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18 mars 2006

Le Canard Indépendant
[ 87: 17 mars 2006]
Interview de Touré Garba, candidat déclaré à la présidentielle

 « Le lieu du dialogue n’a, à mon avis, aucune incidence sur...» Une question en deux points anime la classe politique actuellement, à propos de la tenue du dialogue intertogolais exigé par l’UE. Il s’agit du lieu du dialogue et du choix d’un médiateur.

Comment réagissez-vous sur les deux points?
S’agissant du lieu de la tenue du dialogue intertogolais, je ne trouve pas d’inconvénient qu’il ait lieu au Togo ou à l’extérieur. Le lieu du dialogue n’a, à mon avis, aucune incidence sur la conscience des parties au dialogue. Mais, si les Togolais pouvaient s’imprégner de la petite expérience récente de la Côte d’Ivoire, ils essayeraient de dialoguer au Togo et devant le peuple togolais.

Mais, s’il s’avérait qu’on veuille tenir un pré dialogue entre l’UFC et le RPT à Rome comme nous avons eu à l’entendre, cela n’a aucun inconvénient sauf que les autres partis politiques notamment la CDPA, le CAR devaient être également représentés au même titre que l’UFC même si c’est pour déblayer le terrain. Le problème togolais n’est pas seulement entre le RPT et l’UFC ou entre les familles GNASSINGBE et OLYMPIO. Je voudrais féliciter le courage de certains leaders de partis politiques qui ont enfin vu juste en se prononçant aussi clairement sur la tenue du dialogue intertogolais tant sur le lieu que sur la médiation.

En ce qui concerne le choix du médiateur, si les partis au dialogue sont conscients des problèmes qu’ il y a dans notre pays; si les parties audit dialogue mettent en avant l’intérêt général du peuple togolais, le problème du médiateur extérieur n’est pas une nécessité ; car le médiateur n’est pas celui-là qui viendra pour imposer telle ou telle chose mais plutôt pour aider au consensus et donner confiance aux parties dans l’exécution des accords qui seront signés. Cela peut se réaliser entre les seuls Togolais. C’est d’ailleurs pourquoi, dans une récente interview parue dans le journal « LE REPUBLICAIN », je me proposais comme médiateur en tant que fils du pays et connaissant très bien tous les problèmes qu’il y a dans notre pays. Aucun parti ne pourra me tromper sur tel ou tel sujet de notre pays. Ainsi, les Togolais entre eux, pourront se parler franchement.

Certains estiment que les 22 engagements, pris le 14 avril 2004, par le Togo vis-à-vis- de l’UE sont déphasés. Quel est votre avis sur la question?

En réalité, les 22 engagements ne sont pas déphasés. L’application des 22 engagements avait même commencé avec le Feu Président EYADEMA. A la disparition de celui-ci, plusieurs évènements assez regrettables ont eu lieu dans notre pays et méritent d’être corrigés une fois pour de bon dans un cadre politique en vue de la poursuite normale de l’application des 22 engagements. A cela, s’ajoutent des discussions devant permettre la vraie réconciliation.

Que proposez-vous comme solution globale pour une sortie de crise au Togo?

Comme j’ai eu à le dire dans mes différentes interventions sur le problème togolais, pour une sortie de crise, les protagonistes doivent trouver un consensus sur l’application des 22 engagements et les actes concrets d’une vraie réconciliation nationale, notamment la révision de la Constitution et du Code électoral pour des élections ouvertes à tous, libres et transparentes ainsi que d’autres décisions d’ordre social entre autres, la suite à donner aux différents rapports de 2005, le dédommagement des familles ayant subi des dégâts lors des élections présidentielles d’avril 2005, le problème des réfugiés togolais se trouvant dans les deux pays voisins du Togo. Ce sont là des actes d’application immédiate pour une sortie de crise.

Cependant, je saisis l’occasion pour dire aux autorités en place, aux leaders des partis de toutes tendances confondues, de se mettre en tête que c’est la dernière fois que certains partis politiques négocient au nom de toute la classe politique togolaise et que la prochaine fois, d’autres leaders politiques y compris ma personne émergeront pour prendre part à toutes autres négociations.

Il y a peu, vous avez déclaré votre candidature à la prochaine présidentielle. Aujourd’hui, vous résidez en Angleterre. Comptez-vous revenir au pays,ou pensez -vous que le pouvoir est plus prenable de l’extérieur?

Je ne vois pas, dans le cas du Togo, quelqu’un qui peut prétendre prendre le pouvoir à partir de l’extérieur. Actuellement, j’ai des obligations et autres raisons qui ne me permettent pas de rentrer tout de suite au Togo. Cependant, je confirme que je compte revenir au Togo en 2008 pour la création du parti politique devant m’investir comme candidat a l’élection présidentielle de 2008. Ce sera sur l’échiquier politique national, le parti le plus populaire et ce, conformément aux articles 168, 169 et 170 du code électoral. Je me prépare sérieusement puisque j’aurai des adversaires de taille et j’entends remporter ces élections quand bien même je serai le dernier venu sur la scène politique togolaise.

 

On vous connaissait comme étant un syndicaliste. Il se déroule au Togo, actuellement un dialogue social. Pensez-vous que c’est un impératif pour l’amélioration des conditions des travailleurs. Avez-vous des échos de ces négociations. Ou avez-vous coupé avec vos amis d’hier?

  Je reste toujours syndicaliste quand bien même j’ai aujourd’hui des ambitions politiques. C’est parce que ma vision syndicale a beaucoup évolué et je voudrais assurer à mes collègues, des conditions de vie et de travail plus adaptées qu’ils ne trouvent actuellement. Je ne voudrais plus être un demandeur ou revendicateur de droits mais plutôt un décideur ou un metteur en application des droits qui sont reconnus aux travailleurs.

Aujourd’hui, le dialogue social est quand même un impératif pour redonner au travailleur togolais le goût du travail puisqu’il débouchera sûrement sur des décisions applicables à court terme. Mais, je dis que les décisions qui seront issues de ce dialogue social ne seront que provisoires car en 2008, je serai de retour au pays avec des propositions très pertinentes dans le sens de l’amélioration des conditions de vie et de travail des travailleurs togolais qui méritent mieux.

Aussi, même étant très loin de mon pays, je suis très informé sur l’évolution des négociations en cours dans le cadre de ce dialogue social qui, je le souhaite, doit nécessairement être un succès pour les travailleurs. Cela participera aussi a coup sûr à la réconciliation nationale tant souhaitée.

C’est aussi le lieu pour moi de présenter toutes mes félicitations et encouragements à tous mes camarades leaders syndicalistes de toutes les organisations syndicales qui continuent de se battre pour les conditions de vie et de travail des populations laborieuses.

Propos recueillis par La Rédaction

 

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