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22 avril 2006

Le Canard Indépendant
[ 92: 21 avril 2006]
Dialogue national  : Démarrage ce matin des travaux sur fond d’interrogations

Longtemps attendu par l’opposition et la communauté internationale, le dialogue intertogolais démarre ce matin. De nombreuses interrogations restent à lever pour l’aboutissement de ces pourparlers entre la mouvance présidentielle, l’opposition traditionnelle et la société civile…

Les principaux protagonistes de la crise togolaise seront face à face ce matin, dans le cadre du dialogue intertogolais. Inscrit au point 1.1 des 22 engagements souscrits par le gouvernement togolais vis-à-vis de l’UE le 14 avril 2004. Ce dialogue a commencé avant d’être interrompu suite au décès du Général Gnassingbé Eyadema.

Ces pourparlers représentent la 11ème d’une série de dialogues initiés pour sortir le pays de la crise sociopolitique qu’il traverse depuis  bientôt 16 ans.

Outre la mouvance présidentielle et l’opposition traditionnelle (CAR, CDPA, CPP, PDR, UFC), on note la présence de deux organisations (GF2D, REFAMPT) représentant la société civile.

Les travaux de ce matin démarrent sur fond de nombreuses discordes entre le pouvoir et une partie de l’opposition, sur l’ordre du jour, la composition, la direction des travaux, la question de l’armée…

Quel ordre du jour pour le dialogue ?
Selon certains partis de l’opposition, notamment le CAR, la CDPA et l’UFC, le dialogue doit aborder toutes les questions liées à la crise que traverse le pays depuis bientôt 16 ans. Ces partis insistent en particulier sur la question de l’impunité. En effet, de nombreux crimes politiques qui ont endeuillé la nation togolaise restent à ce jour impunis. A la suite du décès du Général Gnassingbé Eyadema, une violence s’est déchaînée dans le pays suite au coup d’Etat qui a porté au pouvoir son fils Faure Gnassingbé.

Pire encore, l’élection présidentielle qui a suivi a débouché sur des violences généralisées. Les différents rapports publiés sur ces violences chiffrent en moyenne à 150, le nombre de morts. De nombreux concitoyens se sont également réfugiés dans les pays voisins à la suite de ces violences. Ces partis demandent qu’une suite judiciaire soit donnée à ces violences. Les commanditaires et auteurs de ces violences doivent être démasqués et punis.

Le pouvoir sans se montrer indifférent à la question de l’impunité, semble dire qu’elle ne relève pas de l’ordre du jour du dialogue. Pour le pouvoir et comme le prévoit les termes de l’engagement 1.1, il s’agira d’œuvrer à une amélioration consensuelle du cadre électorale en vue de la tenue d’élections législatives avant la fin de l’année. Le mois d’octobre est évoqué pour la tenue du scrutin.

« Les 22 engagements  représentent un cadre de réflexion qui n’épuise pas les causes de la crise togolaise » précise le ministre délégué à la coopération Gilbert Bawara. En d’autres termes, les autres questions autres que celles relatives à l’amélioration du cadre électoral devront faire l’objet d’un dialogue permanent au sein des institutions.

Une composition contestée
La composition des partis au dialogue telle que prévue, est contestée par certains partis. Pour le CAR, la CPP et le PDR ne doivent plus faire partie de l’opposition traditionnelle. Les deux partis siègent au sein du gouvernement d’union formée par Faure Gnassingbé à la suite de son élection contestée à la présidence de la République. Ce gouvernement d’union est dirigé par Edem Kodjo, leader de la CPP.

Evidemment, la position du CAR est combattue à la CPP, où on rappelle qu’il s’agit d’un gouvernement d’union et non d’une coalition gouvernementale au pouvoir. Se référant au cas de la Côte d’Ivoire, un militant du parti de Edem Kodjo demande si les forces nouvelles de Guillaume Soro sont de l’opposition ou non, malgré la position du N° 2 de son leader au sein du gouvernement. Soutiendrait-on que les partis de la coalition des forces démocratiques (CFD) n’étaient plus de l’opposition si le premier ministre avait été choisi en leur sein ?

Autres contestations, venant cette fois-ci des partis qui ne prennent pas part au dialogue. Pour ces derniers, la situation politique nationale a beaucoup évolué  avec l’émergence de nouvelles forces politiques. Ces partis fustigent la composition actuelle du dialogue.

