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Les
Togolais ont l’art de la polémique, et veulent systématiquement avoir un droit
de regard sur le passé, juste pour éviter qu’on leur raconte que l’histoire est
autre chose que ce qu’ils croient.
Alors que, dans le camp
de Faure Gnassingbé, on s’apprête à commémorer le 05 février prochain, date
anniversaire de la mort d’Eyadema, comme journée de la ‘’catastrophe
nationale’’, du côté des opposants, les jeunes veulent se souvenir de cette date
comme jour de la ‘’libération nationale’’. Même si la ‘’libération n’est que
partielle, pas achevée, et que le fils continue l’œuvre du père’’, susurre-t-on
du côté des jeunes de l’opposition. Si cela peut paraître cynique, voire
horrifiant, considérer le 05 février comme journée de la libération, il faut
dire que cela constitue, en réalité, la réponse à la célébration du 13 janvier
par Faure Gnassingbé. Des deux côtés, il n’y a pas de doute que les célébrations
portent sur le mort d’hommes d’Etat ayant joué des rôles déterminants dans
l’histoire du Togo. Des deux côtés également de la classe politique, ces morts
suscitent des sentiments différents.
La mort de Sylvanus Olympio, le père de l’indépendance et père d’une jeune
nation naissante, est une catastrophe pour les dirigeants de l’UFC, nostalgiques
du Comité de l’Unité Togolaise (CUT). Par contre, du côté du RPT, on ne se s’en
cache pas, le meurtre du 13 janvier 1963 constitue une libération nationale,
l’arrêt brutal mais salutaire d’une dictature.
De même, la mort du
général Eyadema est une ‘’catastrophe nationale’’ pour les dirigeants du RPT.
Une situation qui les a bouleversés, au point de leur ôter toute sagesse dans la
conduite et la maîtrise de l’après Eyadema. La perte de celui qu’ils considèrent
comme ‘’le père de la nation’’ est, pour les militants et sympathisants de
l’opposition, l’arrêt inespéré d’une dictature, qui a laissé le Togo avec une
économie en état de délitement, et une nation divisée, en divorce avec ses
dirigeants.
Si les jeunes de
l’opposition célèbrent comme la rumeur le fait croire, le 05 février, ‘’leur
journée de libération nationale’’ partielle, on peut dire que la réconciliation
de la Nation, tant prônée par Faure Gnassingbé, demeure un leurre.
Toute l’histoire du Togo est une histoire de malentendus, de dates
controversées, de meurtres politiques, de massacres impunis, de controverses
même. Les Togolais ont la mémoire chargée, chacun traîne un cadavre dans un
placard.
Les dates controversées sont légion, même la date fondatrice du Togo actuel, le
27 avril est sujet à controverses : 27 avril 1958 ou 1960, laquelle est la vraie
date de l’indépendance ? Ensuite, 13 janvier 1963, 13 janvier 1967, 14 avril
1967 constituent les dates où Eyadema a fait parler de lui, tombé subitement sur
la scène politique comme une pierre dégringolée d’une montagne : entre ces trois
dates, on se demande encore quand Eyadema a-t-il réellement pris le pouvoir ?
Qui est l’auteur de l’assassinat de Sylvanus Olympio, Eyadema ou le Commandant
français Maitrier ? Le 24 janvier 1974 est-il un attentat contre Eyadema ou un
malheureux accident de circulation aérienne, un peu stupide quand même ? Le 23
septembre 1986 constitue –t-il une agression terroriste ou un coup d’Etat
avorté ? On pouvait multiplier les dates depuis le début de la tumultueuse
aventure démocratique le 05 octobre 1990, on ne pouvait faire que le constat
d’une histoire à revoir, à revisiter afin d’en écrire les pages. Et ce ne sont
pas les travaux de la Commission de réhabilitation de l’histoire qui viendront
mettre tout le monde d’accord.
En vérité, pour éviter
tout conflit, ne faudrait-il pas que les Togolais se rassemblent de nouveau en
une sorte de conférence nationale bis ? En tout cas, un retour sur le passé est
vital pour l’avenir de la nation.
Liké Sindiwé |