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Interview
Comi Toulabor : Les inondations et la cherté de la vie sont de bons et faux prétextes pour le pouvoir RPT de temporiser indéfiniment
AgoraPress - Interview réalisée par Camus Ali le 20 Sept 2008

« Autrement dit,si Houngbo veut vraiment travailler là sans les guillemets,il doit se livrer constamment á un bras de fer contre son patron et nombre des membres de son cabinet.Ce qui est improbable parce que le pauvre Houngbo n’a pas d’armes constitutionnelles pour livrer bataille »

 

Comi Toulabor

Togoforum : Komla Mally vient d’être remercié. L’homme a t-il mérité où démérité en 8 mois de primature ?
Toulabor Comi
 : Pour Faure et son Clan, Komlan Mally, pardon le Docteur Komlan Mally a été renvoyé parce qu’il n’a pas démérité, donc il a mérité. Le paradoxe et le côté cocasse de la situation sautent aux yeux. Le pauvre Mally, Premier ministre atone et aussi transparent que l’ombre de son (ex-)patron, est en tout cas récompensé, les mauvaises langues diront rétrogradé au rang de ministre d’Etat, ministre de la Santé au sein du nouveau gouvernement qui ressemble à bien des égards à un gag mal ficelé et de mauvais goût. On a le sentiment d’assister à la refondation du Happy Star Concert Band de Lomé des années 1970 où Gilbert Houngbo serait dans le rôle de Mister Tameklor ou de Francis le parisien. A peine croyable pour un gouvernement ! Le site officiel Republicoftogo ne manque d’humour qui écrit avec une ironie cruelle : « Le docteur Mally débarque aux urgences » ! Faire l’inventaire de l’action de Mally à la primature ? J’avoue que vous me donnez de la migraine, j’ai du mal à m’adonner à cet exercice pourtant simple mais bien difficile dans son cas. Puisqu’on demande de permuter un zéro pointé en note positive. Faure et son Clan qui sont habiles à changer des métaux vils en pierres précieuses nous disent que Komlan Mally est de l’or : le docteur des urgences ! C’est son gouvernement qui, tout de même, a élaboré le document de présentation qui a permis d’aller mendier à Bruxelles les 17 et 18 derniers. N’est-ce pas largement suffisant pour un gouvernement d’impuissance? Comment croire que l’otarie, malgré son talent de joueur réputé, puisse changer l’eau glauque en grand cru de Bordeaux ? Spectateurs, nous sommes priés de croire, et en matière de foi aucune discussion rationnelle ne tient la route. L’otarie, est-ce Faure, Mally et maintenant Houngbo ?

Togoforum : Que peut faire la cascade de premiers ministres qui se succèdent les uns les autres dans le contexte togolais où tous les pouvoirs sont aux mains du chef de l’Etat ?
Toulabor Comi : Quand on relit attentivement la constitution de 2002, il ressort effectivement que le Premier ministre ne dispose d’aucun pouvoir réel. Les cinq articles 76, 77, 78, 79 et 80 lui accordent un semblant de pouvoir, mais ils sont supplantés par l’article 66 qui dispose que « Le président de la République nomme le Premier ministre. Il met fin à ses fonctions. Sur proposition du Premier ministre, il nomme les autres membres du gouvernement et met fin à leurs fonctions. Le président de la République préside le conseil des ministre ». Ce qui change tout et annule les articles cités. Il est souhaitable d’étudier, pas seulement de lire, la constitution avant de s’aventurer à accepter la primature. Le Premier ministre n’est que l’ombre projetée du chef de l’Etat aux termes de la constitution de 2002. Les véritables pouvoirs sont à Lomé II entre les mains du chef de l’Etat : un régime présidentialiste habillé d’oripeaux parlementaires destinés à abuser l’opinion. On peut même supprimer la primature, voire l’Assemblée nationale, cela ne changerait rien au fonctionnement strict des institutions. Il est difficile de comprendre la démarche de ceux qui se réclament de l’opposition et qui vont à Lomé I. Leurs bonne volonté et bonne foi s’arrêtent aux portes du Clan qui les broient et les jettent à la poubelle comme du citron pressé. On a ainsi une longue liste de Premiers ministres : Koffigoh, Kodjo, Klutsé, Adoboli, Agbéyomé, Sama, encore Kodjo, Agboyibor, Mally, et maintenant Houngbo, en attendant (est-ce de la fiction ?) Gnininvi impatient, Debbasch qui ne dira pas non si Paris ose l’imposer ou même Olympio qui ne sait plus ce qu’il veut vraiment ou quelqu’un d’autre de son parti. D’ailleurs pourquoi ne nomme-t-on pas un militaire Premier ministre ? Ce sont les militaires qui font le jeu politique au Togo, les civils n’étant que leurs feuilles de vigne ? Dix Premiers ministres en à peine vingt ans : cela fait beaucoup de monde dans les fosses sceptiques, mais jamais la maison Togo n’a été aussi sale et malodorante. 

