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LABITEY COMBEY
VIOTO:
Tout d’abord, je tiens à remercier votre organisation pour cette
opportunité qui m’est offerte de pouvoir m’exprimer et apporter des
éclaircissements sur notre association et de me prononcer sur la vie socio-politique de notre cher pays le Togo.
Pour répondre à votre question, les élections régionales du 13 juin
2004 ont été marquées par l’éclosion des personnes d’origine africaine
issues des différents partis politiques belges. La Belgique a toujours
œuvré pour une large ouverture politique
aux
ressortissants d’origine africaine. Aujourd’hui au sein de ses organes
politiques, nous pouvons citer des africains naturalisés occupants des
postes divers,
notamment Echevins, conseillers communaux
etc.…L’adoption de la loi autorisant les Extra-européens non
naturalisés à voter aux élections régionales constitue un autre
exemple de volonté d’ouverture. La nomination de Madame Gisèle
MANDAILA MALAMBA (MR) au poste de Secrétaire d'Etat aux Familles et
aux Personnes handicapées,
précédemment Conseillère Communale,
en est l’illustration parfaite. Elle est la première personne belge
d’origine sub-saharienne à être nommée au sein du gouvernement fédéral
belge. Forcément cette nomination aura un impact positif. Elle
donnera sans aucun doute la force, l’envie et l’espoir aux autres de
la même origine, d’y croire quant à leur future nomination à des
postes similaires. Etant donné qu’elle connaît parfaitement et cerne
mieux le problème de son continent d’origine, elle sera,
je le crois et je l'espère,
notre porte-parole au sein du gouvernement fédéral belge, et auprès
des institutions européennes.
TOGOFORUM : Monsieur LABITEY COMBEY VIOTO, votre organisation a
soutenu certains candidats du Mouvement Réformateur (MR),
notamment l’ancien Premier Ministre et Ministre belge des Affaires
Etrangères, M. Louis Michel.
Certains Togolais vous ont taxé de collaboration avec une formation
qui ne connaît pas l’Afrique. Pourquoi
au fait
ce soutien ?
LCV:
Et bien vous n’êtes pas les seuls à être surpris ! Il n’est aucunement
question de reconnaissance pour service rendu comme l’ont pu insinuer
d’aucuns
dans les débats ici et là
.
Le soutien, ou tout au moins, l’appel à soutien que nous avons lancé,
était dans l’optique de témoigner notre attachement aux efforts
fournis par M. Louis Michel. Depuis longtemps, et plus précisément
depuis sa nomination en 1999 au poste de Ministre des Affaires
Etrangères, M. Louis Michel a fait des
problèmes
du continent africain son cheval de bataille et
une de ses
priorités. Pour M. Louis Michel, la
Belgique doit pouvoir régler et gérer les problèmes de l’Afrique à la
source, permettre aux africains de mieux vivre chez eux, sur leur
continent, en faisant de sorte que l’Afrique puisse accéder
rapidement à la démocratie mais de façon pacifique et non celle
déguisée en dictature masquée, l’instauration d’un réel état de droit
basée sur le fonctionnement harmonieux de toutes les composantes de
l’état, devant permettre la réalisation de tous ces objectifs.
D’œuvrer pour mettre fin aux divers foyers de tension qui n’ont cessé
de causer des morts, des orphelins, des sans abris, entraînant la
famine etc.…
Sa formation politique le MR (Mouvement Réformateur) connaît
parfaitement l’Afrique et ses réalités quotidiennes. Ayant d’ailleurs
effectué de nombreuses visites sur ce continent, M. Louis Michel
demeure,
à mon avis,
le plus africain des personnalités politiques belges
aujourd'hui.
Lors de son passage à la Louvière pour animer une conférence sur
l’Afrique organisée par « l’Asbl Femmes Liberté », il a réaffirmé sa ferme volonté d’œuvrer pour un développement harmonieux
et prospère du continent africain. Il a entre autre souligné sa
disponibilité
à
collaborer avec toute association et organisation ayant à cœur la
recherche des solutions pacifiques ainsi que la réalisation des
objectifs précités. M. Louis Michel a contribué pleinement pour la
signature des accords de Cotonou.
