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Combat du Peuple

6 fevrier 2007

[ 586 : du 5 fevrier 2007]
Conseil National de l’UFC : Gilchrist Olympio, la réalité et la part du mythe

Le Togo, notre chère patrie est un pays bizarre où il se passe souvent des choses étranges. Il faut être Togolais et vivre au Togo pour comprendre certains comportements des Togolais. Doit-on parler de comprendre ? N’est-ce pas un abus de langage ? Disons plutôt, il faut être Togolais et vivre au Togo pour être témoin de certains faits qui n’ont pas d’explication rationnelle

Gilchrist Olympio, le leader de l’Union des Forces de Changement (UFC) est fils de son père. C’est le fils de feu Président Sylvanus Olympio assassiné un 13 janvier 1963. Gilchrist Olympio lui-même a quitté le Togo depuis cette époque. Une grande partie des Togolais, surtout les jeunes, ne le connaissent pas. L’homme n’ayant jamais vécu à Lomé et n’ayant rien fait dans le pays, la majorité des Togolais le connaissent seulement par le nom qu’il porte.

            Gilchrist Olympio n’était pas destiné à la politique. Il a été formé pour chercher de l’argent. Et à ses yeux, tel que nous le connaissons, rien d’autre ne compte. Ceux qui n’ont pas d’argent ne trouvent aucune grâce à ses yeux. Il les méprise royalement tout comme son père d’ailleurs.

            Il reste que Gilchrist Olympio qui a été victime d’un attentat, le 05 Mai 1992 à Soudou, dans des circonstances non encore élucidées jusqu’à ce jour, (un rapport avait conclu à l’implication des militaires togolais dont le fils du défunt Président Eyadema le Lt-Col. Ernest Gnassingbé, mais les autorités togolaises avaient tout nié en bloc ; c’était au temps de la Transition sous Koffigoh) a su profiter habilement de cet événement et a fondé toute sa stratégie de popularité sur une autre tragédie, celle de l’assassinat de son père.

            Ainsi donc, l’assassinat de feu Sylvanus Olympio et l’attentat de Soudou sont devenus les deux socles sur lesquels a été bâti le mythe de cet homme qui a toujours cru que tout lui est dû. Oui, Gilchrist Olympio, son Etat-major et ses partisans aiment toujours évoquer les différents scrutins qu’il aurait gagnés et les différentes victoires qu’on leur aurait volées. Mais ça, c’est une autre histoire. Ce qui nous préoccupe ici, c’est le mythe de l’homme, fondé sur deux événements sanglants dont il tire la sève vivifiante pour sa politique, une sorte de fonds politique inépuisable dont il use et abuse. Tous les autres fantasmes sont venus se greffer là-dessus.

            Aux Togolais, on vante à loisir la fortune de Gilchrist Olympio qui, selon les propagandes, serait si riche qu’il pourrait donner du travail à faire à tous les Togolais de sa propre poche s’il arrivait au pouvoir. On dit que Gilchrist Olympio a construit de grandes usines au Ghana. On oublie de dire que l’unique usine qu’il possède dans ce pays a fait faillite. On nous dit que les dépôts en banque de Gilchrist Olympio sont si énormes en Europe que s’il procédait à leur retrait, les banques européennes allaient s’écrouler. Naturellement, tout cela fait partie du mythe. Mais la réalité est tout autre, parce que M. Gilchrist Olympio, aussi riche soit-il, n’a même pas construit ne serait-ce que par personne interposée, une case au Togo. Même les maisons de son grand frère et de son père laissées à l’abandon sont dans un état si délabré qu’elles sont devenues la honte de la capitale.

            L’autre réalité, c’est qu’on ne nous a jamais dit que ce monsieur est un démocrate. L’homme est d’une arrogance inégalée. Il exige tout des autres et pense que sa volonté doit faire office d’ordre. Il ne supporte pas la moindre contrariété. Même les questions embarrassantes des journalistes l’incommodent et l’irritent. Quiconque dit le contraire de ce qu’il pense ou de ce qu’il dit subit la foudre de sa colère. Il a fait du mépris, une culture de vie. On l’a souvent vu à l’œuvre. La dernière illustration était la signature de l’Accord Politique Global où il s’est fait représenter par son beau frère Eric Amerding, ridiculisant ainsi tous les responsables du parti qui se battent sur le terrain au jour le jour.