Togoforum : On prédit la même galère rencontrée par Me Agboyibor et Mally á Gilbert Houngbo qui ont vue les ministres rendre directement compte á Faure...
Toulabor Comi : Gilbert Houngbo sera confronté à des ministres du Clan qui sont plus puissants et légitimes (au sens du Clan) que lui. Comme son homonyme Gilbert Bawara, et Pascal Bodjona, et surtout le colonel Atcha Titikpina qui n’a rien à cirer avec ce « gros civil » (dans le vocabulaire militaire togolais cette expression est synonyme d’imbécile, de sot, de niais, etc.) sorti du chapeau de Faure, lui-même en révérence devant les militaires qui l’ont fait césar. Par ailleurs comment va-t-il gérer les maîtresses de Faure au gouvernement telles que par exemple Nathalie Manzinèwè née Bitho, ex-épouse d’un fanatique erpétiste cocufié, nommée secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargée de la Jeunesse et de l’Emploi des jeunes? N’est-elle pas un appât tendu à Gilbert Houngbo, elle qui á la réputation d’avoir des bourdons ou le diable dans la culotte comme une certaine Carla Bruni-Sarkozy? Sur son site, le Clan sonne l’olifan de la mise en garde : « Le nouveau Premier ministre doit imposer son style » ! Comment ? Mais c’est déjà un vaste programme audacieux concocté pour lui. Gilbert Houngbo peut encore se réjouir de n’avoir pas affaire à Kpatcha annoncé à la Défense mais recalé par Faure qui ne veut plus le voir au gouvernement alors qu’il avait fait la promesse du contraire à Olusegun Obasanjo le 17 juillet 2008 à Kara lors de la ènième réconciliation entre les deux frères ennemis. Mais probablement certains de ses hommes sont au gouvernement qui sont ses yeux et ses oreilles. C’est ce qui compte. Tout est prêt pour faire la fête à Houngbo, c’est-à-dire l’importuner autant que possible en lui mettant des bâtons dans les roues. S’il a par contre l’autorité et trouve le fameux « style » et surtout s’il a la confiance de son patron, il peut « travailler » comme l’ont fait avant lui Me Agboyibor ou Dr Mally, etc. Autrement dit si Houngbo veut vraiment travailler, là sans les guillemets, il doit se livrer constamment à un bras de fer contre son patron et nombre des membres de son cabinet. Ce qui est très improbable, parceque le pauvre Houngbo n’a pas d’armes constitutionnelles nécessaires pour livrer bataille. Gardons patience et donnons rendez-vous dans trois mois, (dans sa déclaration de politique générale du 16 août, il convie son monde dans six mois, bien) pour faire la claque approbatrice ou désapprobatrice de son action.

Togoforum : L’oiseau rare Gilbert Houngbo n’a pas de couleur politique. Pour vous une faiblesse où une force ?
Toulabor Comi : La bonne couleur politique à endosser dans le système RPT pour être Premier ministre est d’être RPT, mais cela ne garantit rien puisque le RPT sait broyer ses propres enfants comme Agbéyomé, Klutsé, Sama ou Edem Kodjo. Aussi l’oiseau-rare qui de surcroît n’est pas du RPT risque de se retrouver seul. Le fait de ne pas être du RPT est-il un atout ? La réponse n’est pas certaine. En fait le RPT se fout pas mal de la couleur politique de Gilbert Houngbo qui a de fortes chances de laisser des plumes dans cette aventure, et de regretter son poste juteux au PNUD. On veut croire qu’il a obtenu de sérieux garantis, mais en politique togolaise les garantis n’engagent que ceux qui les reçoivent. Le RPT et le Clan constituent un système sadomaso qui aime voir nus comme des vers de terre les Premiers ministres qu’ils ont nommés, qu’ils soient ou non de leur bord politique. Comme l’impunité, le sadomasochisme est une culture politique bien enracinée dans le système RPT.

