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Tentatives d’explication de la guéguerre désormais
ouverte entre le CAR, l’UFC et la CDPA.
Le
samedi 16 septembre dernier, peu après l’annonce de sa
nomination au poste de chef de gouvernement, Me Yawovi
Agboyibo en bon communicateur a convié les journalistes
à un point de presse. Evidemment au siège du Comité
d’Action pour le Renouveau (CAR), c’est l’euphorie. La
joie était manifeste. Les regards scintillaient de
bonheur, d’espoir…
Les
Zémidjans étaient amassés en face. Dans ce tohu-bohu,
on entend néanmoins les rires sarcastiques des heureux
militants du CAR. On reconnaît par ailleurs parmi eux,
certains qui paraissaient avoir déserté les rangs.
Femmes et hommes, jeunes comme personnes du troisième
âge étaient de l’enthousiasme manifeste au CAR. Qui a
dit qu’on aspire plus aux délices du pouvoir dans un
parti plus que dans un autre ?
Les
journalistes eux, commençaient à s’impatienter du fait
du retard par rapport à l’heure annoncée pour le point
de presse. Promenés d’une salle à une autre, ils
finissent par être installés dans une petite salle de
réunion. La salle était bondée. Certains étaient
particulièrement agités à l’instar des militants.
Enfin,
le nouveau chef du gouvernement débarque, entouré par un
peuple de militants. Ces derniers sont véhéments,
cependant, priés de vider la salle au profit des
journalistes.
En
bazin brodé, la tête minutieusement coiffé pour
l’occasion, Me Agboyibo s’installe face aux
journalistes. Le visage lacéré sans doute par le stress
et les tractations pour sa nomination, le « Bélier
Noir » scrute la salle. Son regard ne paraît
cependant pas moins lointain voire interrogateur. Tout
dans son attitude contraste avec l’agitation frénétique
autour de lui.
L’homme semblait avoir conscience de la difficulté
annoncée de sa mission. Plus encore, l’information du
boycott de son gouvernement par l’UFC était connue des
journalistes les plus introduits. Nul doute de Me
Agboyibo aussi bien évidemment.
Et
c’est quasiment avec curiosité que les journalistes se
surprennent d’entendre le conférencier, « opposant
radical », hostile à toute «velléité de monarchisation
du pouvoir au Togo », donner dans un ton choisi et
voulu très solennel, dans un « son Excellence,
Monsieur le Président de
la
République, Faure Gnassingbé… ».
Rien de particulier cependant, sinon, une simple
formalité régalienne. Une attitude civique qu’on aurait
intérêt à cultiver même en étant opposant, pour ne pas
paraître insolite en temps d’obligation.
Les
dessous de la guéguerre entre le CAR, l’UFC, la CDPA
Au journal « le Canard Indépendant »,
nous l’avons toujours dénoncé : les relations entre les
formations de l’opposition au Togo sont marquées d’un
sceau indélébile de l’hypocrisie. Les alliances, sont
toujours des alliances d’arrière-pensée. Entre eux, ces
partis se combattent plus qu’ils ne cherchent à
combattre le RPT. Même si cela doit déboucher sur une
tragédie comme ce fut le cas pour la création de
la
Coalition
des Forces Démocratiques (CFD), après la mort de
Gnassingbé Eyadema.
En réalité, dans sa propension hégémonique,
l’UFC a toujours cherché à réduire les autres partis de
l’opposition à des entités qui exécutent sans autre
forme de considérations stratégiques ni d’objectifs, les
ukases du « Maréchal » Gilchrist Olympio.
De son
côté, Léopold Gnininvi s’occupe à tirer tout le monde
vers le bas, si ce n’est lui qui passe. Il n’hésite pour
cela à mettre à contribution les « fameuses tueuses
du grand marché » et autres organisations
d’activistes de la jeunesse et de la diaspora.
Le
plus crucial à présent, c’est qu’il circule un
document, attribué à l’UFC. Ce document qui contient la
stratégie électorale de l’UFC prévoyait en cas de
victoire du candidat Emmanuel Bob-Akitani de la CFD,
qu’aucune chance ne soit laissée au CAR et à la CDPA
notamment, aux législatives.
Le
même document prévoit en cas de victoire, des scénarii
de cohabitation où les Premiers ministres que se
proposaient de nommer l’UFC, devraient venir soit du RPT,
soit des Rénovateurs du RPT ou de la Société civile. Les
principaux partenaires de la CFD que sont le CAR et la
CDPA, devraient être laissés en rade.
C’est
donc une stratégie électorale qui à terme, va
déboucher sur l’affaiblissement voire la disparition de
ces deux partis politiques, pourtant présentés comme des
alliés naturels de l’UFC.
