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Combat du Peuple

22 fevrier 2007

[ 588 : du 19 fevrier 2007]
La classe politique togolaise face à la spéculation médiatique : Les élections législatives anticipées : Un virage à ne pas manquer

L’organisation des élections législatives anticipées annoncées pour le 24 juin prochain par le Chef de l’Etat Faure Gnassingbé à Bruxelles en septembre 2006 constitue la condition ultime à remplir pour la reprise totale des relations entre notre pays le Togo et l’Union Européenne. Comme on le voit, les élections législatives que notre pays se projette d’organiser doivent répondre à une double finalité :

            1 – remplir les conditions pour la reprise pleine et entière de la coopération avec l’Union Européenne.

            2 – pourvoir au remplacement de l’actuelle Assemblée Nationale qui arrivera bientôt en fin de législature.

            Les enjeux sont importants et ces échéances, de ce fait, constituent un virage à ne pas rater.

            Il est vrai que dans tous les pays du monde, l’annonce ou l’approche des élections crée toujours un climat d’effervescence et de passion qui pousse les politiciens à se surpasser, à mettre en branle des moyens financiers et à recourir parfois, malheureusement, au mensonge.

            Après la signature de l’Accord Politique Global suite au dialogue intertogolais et bien avant, tous les Togolais, y compris le Chef de l’Etat ainsi que les commissions mises en place pour investiguer sur les tenants et aboutissants du scrutin d’Avril 2005, de même que la Commission de revisitation de l’Histoire du Togo, ont juré par tous les dieux que tout doit être mis en œuvre afin que plus jamais, un processus électoral ne soit marqué par la violence au Togo. Ce qui, à tout le moins recommande que chaque processus soit abordé avec hauteur et pondération. Cependant, cette profession de foi n’a pas empêché que des intrigues se nouent et se dénouent déjà autour de ce prochain rendez-vous électoral.

            Pour notre part, ce qui nous inquiète, ce sont les spéculations et les surenchères médiatiques auxquelles nous assistons.

            Dès sa mise en place, la presse togolaise a abondamment écrit sur la CENI chargée de l’organisation des élections en relation avec les services de l’Administration. On lisait dans les journaux que la CENI a fait ceci, la CENI n’a pas fait cela, etc. On parle de blocage, de profondes divergences. Les informations colportées sont parfois si volontairement alarmistes qu’on a l’impression que c’est la guerre totale à la CENI. Et pourtant, il avait suffi seulement que le Comité de Suivi de l’application de l’Accord Politique Global se réunisse pour que tout rentre dans l’ordre.

            Il n’est un secret pour personne que la CENI est composée de représentants de partis politiques qui ont des intérêts  divergents. Il va donc de soi que les débats en son sein soient laborieux, parfois même houleux. Mais il ne faut surtout rien exagérer.

            La semaine dernière, certaines presses ont laissé entendre que les élections législatives anticipées prévues pour le 24 juin prochain seront reportées. Mais ces journaux, malheureusement, n’ont pas été en mesure de dire la date où ce report a été décidé et celle à laquelle les élections ont été renvoyées. Est-ce leur faute ? Nous disons oui et non, parce que le déficit d’information fait le lit de la rumeur et la rumeur alimente les spéculations et les interprétations fantaisistes.

            Pour éviter de tomber dans le piège de la spéculation médiatique ou des informations balancées sans le moindre fondement, la HAAC doit rappeler la presse à l’ordre concernant les informations relatives aux élections législatives. Ensuite, la CENI doit se doter d’une cellule de communication ou des services d’un attaché de presse qualifié et compétent qui doit, régulièrement donner les informations nécessaires pour prévenir la dérive des médias

            Nous pensons que compte tenu des expériences passées vécues, il serait indiqué que soit commencé dès à présent, le désarmement mental en plaçant les garde-fous pour empêcher la presse de verser dans le mensonge systématique. Car il est aujourd’hui question d’éviter que le germe entre dans le fruit pour le pourrir de l’intérieur. La presse togolaise en mal de sensation forte et surtout en quête de scoop ne recule devant rien pour inventer les informations qui peuvent l’arranger, surtout que dans le pays, le délit de presse est dépénalisé.

            Nous disons et nous répétons qu’on doit être très attentif à ce qui concerne le processus électoral. Nous n’avons pas le droit de banaliser quoi que ce soit parce que, en réalité, le problème, ce n’est pas la presse, mais c’est la gestion de la presse pour ne pas laisser de place aux spéculations.

            Face donc aux risques de dérive, il appartient à la classe politique dans son ensemble, de s’investir pour que les prochaines élections législatives soient un rendez-vous qui nous unit et non plus une occasion de se taper dessus.

