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Le
Premier Ministre Edem Kodjo s’est rendu à Ouagadougou (Burkina Faso) le
vendredi 03 février 2006.
D’après nos informations, cet aller et
retour a permis au Chef du Gouvernement de rencontrer les Autorités burkinabé
notamment le Président Blaise Compaoré avec qui il aurait discuté des
modalités pratiques du dialogue intertogolais appelé à s’ouvrir instamment
dans la capitale burkinabé.
En effet, depuis un certain temps, des
informations concordantes font état de l’ouverture très prochaine du dialogue
intertogolais à Ouagadougou.
Aujourd’hui, il est permis d’affirmer au
regard des éléments d’information en notre possession que le choix porté sur
Ouagadougou a recueilli l’accord de tous les protagonistes de la scène
politique togolaise. Nous ne sommes pas dans les arcanes politiques, mais tout
porte à croire que l’imminence de l’ouverture de ce dialogue tant attendu ne
fait plus l’ombre d’un doute. On parle même du début de la deuxième quinzaine
du mois de Février en cours.
Ce dialogue politique, désormais
incontournable dans l’évolution sociopolitique de notre pays est une exigence
qui relève des 22 engagements pris à Bruxelles par le Gouvernement SAMA au
terme des consultations entre le Togo et l’Union Européenne.
Conformément au point 1.1 des 22
engagements, il faut que le pouvoir organise avec l’opposition traditionnelle
et la Société civile un dialogue structuré, transparent et crédible devant
aboutir aux élections locales et aux législatives dès que possible.
En retournant à Ouagadougou après dix ans,
les Togolais peuvent d’ores et déjà parler de Ouaga IV.
Il n’est un secret pour personne que
l’Union Européenne fait de ce dialogue une sorte de passage obligé sans lequel
la reprise de la coopération avec notre pays n’est pas envisageable. A
Bruxelles, le Togo est devenu un cas d’école, une sorte de pari qu’il faut
tenir au risque de perdre la face. L’exigence d’organisation d’élections
législatives et locales n’est cependant pas une panacée à la crise. Cette
démarche découle plutôt d’une stratégie qu’on peut appeler l’Eurocratie
c’est-à-dire la vision européenne de la démocratie en Afrique et
particulièrement au Togo.
Une chose est certaine : tous les Togolais
partagent un rêve. C’est aussi le rêve du Président Faure Gnassingbé.
C’est le rêve d’une société démocratique
où la Justice et la liberté seront les valeurs les mieux partagées par les
citoyens. C’est le rêve d’une société libérée de toutes les formes de
discrimination et d’intolérance y compris celles fondées sur la langue, le
sexe, la religion, l’opinion politique, l’origine ethnique, sociale ou autres.
C’est le rêve d’un Togo de paix réconcilié
avec lui-même.
Si nous sommes tous d’accord que le
dialogue qui va s’ouvrir une énième fois entre les Togolais aura pour finalité
un Togo de Liberté, de Justice et de Paix, tous les acteurs politiques doivent
œuvrer pour que le processus d’apaisement et de restauration de la confiance
mutuelle en cours soit consolidé pour que notre pays se normalise et se
développe pour le plus grand bien de tous.
Le dialogue ne doit pas être un arène où
chacun luttera pour faire prévaloir ses intérêts partisans au détriment de
l’intérêt collectif. Les querelles de clocher et les antagonismes exacerbés
par des égoïsmes de bas étage doivent céder la place à des débats de fond
susceptibles de sortir le pays de l’ornière. Les acteurs politiques doivent se
faire une raison et se dire que la démocratie est une œuvre de longue haleine
qui est surtout tributaire du rapport de force.
S’agissant surtout du rapport de force,
les uns et les autres doivent se faire à l’idée que dans la vie d’une nation
rien n’est figé. Au contraire tout est dynamique.
Le rapport peut basculer à tout moment en
faveur de l’adversaire. L’essentiel c’est que chaque partie gère sa victoire
pour en faire la victoire du peuple et non celle d’un parti politique, d’une
région ou d’une ethnie. C’est de cette seule façon que la confiance qui nous
fait tant défaut peut s’instaurer entre les fils du Togo.
La démocratie au Togo ne dépend et ne
dépendra pas de l’Union Européenne. L’Eurocratie n’est pas non plus la
démocratie car elle a ses limites.
Les Européens ont leur vision. Il nous
appartient nous-mêmes de savoir ce que nous voulons et de faire en sorte que
nos réalités communes soient prises en compte.
Si le dialogue qui va s’ouvrir à
Ouagadougou n’aboutit pas à une formule satisfaisante pour toutes les parties,
c’est sûrement parce qu’il y aura mauvaise foi. Car contrairement à la version
initiale des 22 engagements, dès lors que le pouvoir a accepté la présence du
ou des facilitateurs, ceux-ci auront pour rôle d’arrondir les angles. C’est ce
qu’on appelle le compromis ou le consensus nécessaire à l’aboutissement
heureux de tout véritable dialogue.
Le dialogue intertogolais qui va s’ouvrir
se fera sous le parrainage des facilitateurs désignés conjointement par l’ONU
et l’Union Européenne. Plusieurs noms circulent parmi lesquels on cite celui
de M. Lakhdar Brahimi (71 ans), ancien ministre algérien des Affaires
Etrangères qui vient de prendre sa retraite à l’ONU, un diplomate chevronné
qui a traîné sa bosse un peu partout dans les zones de guerre. Le Sénégalais
Moustapha Niasse est également pressenti pour le seconder. Ce dernier ayant
l’avantage de mieux cerner les réalités complexes du terrain politique
togolais, il peut éviter à Brahimi certains tâtonnements qui lui feront perdre
inutilement le temps. En tout état de cause, M. Niasse est un homme d’Etat,
intellectuellement honnête qui aime le Togo et dont la contribution peut être
décisive.
Nous ne dirons plus qu’il s’agit de
dialogue de dernière chance. Nous l’avions souvent dit mais les faits ont
toujours prouvé le contraire. Mais ce dialogue-ci risque de sonner le glas à
certains acteurs politiques s’ils continuent de privilégier la stratégie de
refus à tout et à tout moment. Dire non, toujours non en politique est une
négation de la démocratie. Il est temps de le comprendre.
Rodrigue |