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Togo : L’écrasante victoire du Rpt,
ou la mort d’une dynamique consensuelle
L’écrasante et controversée victoire du Rassemblement du
peuple togolais à l’issue des élections législatives,
augure une fin brutale de la dynamique consensuelle qui
a prévalu depuis la signature de l’Accord politique
global. Faute de force intermédiaire devant servir de
tampon, c’est dans la cacophonie et des crises à
répétition que le Togo va avancer vers la tenue de
l’élection présidentielle de 2010, avec pour talon
d’Achille, des réformes constitutionnelles
consensuelles, désormais quasiment compromises.
Dans
l’esprit et la lettre de l’Accord politique global (APG),
signé le 20 août 2005, l’une des tâches de la nouvelle
Assemblée nationale, doit être la mise en œuvre
consensuelle de réformes constitutionnelles. Ces
réformes doivent déterminer l’organisation et la
séparation des pouvoirs, avec un accent sur les
prérogatives des différents pouvoirs et institutions.
Bref, faire l’option clairement définie d’un régime
constitutionnel. Ces réformes voulues consensuelles
devraient également concerner les dispositions relatives
à l’organisation de l’élection présidentielle dans
l’immédiate perspective de 2010.
Un
refus d’un réel partage du pouvoir politico-économique
Même
sans pouvoir en apporter des preuves irréfutables, on
peut à l’évidence, affirmer que les résultats
provisoires proclamés par la CENI hier, souffrent d’un
déphasage avec la réalité. Pis, ils donnent un panorama
troqué du paysage et induisent une aussi dangereuse
qu’irréelle bipolaire régionalisation politique du pays.
Les populations du nord seraient des partisans soudés
comme un seul homme, derrière le Rpt, alors que leurs
compatriotes du sud, seraient toutes acquises à l’Ufc.
Une pernicieuse lecture qui date de l’ère du Gal.
Gnassingbé Eyadema et qui à l’occasion est remise sans
aucun égard ni sens éthique à jour, par les stratèges de
ce que d’aucuns appellent « la stratégie de victoire
du Rpt », par opposition à « stratégie de
fraudes ».
In
fine, la stratégie du Rpt qui est l’œuvre des jeunes
faucons, vise à maintenir leur mainmise sur
l’essentielle des secteurs juteux de la vie économique
nationale. Une gourmandise juvénile, porteuse de
lendemains incertains pour le pays. Une meilleure
redistribution des ressources nationales s’impose dans
le contexte de la fragile cohésion sociale qui prévaut
au Togo. Et ce n’est pas en s’offrant par la fameuse
« stratégie de victoire », une percée dans la région
des plateaux, dont est originaire la mère du président
du parti présidentiel, qu’on évitera l’instabilité et
les troubles à la paix sociale. Ceux qui rêvent d’un
contrôle sans concession de la manne financière que va
occasionner la reprise de la coopération avec les
partenaires au développement, grâce à une majorité
absolue à l’Assemblée, font fausse route.
Les
réformes constitutionnelles compromises ?
L’autre enjeu majeur de la nouvelle configuration
politique, réside dans les réformes constitutionnelles à
opérer. La lettre tout comme l’esprit de l’APG,
prescrivent des réformes constitutionnelles
consensuelles. Manœuvrer sans autre égard dans cette
perspective, revient à restreindre le champ souhaité de
ces réformes. Or, ces réformes constituent le préalable
à l’organisation de l’élection présidentielle de 2010,
dans la paix et la sérénité. Comment peut-on opérer des
réformes constitutionnelles consensuelles avec une
Assemblée où le RPT dispose d’une majorité absolue avec
pour seul véritable interlocuteur, l’UFC?
L’erreur des partis de l’opposition
L’insolence dans l’attitude de l’UFC est la première des
erreurs récurrentes de l’opposition togolaise. Une fois
encore, Gilchrist Olympio et ses partisans apprendront à
leurs dépends et à ceux malheureusement de la poursuite
du processus de démocratisation, qu’il ne suffit pas de
rallier la rue à sa cause pour opérer des changements
qualitatifs, surtout si on n’est révolutionnaire que
dans le discours et jamais dans l’acte. Réussir à se
mettre à dos les forces politiques alliées, ne peut que
être redoutable quant on a en face un parti comme le RPT.
La
seconde faiblesse de l’opposition est au niveau de la
démesure dans la gestion des ambitions de ses leaders.
Les partis de l’opposition passent le temps à se
marquer, qu’à surveiller l’adversaire. La conséquence,
c’est qu’ils se laissent surprendre comme c’est le cas
actuel. A force de s’épier, ils n’ont pas vu venir,
« la stratégie de victoire du RPT ». Cette lutte
nocive de leadership, n’est que l’illustration d’un
manque cruel de vision et d’ambition pour le pays.