Togoforum : L’éxpérience internationale du nouveau ministre devrait rassurer paraît-il les partenaires économiques. Pour l’opposition le problème togolais n’est pas les expériences et les changements de premiers ministres...
Toulabor Comi :
On a dit et répété cela aussi à propos de Edem Kodjo : un carnet d’adresses volumineux, des partenaires économiques pléthoriques qui aiment le Togo pour ses beaux yeux, des bailleurs de fonds impatients de voir s’ouvrir les portes du pays pour investir, et tutti quanti. L’opposition a raison de dire que le problème togolais n’est pas un changement de Premier ministre ou de ses expériences internationales. Sinon Edem Kodjo aurait été un Premier ministre extraordinaire et le Togo propulsé au pyramidion du progrès et du bien-être. Le problème du Togo est un problème politique d’abord et d’abord, le reste ensuite. S’il n’est pas résolu, il y a risque de voir tourner le pays en rond indéfiniment. Les bailleurs de fonds et les partenaires économiques sont eux-mêmes complices de cette situation togolaise. De Bruxelles à Berlin, de Washington à Paris, de la Banque mondiale au FMI, de la FIDH à Amesty International, de la FIACAT à l’OMCT, etc., ces ONG humanitaires faisant par ailleurs un travail inestimable sur le terrain dans des conditions parfois périlleuses. Tout le monde sait, mais on a adopté la stratégie des trois simiens : ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre, bref la vieille sagesse des nuits des temps qu’on appelle en diplomatie moderne la non ingérence. On continue à adopter cette sagesse antique en oubliant que les dirigeants togolais sont de très grands manipulateurs, habiles dans la mendicité internationale pour laquelle ils sont prêts à tout, y compris tuer. Tant que la question de la crise de légitimité politique, qui a commencé á faire problème depuis janvier 1963 et qui s’est amplifiée en avril 2005, ne sera pas résolue, le Togo sera dans le tourniquet du temps et continuera à marcher sur la tête, livré aux rires de ses voisins. Faure avait peut-être une occasion extraordinaire, qu’il a gaspillée dans le sang et dans l’obsession de succéder à son père. Mais le voilà pris dans des tourmentes force 13 (chiffre magique du Clan), dans des changements intempestifs de Premiers ministres, plombé par ceux-là qui l’ont catapulté au pouvoir, mais accroché par un doigt au siège présidentiel dans l’attente d’un bon coup de marteau qui le délivrerait de cette posture inconfortable.

Togoforum :
C’est Alain Johandet qui arrive au Togo avec une aide de 5 Millions. Que repondez á Me Agboyibor qui disait qu’il ne sait pas si ces aides profitent aux donateurs ou au peuple togolais...
Toulabor Comi :
Nous savons depuis des lunes à quoi servent les aides bi ou multilatérales, notamment quand elles proviennent de la France. Me Agboyibor pose une question pertinente. Des travaux existent sur l’aide publique au développement qui répondent à son interrogation. Me Agboyibor n’ignore pas non plus la réponse. Alain Joyandet n’est pas venu apporter de l’aide aux Togolais. Sa venue s’inscrit dans cette hypocrisie générale qui se pérennise en guise de politique de coopération. Si on comprend bien Alain Joyandet, un ministre fondamentaliste des intérêts économiques de son pays en Afrique, la moitié des 5 millions d’€uros qu’il a amenée vient compléter l’autre moitié déjà libérée dont les Togolais n’ont encore pas vu la couleur. C’est une aide budgétaire et non une aide à projet, et Faure a une grande marge de l’affecter à des besoins qu’il juge utiles pour lui. Il y a de fortes raisons de penser qu’il procédera à une redistribution entre le donataire et le donateur, comme c’est la coutume bien établie. Alain Joyandet est venu se moquer des Togolais avec son « Togo (…) en passe de réussir sa transition démocratique et économique ». Rien que pour ce mensonge, des casseroles et des tambours moqueurs auraient dû l’accompagner à l’aéroport de Lomé. Au Togo, on est trop dociles, on est trop pacifiques, n’est-ce pas ? Donc Alain Joyandet peut toujours revenir à Lomé avec des fourgonnettes chargées de millions d’€uros, sauf qu’il ne trouvera pas de routes pour la livraison. C’est l’Afrique, c’est comme ça. Ce sont des Africains, c’est comme ça : ils ne sont pas comme les Européens. Diable alors !

