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Des voyages onéreux
En
moins d’un an au pouvoir, le chef de l’Etat Faure
Essozimna GNASSINGBE a battu plus que le record
réalisé par le principal acteur du roman de
l’écrivain français Jules Vernes, ‘’Le Tour du
monde en 80 jours’’. Ce roman publié en 1873,
relate le défi que l’acteur principal, Phileas FOG,
a lancé à la chambre… qu’il ferait le tour du monde
en 80 jours. Ce record, Faure E. GNASSINGBE l’a même
pulvérisé, bien avant que l’armée l’impose
définitivement comme Président de la République
Togolaise. Ces ballades mondiales à bord de l’avion
présidentiel avec souvent de fortes délégations de
barons usés par le temps, sont devenues monnaies
courantes. Il vient de rentrer d’ailleurs de la
Chine où il a effectué une visite du 12 au 18
février 2006.
Combien coûtent les voyages du Président et de sa
pléthore de collaborateurs, au trésor public
togolais ? Difficile de donner des chiffres précis,
tant les caisses de l’Etat mises à contribution
sont gérées avec la plus grande opacité possible
et les voyages du président sont devenus des
occasions de pillage systématique des deniers
publics.
Une source proche de la présidence togolaise nous
révèle que les voyages du président de la république
coûtent chaque fois un minimum de cinq cent millions
(500.000.000) de francs CFA en comptabilisant le
Kérosène, les escales, le stationnement de l’avion
présidentiel dans les aéroports étrangers, la
location quelque fois d’un avion par l’homme
d’affaires français Jean-Pierre MORAUX, les frais de
séjour (Hôtels particuliers, tous services), et les
frais de séjour de tous ceux qui l’accompagnent.
Quand on s’amuse à évaluer le total des frais que
les voyages de Faure E. GNASSINGBE ont occasionné au
Togo, depuis son coup d’Etat du 05 février 2005
jusqu’à ce jour, on risque un vertige.
A
côté des ‘’expéditions touristiques’’ du
Président, le Premier ministre togolais, Edouard
Edem KODJO a choisi d’enfoncer le clou par ses
voyages qui aussi, ne se justifient guère.
Que ce soit le président de la république ou le
premier ministre, il n’y a pas eu de mois qui passe
sans que l’un d’eux n’emprunte l’aéroport GNASSINGBE
EYADEMA pour s’envoler vers d’autres cieux. Quand ce
n’est pas pour une simple figuration à un sommet ou
à une conférence, dont les enjeux ne constituent en
rien leurs préoccupations, les voyages du Président
et de son premier ministre se résument en de simples
visites d’amitié qui ne nous rapportent que de longs
discours et d’interminables passages à la télévision
nationale des pions du régime présentés comme des
investisseurs. Ils utilisent pour cela et à tour
de rôle le FOKKER et le BOEING présidentiels. Et
pourtant, jusqu’ici, aucun de leurs voyages n’a
rapporté quoi que ce soit au Togo ! Si chacun des
investisseurs qu’on nous montre à la Télévision
Togolaise depuis des décennies, nous martelant les
oreilles d’avoir choisi notre pays pour leurs
investissements, avait investi une seule fois un
seul centime, le Togo ne quémanderait plus l’aide de
l’Union Européenne.
Selon une indiscrétion, les voyages du Président de
la République participent à une stratégie de
contourner autant que possible, le dialogue
intertogolais. Sachant qu’aucun dialogue ne peut
démarrer sans sa participation active, le jeune
président use toujours de subterfuges pour se
dérober chaque fois qu’il sait la période du
dialogue arrivée. Il envoie donc à chaque occasion
ses sbires qu’il sait qu’ils pourront valablement
retarder les discussions. Ceux-ci ne pouvant prendre
aucune vraie décision tant que Mr Phileas FOG est en
train d’accomplir son ‘’Tour du monde en 80
jours’’.
Voyager et gaspiller les ressources du pays ne
constitue pas les seules voies par lesquelles le
président de la république exprime ses tares en
matière de gestion du pays. Son incompétence à
démêler les anciennes méthodes paternalistes et
patrimoniales de gestion du pays et les exigences
actuelles de bonne gouvernance, contribue beaucoup à
plonger l’économie du pays et à la rendre otage d’un
cercle d’amis et de corrompus qui fondent leurs
actes sur leurs relations politico-militaires.
