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Il y a quelques jours, nous
annoncions dans nos colonnes, la reprise du dialogue intertogolais à Ouagadougou
(Burkina Faso) sous la présidence du Chef de l’Etat burkinabé Blaise Compaoré.
Cette rencontre prévue pour débuter ce lundi 20 février n’aura finalement plus
lieu. Elle a été reportée sine die faute d’un minimum d’entente entre les
différents protagonistes qu’elle devait réunir. Notre pays le Togo passe
indubitablement pour celui qui a connu le plus de dialogues qui malheureusement
n’auront conduit à rien.
En effet, depuis
la rencontre entre l’opposition et le pouvoir à Colmar en 1993 jusqu’à ce jour,
un nombre incalculable d’initiatives ont été prises pour permettre aux Togolais
de se parler pour trouver, ne serait-ce qu’un début de solution aux nombreuses
questions qui les divisent. Mais à toutes les fois, si ces initiatives
n’échouent pas tout simplement avant d’être concrétisées, c’est le dialogue qui
se termine en queue de poisson, laissant les problèmes intacts ou un peu plus
compliqués qu’avant. De nombreuses tentatives d’explications ont été données à
ces échecs répétés. Mais nous pensons qu’un minimum de conditions est nécessaire
pour la réussite d’un dialogue.
Pour qu’un
dialogue comme celui préconisé au Togo connaisse un succès, il faut que les
différentes parties en présence sachent à l’avance ce qu’elles veulent et
surtout les moyens dont elles disposent pour l’obtenir. Au Togo, tel n’a jamais
été le cas. Parfois on recherche quelque chose et son contraire à la fois. On
donne l’impression de vouloir réellement aller à la table de négociation et à la
dernière minute, on se débine.
La vérité, c’est
que les enjeux du dialogue ne sont pas les mêmes pour le pouvoir et pour
l’opposition. Outre le fait que ce dialogue pourrait conduire s’il aboutissait,
à la normalisation des relations de coopération entre le Togo et ses partenaires
au développement, le pouvoir n’a pas forcément besoin de dialoguer.
Mais au niveau de
l’opposition, le problème se pose autrement et offre une double option qui
impose un choix dès le départ. L’opposition doit se demander si elle va au
dialogue pour préparer les conditions d’une démocratie pouvant permettre
l’alternance au pouvoir ou si elle y va pour obtenir l’alternance ici et tout de
suite.
La première option
suppose que l’opposition rentre dans le jeu, discute et négocie avec le pouvoir
en place, parvient à arracher une modification des lois électorales, prépare les
esprits et le terrain au changement et affronte victorieusement le pouvoir en
place aux prochaines échéances.
La seconde option
qui veut qu’on aille au dialogue avec l’idée d’en faire un tremplin pour accéder
au pouvoir en dépouillant ceux qui l’incarnent aujourd’hui de l’essentiel de
leurs prérogatives est la plus difficile et paraît impossible.
Laquelle de ces
deux options l’opposition choisit-elle ? Apparemment elle-même ne le sait pas.
Puisque depuis toujours, tout porte à croire qu’elle n’a aucune stratégie
cohérente.
Mais en tout état
de cause, les Togolais ont besoin de s’asseoir et de se parler pour exorciser la
crise et parvenir à la réconciliation vraie. Si l’Union Européenne a préconisé
ce dialogue, c’est qu’elle avait constaté un déficit démocratique au Togo.
L’opposition démocratique qui n’est jamais parvenue à déloger le RPT au pouvoir
a toujours estimé que ce parti aux affaires depuis de nombreuses années a mis en
place un mécanisme de fraudes électorales soutenu par des textes électoraux
taillés sur mesure. Le dialogue devra permettre donc d’élaborer des textes
consensuels, gage d’élections crédibles, susceptibles de conduire à l’alternance
par la voie des urnes.
Chose curieuse,
alors que le pouvoir montre une disposition certaine à aller au dialogue, c’est
l’opposition qui pose des conditions et se montre frileuse. Après le faux
problème des préalables, c’est la question du choix d’un facilitateur qui avait
plombé le débat pendant plusieurs semaines. Finalement ce fut le Secrétaire
Général de l’ONU qui avait fait avancer les choses, pour désigner M. Lakhdar
Brahimi comme facilitateur du dialogue. Mais le diplomate algérien a beau avoir
des qualités, il maîtrise très peu le dossier togolais. C’est pourquoi il a été
proposé que lui soit adjoint, le Sénégalais Moustapha Niasse, un habitué du
dossier, qui avait d’ailleurs été facilitateur et n’était reparti que pour un
impératif national.
Mais une fois encore,
l’opposition a récusé M. Niasse, en se fondant sur des a priori et des arguments
fort peu convaincants. A son tour, le pouvoir décide d’émettre de sérieuses
réserves sur M. Brahimi. Conclusion, le processus se retrouve dans l’impasse.
On en était là
quand l’initiative de la reprise du dialogue à Ouagadougou a été annoncée. Le
Président Compaoré sollicité à cet effet avait donné son accord pour abriter et
présider la rencontre. Selon nos informations, il aurait pris attache avec
Gilchrist Olympio qui contrairement à ses habitudes, n’avait trouvé aucune
objection à aller dialoguer au Burkina Faso. La difficulté viendra de ceux qui
sont au Togo qui estiment n’avoir été informés d’aucune rencontre à Ouagadougou
et prétendent que le dialogue ne devrait se tenir qu’au Togo. Comme pour
compliquer les choses, Gilchrist Olympio qui avait déjà accepté le principe de
Ouaga se rétracte à son tour.
Pour débloquer la
situation, on invite les différentes parties à un pré-dialogue toujours dans la
capitale burkinabé. Une occasion pour leur expliquer les raisons du déplacement
du dialogue sur Ouagadougou, raisons qui tiennent essentiellement à un besoin de
discuter dans la sérénité, loin des médias et de régler une bonne fois pour
toutes, l’épineuse question du facilitateur. Mais, fidèle à sa stratégie,
l’opposition refuse de faire le déplacement.
Dans cette
affaire, c’est l’opposition qui est toujours la plus grande perdante. Elle a
toujours payé le prix de ses tergiversations et de son manque de courage. Au
lendemain de l’élection présidentielle du 24 Avril dernier, le Président Faure
Gnassingbé, dans un souci d’apaisement avait décidé de désigner comme Premier
ministre, un membre de la Coalition. Le choix avait été porté sur Me Agboyibo.
Tout avait été apprêté pour sa nomination. Mais le leader du CAR a tellement mal
géré cette affaire que finalement, la primature lui avait échappé. En politique,
il y a des erreurs qui ne pardonnent pas. Il faut savoir saisir les opportunités
et les exploiter à son avantage. Si Me Agboyibo était Premier ministre
aujourd’hui, le problème du dialogue qui se situerait dans un contexte de
cohabitation se poserait autrement.
Désormais, les
refus répétés de l’opposition à aller au dialogue deviennent lassants et
risquent de la conduire à sa propre perte. Car qu’on le veuille ou non, le RPT,
lui, est déjà au pouvoir et n’en demande pas mieux. Seul le peuple qui souffre
de la suspension de la coopération continuera à payer un lourd tribut du fait de
l’hésitation et des inconséquences de la classe politique. Mais jusqu’à quand ?
C. P. |