Togoforum : le journaliste Stephen Smith dans son livre Negrologie avertit : le taux de retour de l’aide francaise reste appréciable : pour 100 Euros donnés, 61 reviennent dans l’Hexagone sous forme de commandes. Les dirigeants togolais ont-il conscience de l’enjeu devastateur  de cette aide de la France ?
Toulabor Comi :
Je ne sais pas comment apprécier les propos de Stephen Smith. Il faut avoir l’ensemble de son intervention pour savoir exactement ce qu’il veut dire. Cela dit, 61 €uros sur 100 donnés reviennent en France sous forme de commandes. Bien. C’est ce qu’on appelle l’aide liée dont on a dit qu’elle avait disparu depuis fort longtemps. A cette aide liée qui oblige le pays donataire à acheter les produits du pays donateur, il y a d’autres retours qui existent et qui ne relèvent pas du fantasme : montant de l’annulation de la dette, financement des partis politiques français, salaires des coopérants, reconduites aux frontières, etc. Si on additionne toutes les lignes, on doit arriver un retour plus important que ne le dit  Stephen Smith : 80-90 €uros et plus sur 100. Vous voyez l’escroquerie dans cette notion d’aide qu’on utilise constamment pour camoufler savamment des pratiques inavouables. Les dirigeants togolais le savent, les dirigeants français le savent, mais ça les arrange tous, ça arrange surtout le donateur français pour lequel les populations togolaises comptent pour du beurre. Tout le monde en est conscient. Il ne s’agit pas d’un véritable complot, mais d’une disposition mentale et comportementale produite par le système international, en l’occurrence par la coopération franco-togolaise, dont la remise en cause n’est pas encore inscrite à l’ordre du jour.

Togoforum : Au lendemain de la Table Ronde de Bruxelles beaucoup d’analystes pensent que le Togo est un pays á risque pour tout investisseur. Êtes-vous de cet avis ?
Toulabor Comi : Il ne faut pas fantasmer avec cette « table ronde » organisée à Bruxelles. C’est le pouvoir togolais qui l’organise de sa propre initiative pour se vendre à des partenaires économiques et bailleurs de fonds éventuels. C’est peut-être le seul point positif à mettre à l’actif du gouvernement Mally qui a tout ficelé avant d’être congédié, tout en faisant partie de la délégation composée d’une dizaine de bons mendiants en costume-cravate heureux d’ingurgiter des moules-frites dans la capitale de l’Union : la finalité du voyage. L’Union européenne n’a rien à voir avec cette « table ronde », c’est Lomé II qui veut  jouer dans la symbolique du lieu pour faire accroire que l’UE est dans le coup et le soutient avec toujours la disponibilité intéressée de Louis Michel. Le pouvoir aurait pu tout aussi bien organiser sa « table » carrée à Kara, Aného ou ailleurs. Mais les résultats de cette opération coûteuse risquent de ne pas être à la hauteur des attentes. Car le Togo est classé pays à risque et perçu comme tel par tous les investisseurs sérieux. Ce qui veut dire que la stabilité et autres concepts qui attiraient le chaland ne marchent plus. Les paroles verbales et les slogans ne rassurent plus grand monde, sauf peut-être des aventuriers mafieux prêts à venir faire des coups lucratifs et disparaître dans la nature. Eux seront nombreux à la « table ronde » des 17 et 18 septembre, ils savent comment ça marche, ils n’ont pas besoin au demeurant de cette théâtralisation argentée qui vide les caisses publiques déjà vides.

