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Propos récueilli par Joseph Takeli le 21 août 2004
TOGOFORUM : Monsieur LABITEY COMBEY VIOTO, vous dirigez une organisation dénommée CAS-FOKABE. Avant de revenir sur votre organisation et ses objectifs, nous aimerions aborder l’actualité européenne sinon belge plus précisément. On note l’élection de certaines personnes d’origine africaine aux dernières élections régionales belges. On remarque surtout la nomination d’une dame africaine au sein du gouvernement belge. Est-ce des signes d’ouverture sérieuse de la Belgique à l’Afrique? Quelle implication cela peut-il avoir sur le continent ? 

Bertin MAMPAKA
Députée régionale Echevin de la Ville de Bruxelle

FatimaMOUSSAOUI
Députée régionale bruxelloise

Olga ZRIHEN
ELUE EUROPEENNE

olga@olgazrihen.net

Sfia BOUARFA
ELUE REGION DE
BRUXELLES-CAPITALE

Mohamed DAIF
ELU REGION DE
BRUXELLES-CAPITALE

Bob BASOMBOLI
ELU REGION
ARRONDISSEMENT
DE LIEGE

Joëlle KAPOMPOLE
ELUE REGION
ARRONDISSEMENT
 DE MONS

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

LABITEY COMBEY VIOTO: Tout d’abord, je tiens à remercier votre organisation pour cette opportunité qui m’est offerte de pouvoir m’exprimer et apporter des éclaircissements sur notre association et de me prononcer sur la vie socio-politique de notre cher pays le Togo. 

Pour répondre à votre question, les élections régionales du 13 juin 2004 ont été marquées par l’éclosion des personnes d’origine africaine issues des différents partis politiques belges. La Belgique a toujours œuvré pour une large ouverture politique aux ressortissants d’origine africaine. Aujourd’hui au sein de ses organes politiques, nous pouvons citer des africains naturalisés occupants des postes divers, notamment Echevins, conseillers communaux etc.…L’adoption de la loi autorisant les Extra-européens non naturalisés à voter aux élections régionales constitue un autre exemple de volonté d’ouverture. La nomination de Madame Gisèle MANDAILA MALAMBA (MR) au poste de Secrétaire d'Etat aux Familles et aux Personnes handicapées, précédemment Conseillère Communale, en est l’illustration parfaite. Elle est la première personne belge d’origine sub-saharienne à être nommée au sein du gouvernement fédéral belge. Forcément cette nomination aura un impact positif. Elle donnera sans aucun doute la force, l’envie et l’espoir aux autres de la même origine, d’y croire quant à leur future nomination à des postes similaires. Etant donné qu’elle connaît parfaitement et cerne mieux le problème de son continent d’origine, elle sera, je le crois et je l'espère, notre porte-parole au sein du gouvernement fédéral belge, et auprès des institutions européennes. 

TOGOFORUM : Monsieur LABITEY COMBEY VIOTO, votre organisation a soutenu certains candidats du Mouvement Réformateur (MR), notamment l’ancien Premier Ministre et Ministre belge des Affaires Etrangères, M. Louis Michel. Certains Togolais vous ont taxé de collaboration avec une formation qui ne connaît pas l’Afrique. Pourquoi au fait ce soutien ?  

LCV: Et bien vous n’êtes pas les seuls à être surpris ! Il n’est aucunement question de reconnaissance pour service rendu comme l’ont pu insinuer d’aucuns dans les débats ici et là .

Le soutien, ou tout au moins, l’appel à soutien que nous avons lancé, était dans l’optique de témoigner notre attachement aux efforts fournis par M. Louis Michel. Depuis longtemps, et plus précisément depuis sa nomination en 1999 au poste de Ministre des Affaires Etrangères, M. Louis Michel a fait des problèmes du continent africain son cheval de bataille et une de ses  priorités. Pour M. Louis Michel, la Belgique doit pouvoir régler et gérer les problèmes de l’Afrique à la source, permettre aux africains de mieux vivre chez eux, sur leur continent, en faisant de sorte que l’Afrique puisse accéder rapidement à la démocratie mais de façon pacifique et non celle déguisée en dictature masquée, l’instauration d’un réel état de droit basée sur le fonctionnement harmonieux de toutes les composantes de l’état, devant permettre la réalisation de tous ces objectifs. D’œuvrer pour mettre fin aux divers foyers de tension qui n’ont cessé de causer des morts, des orphelins, des sans abris, entraînant la famine etc.…