            On l’a également vu à la nomination de Me Agboyibo au poste de Premier Ministre, nomination qu’il a considérée comme un crime de lèse-majesté. On se souvient qu’il était monté au créneau pour fustiger non seulement Me Agboyibo et le CAR, mais aussi tous les autres partis qu’il a traités de moins que rien pour avoir osé exprimer des opinions autres que les siennes. On l’a finalement vu, lorsque s’apercevant de sa bourde, il a voulu se rattraper en acceptant de rentrer au gouvernement. Même en cette circonstance, c’est-à-dire, alors qu’il était en situation de faiblesse, Gilchrist Olympio a posé des conditions inacceptables. Dans quel pays a-t-on vu un Président de la République confier des postes ministériels aussi stratégiques que la sécurité, la justice… à son pire adversaire ? Il faut être au Togo pour vivre ces genres d’incongruités.

            A cause de sa propension à tout mépriser, il a raté tous les rendez-vous politiques historiques du pays. L’homme n’a aucun respect pour les Togolais, pas plus pour ses militants qu’il harangue et à qui il fait des promesses jamais tenues. Ce qui a fait dire à un de ses nombreux admirateurs déçus : «Sacré Gilchrist, un démagogie consommé et impitoyable. A preuve, il n’a jamais rien fait pour mériter la confiance que ses militants placent en lui. Il a toujours dit : «Si les élections sont transparentes, nous gagnerons». Mais il n’a jamais rien fait pour mettre ses suffrages à profit. Aujourd’hui, la preuve est définitivement faite que cet homme est du passé et que l’avenir du Togo ne passe pas par lui. Sa vision politique a toujours été obscurcie par le drame de son père et l’attentat auquel il a échappé. Comme quoi, ce qui constitue le mythe de Gilchrist Olympio fait en même temps sa faiblesse. On ne devient jamais un grand homme politique mieux, un homme d’Etat, lorsqu’on est miné par la haine et la vengeance. Gilchrist Olympio a toujours soutenu que Eyadema a tué son père parce qu’il a revendiqué la paternité de l’acte. Pourtant il savait pertinemment que ce n’est pas Eyadema qui l’a fait. C’est le mensonge fondateur. On a toujours cru qu’après la mort d’Eyadema, Gilchrist Olympio allait mettre du bémol à sa haine. C’est mal connaître l’homme. Il n’a pas hésité à mettre le fils à la place du père alors que les deux hommes n’ont rien de commun.

            Ce qui fait mal, très mal, c’est que cet homme se moque royalement des Togolais. Il n’arrive au Togo qu’en période électorale pour demander aux populations de voter pour lui comme si elles étaient du bétail électoral à sa disposition. Le reste du temps, il parcourt le monde à la recherche de l’argent, la seule chose qu’il sait faire mais qu’il fait si mal parce qu’il gruge ses partenaires.

            Le mépris avec lequel il traite les Togolais n’est qu’une injure à leur intelligence. Nous pensons qu’il est temps que le leader d’un si grand parti comme l’UFC s’installe au Togo ou du moins, qu’il y ait une résidence. S’il n’en est pas capable, qu’il cesse de demander aux Togolais de voter pour lui et son parti. Car le moment venu, il ne sera pas là pour gérer la suite du scrutin en cas de besoin.

            M. Gilchrist Olympio, la balle est dans votre camp.

C. P.

 
La course au pouvoir : Faure Gnassingbé, la démocratie et le pouvoir
L’un des traits caractéristiques de la lutte politique au Togo, c’est qu’on n’arrive jamais à faire la part des choses c’est-à-dire, le distinguo entre la conquête du pouvoir et l’exigence de la démocratie. Pendant longtemps, se fondant sur l’inculture politique de la majorité des Togolais, les leaders de l’opposition ont fait croire qu’il leur suffit de prendre le pouvoir pour instaurer la démocratie.

            En réalité, si le processus démocratique a connu beaucoup de ratées, au Togo, ce n’est pas seulement parce que Eyadema était un dictateur qui ne voulait pas s’en aller. La course au pouvoir a été un élément déterminant dans cet échec.

            Face à Eyadema, le jeu était facile pour eux, parce que ce dernier s’est illustré comme un dictateur et son système qu’il a créé et géré d’une main de fer ne laisse pas de place au moindre partage du pouvoir. En revanche, avec l’avènement du fils, Faure Gnassingbé, au pouvoir, les données ont changé. Désormais, les jeux sont ouverts. Au moment où Faure Gnassingbé se bat à gauche et à droite, contre vents et marées pour promouvoir la démocratie au Togo, on continue, au sein de l’opposition, à s’entredéchirer pour conquérir le pouvoir.

            Une preuve que nous voulons prendre comme illustration. Après sa nomination comme Premier Ministre de la République togolaise, Edem Kodjo a ouvert beaucoup de chantiers sur les plans économique, social, culturel, etc. Cet homme dont les compétences et la capacité de travail sont pour le pays, un trésor à exploiter, a toujours été, à cause des visées pouvoiristes, vilipendé et dénigré pour rien. Des journaux ont même écrit qu’il s’est fait entourer d’une pléthore de Conseillers, alors qu’il n’en avait que 14.