C. P.

 
Dans l’intérêt des pays africains : Il faut repenser ou supprimer les sommets France-Afrique

 Le 24e sommet France-Afrique qui s’est tenu les 15 et 16 Février dernier à Cannes dans le sud de la France marque qu’on le veut ou pas, un tournant décisif dans les relations entre le pays de la Gaulle et les pays africains. Jacques Chirac dont c’était l’ultime messe avec les dirigeants africains passe pour le dernier d’une race d’hommes d’Etat français qui avaient une certaine idée paternaliste des relations entre l’ancienne puissance colonisatrice et les pays africains. Au jour d’aujourd’hui, nul ne saurait jurer de ce qu’il adviendra des sommets France-Afrique avec l’arrivée au pouvoir des nouvelles figures qui se bousculent au portillon de l’Elysée. Mais une chose est sûre, c’est que sur ce chapitre, plus rien ne sera comme avant.

Aujourd’hui, après 24 sommets France-Afrique, il est temps de s’interroger sur ce que rapporte concrètement cette messe à l’Afrique. Lors d’une récente interview, le Président gabonais Omar Bongo Ondimba qui aime parfois dire les choses comme il les pense, a déclaré en substance, que les sommets France-Afrique ne sont pas efficaces et donc n’apportent en réalité rien à nos pays. Et c’est bien l’opinion de plus en plus répandue et partagée à ce jour.

            En effet, créés sous le règne du Président Georges Pompidou, les sommets France-Afrique passent pour un instrument avec lequel on amenait les chefs d’Etat de l’ancien empire français en Afrique, à faire allégeance à la «mère patrie». Au fil des ans, pour tenter de mettre tous les pays africains sous la férule française, le sommet a été étendu à tous, y compris les pays anglophones, lusophones, hispanophones, etc. Conçus comme un cadre de rencontre, généralement sans ordre du jour bien déterminé, les sommets France-Afrique sont des palabres au cours desquelles des discours se succèdent avec à la clé, des déjeuners, des dîners bien arrosés et une photo de famille. Le Président français en grand monarque joue à sa majesté devant ses sujets. Puis on se donne rendez-vous pour la fois prochaine et le rideau tombe. Aucune décision concrète n’est jamais prise dans le sens du développement des pays africains. A preuve, aujourd’hui, après plusieurs décennies d’existence, on ne trouve dans aucun pays africain, une infrastructure (route, école, hôpital) qui soit le fruit des sommets France-Afrique.

            Les Anglais dit-on, savent bien faire les choses. C’est pourquoi ils ont créé le Commonwealth qui regroupe toutes les anciennes colonies autour de la couronne britannique. Mais contrairement à ce qu’on observe avec les sommets France-Afrique, les réunions du Commonwealth ont toujours été des rencontres au cours desquelles les débats sont sérieux et de très haut niveau. On y aborde des sujets intéressant le développement des pays africains. On y parle démocratie, droits de l’Homme, etc. Conséquence, les soubresauts qui ont marqué le processus démocratique dans les pays francophones n’ont pas été enregistrés dans les pays anglophones où, très tôt, les notions de démocratie ont été introduites. Les hommes au pouvoir n’ont pas compté sur la complicité avec la Couronne pour écraser leur peuple et refuser de se soumettre au verdict des urnes.

            L’histoire retiendra surtout que c’est avec l’avènement de Jacques Chirac à l’Elysée que les sommets France-Afrique ont montré le plus leurs limites. Ils étaient devenus des rencontres entre amis puisque l’homme a toujours privilégié ses relations de personne à personne avec les chefs d’Etat africains, au détriment des rapports d’Etat à Etat. Quel avantage peuvent tirer les pays africains de ces rencontres entre le «Roi blanc» et ceux qu’il appelle ses «amis» ? Il n’y a certainement pas d’illusion à se faire si l’on sait que le Général De Gaulle, père du gaullisme dont se réclame Chirac a lui-même dit que «la France n’a pas d’amis. Elle n’a que des intérêts». En clair, l’amitié entre Chirac et ses pairs africains ne va que dans son intérêt et son intérêt seul.

            Il est temps que soient repensées les relations entre la France et l’Afrique. Il est temps de comprendre que les sommets France-Afrique n’apportent rien de concret au développement du noir continent et envisager des rencontres beaucoup plus fructueuses. L’Organisation Internationale de la Francophonie, de par les missions qu’elle s’est assignée joue déjà un rôle important dans les relations entre la France et les pays ayant le Français en partage. Il s’agit d’une organisation qui dépasse le seul cadre de la France et de l’Afrique. Elle s’intéresse aux questions de développement dans tous ses compartiments, de la démocratie, des droits de l’Homme, à la promotion de la culture, etc. Cette structure doit être soutenue et promue. Les relations France-Afrique peuvent se développer dans le cadre de cette organisation.

            La nature des relations entre la France et l’Afrique doit changer pour permettre l’émancipation des peuples africains. Les sommets France-Afrique n’ont plus leur place dans la géopolitique actuelle où la tendance est à la mondialisation. Il va donc falloir sérieusement envisager la suppression de ces messes au profit d’un rapprochement Afrique-Europe.