Sa formation politique le MR (Mouvement Réformateur) connaît parfaitement l’Afrique et ses réalités quotidiennes. Ayant d’ailleurs effectué de nombreuses visites sur ce continent, M. Louis Michel demeure, à mon avis, le plus africain des personnalités politiques belges aujourd'hui. Lors de son passage à la Louvière pour animer une conférence sur l’Afrique organisée par « l’Asbl Femmes Liberté », il a réaffirmé sa ferme volonté d’œuvrer pour un développement harmonieux et prospère du continent africain. Il a entre autre souligné sa disponibilité à collaborer avec toute association et organisation ayant à cœur la recherche des solutions pacifiques ainsi que la réalisation des objectifs précités. M. Louis Michel a contribué pleinement pour la signature des accords de Cotonou.

Dans le cas de figure où c’est une toute autre formation qui œuvrerait pour une meilleure approche du problème africain, nous n’hésiterons pas à adopter la même démarche.   

TOGOFORUM : Louis Michel est aujourd’hui Commissaire européen. Entrevoyez-vous une action de ce dernier en faveur du Togo ?  

LCV:Au lendemain de sa nomination et lors d’un entretien qu ‘il a accordé à une chaîne de télévision belge, il a souhaité gérer dans les prochains mois à venir, le portefeuille de la coopération et du développement au sein de la Commission européenne, pour une continuité de ses actions en faveur du continent africain. Selon M. Louis Michel, les africains méritent mieux dans leur vécu quotidien. Un quotidien émaillé d'insécurité, de guerre et de  famine. L’Afrique selon toujours M. Louis Michel doit connaître une paix durable, une alternance pacifique au pouvoir par voix démocratique, le respect scrupuleux des principes fondamentaux des droits de l’homme.

Louis Michel sera-t-il en faveur du Togo ? Je pense que oui. Etant donné que le Togo est un pays d’Afrique et son action pose les problèmes du continent comme une priorité. Même avec le fait qu’il occupe aujourd'hui un autre portefeuille à part celui de la coopération et du développement, il demeurera quelqu’un qui aura toujours à cœur, le problème de l’Afrique. Donc il sera toujours où qu’il soit, attentif et recevable de nos problèmes. C'est du moins ce que nous avons la faiblesse de croire.   

TOGOFORUM : Puisque vous vivez en Belgique, pouvez-vous nous dire si la crise togolaise qui dure depuis bientôt 15 ans est connue des politiques belges.

LCV:
La Belgique à travers l’UE a la maîtrise parfaite du dossier togolais. Sa diplomatie a d’ailleurs œuvré aux côtés des autres de l’UE, pour la signature de l’Accord ACP-CE de Cotonou ayant débouché plus tard aux 22 engagements pris à Bruxelles le 14 avril 2004 par le gouvernement togolais. Ces engagements ont ouvert aujourd’hui la voix au énième dialogue inter togolais et  contribueront sans aucun doute au changement du paysage politique togolais. En tout cas nous l'esperons. 

Si nous voulons justement bénéficier, ou du moins pouvoir compter sur l'appui de Louis Michel, nos associations et mouvements politiques devront s’y mettre et mieux faire au quotidien connaître les problèmes du Togo, en étendant nos lobying à tous les mouvements politiques belges.

TOGOFORUM :
Que pensez-vous personnellement des sanctions de l'Union Européenne contre le Togo?