Dans le cas de figure où c’est une toute autre formation qui œuvrerait
pour une meilleure approche du problème africain, nous n’hésiterons
pas à adopter la même démarche.
TOGOFORUM : Louis Michel est aujourd’hui Commissaire européen.
Entrevoyez-vous une action de ce dernier en faveur du Togo ?
LCV:Au
lendemain de sa nomination
et lors d’un entretien qu ‘il a accordé à
une chaîne de télévision belge, il a souhaité gérer dans les prochains
mois à venir, le portefeuille de la coopération et du développement au
sein de la Commission européenne, pour une continuité de ses actions
en faveur du continent africain. Selon M. Louis Michel, les africains
méritent mieux dans leur vécu quotidien. Un quotidien émaillé
d'insécurité,
de
guerre
et de famine.
L’Afrique selon toujours M. Louis Michel doit connaître une paix
durable, une alternance pacifique au pouvoir par voix démocratique, le
respect scrupuleux des principes fondamentaux des droits de l’homme.
Louis Michel sera-t-il en
faveur du Togo ?
Je pense que
oui.
Etant
donné que le Togo est un pays d’Afrique
et son action pose les problèmes du continent comme une priorité.
Même
avec
le fait qu’il
occupe aujourd'hui
un autre portefeuille à part celui de la coopération et du
développement, il demeurera quelqu’un qui aura toujours à cœur, le
problème de l’Afrique. Donc il sera toujours où qu’il soit, attentif
et recevable de nos problèmes.
C'est du moins ce que nous avons la faiblesse de croire.
TOGOFORUM :
Puisque vous vivez en Belgique,
pouvez-vous nous dire si la crise togolaise qui dure
depuis bientôt 15 ans est connue des politiques belges.
LCV:La
Belgique à travers l’UE a la maîtrise parfaite du dossier
togolais. Sa diplomatie a d’ailleurs œuvré aux côtés des
autres de l’UE, pour la signature de l’Accord ACP-CE de
Cotonou ayant débouché plus tard
aux 22 engagements
pris à Bruxelles le 14 avril 2004 par le gouvernement
togolais. Ces engagements
ont ouvert
aujourd’hui la
voix au énième dialogue inter togolais
et contribueront
sans aucun doute au changement du paysage politique
togolais. En tout cas
nous l'esperons.
Si nous voulons justement bénéficier,
ou du moins
pouvoir compter sur l'appui
de Louis Michel,
nos associations et mouvements politiques devront s’y
mettre
et mieux faire au quotidien connaître les problèmes du
Togo, en étendant nos lobying à tous les mouvements
politiques belges.
TOGOFORUM :
Que pensez-vous
personnellement des sanctions de l'Union Européenne contre
le Togo?
LCV:Vous
savez personne ne peut se réjouir aujourd’hui des
conséquences de ces sanctions. Pour ma part je pense que
c’est le peuple qui en
paie le
prix fort, ce qui est d’ailleurs injuste. Mais elles
demeurent aujourd’hui le seul moyen de pression sur le
régime en place de pouvoir négocier avec toute franchise.
Mais nous ne devons pas non plus croire, ni espérer
qu’avec ces sanctions le régime fléchira. Les 11 années de
rupture de coopération n’ont pas fait bouger d’un iota la
position de ce gouvernement. Lorsque nous avons déclenché
la lutte en 1990, la
coopération économique de l'Europe avec le Togo était en
vigueur et
pourtant nous avons pu imposer et obtenir bon nombres de
choses positives. Nous devons tout simplement revoir nos
méthodes de lutte. Nous disposons d’une arme redoutable,
plus redoutable que les sanctions. C’est tout simplement
la mobilisation populaire. Souvenez-vous de la grève des
six jours de 1991. Il vaut mieux tard que jamais. D’abord
regroupons-nous au sein d’un front pour parler et agir
d’une seule et unique voix, ensuite appeler le peuple à
une désobéissance civile, paralysons l’appareil étatique,
et imposons sans fléchir l’application des 22 engagements
au gouvernement.