Togoforum :
Il n’y aucun signe d'engouement dans la diaspora togoalaise á quelques 3 jours du grand bal pour rassembler des fonds qui construiront le Togo devant les pays dit « nantis »...
Toulabor Comi :
La diaspora togolaise n’a pas vraiment besoin de se mobiliser pour ce cinéma. Elle a bien fait à mon avis. En dépit de ce qu’on peut lui reprocher, la diaspora est plus ou moins bien informée. Son attitude peut se lire comme une forme de résistance passive à défaut de venir perturber la « table ronde ». Il ne convient pas de jeter la pierre à la diaspora sur ce sujet. Vous savez, les Togolais sont dans leur ensemble très attachés à leur pays et ne sont pas fiers de tout ce qui s’y passe au plan politique, économique, social, culturel, etc. Ils ne veulent pas participer à cette tromperie, s’associer à cette « mission de mendicité » comme dirait un ami, Tido Brassier.

Togoforum :
Finalement  les volets reformes institutionnelles et constitutionnelles sont occultées. Dans une interview qu’il nous a accordée, le ministre Gilbert Bawara  pense que c’est le bien être des togolais qui est la priorité...
Toulabor Comi :
Gilbert Bawara a au moins la qualité de dire sur cette matière la vérité du pouvoir. Les réformes institutionnelles et constitutionnelles ne se feront pas de si tôt. Pour la simple raison qu’elles n’arrangent pas du tout le Clan qui traînera les pieds autant que possible. Ceux qui, dans l’opposition surtout, appellent à ces réformes vont déchanter. Les inondations et la cherté de la vie sont de bons et faux prétextes pour le pouvoir RPT de temporiser indéfiniment. Il peut compter aussi sur une partie de l’opposition pour mener sa stratégie de gagner du temps, surtout s’il est en question de revenir à la constitution de 1992. Le statu quo institutionnel actuel arrange pas seulement le RPT mais aussi des partis de l’opposition pour lesquels les réformes ne sont pas aussi une priorité, alors qu’elles devraient l’être. L’UFC s’étant érigée en demandeur principal de ces réformes inscrites dans l’APG, automatiquement les autres partis pour raison de positionnement stratégique en vue de 2010 ne vont pas la soutenir. Bref, pour une fois Gilbert Bawara a raison mais avec des arguments assez élémentaires.

Togoforum :
Ne serait-il pas intelligent que le principale parti l’UFC participe au gouvernement á deux ans des présidentielles ?
Toulabor Comi : A plusieurs reprises, notamment après les farces de Sant’Egidio et surtout après la signature de l’APG en août 2006, l’UFC a cherché à rentrer au gouvernement, avec s’il le faut la prise de la primature. Son leader Gilchrist Olympio a fait en vain le siège de Ouaga 2000 et de Lomé II. Sans les extrémistes du RPT, l’entrée de l’UFC au gouvernement serait chose acquise. Aujourd’hui est-ce que la configuration de la situation est la même ? Je ne le pense pas, mais vous savez, avec Gilchrist Olympio, rien n’est impossible : il n’y a pas le mot christ dans son prénom pour rien. Selon ses sautes d’humeur du moment, il peut décider tout seul contre l’avis du parti que l’UFC aille au gouvernement. A voir comment les partis et les individus qui y vont sont cramés, je ne suis pas certain que ce soit le bon moment pour prendre ce genre de décision. D’ailleurs pour faire quelle politique à deux ans de 2010 ? Avec une constitution qui ligote le Premier ministre ? Avec Gilchrist Olympio, il faut s’attendre à tout et son contraire. Il suffit que celui qui joue auprès de lui le rôle de conseiller occulte, Robert Dussey, vienne à Paris le convaincre pour que le miracle politique s’accomplisse. Comme ces rencontres de Sant’Egidio dans lesquelles, en service commandé pour le Clan, le sulfureux Dussey avait réussi à attirer le très pusillanime Gilchrist Olympio, par le petit bout du nez.

