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Décidément,
les événements se suivent mais ne se ressemblent pas dans notre pays.
En effet, le Président de la République, Faure Gnassingbé accompagné du
Premier Ministre Edem Kodjo, a assisté, le vendredi 27 janvier 2006,
à la rentrée solennelle de la conférence de stage, en d’autre terme, la
rentrée solennelle du Barreau. Au cours de la cérémonie, il a prononcé un
discours qui a fait dire qu’il s’est fait l’Avocat de la profession d’Avocat.
Pour ceux qui ne le
savent pas, la présence du Président de la République au Palais de Justice de
Lomé est un symbole qui marque désormais un nouveau départ dans les relations
tumultueuses entre le pouvoir et le barreau. C’est le lieu de rappeler que
depuis les années 60 c’est-à-dire après l’inauguration du Palais de Justice,
le Président Eyadema n’avait plus mis les pieds dans cette enceinte jusqu’à sa
mort. La raison de ce boycott était que le pouvoir a, à tort ou à raison,
considéré le barreau comme une sorte de bastion de l’opposition politique. Il
est vrai que les prises de position des Avocats en faveur des libertés et du
respect des droits de l’homme au Togo n’avaient jamais été du goût de nos
dirigeants d’alors et n’ont jamais trouvé d’écho favorable.
Le rôle d’avant-garde
joué par le barreau pendant les événements du 05 Octobre 1990 ont encore
envenimé les rapports entre le pouvoir et l’ordre des Avocats. Pire, les
prises de positions politiques individuelles des Avocats ne sont pas faites
pour améliorer un climat déjà conflictuel. Grosso modo, l’Etat togolais et le
barreau se sont toujours regardé en chien de faïence et il faut reconnaître
que la bataille a été rude et a laissé beaucoup de séquelles.
En se rendant personnellement au Palais de Justice à l’occasion de la rentrée
solennelle, Faure Gnassingbé a posé un acte très important destiné à briser la
glace c’est-à-dire à rompre avec un passé marqué par la confrontation. Il
s’agit d’un saut politique qualificatif que nous avons le devoir de saluer et
d’encourager. Le changement de cap est donc un signe fort.
La présence du
Président au Palais est certes un symbole, mais ce qui est encore plus
significatif, c’est le discours qu’il a prononcé pour la circonstance. Après
avoir dénoncé certaines pratiques en cours, en particulier le rôle du
«démarcheur judiciaire», une sorte d’intermédiaire entre le juge et le
justiciable, Faure Gnassingbé a insisté sur la lenteur, l’incertitude et la
corruption qui caractérisent la Justice (Lire le discours du Président).
La cérémonie s’est déroulée en présence de plusieurs bâtonniers et avocats
venus de différents pays africains et européens dont des français notamment Me
Mario Stasi, Avocat à la Cour d’Appel de Paris, ancien Bâtonnier de l’ordre.
Au regard des manifestations qui ont marqué le 25e anniversaire
du barreau, on peut d’ores et déjà dire que l’heure n’est plus à la défiance
ni à la confrontation mais à la coopération dans l’indépendance.
A preuve, au cours
des manifestations, le Premier Ministre Kodjo a pris part aux manifestations
organisées pendant la journée du 25 janvier dénommée «Journée de la Justice».
Le soir du 25 janvier a eu lieu la nuit de l’éloquence. Plusieurs sujets ont
été traités et des prix ont été attribués. Mais cette cérémonie a été marquée
par un incident que nous ne saurions taire et qui a provoqué le départ
anticipé du Premier Ministre et des membres du gouvernement. Il s’agit du
sujet intitulé à peu près comme suit : ‘‘Dans un royaume, on a enseigné aux
citoyens que deux fois deux font six’’. Des savants ont démontré que deux fois
deux font quatre – Mais le roi impose de façon transitoire que deux fois deux
font cinq. Bref, il s’agit de la problématique de la pensée unique. L’Avocat
stagiaire qui a développé le sujet n’a pas fait preuve de doigté. Il a manqué
de courtoisie voire de culture en comparant des hommes considérés dans leurs
pays comme des héros à des despotes éclairés.
Le sujet n’a pas été suffisamment maîtrisé surtout que l’auteur a établi un
parallèle malsain et malséant avec les réalités nationales en des termes crus
présentés de façon discourtoise et désobligeante.
Le hic c’est que le
Bâtonnier Komlan à qui le texte a été soumis n’a pas su, de façon responsable,
arrondir les angles en trouvant les termes et l’approche justes. Cet incident
est une péripétie parmi tant d’autres qui ont failli assombrir une célébration
somme toute, réussie. C’est ainsi que le discours concernant l’éloge d’un
Avocat disparu qui doit être prononcé selon la tradition, et qui concerne Me
OCCANSEY a été censuré sans que celui qui doit le prononcer n’ait été averti.
Pire, le discours prononcé sur le thème, ‘‘La mort vaut-elle la peine’’ a été
charcutée par rapport à la version originelle qui avait remporté le premier
prix de l’éloquence.
Tous ces accrocs faits sous la responsabilité du bâtonnier Komlan qui, par
mépris, avait refusé de parler à la presse, loin d’être des épiphénomènes
n’ont cependant pas terni l’éclat final des manifestations. Cependant ces
tentatives d’étouffement sont de nature à susciter des interrogations et des
inquiétudes sur le prix à payer pour collaborer avec le pouvoir.
Une chose est certaine, les Autorités togolaises, le Président de la
République et le Premier Ministre ont joué le jeu. Ils ont fait preuve de
disponibilité et de bonne foi. Malgré l’incident du 25 Janvier, ils ont honoré
de leur présence l’ouverture de la rentrée solennelle du barreau le 27 janvier
signe que leurs actes sont en adéquation avec leurs propos de tous les jours.
Nous souhaitons que
la réforme de la Justice fasse son chemin et que chaque acteur du monde
judiciaire joue convenablement et rigoureusement sa partition.
Rodrigue |