LCV:
Vous savez personne ne peut se réjouir aujourd’hui des conséquences de ces sanctions. Pour ma part je pense que c’est le peuple qui en paie le prix fort, ce qui est d’ailleurs injuste. Mais elles demeurent aujourd’hui le seul moyen de pression sur le régime en place de pouvoir négocier avec toute franchise. Mais nous ne devons pas non plus croire, ni espérer qu’avec ces sanctions le régime fléchira. Les 11 années de rupture de coopération n’ont pas fait bouger d’un iota la position de ce gouvernement. Lorsque nous avons déclenché la lutte en 1990, la coopération économique de l'Europe avec le Togo était en vigueur et pourtant nous avons pu imposer et obtenir bon nombres de choses positives. Nous devons tout simplement revoir nos méthodes de lutte. Nous disposons d’une arme redoutable, plus redoutable que les sanctions. C’est tout simplement la mobilisation populaire. Souvenez-vous de la grève des six jours de 1991. Il vaut mieux tard que jamais. D’abord regroupons-nous au sein d’un front pour parler et agir d’une seule et unique voix, ensuite appeler le peuple à une désobéissance civile, paralysons l’appareil étatique, et imposons sans fléchir l’application des 22 engagements au gouvernement.

TOGOFORUM : Pensez-vous qu'on peut remobiliser le peuple togolais aujourd'hui?
LCV:
Je pense qu'on doit pouvoir le faire. Sinon autant tout oublier car l'Enion Européenne ne viendra pas nous libérer du mal que nous avons nous même créé. L'étranger peut nous aider, mais cela a ses limites et c'est à nous que revient le premier rôle.

TOGOFORUM :
Monsieur Labitey, dites-nous un peu ce qu’est le CAS-FOKABE ?
 
LCV
:
Le CAS-FOKABE est une association dénommée Club des Amis et Sympathisants de Foly Kangni Bertin. Elle est créée essentiellement en hommage à un ami, un camarade de lutte, mais aussi et surtout un combattant de la liberté. Pour répondre à l’appel de la diaspora togolaise, une assemblée s’est constituée le 21 juin 2001 à Lomé pour relever le défi d’instaurer une société plus équitable.

Le CAS-FOKABE est donc une association qui œuvre pour l’observance de principes fondamentaux que sont les droits de l’homme, la justice sociale. Elle s’active également à garantir équitablement des échanges interrégionaux ainsi que la promotion d’une société pluriculturelle.  

TOGOFORUM : N’est-ce pas encore une association de plus sur la scène togolaise ? Autrement dit, en quoi le CAS-FOKABE est-il différent de la foultitude d’associations que compte le Togo?

LCV:
Certainement pas ! L’association telle que décrite plus haut, se veut un relais effectif et efficace en ce qui concerne l’amélioration du quotidien au TOGO. Sans jamais renier l’œuvre accomplie sans aucun doute par des associations sœurs. Il est bien évident que pour des raisons diverses, les objectifs n’ont jamais vraiment été atteints pour des raisons connues de nous tous. Nous nous insurgeons contre ces associations et mouvements qui dans leurs statuts et discours mettent en avant l’intérêt et le bien être du peuple mais qui  malheureusement que dans l’accomplissement de leurs actes, font passer avant tout les seuls intérêts personnels. Ce qui n’est pas de nature à faire avancer les débats depuis bientôt quinze ans.

Au même moment
notre peuple est en train de souffrir, nos infrastructures connaissent des délabrements inqualifiables, nos soins de santé dans des états dérisoires, lamentables nous devrions avoir une autre attitude. La classe politique de l’opposition, qui devrait sortir le peuple de toutes ces souffrances, quant à elle se livre à des guerres d’occupation de terrain, des revendications personnelles, la lutte de leadership, le refus et la non-acceptation du titre d’opposition à tel ou tel parti, laissant ou oubliant le peuple dans ses agonies. Nous ne devons pas nous tromper d’adversaires. N’est-il pas vrai que les loups ne se mangent jamais entre eux ? Et pourquoi donc faut-il que nous nous mangions entre nous ? En laissant filer la proie que nous devons ensemble dévorer?

Aujourd’hui la souffrance du peuple est plus que réelle. Sur le terrain, nous devons enterrer définitivement nos rancœurs, nos divergences, nos préjugés, en unissant nos actions, en pratiquant une politique d’ouverture et d’acceptation de tous les partis politiques ou courants qui concourent et aspirent au changement.

Quant à nous autres de la Diaspora, nous avons une très grande responsabilité. Nous devons être plus solidaires, nous devons constituer un bloc soudé, uni et surtout efficace. Comme nous l’exigeons de nos aînés à Lomé, nous devons aussi parler d’une seule et unique voix. Nous devons éveiller davantage la conscience de l’opinion internationale sur la vie socio-politique de notre pays mais pas en rang dispersé. Le Togo est notre patrie, et c’est ensemble que nous pouvons le construire. L’union fait la force et il n’est pas trop tard d’uniformiser nos actions. Allons au-delà des discours flatteurs et concrétisons toutes nos belles paroles. Cessons d’être des théoriciens et passons aux actes concrets.