L’auto- flagellations des forces du centre
Le
vote sanction du peuple vis-à-vis des partis de
l’opposition, membres du gouvernement d’union nationale,
n’est sur un autre plan, que la résultante du manque de
courage et d’une certaine bassesse dans les approches
politiques. Pendant longtemps, le Car de Me. Yawovi
Agboyibo et la Cdpa du Prof. Léopold Gnininvi, tout en
n’étant souvent pas d’accord, ont opéré un alignement
populiste sur l’Ufc. Un alignement qui a fait le lit à
la bipolarisation de la scène politique. Les forces
centristes ( Cpp, Pdr et d’autres ) qui voulaient
s’assumer en adoptant une autre approche, étaient
décriées et jetées à la vindicte populaire, en premier
par les leaders se réclamant de « l’opposition
vraie ». Le centre, c’est la compromission. La leçon
a tellement été assimilée par les populations, qu’elles
n’ont pas hésité à taxer de compromission, la
participation du Car et de la Cdpa, au gouvernement
d’union. Et pourtant, c’est bien cette option dont a
unanimement convenu l’ensemble des partis signataires de
l’APG, qui a permis la décrispation du climat politique
et la tenue d’élections législatives dans un climat
d’apaisement.
En
politique fort heureusement, il n’existe point d’impasse
insurmontable et le Rassemblement du peuple togolais,
qui dans sa « stratégie de victoire » a reconduit
son péché mignon qu’est la gloutonnerie politique, doit
par l’action de son président, chercher à corriger le
tir. Surtout qu’un parti comme la Cdpa, a dans un
communiqué rendu publique le mardi 16 octobre, exprimé
sa disponibilité à continuer à participer à entretenir
la dynamique consensuelle née de la signature de
l’Accord politique global.
Koffi Améga
Proclamation des résultats des législatives : Psychose
généralisée au pays des violences en période électorale
Annoncée pour 14h30, puis reportée a 18h00, la
proclamation des résultants des élections législatives
qui n’a eu lieu qu’ aux environs de 21h30, a créé hier,
une psychose généralisée au sein des populations. Le
scénario du 24 avril, la sortie alarmiste de l UFC pour
appeler à la mobilisation, ainsi que le déploiement
massif des forces de sécurité, en sont les causes.
Panorama d’une situation de psychose à l’annonce de la
proclamation des résultats.
18h00,
au niveau du Carrefour de la Lonato, non loin de
l’hôtel 2 février, le tintamarre des klaxons des
voitures et des motos, agace les tympans des passagers
affolés. Un peu plus loin, à la faveur d’un dégagement
de la circulation, automobilistes et motocyclistes
appuient violemment sur l’accélérateur. Les
vrombissements conséquents, illustrent une panique
généralisée qui s’est subitement emparée des Loméens,
particulièrement pressés de rentrer chez eux.
« J
ai un frère policier qui vient de m’annoncer que la Céni
s’apprête à proclamer les résultats. Je dois donc vite
rentrer»
nous explique un motocycliste pressé de redémarrer.
Juste à ses côtés, un autre nous lance, «vous ferez
mieux de rentrer vous aussi, car on ne sait ce qui va se
passer à la suite de l’annonce de la victoire suspecte
du Rpt».
Ainsi
donc, les tendances qu’on voulait secrètes et dont on a
interdit la publication à la presse avant la Ceni,
étaient déjà connus des populations. «Il semble que
le Rpt a capté 45 sièges contre 30 pour l’ Ufc. Ce n’est
pas possible. Il y a eu des fraudes et le peuple risque
de donner une suite à l’appel à la mobilisation lancé
par Jean-Pierre Fabre. La suite est aisée à imaginer,
avec le déploiement des militaires dans la ville depuis
tout à l’heure» déclare un homme au volant d’une
Audi 90.
Le 24
avril 2005, l’annonce de la victoire de Faure Gnassingbé
à l’issue de la présidentielle a été immédiatement
suivie de violentes contestations, réprimées par les
forces de sécurité avec le renfort des militaires et des
miliciens du Rpt. Un scénario récent qui hante encore la
mémoire des Togolais, surtout avec les rumeurs
insistantes d’une victoire écrasante du Rpt, qui aurait
obtenu la majorité absolue.
La
Fosel plus visible
A
Lomé, ce mercredi 16 octobre 2007, annoncé pour la
proclamation des résultats, dès 17h00, le déploiement
des éléments de la Force Spécial Elections Législatives
2007 (Fosel) se faisait de plus en plus visible. On les
voyait aux points névralgiques de la ville, assis en
groupe d’une demi douzaine à chaque coin des carrefours.
Pendant ce temps certains, arme en bandoulière ou
accrochée d’un coté, circulaient le long du boulevard.
Autour
de l’hôtel 2 février où est prévu la proclamation des
résultats, comme de la Céni, leur présence est plus
remarquable. Dans l’obscurité des environs du géant
hôtel, comme sous la lumière, on remarque la présence en
grand nombre de grosses cylindrées. Tout donnait des
signes d ‘un grand évènement dans les locaux de l’hôtel.
Comme
à Lomé, on signale également à l’intérieur du pays, le
convoiement d’un renfort d’éléments des forces de
sécurité. A Aného comme à Atakpamé, villes fortement
marquées par les violences d’ avril 2005, c’est la
panique généralisée. Ce qui contraste avec la situation
à Kpalimé où le même mouvement des forces de sécurité
n’a pas suscité autant de panique.
Des
rumeurs font état d’un convoyage de militaires par
camions entiers, du Camp Témédja et de Kara, vers Lomé.
Le scénario contestation contre répression, se précise
davantage.
C’est
donc dans cette situation de panique qu’est intervenue
la proclamation des résultants à l issue des élections
législatives anticipées de 2007.
Koffi Améga |