Togoforum : Au RPT on évoque quand on peut le pragmatisme de Louis Michel. En 3 années de règne de Faure on dirait que ce pragmatisme a payé : eléctions législatives transparentes, reprise de la coopération, respect des droits humains et des libertés...
Toulabor Comi :
Kpatcha, Mémène, Bonfoh, Nandja, Walla, Tidjani, Tandja, Obasanjo, Bongo, Compaoré, Michel et Chirac ainsi que d’autres sont bien mieux placés pour faire le bilan des trois années de Faure. Législatives transparentes : on a assisté plutôt à une nouvelle génération d’élection, à savoir sans violence apparente. Cette absence de violence confère aux législatives son caractère transparent et sincère. Mais ces législatives l’ont-elles en réalité? L’avis du Parlement européen n’est pas dans un sens favorable pour le Togo. Jean-Daniel Cesaro abonde dans le même sens dans son très intéressant et documenté mémoire de master soutenu à l’Institut de géographie de Paris intitulé « Pas besoin de frauder quand les élections sont déjà truquées. Retour sur les élections législatives togolaises du 14 octobre 2007». Outre que les partis d’opposition qui ont passé leur temps à se chamailler et à se neutraliser lors des négociations de l’APG n’ont pas vu l’iniquité pourtant fragrante du découpage électoral. Reprise de la coopération : on le dit et on ne la voit pas. Elle est devenue comme Godot, ce personnage de Samuel Beckett annoncé mais jamais arrivé. C’est le Parlement européen qui a voté en 1993 la suspension de l’aide, il lui revient en principe de lever cette son opposition. Ce n’est pas encore le cas sinon le gouvernement n’irait pas faire de la danse du ventre constamment à Bruxelles dont la dernière vient d’avoir lieu les 17 et 18 derniers. Respect des droits humains et des libertés : oui, si on se refuse de voir en les Africains et en les Togolais des êtres humains à part entière. Quand on vient d’assassiner bêtement et lâchement le 15 août dernier Atsutsé Agbobli, et des compatriotes sont menacés comme Michel Khalife ainsi que d’autres anonymes sans nom ni corps, quand on envoie aux gens des lettres anonymes avec le cercueil comme logo, quand on exerce des pressions sur les familles des victimes priées de la fermer, je me demande ce qui a fondamentalement changé sur ce plan sous Faure par rapport à son père. Je ne suis pas convaincu du respect des droits de l’Homme et des libertés au Togo. Faure pratique différemment le non respect de ces droits parce qu’il n’a pas les mêmes moyens que son père. Peut-être une différence dans le volume des violations, mais pas une différence dans leur nature. Il faut laisser dormir Louis Michel avec son « pragmatisme » qui est assez spécifique, car je ne le vois pas l’appliquer à sa Belgique. Il y a quelque chose de discriminatoire et raciste dans ce pragmatisme avalisé par Bruxelles, Paris, Berlin et d’autres de l’Union. Mais là parle peut-être l’inconscient négrophobique de l’Occident, malgré le discours de bonnes intentions affiché.

Togoforum : Un peu de fiction Quel sera l’image du nouveau premier ministre Gilbert Hounsou Houngbo á la veille des élections de 2010 ?
Toulabor Comi : Je le vois vieilli encore plus, avec beaucoup de cheveux blancs, signe de sagesse dit-on, mais dans le contexte politique togolais signe de lassitude et de fatigue,si d’ici 2010, à l’allure où vont les changements de Premiers ministres, il est maintenu à son poste. Mais il peut teindre les cheveux en noir, signature d’énergie et de vitalité débordantes et de jeunesse, avec la bédaine de la « réussite » en gestation. Je vois beaucoup plus le Premier ministre dans le premier profil : le dos voûté avec des cheveux plus blancs qu’aujourd’hui. Il a un travail insurmontable à accomplir : commencer par éviter les fesses de sa secrétaire d’Etat chargée de la Jeunesse. Décidément, le Clan sait envoyer ses enfants dans les fesses ou les fosses aux lions ! Plus sérieusement, la « table ronde » de Bruxelles est un test pour lui, le Clan l’agite comme du miel pour attirer des mouches, des bâilleurs (à ne pas confondre avec bailleurs) et des partouzeurs (à confondre avec partenaires). Avec la crise financière qui perturbe les prévisions de croissance en Occident, qui de sensé prendrait des risques insensés pour un pays à risque ? Mais si Houngbo réussit son pari imposé, en guise de récompense, il pourra rompre le pain avec son patron. Suivez mon regard : pauvre Nathalie ! pauvre Faure ! pauvre Gilbert !

Togoforum :
Merci pour cette interview en dépit de votre calendrier  chargé.
Toulabor Comi :
Ciao et cordiales salutations.

 
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