            Vint alors le tour de Me Agboyibo qui, par le jeu de la politique, accède aux fonctions de Premier Ministre. Et à quoi assistons-nous ? S’agissant des collaborateurs recrutés, Me Agboyibo aligne le chiffre de 67 et continue à recruter. La Primature est devenue le service de l’emploi. On embauche à tour de bras sans tenir compte des capacités réelles ni de l’utilisation efficiente qu’on pourra faire des potentialités des uns et des autres.

            Au demeurant, on soutenait que le RPT empêche le Premier Ministre de travailler ; qu’on ne lui donnait pas les moyens financiers. On parlait de transparence. Pour un oui ou un non, on publiait des communiqués de presse et tout était entouré d’un folklore qui ne pouvait conduire qu’à la démagogie.

            Aujourd’hui, c’est le silence complet. Que dire, sinon qu’on mange et quand on mange, on ne parle pas. Qu’a-t-on fait de la transparence ? Allez le savoir, car lorsque la voiture du Premier Ministre renverse et tue un citoyen, on fait le black-out. On n’en parle pas. Ni sur les médias publics, ni sur les médias privés.

            La gestion quotidienne de l’Etat semble se limiter aux questions électorales. Les dossiers économiques et financiers doivent attendre. Comme si pour gouverner un pays, il y a un temps pour l’économie et un autre temps pour la politique.

            Avec le Premier Ministre Agboyibo, on ne présente pas de bilan. Avec le Premier Ministre Agboyibo, les Togolais ne savent pas à quel saint se vouer. Tous les chantiers économiques sont couverts d’un voile. Leur évolution devient opaque. A quoi est due cette situation sinon toujours à la volonté de conquérir le pouvoir ?

            On nous dit qu’on combat le RPT et les Kabyè qui s’accaparaient de tout. En même temps, on fait pire qu’eux alors qu’on n’a pas la moitié de leurs moyens. On recrute les gens à l’aune de leur militantisme dans un parti. Le copinage ainsi que les considérations d’appartenance ethniques et tribales sont devenus la règle. Et pourtant, c’est ce que nous dénonçons tous les jours. On a fait de la primature un quartier général électoral du CAR. Ce parti veut et œuvre à mettre toutes les chances de victoire de son côté pour les prochaines législatives.

            L’UFC quant à elle n’est pas rentrée au Gouvernement parce qu’on ne lui a pas donné les postes ministériels qu’elle exigeait. C’est toujours le même refrain. On parle de poste, de portefeuille. Les mots «compétence», «efficacité» sont tabous. On n’en parle jamais.

            Bientôt, les élections législatives. D’ores et déjà, les partis de l’opposition sont en train de déployer leurs hommes sur le terrain pour demander aux populations de voter pour eux. Parce qu’ils veulent gagner et chasser Faure du pouvoir pour gouverner. Ce qui naturellement est faux. Car ce n’est pas parce qu’un parti va gagner les élections législatives qu’il peut gouverner seul le Togo. Aucun parti, en l’état actuel des choses, ne saurait gouverner seul le Togo. On ira toujours de coalition en coalition. Le RPT, malgré ses faiblesses, reste trop fort pour être bouté hors. Il vaut mieux dire aux citoyens togolais : «allons aux élections en vue de former une Assemblée pluraliste pour promouvoir la démocratie avec Faure». Les Togolais doivent donc faire très attention. Pour paraphraser Thierry Desjardins, un auteur français, nous dirons : «Gilchrist, Appolinaire (Agboyibo), Léopold, ASSEZ ! De mensonges, d’hypocrisies, de promesses, de parlotes, de trahison, de la lâcheté…»

            Désormais, il faut respecter les Togolais et éviter de leur mentir. Les prochaines élections législatives doivent être celles de l’union de tous les fils du Togo et non celles de leur division. Les leaders de l’opposition, ceux qui se classent au sein de l’opposition radicale doivent mettre l’accent sur ce qui unit et cesser de poser des actes qui divisent. C’est à ce seul prix qu’ils vont contribuer au développement et à la promotion de la démocratie dans notre pays. La conquête du pouvoir est une légitime aspiration de tout homme politique qui a créé un parti. Mais beaucoup sont appelés et très peu sont élus. Le poste de Président de la République, en clair, le pouvoir suprême n’est pas donné à tout le monde. Pour l’avoir, il faut le savoir-faire, les moyens en ressources humaines et financières, sur le plan interne et externe. Beaucoup le savent mais font semblant de l’ignorer. Ils font croire qu’ils sont capables de faire ce qu’ils ne pourront jamais faire. C’est ça surtout le grand mensonge qui a fait que le Togo est devenu une curiosité malsaine sur le plan régional, africain et mondial.

C. P.

 
 
 
 

 

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