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7 fevrier 2006

 
[ No 536: 6 fev. 2006]

Dialogue inter togolais : Edem Kodjo à Ouagadougou pour discuter des modalités pratiques Les 22 engagements et l’Eurocratie au Togo

                   Le Premier Ministre Edem Kodjo s’est rendu à Ouagadougou (Burkina Faso) le vendredi 03 février 2006.

            D’après nos informations, cet aller et retour a permis au Chef du Gouvernement de rencontrer les Autorités burkinabé notamment le Président Blaise Compaoré avec qui il aurait discuté des modalités pratiques du dialogue intertogolais appelé à s’ouvrir instamment dans la capitale burkinabé.

            En effet, depuis un certain temps, des informations concordantes font état de l’ouverture très prochaine du dialogue intertogolais à Ouagadougou.

            Aujourd’hui, il est permis d’affirmer au regard des éléments d’information en notre possession que le choix porté sur Ouagadougou a recueilli l’accord de tous les protagonistes de la scène politique togolaise. Nous ne sommes pas dans les arcanes politiques, mais tout porte à croire que l’imminence de l’ouverture de ce dialogue tant attendu ne fait plus l’ombre d’un doute. On parle même du début de la deuxième quinzaine du mois de Février en cours.

            Ce dialogue politique, désormais incontournable dans l’évolution sociopolitique de notre pays est une exigence qui relève des 22 engagements pris à Bruxelles par le Gouvernement SAMA au terme des consultations entre le Togo et l’Union Européenne.

            Conformément au point 1.1 des 22 engagements, il faut que le pouvoir organise avec l’opposition traditionnelle et la Société civile un dialogue structuré, transparent et crédible devant aboutir aux élections locales et aux législatives dès que possible.

            En retournant à Ouagadougou après dix ans, les Togolais peuvent d’ores et déjà parler de Ouaga IV.

            Il n’est un secret pour personne que l’Union Européenne fait de ce dialogue une sorte de passage obligé sans lequel la reprise de la coopération avec notre pays n’est pas envisageable. A Bruxelles, le Togo est devenu un cas d’école, une sorte de pari qu’il faut tenir au risque de perdre la face. L’exigence d’organisation d’élections législatives et locales n’est cependant pas une panacée à la crise. Cette démarche découle plutôt d’une stratégie qu’on peut appeler l’Eurocratie c’est-à-dire la vision européenne de la démocratie en Afrique et particulièrement au Togo.

            Une chose est certaine : tous les Togolais partagent un rêve. C’est aussi le rêve du Président Faure Gnassingbé.

            C’est le rêve d’une société démocratique où la Justice et la liberté seront les valeurs les mieux partagées par les citoyens. C’est le rêve d’une société libérée de toutes les formes de discrimination et d’intolérance y compris celles fondées sur la langue, le sexe, la religion, l’opinion politique, l’origine ethnique, sociale ou autres.

            C’est le rêve d’un Togo de paix réconcilié avec lui-même.

            Si nous sommes tous d’accord que le dialogue qui va s’ouvrir une énième fois entre les Togolais aura pour finalité un Togo de Liberté, de Justice et de Paix, tous les acteurs politiques doivent œuvrer pour que le processus d’apaisement et de restauration de la confiance mutuelle en cours soit consolidé pour que notre pays se normalise et se développe pour le plus grand bien de tous.

            Le dialogue ne doit pas être un arène où chacun luttera pour faire prévaloir ses intérêts partisans au détriment de l’intérêt collectif. Les querelles de clocher et les antagonismes exacerbés par des égoïsmes de bas étage doivent céder la place à des débats de fond susceptibles de sortir le pays de l’ornière. Les acteurs politiques doivent se faire une raison et se dire que la démocratie est une œuvre de longue haleine qui est surtout tributaire du rapport de force.

            S’agissant surtout du rapport de force, les uns et les autres doivent se faire à l’idée que dans la vie d’une nation rien n’est figé. Au contraire tout est dynamique.

            Le rapport peut basculer à tout moment en faveur de l’adversaire. L’essentiel c’est que chaque partie gère sa victoire pour en faire la victoire du peuple et non celle d’un parti politique, d’une région ou d’une ethnie. C’est de cette seule façon que la confiance qui nous fait tant défaut peut s’instaurer entre les fils du Togo.

            La démocratie au Togo ne dépend et ne dépendra pas de l’Union Européenne. L’Eurocratie n’est pas non plus la démocratie car elle a ses limites.

            Les Européens ont leur vision. Il nous appartient nous-mêmes de savoir ce que nous voulons et de faire en sorte que nos réalités communes soient prises en compte.

            Si le dialogue qui va s’ouvrir à Ouagadougou n’aboutit pas à une formule satisfaisante pour toutes les parties, c’est sûrement parce qu’il y aura mauvaise foi. Car contrairement à la version initiale des 22 engagements, dès lors que le pouvoir a accepté la présence du ou des facilitateurs, ceux-ci auront pour rôle d’arrondir les angles. C’est ce qu’on appelle le compromis ou le consensus nécessaire à l’aboutissement heureux de tout véritable dialogue.

            Le dialogue intertogolais qui va s’ouvrir se fera sous le parrainage des facilitateurs désignés conjointement par l’ONU et l’Union Européenne. Plusieurs noms circulent parmi lesquels on cite celui de M. Lakhdar Brahimi (71 ans), ancien ministre algérien des Affaires Etrangères qui vient de prendre sa retraite à l’ONU, un diplomate chevronné qui a traîné sa bosse un peu partout dans les zones de guerre. Le Sénégalais Moustapha Niasse est également pressenti pour le seconder. Ce dernier ayant l’avantage de mieux cerner les réalités complexes du terrain politique togolais, il peut éviter à Brahimi certains tâtonnements qui lui feront perdre inutilement le temps. En tout état de cause, M. Niasse est un homme d’Etat, intellectuellement honnête qui aime le Togo et dont la contribution peut être décisive.

            Nous ne dirons plus qu’il s’agit de dialogue de dernière chance. Nous l’avions souvent dit mais les faits ont toujours prouvé le contraire. Mais ce dialogue-ci risque de sonner le glas à certains acteurs politiques s’ils continuent de privilégier la stratégie de refus à tout et à tout moment. Dire non, toujours non en politique est une négation de la démocratie. Il est temps de le comprendre.

Rodrigue

 

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