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« Dans la plupart des pays, les citoyens possèdent
la liberté de parole. Mais dans une démocratie, ils
possèdent encore la liberté après avoir parlé. » Le
gouvernement togolais est sans nul doute loin des
préoccupations de André Guillot qui s’exprimait
ainsi sur la liberté de presse. Au vu des dernières
péripéties observées au Togo, c’est plutôt pour « un
gouvernement sans presse » qu’opterait le pouvoir
actuel, si le choix lui était donné.
Au
lendemain du vote de la Loi des finances, gestion
2006, la tentative de MUSELLEMENT de la presse,
longtemps évoquée par de nombreuses organisations
de défense de la liberté de presse, prend de plus en
plus forme.
L’agression du directeur de publication de FORUM DE
LA SEMAINE, Dimas Dzikodo en septembre dernier,
apparaît déjà comme le premier jalon d’un processus
d’intimidation et de musellement planifié par les
hommes de l’ex parti unique qui ne comptent reculer
devant quoi que ce soit, pour se maintenir au
pouvoir.
Pourtant, un semblant de lune de miel avait été vécu
savoureusement entre la presse et le pouvoir
togolais au lendemain de l’adoption du nouveau code
de la presse dépénalisé, et avec la promesse du
régime de prendre ses responsabilités en accordant
l’aide de l’Etat à la presse. 50 millions de francs
CFA ! Voilà le montant de la cagnotte réservée à
toute la presse togolaise privée comme publique, par
l’Etat togolais au titre de l’exercice 2006. C’est
ce montant que le Ministre de la Communication et de
la Formation Civique, Biossey Kokou TOZOUN, a
« soufflé » aux professionnels des médias privés
qui étaient allés lui présenter leurs vœux pour
l’année 2006, en janvier dernier. Un montant qui a
« choqué » plus d’un au cours de cette
rencontre, quand on connaît le nombre pléthorique de
radios privées, de chaînes de télévisions et
d’organes de presse écrite qui composent
l’environnement médiatique togolais.
« Je ne comprend plus le gouvernement
togolais. Nous avons pourtant fait un travail de
fonds avec le Ministère de la Communication sur ce
sujet et nous nous attendions à une aide d’au moins
300 millions. Je ne sais quel type d’aide l’Etat
entend apporter avec 50 millions, si ce montant
n’est pas tout simplement destiné à s’évaporer dans
les poches de certains individus »
a déploré un responsable d’association qui a bien
voulu se confier à nous.
Mais pour le ministre TOZOUN, l’aide de l’Etat, non
seulement sera constituée de cette somme, mais aussi
de détaxes et exonérations sur certains services et
intrants.
Mais curieusement, fait remarquer le responsable
d’association que nous avons interrogé, le
gouvernement n’a rien formulé de tel en ce sens. Et
pour l’instant, il n’existe aucune loi déterminant
de façon précise comment va fonctionner ce système
de détaxe et d’exonération.
« C’est tout juste de la poudre aux yeux. Ce que le
pouvoir souhaite, c’est de voir la presse critique
disparaître par essoufflement économique »,
affirme le responsable d’association.
Ce
dernier a ainsi résumé le processus de liquidation
de la presse togolaise par le pouvoir RPT et la
mauvaise foi de ceux-là qui ont transformé le Togo
en foire à business où certains journalistes sont
utilisés comme de sinistres pions et faire-valoir de
la liberté de presse à la togolaise.
Pour tout averti, il est très aisé de comprendre
l’attitude du régime qui se contente de véritables
kermesses pour se légitimer à l’extérieur tout en
opprimant le peuple et en développant les stratégies
liberticides à l’intérieur.
En
novembre 2005, se sont tenues à Lomé, la capitale
togolaise, les 37ème assises de la Presse
Francophone. Pour l’organisation d’une telle
rencontre qui a rassemblé plus de deux cent
professionnels, et qui n’a duré que 4 jours, l’Etat
togolais a investi plus de 500 millions donc plus
d’un demi milliard de francs CFA. L’enjeu était de
taille selon les « investisseurs », car il fallait
vaille que vaille profiter de cette occasion pour
LEGITIMER « Faure-tement » le pouvoir de Gnassingbé
Fils, devant une presse internationale qui l’a connu
plutôt comme un PUTSCHISTE !
A
cette occasion l’héritier de Lomé2 n’a pas manqué
d’idées pour faire miroiter un autre Togo aux
journalistes venus des quatre coins du monde. Beaux
discours, balade dominicale offerte aux journalistes
à Kara à bord de l’avion présidentiel, et des
liasses pour certains initiés d’entre eux qui
allaient servir de caisse de résonance du pouvoir
RPT, une fois de retour dans leurs pays respectifs.
Plus de 500 millions ont été ainsi dépensés pour
soigner et polir l’image des « saigneurs » de
la république togolaise à l’extérieur. Plutôt
curieux que ces « Saigneurs » aient toutes
les difficultés pour apporter une aide conséquente
à toute la presse togolaise !
Comment réagiront tous ces journalistes et
responsables d’entreprises de presse qui étaient
venus des quatre coins du monde pour prendre part à
ces 37ème assises, s’ils apprennent que l’Etat qui
leur a offert une « hospitalité légendaire »
monnayée à plus de 500 millions, n’a prévu que 50
millions à toute la presse nationale ?
Avec le tapage médiatique qu’a orchestré le ministre
TOZOUN, à sa prise de fonction, autour de cette
affaire d’aide de l’Etat à la presse, les
professionnels des médias togolais ont cru naïvement
que le nouveau pouvoir leur ouvrait les portes d’un
paradis terrestre. Hélas, leur descente aux enfers a
été si savamment préparée qu’aujourd’hui ils vont
devoir se contenter de subir la mauvaise foi d’une
équipe d’amateurs arrivés au pouvoir par un concours
de circonstances et des menaces à peine voilées de
génocide.
Pour l’heure, la vigilance s’impose plus que jamais,
non seulement aux journalistes, mais également au
peuple togolais, pour freiner l’entrave à la liberté
d’expression orchestrée par des « novices » qui
n’ont pour soucis que de se maintenir au sommet de
l’Etat envers et contre tous.
Wilfried Séwa TCHOUKOULI |