Des exemples de mauvaise gestion très encouragés
En
faisant un tour rapide de la capitale Lomé, on
découvre un peu partout des chantiers de l’Etat
abandonnés, ou d’autres très onéreux qui semblent
s’éterniser.
A
l’approche du CHU Campus, à l’Université de Lomé, un
grand chantier qui devrait abriter des logements et
un centre de maintenance a été abandonné depuis les
années 1998-1999, alors même que l’architecte en
charge des travaux avait presque terminé la
réalisation de ce projet de l’Etat togolais. Les
raisons de cet abandon : l’architecte a attendu en
vain que l’Etat lui verse d’abord ce qu’il a dépensé
et ensuite le reste du budget qui allait lui
permettre d’achever le travail.
Au
carrefour GTA, au nord de Lomé sur la route d’Atakpamé,
on découvre presque en ruine, un building non achevé
qui allait servir de siège pour la Direction
Générale de la Société des Télécommunications du
Togo, TOGO TELECOM. Les raisons de l’abandon de ce
building sont liées au coût du projet. Démarré fin
2002 avec un budget prévisionnel de 4 milliards, le
projet verra miraculeusement son coût révisé à 7
milliards deux ans après. Ce qui suscita la colère
du Président EYADEMA qui demanda d’arrêter les
travaux en attendant un audit. Mais depuis, on s’est
rendu compte que les travaux effectués sous la
conduite de l’entreprise UDECTO, ont été mal faits.
Il suffit de jeter un coup d’œil sur le building
pour se rendre compte qu’il ne répond pas aux normes
de sécurité exigées pour ce type de bâtiment et
qu’il est sérieusement déformé. Le projet a démarré
au moment où Faure GNASSINGBE était encore Ministre
des Mines, des Postes et Télécommunications et son
ami personnel DOGBE, actuel ministre des Postes et
Télécommunications était directeur général de TOGO
TELECOM.
S’agit-il d’une des raisons qui expliquent l’abandon
de ce chantier et l’impunité dont jouissent les
auteurs et complices de ce sabotage économique ?
L’avenir nous le révèlera peut-être.
Ailleurs en plein centre-ville, trônent les
bâtiments (voir photos) de la Direction Générale de
la Société Togolaise des Eaux (TDE) dont la
rénovation entamée depuis 2002 n’est pas jusqu’ici
achevé. Il convient de signaler qu’entre temps les
travaux étaient bel et bien terminés fin 2004 ;
mais les responsables de ce projet se sont vite
rendus compte que le carrelage utilisé s’effritait
déjà. Il a fallu alors reprendre la rénovation de
tout le bâtiment. Fin 2004, les coûts des travaux
de rénovation s’élevaient à près d’un milliard cent
soixante millions (1.160.000.000) de francs CFA. Une
somme qui aurait pu servir à alimenter certains
quartiers en eau potable quand on sait que
quotidiennement la recherche de l’eau potable est
un véritable casse-tête pour les populations !
Quand il vous arrive de voyager sur la route
Lomé-Cinkassé, ou sur la route Lomé-Hilla-Condji ou
encore sur la route Lomé-Kpalimé, vous découvrez des
péages dont la construction a été achevée en 2004 et
qui sont jusqu’ici abandonnés sans que l’Etat n’en
tire un seul sou. Ces quatre péages dont deux se
trouvent sur la route Lomé-Cinkassé, ont coûté des
milliards et tombent déjà en ruine sans qu’on ait en
fait une seule utilisation. Ces péages sont
d’ailleurs devenus des dortoirs pour certains sans
abris et des boutiques et ateliers pour des
habitants environnants.
A
ces exemples s’ajoutent les fréquents détournements
de deniers publics qui s’opèrent dans tous les
projets de pavage ou de réhabilitation des routes du
Togo. La facilité avec laquelle la fine pluie, qui
est tombée fin janvier à Lomé, a détruit le
Carrefour GBADAGO-TOKOIN SEMINAIRE dont la
rénovation avait été achevée deux semaines plus tôt,
est révélateur de cette cupidité qui gangrène tous
les marchés publics au Togo. L’on parle ces derniers
jours de plus en plus du bitumage du tronçon
Sokodé-Tchamba-Kaboli qui a été bâclé. Bien qu’une
enquête diligentée par les autorités ait révélé de
sérieuses malversations et de détournement des
matériels et matériaux de travail, les auteurs et
complices de ce sabotage jouissent d’une certaine
impunité et ont déjà acquis d’autres marchés
publics.