C’est
sans doute pour cette raison que le CAR s’est démarqué
de l’UFC lors du dialogue inter- togolais. Du coup, le
poste de Premier ministre est devenu un poste
stratégique pour ces partis dans cette lutte
« fratricide », sur fond de guerre de leadership.
Dans ces conditions, accepter de participer à un
gouvernement dirigé par Me Agboyibo, reviendrait pour
Gilchrist Olympio et les siens comme une acceptation du
leadership du CAR. Ici se trouve sans nul doute, la
raison profonde de l’embarrassante décision de boycott
du gouvernement Agboyibo par l’UFC.
Augustin AMEGA
Passation de service à la primature :
Edem
Kodjo rend son habit de lumière
Juste
après la nomination d’un nouveau Premier ministre en la
personne de Me Yawovi Madji Agboyibo, la passation entre
le nouveau et l’ancien Premier ministre a eu lieu.
C’était le 18 septembre dernier.
Le soleil disparaissait lentement derrière
les arbres géants qui bordent le boulevard derrière la
primature. Le ciel est gris. La soirée s’annonçait
douce, donnant une couleur or à la nature. Devant
l’entrée principale de la primature, un détachement des
FAT placé sous les ordres du lieutenant Tcha-Gafo Ouro
Bag’na pour les hommages, visiblement ému attendait. Un
peu en retrait de ce détachement, les hauts cadres de la
primature attendaient également comme pour témoigner
leur indéfectible attachement à M. Edem Kodjo, le
Premier ministre sortant.
Quelques instants après, le garde-à-vous des
soldats et la mélodie de la sirène annoncent son
arrivée. La voiture de commandement s’immobilise. Edem
Kodjo en sort, Costume couleur or mariant avec la
couleur que jette les avant-derniers rayons solaires de
cet après-midi sur la nature. Il avance à pas de
velours, passe la troupe en revue, dans sa démarche
légendaire et élégante qu’on lui connaît, les pas
assurés comme pour dire qu’il est fier d’avoir accompli
son œuvre.
Après avoir passé en revue la troupe, il
s’enfonce dans son bureau pour attendre son successeur
qui ne tarda pas à arriver.
Il arriva, se fait accueillir sur le parvis
de la primature par son prédécesseur. Les deux anciens
compagnons de la même lutte se retirent au bureau du
Premier ministre sortant. Quelques minutes après, ils se
retrouvent à la salle de réunion trop exiguë pour
accueillir tous ceux qui veulent assister à la cérémonie
solennelle.
« Je voudrais vous réitérer publiquement
les félicitations que je vous ai adressées dès samedi
soir, le jour même de notre nomination », a déclaré
d’entrée de jeu M. Kodjo à l’endroit de son successeur.
Propos francs, directs, qui ne souffrent d’aucune
sournoiserie. Puis ils continue « nous avons à cœur
de rebâtir notre pays, de la remettre à nouveau au
premier plan » sous forme de conseils mais aussi de
recommandations et de rappels à son compagnon de lutte.
N’était-ce pas là, la toile de fond de leur lutte
commune depuis 1990 ? Et il poursuit « Je compte sur
vous pour poursuivre, parachever et dépasser l’œuvre qui
a été entamée et construite pendant ces quinze derniers
mois ».
Me Agboyibo, à son tour lui répond sans
détours : « vous n’avez pas démérité et avez droit à
nos loin de tout propos ou discours politique car
M. Edem Kodjo quoi qu’on dise mérite félicitations. Il a
rabattu, à sa manière, dans un pays ingrat et pris en
otage, son œuvre.
En
effet l’homme, qu’on le loue ou qu’on le vénère, qu’on
le haïsse ou qu’on le toise, a fait son œuvre. Et comme
le dit notre confrère Serge Gnamakou de « Le
Républicain », « le communiqué de la présidence
félicitant M. Edem Kodjo n’est pas pour flatter l’ego de
ce dernier. Le gouvernement partant a le mérite mais
alors tout le mérite d’avoir (contribué à la
signature) d’un accord par les protagonistes de la
crise togolaise. Il a essayé de traduire en acte le
concept de réconciliation nationale… Edem Kodjo a
démontré que l’impossible n’est pas togolais ».
Bref, beaucoup pourra être reproché à Edem Kodjo. Ce
n’est qu’en politique. Mais pour qui veut le comprendre,
son souci est de ramener le Togo sur de nouvelles bases.