TOGOFORUM :
Pensez-vous qu'on peut remobiliser le peuple togolais
aujourd'hui?
LCV:
Je pense qu'on doit pouvoir
le faire. Sinon autant tout oublier car l'Enion Européenne
ne viendra pas nous libérer du mal que nous avons nous
même créé. L'étranger peut nous aider, mais cela a ses
limites et c'est à nous que revient le premier rôle.
TOGOFORUM : Monsieur Labitey, dites-nous un peu ce qu’est le
CAS-FOKABE ?
LCV:
Le CAS-FOKABE est une association dénommée Club des Amis et
Sympathisants de Foly Kangni Bertin. Elle est créée essentiellement en
hommage à un ami, un camarade de lutte, mais aussi et surtout un
combattant de la liberté. Pour répondre à l’appel de la diaspora
togolaise, une assemblée s’est constituée le 21 juin 2001 à Lomé pour
relever le défi d’instaurer une société plus équitable.
Le CAS-FOKABE est
donc une association qui œuvre pour l’observance de principes
fondamentaux que sont les droits de l’homme, la justice sociale. Elle
s’active également à garantir équitablement des échanges
interrégionaux ainsi que la promotion d’une société pluriculturelle.
TOGOFORUM : N’est-ce pas encore une association de plus sur la scène togolaise ?
Autrement dit, en quoi le CAS-FOKABE est-il différent de la
foultitude
d’associations que compte le Togo?
LCV:
Certainement pas ! L’association telle que décrite plus haut, se veut
un relais effectif et efficace en ce qui concerne l’amélioration du
quotidien au TOGO. Sans jamais renier l’œuvre accomplie sans aucun
doute par des associations sœurs. Il est bien évident que pour des
raisons diverses, les objectifs n’ont jamais vraiment été atteints
pour des raisons connues de nous tous. Nous nous insurgeons contre ces
associations et mouvements qui dans leurs statuts et discours mettent
en avant l’intérêt et le bien être du peuple
mais qui malheureusement que dans l’accomplissement de leurs actes,
font
passer avant tout les seuls
intérêts personnels.
Ce qui n’est pas de nature à
faire avancer les débats depuis bientôt quinze ans.
Au même moment
notre peuple est en train de souffrir, nos infrastructures connaissent des
délabrements inqualifiables, nos soins de santé dans des états
dérisoires, lamentables
nous devrions avoir une autre attitude. La classe politique de l’opposition, qui
devrait sortir le peuple de toutes ces souffrances, quant à elle se
livre à des guerres d’occupation de terrain, des revendications
personnelles, la lutte de leadership, le refus et la non-acceptation
du titre d’opposition à tel ou tel parti, laissant ou oubliant le
peuple dans ses agonies. Nous ne devons pas
nous
tromper d’adversaires. N’est-il pas vrai que les loups ne se mangent
jamais entre eux ? Et pourquoi donc faut-il que nous nous mangions
entre nous ? En laissant filer la proie que nous devons ensemble
dévorer?
Aujourd’hui la souffrance du peuple est plus que réelle. Sur le
terrain, nous devons enterrer définitivement nos rancœurs, nos
divergences, nos préjugés, en unissant nos actions, en pratiquant une
politique d’ouverture et d’acceptation de tous les partis politiques
ou courants qui concourent et aspirent au changement.
Quant à nous
autres de la Diaspora, nous avons une très grande responsabilité. Nous
devons être plus solidaires, nous devons constituer un bloc soudé, uni
et surtout efficace. Comme nous l’exigeons de nos aînés à Lomé, nous
devons aussi parler d’une seule et unique voix. Nous devons éveiller
davantage la conscience de l’opinion internationale sur la vie
socio-politique de notre pays mais pas en rang dispersé. Le Togo est
notre patrie, et c’est ensemble que nous pouvons le construire.
L’union fait la force et il n’est pas trop tard d’uniformiser nos
actions. Allons au-delà des discours flatteurs et concrétisons toutes
nos belles paroles. Cessons d’être des théoriciens et passons aux
actes concrets.