En
2004, le projet d’un parking pour longs véhicules,
entre l’Hôtel Mercure Sarakawa et le Port Autonome
de Lomé, a été purement et simplement abandonné par
un des jeunes fils d’EYADEMA, sans aucune raison !
Des chantiers abandonnés, des projets inachevés, des
travaux mal réalisés, des faits qui témoignent de
l’octroi des marchés publics de gré à gré à des
entrepreneurs amis ou à des protégés ou encore à des
cousins dont l’amateurisme se dope d’un trafic
d’influence la plupart du temps dans des conditions
où la corruption est le seul canal de transaction.
Un
Palais Présidentiel budgétivore…
Estimé à 5 milliards de francs CFA, le nouveau
Palais présidentiel dont la construction est presque
achevée engloutirait déjà les 30 milliards de francs
CFA selon certaines sources proches de l’entreprise
chinoise chargée de réaliser ce cadeau de la
République populaire de Chine. La pose de la
première pierre de ce nouvel édifice a été faite
sous Feu EYADEMA en 2004 et les travaux ont démarré
la même année. Si le montant initialement estimé
est largement dépassé c’est à cause de certaines
touches que le chef de l’Etat actuel et sa famille
ont voulu apporter au projet initialement approuvé.
Ce qui a fait grimper le budget d’un cran. Le
complément a donc été fourni par le Togo. Sur quel
budget ? Reste à le définir car ce nouveau Palais
présidentiel est considéré dans les milieux du
pouvoir comme le dernier rempart du Clan GNASSINGBE
contre tout changement éventuel de la situation en
faveur de leurs opposants. N’a-t-on pas vu des
affidés du pouvoir exhiber lors du dernier défilé du
13 janvier des pancartes où étaient inscrits : « C’EST
PARTI ENCORE POUR 20 ANS » !
Emprunt obligataire : une vaste opération de
blanchement d’argent
Loin de gérer le pays avec des méthodes
transparentes et efficaces, le Président Faure
semble avoir opté pour la politique de la ‘’terre
brûlée’’ en étalant un amateurisme ahurissant en
matière de finances publiques. La dernière stratégie
du président togolais est l’opération d’emprunt
obligataire 2006-2011 que l’Etat du Togo a lancé
depuis le 16 janvier 2006 pour mobiliser 30
milliards de francs CFA sur le marché public de l’UEMOA.
Cette opération qui s’est achevée le 17 février
dernier, n’est pas en soit une trouvaille du
président Faure mais ce sont les caractéristiques et
les conditions qui entourent cette opération, de
même que les circonstances dans lesquelles elle se
déroule, qui poussent à croire que le nouveau
pouvoir navigue sans gouvernail et sans destination.
Avant de lancer une telle opération d’emprunt
obligataire, toute économie doit répondre à des
normes élémentaires de finances publiques et à une
maîtrise parfaite élémentaire de certains agrégats
macroéconomiques. L’économie togolaise en l’état,
ne répond guère à une seule des conditions
primordiales sauf à des caractéristiques souvent
truquées pour des raisons géopolitiques et pour
servir de faire-valoir devant les institutions
financières internationales et les bailleurs de
fonds étrangers. Selon le rapport annuel 2005 de la
Ligue Togolaise des Indépendants pour la
Transparence (LIT), « la charge salariale
mensuelle des agents de l’Etat à ce jour est au Togo
de trois milliards quatre cent cinquante un millions
quatre cent cinquante six mille soixante six francs
CFA (3 451 456 066 FCFA) alors que le total des
détournements signalés est de près de 30 milliards
de francs CFA soit l’équivalent de plus de neuf mois
de salaires. » Et la corruption dans le pays
reste le mal le plus partagé !
Comment l’Etat togolais compte-il mobiliser 30
milliards de francs CFA, dans un environnement de
corruption, de favoritisme, d’incapacité de maîtrise
de l’assiette fiscale, d’inexistence d’une Cour des
comptes et d’un Conseil Economique et Social, de
gestion opaque, patrimoniale et familiale du trésor
public et de conflit de compétence entre le
Président de la République, le Premier ministre et
le Ministre de l’Economie quant à
l’ordonnancement des dépenses publiques ? Quelle
confiance peuvent inspirer les autorités togolaises
aux potentiels investisseurs quand le montant de la
caisse noire de certaines institutions ou de
certains ministres dépassent largement les maxima
tolérables ? Quel investisseur peut déposer son
argent au trésor public togolais tout en sachant que
le Togo est un pays où le protocole d’Etat est
souvent violé, où de simples directeurs généraux de
sociétés d’Etat ou de services publics ignorent la
hiérarchie pour rendre compte directement au
président de la république et souvent sans faire
enregistrer leur rapport au niveau de leurs
administrations respectives ? Qui peut apporter un
capital à un pays où les dépenses publiques ne sont
soumises à aucun contrôle législatif et où
l’appareil judiciaire ne vous garantie aucune
protection en cas d’abus par l’Etat étant donné
qu’il est aux mains d’un clan politico-militaire !
