
constante vigilance qui nécessite un
combat permanent contre les intérêts
personnels et égoïstes et surtout
contre le système RPT qui perdure et
tire le Chef de l’Etat vers le bas.
Face à cette situation, Lawson Nicolas
trouve que rien n’est fait. Qui est-il
pour porter des jugements sur les
autres, lui qui assume une lourde
responsabilité en tant que Conseiller
politique de Koffigoh dans l’échec de
la transition togolaise ? On se
rappelle le camouflet qui lui a été
infligé à la Conférence Nationale
Souveraine lorsqu’un participant l’a
pris à parti en lui reprochant
publiquement de se prévaloir des
diplômes qu’il n’avait pas. M. Lawson
Nicolas n’avait rien trouvé à redire.
Lawson Nicolas devrait se taire pour
le rôle néfaste qu’il a joué, lui et
ses semblables qui ont conduit le
Premier Ministre de Transition à la
dérive et à l’échec. Qui est-il pour
porter un jugement sur les autres, lui
qui, hier encore, servait de coursier
entre Eyadema et Kufuor alors que ce
dernier était à l’opposition.
Que Lawson Nicolas se détrompe. Il
n’est pas blanc comme neige. La
complicité et la connivence qui
caractérisait ses relations avec
Eyadema sont connues. La situation
difficile que connaît notre pays est
le résultat du défaitisme, de la
gourmandise et de l’incurie des
Togolais eux-mêmes. Chacun, à des
degrés divers, a été l’artisan
convaincu ou non, de la situation qui
prévaut aujourd’hui dans notre pays.
C’est trop facile, vraiment facile de
jeter l’opprobre sur les autres et
d’imputer le tort, tout le tort à un
seul homme.
Si la preuve est faite que Edem Kodjo
est le seul obstacle pour la
démocratie et le développement
économique au Togo, ce dernier, tel
que nous le connaissons, se retirerait
avec plaisir. Mais dans l’état actuel
des choses, nous ne voyons pas celui
qui peut le remplacer au pied levé et
faire mieux. En tout cas, ce ne sera
pas Nicolas Lawson que nous mettons au
défi de nous désigner une seule
personne susceptible de relever le
défi.
Si par l’impossible, on nommait
Nicolas Lawson à la place de Edem
Kodjo, le pays va sombrer fatalement
dans l’anarchie, la démagogie et le
désordre. Si Nicolas Lawson veut
promouvoir ou relancer son parti
politique, il lui appartient de
s’organiser personnellement, au lieu
de s’en prendre aux autres. Tout bon
politicien réfléchi et raisonnable
doit s’investir à barrer la route à
des individus de la race de Lawson
Nicolas qui n’est qu’un démagogue
invétéré qui se prend pour le nombril
du Togo alors qu’il n’est pas plus
lourd que son poids qui n’est
d’ailleurs pas lourd.
La personnalisation du débat politique
qui consiste à faire porter le chapeau
à une personne ciblée à dessein est
une hérésie qui ne peut que porter de
graves préjudices à la Nation.
En 1991, à la Conférence Nationale
Souveraine, si Kodjo avait été écouté,
les Togolais auraient pu faire
l’économie de tant et tant de gâchis.
Malheureusement à la Conférence
Nationale c’est la clique à Lawson
Nicolas qui avait le vent en poupe
avec les conséquences que l’on sait et
que l’on vit.
C. P. |