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Canard Indépendant

25 Sept 2006

[ 112: du 22 Sept 2006]  
Mise en œuvre de l’Accord Politique Global : Les vrais motifs du boycott du gouvernement par l’UFC

C’est fait, le Togo a son gouvernement d’union et de réconciliation préconisé par l’Accord Politique Global. Fait marquant, l’UFC n’y est pas régulièrement représentée. Beaucoup de Togolais semblent ne pas comprendre cette position du parti de Gilchrist Olympio. Mais en réalité, cette mini crise s’inscrit dans le prolongement des relations d’arrière pensées  entre certains partis qui se réclament de la « vraie opposition ». Les partis politiques autant qu’ils sont, se projettent plus dans la perspective  des futures échéances électorales, qu’ils ne s’inscrivent pas dans la démarche de sortie de crise.

Tentatives d’explication de la guéguerre désormais ouverte entre le CAR, l’UFC et la CDPA.

Le samedi 16 septembre dernier, peu après l’annonce de sa nomination au poste de chef de gouvernement, Me Yawovi Agboyibo en bon communicateur  a convié les journalistes à un point de presse. Evidemment au siège du Comité d’Action pour le Renouveau (CAR), c’est l’euphorie. La joie était manifeste. Les regards scintillaient de bonheur, d’espoir…

Les Zémidjans  étaient amassés en face. Dans ce tohu-bohu, on entend  néanmoins les rires sarcastiques des heureux militants du CAR. On reconnaît par ailleurs parmi eux, certains qui paraissaient avoir déserté les rangs. Femmes et hommes, jeunes  comme personnes du troisième âge étaient de l’enthousiasme manifeste au CAR. Qui a dit qu’on aspire plus aux délices du pouvoir dans un parti plus que dans un autre ?

Les journalistes eux, commençaient à s’impatienter du fait du retard par rapport à l’heure annoncée pour le point de presse. Promenés d’une salle à une autre, ils finissent par être installés dans une petite salle de réunion. La salle était bondée. Certains étaient particulièrement agités à l’instar des militants.

Enfin, le nouveau chef du gouvernement débarque, entouré par un peuple de militants. Ces derniers sont véhéments, cependant, priés de vider la salle au profit des  journalistes.

En bazin brodé, la tête minutieusement coiffé pour  l’occasion, Me Agboyibo s’installe face  aux journalistes. Le visage lacéré sans doute par le stress et les tractations  pour sa nomination, le « Bélier Noir » scrute la salle. Son regard ne paraît cependant pas moins lointain voire interrogateur. Tout dans son attitude contraste avec l’agitation frénétique autour de lui.

L’homme semblait avoir conscience de la difficulté annoncée de sa mission. Plus encore, l’information du boycott de son gouvernement par l’UFC était connue des journalistes les plus introduits. Nul doute de Me Agboyibo aussi bien évidemment.

Et c’est quasiment avec curiosité que les journalistes se surprennent d’entendre le conférencier, « opposant radical », hostile à toute «velléité de monarchisation du pouvoir  au Togo », donner dans un ton choisi et voulu très  solennel, dans un « son Excellence, Monsieur le  Président de la République, Faure Gnassingbé… ».  Rien de particulier cependant, sinon, une simple formalité régalienne. Une attitude civique qu’on aurait intérêt à cultiver même en étant opposant, pour ne pas paraître insolite en temps d’obligation.

Les dessous de la guéguerre entre le CAR, l’UFC, la CDPA

            Au journal « le Canard  Indépendant », nous l’avons toujours dénoncé : les relations entre les formations de l’opposition au Togo sont marquées d’un sceau indélébile de l’hypocrisie.  Les alliances, sont toujours des alliances  d’arrière-pensée. Entre eux, ces partis se combattent plus  qu’ils ne cherchent à combattre le RPT. Même si cela doit déboucher sur une tragédie comme ce fut le cas pour la création de la Coalition des Forces Démocratiques (CFD), après la mort de Gnassingbé Eyadema.

            En réalité, dans sa propension hégémonique, l’UFC a toujours cherché à réduire les autres partis de l’opposition à des entités qui exécutent sans autre forme de considérations stratégiques ni d’objectifs, les ukases du « Maréchal » Gilchrist Olympio.

De son côté, Léopold Gnininvi s’occupe à tirer tout le monde vers le bas, si ce n’est lui qui passe. Il n’hésite pour cela à mettre à  contribution les « fameuses tueuses du grand marché » et autres organisations d’activistes de la jeunesse et de la diaspora.

Le plus crucial  à présent, c’est qu’il circule un document, attribué à l’UFC. Ce document qui contient la stratégie électorale de l’UFC  prévoyait en cas de victoire du candidat Emmanuel Bob-Akitani de la CFD, qu’aucune chance ne soit laissée au CAR et  à la CDPA notamment, aux législatives.