Peut-on investir dans un pays où les dépenses se
font sur simples coups de fil et où des membres de
la famille présidentielle peuvent ordonner par
téléphone à des directeurs de société d’Etat de
faire des décaissements au profit de leurs dépenses
personnelles ? « Un fils de Feu GNASSINGBE
EYADEMA, qui me devait une trentaine de millions
pour une voiture que je lui ai vendu, n’avait eu à
donner que deux coups de fil au Directeur général
des impôts et au Directeur général des Douanes, pour
que ceux-ci rassemblent une partie de l’argent pour
me payer. Pour le reste de l’argent il m’avait donné
un terrain en compensation », confie une femme
d’affaires habituée à traiter avec les hommes du
sérail.
L’opération d’emprunt obligataire lancée par l’Etat
togolais n’est pas en soit mauvaise ; mais la
question de son utilité reste posée au vu de
l’environnement dans lequel évolue l’économie
nationale et dont les caractéristiques ont été
citées plus haut. Mobiliser 30 milliards pour
redynamiser la consommation nationale, l’épargne et
l’investissement dans de grands travaux de
développement est une bonne chose et est même
nécessaire. Mais à quoi vont vraiment servir ces
fonds dans une économie où près de 60% des recettes
nationales alimentent les caisses noires, les
détournements, les dépenses d’achat d’armes de
guerre, les dépenses de prestige et les commissions
d’une horde de négociants et de ‘’mercenaires
internationaux’’ qui jouent aux facilitateurs
entre le Togo et les Institutions Internationales.
Certaines choses ont vite fait d’attirer l’attention
des Togolais sur le caractère peu sérieux de cette
opération d’emprunt obligataire. La publicité faite
pour informer et sensibiliser les populations de
l’espace UEMOA, est tout simplement ridicule selon
des avisés. Il a été présenté dans certaines
séquences publicitaires des cultivateurs et
revendeuses de légumes des marchés qui comprennent à
peine le B.A-BA du français ou encore des élèves qui
ne savent même pas les tenants et les aboutissants
d’une telle opération, à qui il était demandé de
dire pourquoi ils allaient investir dans le Trésor
public. Comment peut-on demander à une catégorie de
personnes ou à une couche sociale dont le revenu
mensuel n’atteint guère les 30 dollars par mois
(15.000 FCFA) de dire comment et pourquoi elle
compte participer à cette opération lancée par
l’Etat du Togo ? Une opération de charme qui a
beaucoup fait rire de nombreuses personnes qui ont
trouvé également le débat télévisé présenté à ce
sujet, très hilarant. « Les autorités ne savent
plus quoi inventer pour nous divertir » déplore
un fonctionnaire d’une institution internationale.
Mais certains observateurs ne trouvent rien de
ridicule en cette opération lancée par le Togo. Ils
sont plutôt méfiants et soupçonnent même des
irrégularités dans cette démarche qu’ils jugent
lancée à la va-vite. « Cette opération d’emprunt
obligataire peut servir de canal pour certains qui
veulent blanchir leur fortune ; je pense même que
c’est une vaste opération de blanchiment d’argent »
avertit
un banquier qui connaît bien les multiples
méthodes utilisées dans ce cas. Sans les nommer, il
fait allusion à certaines personnalités qui ont
détourné des deniers publics sous Feu EYADEMA et qui
pourraient trouver une belle occasion d’injecter cet
argent dans le circuit normal et garantir ainsi leur
impunité. Il parle également de certains expatriés
qui ‘’brassent’’ des milliards provenant
d’activités illégales qu’ils opèrent à partir du
Togo avec la bénédiction du pouvoir en place.
Reconnaissance oblige !
En
clair l’emprunt obligataire lancé par le Togo répond
à tout sauf à une véritable nécessité de
redynamisation de l’économie nationale. En l’état
actuel des choses, l’ambition du pouvoir se résume
en une seule option : piller, piller les richesses
du pays en attendant le changement.
Wilfried Séwa TCHOUKOULI |