Et il y a réussi. Il faut une honnêteté pour le
reconnaître. L’histoire retiendra que c’est sous lui que
la coopération, si timide soit-elle reprend, que c’était
sous lui que la justice togolaise a commencé de fond en
comble son ménage et sa réforme, mais comme toujours,
les pionniers ne jouissent pas souvent des fruits de
leur labeur.
Ainsi, prennent fin les audaces politiques
de celui-là qui aura été le premier ministre de tous les
Togolais. Prennent fin ? Nul ne saurait le dire. Mais en
attendant prêtons-lui la conclusion comme lui-même l’a
dit à Addis-Abeba un autre jour de passation de
service : « Que dire en guise d’adieu ?... Presque
rien. Je n’ai été qu’au service (du Togo) ce carreau
de feu posé sur le ventre de (l’Afrique). J’ai fait mon
œuvre, j’ai vécu. Je n’ai pas eu part belle. Si mandat
difficile il y eut, ce fut bien le mien. Je vous rends
mon habit de lumière ».
Jean-David MESSANGAN
Nouveau gouvernement au Togo, nouvelles figures pour un
changement ?
Aussitôt dit, aussitôt fait. 72 heures à
peine après la nomination du Premier ministre, le
nouveau gouvernement est rendu public. Il comporte 34
membres dont 17 nouvelles figures.
Comme il fallait s’y attendre, le
Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) se taille la part
du lion. Non seulement il s’arrache les portefeuilles
importants mais encore s’accapare de 16 portefeuilles
sur les 34. Voilà le gouvernement de « large union ».
Le parti du nouveau premier ministre le Comité d’Action
pour le Renouveau (CAR) a 3 portefeuilles ; également 3
pour la Convention Démocratique
des Peuples Africains (CDPA) du Prof. Gnininvi, de même
3 pour
la CPP
du Premier ministre sortant Edem Kodjo.
Dans tout ce méli-mélo, on peut s’interroger
sur leur capacité à faire quelque chose.
Au ministère des mines et énergies, le
professeur Léopold Messan Gnininvi a les capacités.
Grand physicien, professeur titulaire à l’Université de
Lomé peut trouver définitivement des solutions aux
problèmes énergétiques au Togo. Il est venu au bon
moment où la CEET reprend ses délestages intempestifs.
A l’information, Me Gahoun Hegbor du CAR
n’est pas un novice. Non seulement il fut journaliste
mais encore, il maîtrise, en tant qu’avocat les lois qui
régissent la profession des journalistes au Togo. Il a
eu à défendre plusieurs fois, directement ou
indirectement des journalistes accusés à tort ou à
raison. Le moment est donc venu pour les journalistes de
souffler un peu sans doute. Surtout, l’avocat aura à
gérer les médias d’Etat lors des prochaines échéances
électorales.
Au ministère de l’Enseignement Supérieur et
de la Recherche, M. Messan Adimado Adwayom aura à
relever le défi en ce qui concerne l’Université de Lomé
qui se vautre dans la pourriture. Il aura sans doute des
conseils du SG de son parti.
Quant à M. Komlan Mally, lui qui connaît
mieux la ville de Lomé, aura fort à faire. C’est le
moment d’écouter les partenaires de l’environnement
comme la Fédération des Associations de Pré collecte des
Ordures Ménagères et d’Assainissement (FAPOMA) sans
oublier bien sûr les Architectes.
Il faut mettre un accent particulier sur la
sécurité dans nos villes et compagnes. C’est pourquoi le
nouveau patron de la sécurité le Colonel Atcha Titikpina
doit retrousser les manches et innover des tactiques qui
peuvent décourager les malfaiteurs et les malfrats qui
opèrent impunément sans être inquiétés à Lomé et dans
les villages.
La nouvelle ministre des Affaires Sociales
et de la Promotion de la Femme Madame Mémounatou
Ibrahima aura fort à faire. Son travail ne sera pas du
tout repos eu égard à la pauvreté criarde dans laquelle
sont plongés les Togolais ; lesquels Togolais tombent
malades mais faute de moyens, meurent sous les yeux
blafards des infirmiers.
En un mot, les nouveaux ministres doivent
pouvoir se mettre illico presto au travail. Ils ont un
temps très court pour cela. Il va falloir supprimer
certaines mauvaises habitudes qui consistent à passer
tout son temps à « prendre connaissance des
services » qui sont sous la tutelle de tel ou tel
ministre. Il ne faut pas oublier non plus la feuille de
route tracée par l’Accord Politique Global signé le 20
août dernier, feuille de route qui vise essentiellement
les élections législatives prochaines. Le nouveau
gouvernement aura fort à faire. Et il faut tout de suite
se mettre au travail.
Jean-David MESSANGAN |