A propos de l’exigence d’un médiateur…
L’UFC continue par exiger la présence d’un médiateur pour sa participation au « dialogue…le médiateur doit être celui qui adossé à la communauté internationale, aura l’obligation de résultat : celle d’amener les Togolais à s’engager sur la voie de l’Etat de droit, de la démocratie et des pratiques électorales saines, sans immixtion répétée des forces de sécurité dans le débat politique », soutient Patrick Lawson, 3ème vice-président de l’UFC, dans une interview accordée au confrère « Le Changement » dans son N° 019

L’UFC lie par ailleurs la nécessité de la direction des travaux du dialogue à la présence d’un médiateur, à la cruciale question de l’impunité. « C’est le médiateur par exemple qui doit nous aider à résoudre définitivement la question de l’impunité, nous amener à avouer, à faire l’acte de contrition nécessaire, à punir s’il le faut, à réparer et à dédommager sûrement ceux qui ont souffert de ces actes de barbarie, mais dont les auteurs continuent à bénéficier de l’impunité. » affirme M. Lawson. Ce dernier relève que l’UFC a proposé le nom de quatre médiateurs en complément à ceux proposer par la CDPA.

La question de l’armée
La question de la réforme de l’armée est pour l’UFC, un préalable au dialogue. « A court terme, il faut que les forces de sécurité cessent leur immixtion dans la vie politique et acceptent de se soumettre à toute autorité civile issue d’élections libres, transparentes et démocratiques, en évitant de prendre fait et cause pour un camp contre un autre. » a déclaré le 3ème vice-président de l’UFC.

L’UFC pense que le fait pour le pouvoir d’éviter la tenue de réunions préparatoires sur le dialogue, constitue une manœuvre pour contourner la question de la réforme de l’armée.

Autant de questions qui doivent être réglées pour un aboutissement heureux du dialogue.  

Augustin   AMEGA
 

Invitation à la relance du dialogue  Les partis de l’opposition réagissent différemment

Le Directeur de cabinet de la présidence de la République a fait parvenir aux protagonistes du dialogue togolais, une correspondance les invitant à une rencontre en vue de la relance du dialogue, le 21 avril à la salle Evala de l’hôtel Corinthia 2 Février. Chaque parti est prié de prendre part à cette rencontre avec une délégation de 5 personnes. Suite à cette invitation, les partis ont réagi chacun de son côté différemment. Si la participation de certains partis de l’opposition traditionnelle ne fait aucun doute, du côté de l’UFC, le suspens est général.

La CDPA prudente
Dans un communiqué rendu public par la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA) et signé de son secrétaire général, Léopold Messan Gnininvi le 18 avril, le parti « souhaite vivement que cette rencontre donne le signal du démarrage effectif du dialogue et ne soit pas une simple annonce sans lendemain ».

Le parti qui annonce avoir reçu une invitation de la présidence de la République pour une réunion ce 21 avril 2006, « en vue de la relance du dialogue politique », rend par la même occasion, sa décision de s’y rendre. 
« La CDPA se rendra à cette invitation », précise le communiqué.

Le CAR curieux

Le parti de Me Yawovi Agboyibo répondra également favorablement à l’invitation de la présidence de la République, en vue de la relance du dialogue. Le CAR tirera ensuite les conclusions qui s’imposent après la tenue de cette rencontre prévue pour se tenir aujourd’hui.


L’UFC maintient le suspens

« Vous verrez demain si nous y serons ou pas »
nous a déclaré hier, Jean- Pierre Fabre, le secrétaire général de l’Union des Forces de Changement (UFC).

«  Pour notre part, nous n’avons reçu aucune invitation à prendre part à un dialogue national. Dans la réalité, le problème qui se pose et qui est à la base de tout ce cafouillage, c’est le refus délibéré du pouvoir d’inviter les protagonistes du dialogue à des séances de réunions préparatoires du dialogue. Une telle démarche aurait permis de trouver un consensus sur les critères de choix d’un médiateur, d’établir un ordre du jour, d’échanger sur la durée du dialogue, d’en déterminer le lieu et le moment du démarrage » a déclaré M. Patrick Lawson, 3ème vice- président du parti.

Une telle déclaration porte à croire que l’UFC ne sera pas à la rencontre de ce jour pour la relance du dialogue. Mais joint au téléphone par notre Rédaction, le secrétaire général du parti a eu une position mitigée.

M. Lawson est d’ailleurs revenu sur ses propos dans la même interview. « Dès la réception de la lettre, les instances dirigeantes de l’UFC se sont réunies. Nous venons d’adresser une lettre au chef de l’Etat, pour avoir des précisions sur la nature de la réunion, a- t-il déclaré avant d’ajouter, précisions qui motiveront notre décision finale »

La relance du dialogue est annoncée au moment où le leader de l’UFC, arrive à Lomé, pour la célébration du 46ème anniversaire de l’indépendance.

De source généralement bien informée, le rapport de la récente mission d’évaluation de l’UE, sur la mise en œuvre des 22 engagements pourraient être examiné par le Conseil européen à la fin de ce mois ou en début du mois de mai. Cette échéance explique t-elle l’annonce de la relance du dialogue intertogolais ?

Augustin AMEGA

 

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Leurs propos


Jacques Goumai Nassam

Prof. Gnininvi

Richard Nyahoho

M. GNANDI Thomas
 

 

  Rapport de l'ONU / PDF
  Rapport FIDH
  Rapport Koffigoh

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