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Le quatrième projet de loi, qui a le plus
fait couler d’encre porte sur la grande muette, l’armée.
Ce projet de loi porte sur le statut des
personnels militaires. Selon le communiqué le texte en
vigueur jusqu’ici date du 17 juillet 1963 et serait
aujourd’hui en déphasage avec les nouvelles donnes et
exigences du métier des armes.
« Le nouveau texte souligne d’entrée que
les Forces Armées Togolaises sont nationales,
républicaines et apolitiques. Elles ont pour mission de
préparer et d’assurer la défense de la patrie et des
intérêts supérieurs de la nation et sont entièrement
soumises à l’autorité politique constitutionnelle
régulièrement établie ».
Cet extrait du communiqué n’a pas laissé
indifférent les analystes politiques. Bien de questions
viennent à l’esprit de qui aspire à un Etat moderne sur
les 56.000 km2 de
lopin de terre blotti entre le Ghana et le Bénin.
Reforme de l’armée : duperie ou sincérité ?
Après
plus de 44 ans de vie politique marquée par l’influence
Kaki, les Togolais assistent à une timide transformation
dans l’écurie des corps habillés. On a senti le coup
venir depuis la formation du premier gouvernement
d’après élection d’avril 2005. Edem Kodjo, le métayer du
clan a appris à composer avec un Gnassingbé à la tête du
Ministre de la Défense. Kpatcha Gnassingbé a surpris les
néophytes du giron des hommes aux affaires.
Faure
Gnassingbé, civil, a assisté impuissant à l’influence
des hommes en uniforme sur la vie politique du vivant de
son père ; aux affaires il n’entend pas rester dans la
même logique. Imposer un civil à la tête des militaires
était indispensable, il fallait un habitué du cercle,
c’est Kpatcha Gnassingbé. L’homme avec dextérité est
entrain de gagner des galons en jouant sur la
psychologie des frères en armes qui lui vouent désormais
un culte digne d’une progéniture de Président défunt.
Se
demander si cette réforme annoncée sera de la poudre aux
yeux, ou marque d’une sincérité, n’est pas une faute car
parfois les gestes des différents acteurs prêtent à
confusion, mais le bénéfice du doute doit nous autoriser
à croire que cette réforme ne sera que superficielle.
Un travail de fond doit être accompli pour
rendre l’applicabilité du texte. Une armée républicaine
sous le commandement de l’autorité politique, on en
rencontre dans certains pays de la sous région comme le
Bénin, le Ghana et le Sénégal. Si au Ghana Kuffuor a
pris soin de la confier à son frère, ce n’est pas au
Togo qu’on ira chercher Olympio pour venir commander les
« Mon Pays », mais toute hypocrisie mise à part
l’armée togolaise doit subir une véritable refonte pour
mériter d’être qualifiée de républicaine. Si le
gouvernement a fait ressortir ce mot c’est qu’il y a
constat d’irrégularité. On dit souvent que 70% des
personnels militaires est de l’ethnie du président de la
République et près de 90% des officiers supérieurs sont
du village ou des parents proches. Il ressort donc de ce
constat que l’armée togolaise n’est pas accessible à
tous les citoyens désireux d’y faire carrière.
« Le prestige de l’uniforme est kabyè »
nous confiait il y a quelques mois un ancien ministre
d’Eyadema. Des ouvriers du laboratoire de Lomé II
avaient tenté de justifier cette forte proportion de
l’ethnie Kabyè par la prédisposition du jeune Kabyè au
métier des armes exacerbée par l’hostilité du climat
dans la région septentrionale et donc l’improductivité
de leurs terres. Argument fallacieux, qui ne saurait
voiler le désir du président Eyadema de s’entourer de
son clan par souci de sa sécurité.
Aujourd’hui, s’il faut parler de la réforme
de l’armée, il faut penser à la méthode de recrutement
en procédant par des quotas à chaque préfecture, une
forme de discrimination positive pour équilibrer
l’effectif.
C’est cette nécessité seule qui fait douter
plus d’un car on peut tout dire sur l’armé, tant que
cette nécessité d’équilibre ne sera pas prise en compte,
l’armée manquera à ses devoirs vis-à-vis de la
constitution.
La Réforme de l’armée vue par Gilchrist est-elle la
meilleure ?
Sur cette question de réforme de l’armée,
les politiciens, surtout l’opposition, en quête
d’argument se montrent souvent volubiles. Pour cause la
grande muette a laissé de mauvais souvenirs à beaucoup
de togolais. Les morts de la lagune de Bè, Tavio Amorin,
Marc Atidépé, ne seront pas exhumés. Et quand on parle
de ce corps organisé il ressort que sa politisation pour
la cause à ne plus rappeler lui a ôté sa première
vocation.
Gilchrist Olympio qui a frôlé le destin
tragique de son père un 5 mai 1992 ne mâche pas ses mots
quand il s’agit de l’armée. Parfois l’homme a souvent
fait preuve de méconnaissance du système mais lors de
son dernier séjour à Lomé, il a donné une feuille de
route qui peut s’avérer utile à Faure et Kpatcha
Gnassingbé. Conscient de la difficulté du sujet il a
laissé entendre : « Nous devons recruter les
militaires à partir de tous les coins du Togo pour que à
terme nous arrivions à une armée nationale et cette
armée doit se cantonner dans les rôles traditionnels,
c’est-à-dire l’intégrité des frontières et chasser les
ennemis. Enfin, avec le temps nous devons peut être,
chercher à avoir une armée proportionnelle au nombre
d’habitants. A ce stade là, il ne sera plus question de
recruter. »
Cette rhétorique fait ressortir clairement
la préoccupation qui doit être celle du gouvernement par
rapport aux corps habillés, mais comme on le voit
souvent, ces propos ont souvent servi aux affidés du
régime de diaboliser Gilchrist Olympio en lui prêtant
les intentions de procéder à une chasse aux sorcières
dans l’armée s’il accédait au pouvoir. C’est de bonne
guerre, en politique toutes les contrevérités ne sont
pas à prohiber car seul le pouvoir compte.
Avant que l’exécutif ne songe à appliquer ce
projet de loi s’il venait a être adopter intégralement à
l’Assemblée Nationale, il faut qu’il pense à trouver des
motifs de reconversion à nos généraux, et ils seront
plus gais et insouciants après leur retraite car seule
l’oisiveté les ramène vers la motte. Les militaires
doivent avoir des métiers sous la main et les garnisons
ne doivent plus constituer un enfer pour cause d’ennuis.
Si la haute hiérarchie avaient dans son effectif des
ingénieurs civils qualifiés, des maçons, des menuisiers,
des peintres et autres mains d’oeuvre qualifiées, les
appels d’offres n’échoueraient plus sur la table des
vautours, mieux l’Etat fera beaucoup d’économie si ses
nombreux chantiers étaient aux bon soins des Opérateurs
militaires. C’est aussi ça la réforme.
Alex Mikodomé |