Le même document prévoit en cas de victoire, des scénarii de cohabitation où les Premiers ministres que se proposaient de nommer l’UFC, devraient venir soit du RPT, soit des Rénovateurs du RPT ou de la Société civile. Les principaux partenaires de la CFD que sont le CAR et la CDPA, devraient être laissés en rade.

C’est donc une stratégie  électorale  qui à terme, va déboucher sur l’affaiblissement voire la disparition de ces deux partis politiques, pourtant présentés comme des alliés naturels de l’UFC.

C’est sans doute pour cette raison que le CAR s’est démarqué de l’UFC lors du dialogue inter- togolais. Du coup, le poste de Premier ministre est devenu un poste stratégique pour ces partis dans cette lutte « fratricide », sur fond de guerre de leadership. Dans ces conditions, accepter de participer à un gouvernement dirigé par Me Agboyibo, reviendrait pour Gilchrist Olympio et les siens comme une acceptation du leadership du CAR. Ici se trouve sans nul doute, la raison profonde de l’embarrassante décision de boycott du gouvernement Agboyibo par l’UFC.

Augustin AMEGA

Passation de service à la primature : Edem Kodjo rend son habit de lumière
Juste après la nomination d’un nouveau Premier ministre en la personne de Me Yawovi Madji Agboyibo, la passation entre le nouveau et l’ancien Premier ministre a eu lieu. C’était le 18 septembre dernier.

            Le soleil disparaissait lentement derrière les arbres géants qui bordent le boulevard derrière la primature. Le ciel est gris. La soirée s’annonçait douce, donnant une couleur or à la nature. Devant l’entrée principale de la primature, un détachement des FAT placé sous les ordres du lieutenant Tcha-Gafo Ouro Bag’na pour les hommages, visiblement ému attendait. Un peu en retrait de ce détachement, les hauts cadres de la primature attendaient également comme pour témoigner leur indéfectible attachement à M. Edem Kodjo, le Premier ministre sortant.

            Quelques instants après, le garde-à-vous des soldats et la mélodie de la sirène annoncent son arrivée. La voiture de commandement s’immobilise. Edem Kodjo en sort, Costume couleur or mariant avec la couleur que jette les avant-derniers rayons solaires de cet après-midi sur la nature. Il avance à pas de velours, passe la troupe en revue, dans sa démarche légendaire et élégante qu’on lui connaît, les pas assurés comme pour dire qu’il est fier d’avoir accompli son œuvre.

            Après avoir passé en revue la troupe, il s’enfonce dans son bureau pour attendre son successeur qui ne tarda pas à arriver.

            Il arriva, se fait accueillir sur le parvis de la primature par son prédécesseur. Les deux anciens compagnons de la même lutte se retirent au bureau du Premier ministre sortant. Quelques minutes après, ils se retrouvent à la salle de réunion trop exiguë pour accueillir tous ceux qui veulent assister à la cérémonie solennelle.

            « Je voudrais vous réitérer publiquement les félicitations que je vous ai adressées dès samedi soir, le jour même de notre nomination », a déclaré d’entrée de jeu M. Kodjo à l’endroit de son successeur. Propos francs, directs, qui ne souffrent d’aucune sournoiserie. Puis ils continue « nous avons à cœur de rebâtir notre pays, de la remettre à nouveau au premier plan » sous forme de conseils mais aussi de recommandations et de rappels à son compagnon de lutte. N’était-ce pas là, la toile de fond de leur lutte commune depuis 1990 ? Et il poursuit « Je compte sur vous pour poursuivre, parachever et dépasser l’œuvre qui a été entamée et construite pendant ces quinze derniers mois ».

            Me Agboyibo, à son tour lui répond sans détours : « vous n’avez pas démérité et avez droit à nos   loin de tout propos ou discours politique car M. Edem Kodjo quoi qu’on dise mérite félicitations. Il a rabattu, à sa manière, dans un pays ingrat et pris en otage, son œuvre.

En effet l’homme, qu’on le loue ou qu’on le vénère, qu’on le haïsse ou qu’on le toise, a fait son œuvre. Et comme le dit notre confrère Serge Gnamakou de « Le Républicain », « le communiqué de la présidence félicitant M. Edem Kodjo n’est pas pour flatter l’ego de ce dernier. Le gouvernement partant a le mérite mais alors tout le mérite d’avoir  (contribué à la signature) d’un accord par les protagonistes de la crise togolaise. Il a essayé de traduire en acte le concept de réconciliation nationale… Edem Kodjo a démontré que l’impossible n’est pas togolais ». Bref, beaucoup pourra être reproché à Edem Kodjo. Ce n’est qu’en politique. Mais pour qui veut le comprendre, son souci est de ramener le Togo sur de nouvelles bases. Et il y a réussi. Il faut une honnêteté pour le reconnaître. L’histoire retiendra que c’est sous lui que la coopération, si timide soit-elle reprend, que c’était sous lui que la justice togolaise a commencé de fond en comble son ménage et sa réforme, mais comme toujours, les pionniers ne jouissent pas souvent des fruits de leur labeur.