C'est au regard de tous ces
constats que
le CAS FOKABE propose un
regroupement de l’ensemble de la Communauté Togolaise de Belgique dans
un front avec l’objectif d’en finir avec le régime dictatorial. Une
fois l’objectif atteint, le front n’aura plus sa raison d’être. Il y a
d’ailleurs un proverbe de chez nous qui dit : « beaucoup de viandes ne
gâtent pas la sauce » ; et ce, pour peu que nous donnions le meilleur
de nous-mêmes, tout le monde devrait pouvoir y trouver sa place !
TOGOFORUM : Il semble que votre organisation soit ouverte à tous y compris les
personnes qui ne sont pas d’origine togolaise. Pensez-vous
vraiment que le nom de notre confrère Foly Kangni Bertin puisse
rassembler au-delà du Togo ?
LCV:
Effectivement nous avons au sein de notre association, des personnes
d’origine autre que le Togo. Parce que nous sommes convaincus que le
problème de la démocratisation demeure un problème africain. Donc la
recherche des solutions doit être l’œuvre d’une communauté tout
entière et doit passer par un regroupement et une union entre
africains. Raison pour laquelle nous avons amendé et voté le 20 juin
dernier notre statut pour pouvoir permettre l’adhésion d’autres
nationalités. Nous faisons d‘une priorité la solidarité entre
africains.
Apprendre à vivre ensemble malgré nos divergences. Notre
parrain d’association, Bertin
Foly Bertin est un farouche partisan du
panafricanisme. Encore étudiant en 1979, il
a participé en Centrafrique au soulèvement de la jeunesse scolaire et
étudiante contre le tyran Bokassa.
La manifestation est réprimée dans le sang. Plus tard, élève au
Lycée qui porte alors le nom du dictateur Jean Bedel Bokassa, qui par
la suite, deviendra Lycée des Martyrs, le jeune togolais Bertin,
participe activement au soulèvement ayant conduit à la chute de
l'Empereur.
Nous devons nécessairement entretenir une étroite collaboration et
travailler ensemble entre africains et voire même d’autres continents.
Aujourd’hui avec entre autres, la mondialisation, l’Europe unie,
l’Afrique doit se mettre au rythme dans ce concert des nations.
L’Union Africaine ne doit plus être le leurre de ces 40 dernières
années. Cela étant, si nous voulons consolider cette œuvre d’unité de
l’Afrique, cela passera par un apprentissage du « pouvoir vivre
ensemble » malgré nos différences culturelles. Et pour y parvenir
nous devons nous côtoyer au quotidien et cela n’est possible qu’à
travers la vie associative.
TOGOFORUM :
Pouvez-vous nous dire dans leurs grandes lignes quels sont les projets
à court, moyen long terme qu’il faut que nous mettions au crédit de
votre association et comment vous comptez les réaliser ?
LCV:
Nous sommes au cœur de l’Europe, la capitale des 25 états où sont les
grandes institutions. Aussi voudrais-je vous faire savoir l’énorme
potentielle de la diplomatie belge que nous qualifions de force
tranquille car très écoutée au sein de l’Union. Donc à court terme, il
y a lieu de faire en sorte que la Belgique puisse s’impliquer
davantage dans la recherche des solutions pacifiques aux problèmes
togolais en particulier, et africains en général. Il n’est pas à
négliger qu’il y a une forte population togolaise en Belgique qui se
chiffre aujourd’hui à plus de 5 mille âmes. Etant notre pays
d’accueil, il est tout à fait normal qu’il s’intéresse de plus en plus
aux réalités du Togo. Donc en tant qu’acteur politique, il est de
notre devoir d’apporter notre contribution.
Dans le long terme, on verra bien car pour faire à manger il faut
faire d’abord le feu. Attelons-nous à la réalisation des projets à
court terme qui sont très importants avant quelque réalisation à long
terme à venir.
TOGOFORUM : Je vous souhaite bonne chance et vous remercie pour votre
collaboration.
LCV:
Merci à vous aussi.
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