C. P

 
Face à la folie meurtrière de Lansana Conté : Les Guinéens ne doivent compter que sur eux-mêmes

Dans notre dernière édition (C.P. N° 587 du 12 au 16 Février 2007) nous avions publié un article sous le titre «Lansana Conté ou les frasques sanglantes d’un impotent au soir de sa vie». Dans cet article, nous dénoncions les dérives du dictateur guinéen usé par le pouvoir et rongé par la maladie mais qui, envers et contre tout, continue à se maintenir au pouvoir en faisant tuer d’innocentes personnes par sa soldatesque. Depuis, la situation est allée de mal en pis puisque depuis le début de la semaine dernière, Lansana Conté, pour se remettre en selle et mieux écraser le peuple, a décrété l’état de siège.

L’instauration de l’état de siège par Lansana Conté vient apporter la preuve qu’il se trouve encore à la tête de certains pays africains – nous aurions tant voulu faire économie du terme mais il reste malheureusement le plus approprié – des fous sanguinaires. Nous savons tous que Lansana Conté est impotent, grabataire et condamné. Mais ce n’est pas parce qu’on est condamné qu’on doit assiéger les populations et se comporter comme si on a perdu la raison.

            Au Togo, on a connu une grève générale qui a duré neuf (9) mois. Pendant neuf mois, l’administration et tous les services de l’Etat étaient restés paralysés. On assistait de temps à autre à un durcissement de la crise. Mais cela durait quelques jours seulement. Pendant tout ce temps, jamais, le pouvoir n’avait décrété l’état de siège, jamais on n’envoyait des militaires aller tirer tous les jours sur des manifestants. Ce qui se passe aujourd’hui en Guinée est extraordinaire et fait honte à l’Afrique. Mais contrairement à ce que pensent certains, ce n’est ni la France, ni les pays de la CEDEAO, ni la communauté internationale qui viendront mettre fin à la bêtise. La France a d’autres préoccupations. Chirac est sur le départ et dans son pays, on est préoccupé par sa succession. L’heure est à la campagne. On est si absorbé par cette joute qu’on n’a pas le temps de penser à un pays comme la Guinée. La CEDEAO a, quant à elle, d’autres priorités. Les grosses pointures de cette organisation qui jouaient au gendarme ne sont plus aux affaires. Le dernier d’entre eux, le nigérian Olusegun Obasanjo a d’autres chats à fouetter. Il est en fin de mandat et dans son pays aussi, l’heure a sonné pour les élections. Il prépare donc son départ. Quant à la communauté internationale dans son ensemble, elle n’a certainement pas du temps à consacrer à un pays perdu quelque part dans un coin de l’Afrique. Et pour justifier son insouciance, elle aura beau jeu d’évoquer des principes comme la non ingérence dans les affaires des Etats ou la souveraineté, etc. La Guinée ne doit donc compter que sur elle-même.

            Oui, les Guinéens doivent compter sur eux-mêmes et sur eux-mêmes seuls. Ils doivent donc tenir bon face à la machine répressive, s’organiser pour combattre. Les peuples se libèrent toujours eux-mêmes de la tyrannie. Et lorsqu’on se bat pour la liberté, c’est-à-dire, pour la bonne cause, on finit toujours par triompher. Il y a donc lieu d’être optimiste. L’histoire ancienne et récente regorge d’exemples où les peuples ont fini par s’affranchir de leurs tyrans. Il suffit de s’armer de courage et de détermination.

            Nous disons que la meilleure issue à ce bras de fer est que le peuple guinéen se libère lui-même. C’est la forme la plus souhaitée de liberté. Car lorsque des éléments étrangers interviennent pour libérer un peuple, il y a toujours problème. L’exemple le plus récent de ce cas de figure s’est produit en Somalie où des forces éthiopiennes avaient volé au secours du pouvoir somalien en chassant et en mettant en déroute les Tribunaux Islamiques. Mais depuis, la paix n’est pas revenue dans le pays.

            Aujourd’hui, Lansana Conté aveuglé par la maladie et la détermination de s’accrocher à son fauteuil vacillant fait tuer quotidiennement ses compatriotes comme s’il avait décidé de régner sur un cimetière. Il dispose de la force brute et en fait usage à volonté. Mais contrairement à ce qu’on peut croire, ce n’est pas lui qui tient le bon bout. C’est le peuple guinéen qui le tient. Car tôt ou tard, il finira par céder. Et tout porte à croire que le moment n’est plus éloigné. Actuellement, pour tenir le peuple en respect, Lansana Conté a décrété l’état de siège. Tout le pays est paralysé. Cela ne sera pas sans conséquence sur l’Etat et surtout les Finances Publiques. Un jour viendra où il voudra ramener le pays à la situation normale. Comment s’y prendra-t-il alors ? Cherchera-t-il à échanger la levée de l’état de siège contre la reprise du travail ? Ou bien mettra-t-il des militaires derrière chaque citoyen pour les obliger à aller travailler ?

            Le peuple guinéen doit se resserrer les coudes et comprendre que les réactions de Lansana Conté ne sont que celles d’une bête à l’agonie. Il doit demeurer déterminé et considérer qu’il a déjà consenti l’essentiel des sacrifices. Conté peut tuer des hommes. Mais on ne tue jamais un peuple. Il y a lieu d’espérer et l’optimisme est de mise. Surtout ne pas baisser les bras. Telle doit être sa devise. La victoire est au bout.

C. P.

 

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