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Agni l'Abeille

14 fevrier 2007

[ 120 du 13 fevrier 2007]

 

Reforme de l’armée à l’ordre du jour : Gilchrist peut-il être utile à Kpatcha Gnassingbé ?

Le conseil des Ministres présidé par le chef de l’Etat, M. Faure Essozimna Gnassingbé s’est réuni le vendredi dernier au palais de la présidence. Au communiqué sorti de ce conseil, il est à noter quatre projets de loi : deux projets de ratification de loi, l’un sur la convention de la CEDEAO relative aux armes légères et de petites calibres, l’autre concernant la charte africaine de la jeunesse. Une troisième loi est afférente à la nécessité de notre pays de se doter d’unités de mesures légales et de fixer leurs conditions d’utilisation.

            Le quatrième projet de loi, qui a le plus fait couler d’encre porte sur la grande muette, l’armée.

            Ce projet de loi porte sur le statut des personnels militaires. Selon le communiqué le texte en vigueur  jusqu’ici date du 17 juillet 1963 et serait aujourd’hui en déphasage avec les nouvelles donnes et exigences du métier des armes.

            « Le nouveau texte souligne d’entrée que les Forces Armées Togolaises sont nationales, républicaines et apolitiques. Elles ont pour mission de préparer et d’assurer la défense de la patrie et des intérêts supérieurs de la nation et sont entièrement soumises à l’autorité politique constitutionnelle régulièrement établie ».

            Cet extrait du communiqué n’a pas laissé indifférent les analystes politiques. Bien de questions viennent à l’esprit de qui aspire à un Etat moderne sur les 56.000 km2 de lopin de terre blotti entre le Ghana et le Bénin.

Reforme de l’armée : duperie ou sincérité ?

Après plus de 44 ans de vie politique marquée par l’influence Kaki, les Togolais assistent à une timide transformation dans l’écurie des corps habillés. On a senti le coup venir depuis la formation du premier gouvernement d’après élection d’avril 2005. Edem Kodjo, le métayer du clan a appris à composer avec un Gnassingbé à la tête du Ministre de la Défense. Kpatcha Gnassingbé a surpris les néophytes du giron des hommes aux affaires.

Faure Gnassingbé, civil, a assisté impuissant à l’influence des hommes en uniforme sur la vie politique du vivant de son père ; aux affaires il n’entend pas rester dans la même logique. Imposer un civil à la tête des militaires était indispensable, il fallait un habitué du cercle, c’est Kpatcha Gnassingbé. L’homme avec dextérité est entrain de gagner des galons en jouant sur la psychologie des frères en armes qui lui vouent désormais un culte digne d’une progéniture de Président défunt.

Se demander si cette réforme annoncée sera de la poudre aux yeux, ou marque d’une sincérité, n’est pas une faute car parfois les gestes des différents acteurs prêtent à confusion, mais le bénéfice du doute doit nous autoriser à croire que cette réforme ne sera que superficielle.

            Un travail de fond doit être accompli pour rendre l’applicabilité du texte. Une armée républicaine sous le commandement de l’autorité politique, on en rencontre dans certains pays de la sous région comme le Bénin, le Ghana et le Sénégal. Si au Ghana Kuffuor a pris soin de la confier à son frère, ce n’est pas au Togo qu’on ira chercher Olympio pour venir commander les « Mon Pays », mais toute hypocrisie mise à part l’armée togolaise doit subir une véritable refonte pour mériter d’être qualifiée de républicaine. Si le gouvernement a fait ressortir ce mot c’est qu’il y a constat d’irrégularité. On dit souvent que 70% des personnels militaires est de l’ethnie du président de la République et près de 90% des officiers supérieurs sont du village ou des parents proches. Il ressort donc de ce constat que l’armée togolaise n’est pas accessible à tous les citoyens désireux d’y faire carrière.

            « Le prestige de l’uniforme est kabyè » nous confiait il y a quelques mois un ancien ministre d’Eyadema. Des ouvriers du laboratoire de Lomé II avaient tenté de justifier cette forte proportion de l’ethnie Kabyè par la prédisposition du jeune Kabyè au métier des armes exacerbée par l’hostilité du climat dans la région septentrionale et donc l’improductivité de leurs terres. Argument fallacieux, qui ne saurait voiler le désir du président Eyadema de s’entourer de son clan par souci de sa sécurité.

            Aujourd’hui, s’il faut parler de la réforme de l’armée, il faut penser à la méthode de recrutement en procédant par des quotas à chaque préfecture, une forme de discrimination positive pour équilibrer l’effectif.

            C’est cette nécessité seule qui fait douter plus d’un car on peut tout dire sur l’armé, tant que cette nécessité d’équilibre ne sera pas prise en compte, l’armée manquera à ses devoirs vis-à-vis de la constitution.

La Réforme de l’armée vue par Gilchrist est-elle la meilleure ?

            Sur cette question de réforme de l’armée, les politiciens, surtout l’opposition, en quête d’argument se montrent souvent volubiles. Pour cause la grande muette a laissé de mauvais souvenirs à beaucoup de togolais. Les morts de la lagune de Bè, Tavio Amorin, Marc Atidépé, ne seront pas exhumés. Et quand on parle de ce corps organisé il ressort que sa politisation pour la cause à ne plus rappeler lui a ôté sa première vocation.

            Gilchrist Olympio qui a frôlé le destin tragique de son père un 5 mai 1992 ne mâche pas ses mots quand il s’agit de l’armée. Parfois l’homme a souvent fait preuve de méconnaissance du système mais lors de son dernier séjour à Lomé, il a donné une feuille de route qui peut s’avérer utile à Faure et Kpatcha Gnassingbé. Conscient de la difficulté du sujet il a laissé entendre : « Nous devons recruter les militaires à partir de tous les coins du Togo pour que à terme nous arrivions à une armée nationale et cette armée doit se cantonner dans les rôles traditionnels, c’est-à-dire l’intégrité des frontières et chasser les ennemis. Enfin, avec le temps nous devons peut être, chercher à avoir une armée proportionnelle au nombre d’habitants. A ce stade là, il ne sera plus question de recruter. »

            Cette rhétorique fait ressortir clairement la préoccupation qui doit être celle du gouvernement par rapport aux corps habillés, mais comme on le voit souvent, ces propos ont souvent servi aux affidés du régime de diaboliser Gilchrist Olympio en lui prêtant les intentions de procéder à une chasse aux sorcières dans l’armée s’il accédait au pouvoir. C’est de bonne guerre, en politique toutes les contrevérités ne sont pas à prohiber car seul le pouvoir compte.

            Avant que l’exécutif ne songe à appliquer ce projet de loi s’il venait a être adopter intégralement à l’Assemblée Nationale, il faut qu’il pense à trouver des motifs de reconversion à nos généraux, et ils seront plus gais et insouciants après leur retraite car seule l’oisiveté les ramène vers la motte. Les militaires doivent avoir des métiers sous la main et les garnisons ne doivent plus constituer un enfer pour cause d’ennuis. Si la haute hiérarchie avaient dans son effectif des ingénieurs civils qualifiés, des maçons, des menuisiers, des peintres et autres mains d’oeuvre qualifiées, les appels d’offres n’échoueraient plus sur la table des vautours, mieux l’Etat fera beaucoup d’économie si ses nombreux chantiers étaient aux bon soins des Opérateurs militaires. C’est aussi ça la réforme.

            Alex Mikodomé

 
 
 
 
 

 

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