            Ainsi, prennent fin les audaces politiques de celui-là qui aura été le premier ministre de tous les Togolais. Prennent fin ? Nul ne saurait le dire. Mais en attendant prêtons-lui la conclusion comme lui-même l’a dit à Addis-Abeba un autre jour de passation de service : « Que dire en guise d’adieu ?... Presque rien. Je n’ai été qu’au service  (du Togo) ce carreau de  feu posé sur le ventre de (l’Afrique). J’ai fait mon œuvre, j’ai vécu. Je n’ai pas eu part belle. Si mandat difficile il y eut, ce fut bien le mien. Je vous rends mon habit de lumière ».

Jean-David MESSANGAN

Nouveau gouvernement au Togo, nouvelles figures pour un changement ?

            Aussitôt dit, aussitôt fait. 72 heures à peine après la nomination du Premier ministre, le nouveau gouvernement est rendu public. Il comporte 34 membres dont 17 nouvelles figures.

            Comme il fallait s’y attendre, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) se taille la part du lion. Non seulement il s’arrache les portefeuilles importants mais encore s’accapare de 16 portefeuilles sur les 34. Voilà le gouvernement de « large union ». Le parti du nouveau premier ministre le Comité d’Action pour le Renouveau (CAR) a 3 portefeuilles ; également 3 pour la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA) du Prof. Gnininvi, de même 3 pour la CPP du Premier ministre sortant Edem Kodjo.

            Dans tout ce méli-mélo, on peut s’interroger sur leur capacité à  faire quelque chose.

            Au ministère des mines et énergies, le professeur Léopold Messan Gnininvi a les capacités. Grand physicien, professeur titulaire à l’Université de Lomé peut trouver définitivement des solutions aux problèmes énergétiques au Togo. Il  est venu au bon moment où la CEET reprend ses délestages intempestifs.

            A l’information, Me Gahoun Hegbor du CAR n’est pas un novice. Non seulement il fut journaliste mais encore, il maîtrise, en tant qu’avocat les lois qui régissent la profession des journalistes au Togo. Il a eu à défendre plusieurs fois, directement ou indirectement des journalistes accusés à tort ou à  raison. Le moment est donc venu pour les journalistes de souffler  un peu sans doute. Surtout, l’avocat aura à gérer les médias d’Etat lors des prochaines échéances électorales.

            Au ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, M. Messan Adimado Adwayom aura à relever le défi en ce qui concerne l’Université de Lomé qui se vautre dans la pourriture. Il aura sans doute des conseils du SG de son parti.

            Quant à M. Komlan Mally, lui qui connaît mieux la ville de Lomé, aura fort à faire. C’est le moment d’écouter les partenaires de l’environnement comme la Fédération des Associations de Pré collecte des Ordures Ménagères et d’Assainissement (FAPOMA) sans oublier bien sûr les Architectes.

            Il faut mettre un accent particulier sur la sécurité dans nos villes et compagnes. C’est pourquoi le nouveau patron de la sécurité le Colonel Atcha Titikpina doit retrousser les manches et innover des tactiques qui peuvent décourager les malfaiteurs et les malfrats qui opèrent impunément sans être inquiétés à Lomé et dans les villages.

            La nouvelle ministre des Affaires Sociales et de la Promotion de la Femme Madame Mémounatou Ibrahima aura fort à faire. Son travail ne sera pas du tout repos eu égard à la pauvreté criarde dans laquelle sont plongés les Togolais ; lesquels Togolais tombent malades mais faute de moyens, meurent sous les yeux blafards des infirmiers.

            En un mot, les nouveaux ministres doivent pouvoir se mettre illico presto au travail. Ils ont un temps très court pour cela. Il va falloir supprimer certaines mauvaises habitudes qui consistent à passer tout son temps à « prendre connaissance des services » qui sont sous la tutelle de tel ou tel ministre. Il ne faut pas oublier non plus la feuille de route tracée par l’Accord Politique Global signé le 20 août dernier, feuille de route qui vise essentiellement les élections législatives prochaines. Le nouveau gouvernement aura fort à faire. Et il faut tout de suite se mettre au travail.

Jean-David MESSANGAN

 

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