C'est au regard de tous ces constats que le CAS FOKABE propose un regroupement de l’ensemble de la Communauté Togolaise de Belgique dans un front avec l’objectif d’en finir avec le régime dictatorial. Une fois l’objectif atteint, le front n’aura plus sa raison d’être. Il y a d’ailleurs un proverbe de chez nous qui dit : « beaucoup de viandes ne gâtent pas la sauce » ; et ce, pour peu que nous donnions le meilleur de nous-mêmes, tout le monde devrait pouvoir y trouver sa place !

TOGOFORUM : Il semble que votre organisation soit ouverte à tous y compris les personnes qui ne sont pas d’origine togolaise.  Pensez-vous vraiment que le nom de notre confrère Foly Kangni Bertin puisse rassembler au-delà du Togo ?

LCV:
Effectivement nous avons au sein de notre association, des personnes d’origine autre que le Togo. Parce que nous sommes convaincus que le problème de la démocratisation demeure un problème africain. Donc la recherche des solutions doit être l’œuvre d’une communauté tout entière et doit passer par un regroupement et une union entre africains. Raison pour laquelle nous avons amendé et voté le 20 juin dernier notre statut pour pouvoir permettre l’adhésion d’autres nationalités. Nous faisons d‘une priorité la solidarité entre africains. Apprendre à vivre ensemble malgré nos divergences. Notre parrain d’association, Bertin Foly Bertin est un farouche partisan du panafricanisme. Encore étudiant en 1979, il a participé en Centrafrique au soulèvement de la jeunesse scolaire et étudiante contre le tyran Bokassa. La manifestation est réprimée  dans le sang. Plus tard, élève au Lycée qui porte alors le nom du dictateur Jean Bedel Bokassa, qui par la suite, deviendra Lycée des Martyrs, le jeune togolais Bertin, participe activement au soulèvement ayant conduit à la chute de l'Empereur.

Nous devons nécessairement entretenir une étroite collaboration et travailler ensemble entre africains et voire même d’autres continents. Aujourd’hui avec entre autres, la mondialisation, l’Europe unie, l’Afrique doit se mettre au rythme dans ce concert des nations.

L’Union Africaine ne doit plus être le leurre de ces 40 dernières années. Cela étant, si nous voulons consolider cette œuvre d’unité de l’Afrique, cela passera par un apprentissage du « pouvoir vivre ensemble » malgré nos différences culturelles. Et pour y parvenir nous devons nous côtoyer au quotidien et cela n’est possible qu’à travers la vie associative. 

TOGOFORUM : Pouvez-vous nous dire dans leurs grandes lignes quels sont les projets à court, moyen long terme qu’il faut que nous mettions au crédit de votre association et comment vous comptez les réaliser ? 

LCV:
Nous sommes au cœur de l’Europe, la capitale des 25 états où sont les grandes institutions. Aussi voudrais-je vous faire savoir l’énorme potentielle de la diplomatie belge que nous qualifions de force tranquille car très écoutée au sein de l’Union. Donc à court terme, il y a lieu de faire en sorte que la Belgique puisse s’impliquer davantage dans la recherche des solutions pacifiques aux problèmes togolais en particulier, et africains en général. Il n’est pas à négliger qu’il y a une forte population togolaise en Belgique qui se chiffre aujourd’hui à plus de 5 mille âmes. Etant notre pays d’accueil, il est tout à fait normal qu’il s’intéresse de plus en plus aux réalités du Togo. Donc en tant qu’acteur politique, il est de notre devoir d’apporter notre contribution.

Dans le long terme, on verra bien car pour faire à manger il faut faire d’abord le feu. Attelons-nous à la réalisation des projets à court terme qui sont très importants avant quelque réalisation à long terme à venir.    

TOGOFORUM : Je vous souhaite bonne chance et vous remercie pour votre collaboration. 

LCV: Merci à vous aussi.

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