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Interview
Me Tchassona Traoré dénonce l'exclusion des autres partis politiques du dialogue
AgoraPress - Lomé - Interview réalisée par Alain Nococo le 16 fev. 2009

Me Tchassona Traoré

Me Tchassona Traoré : "Le cadre permanent de dialogue et de concertation s’entendait d’un cadre dans lequel pouvaient se retrouver des partis politiques présents à l’Assemblée nationale et ceux en dehors de l’assemblée pour discuter .… aiguiser des solutions idoines dont notre pays a besoin pour sortir de la longue crise qui jalonne notre parcours politique.’’
 
Cela fait plus de deux semaines que trois partis politiques le CAR, l’UFC, le RPT et le gouvernement discutent au sein du Cadre Permanent du Dialogue et de Concertation (CPDC)  sans parvenir à des accords sur les grandes réformes politiques prévues par l’Accord Politique Global du 20 août 2006. Les discussions achoppent sur la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) et le recours à la facilitation.

Créé par décret présidentiel, le cadre permanent de dialogue et de concertation regroupe les partis représentés à l’assemblée. Les partis ayant pris part à la signature de l’APG et d’autres partis qui animent la vie politique au Togo n’ont pas eu droit de cité alors que les sujets objet de discussions sont d’intérêt national d’où leur colère. Certains l’ont manifesté à travers des communiqués. Togoforum est allé à la rencontre d’un responsable de ces partis ‘’écartés’’, Me Tchassona Traoré, président du Mouvement Citoyen pour la Démocratie et le Développement (MDC) qui livre ici ses impressions.

Togoforum : Bonjour Me Tchassona. Accédant à la demande de l’opposition parlementaire, le président de la République a créé le 04 février dernier par décret le cadre permanent de dialogue et de concertation (CPDC). Comment avez-vous accueilli la création de ce cadre ?
Sur le principe, nous ne pouvons que saluer la mise en place de ce cadre permanent qui répond à l’une des exigences de la feuille de route et des points inscrits dans l’Accord politique global (APG). Mais dans les faits, nous pensons qu’il  a eu un recul. Il nous souvient que depuis 1999 après les élections, l’UFC a toujours revendiqué que le débat politique était entre lui et le RPT. C’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui ramenant le cadre permanent de dialogue aux seuls partis représentés à l’Assemblée nationale. C’est un peu ça. Nous pensons que c’est une revendication vieille de plus de 10 ans de l’UFC à laquelle accède le gouvernement. Et si tel était le cas, avait-on besoin de l’appeler cadre permanent de dialogue et de concertation parce que dans l’esprit et dans la lettre, ce n’est pas ce que les populations togolaises attendaient.

Togoforum : Appelé à traiter de tous les sujets d’intérêt national, le CPDC regroupe les partenaires représentés à l’assemblée nationale et le gouvernement, pas même les partis signataires de l’Accord Politique Global (APG)  qui a prévu ce cadre. Quelle réaction faites-vous par rapport à l’exclusion dont votre parti et les autres partis extraparlementaires sont l’objet ?
Oui comme je l’ai dit tantôt, le cadre permanent de dialogue et de concertation s’entendait d’un cadre dans lequel pouvaient se retrouver des partis politiques présents à l’Assemblée nationale et ceux en dehors de l’assemblée pour discuter, pour que chacun apporte son point de vue, l’alimente de son expérience pour pouvoir aiguiser des solutions idoines dont notre pays a besoin pour sortir de la longue crise qui jalonne notre parcours politique. Malheureusement, ce qui est proposé aujourd’hui, comme vous devez le constater, est en retrait par rapport aux attentes en cela qu’il exclut non seulement les partis qui ont œuvré en temps en 2006 pour qu’on est l’APG , tout simplement parce qu’ils n’ont pas eu la chance de gagner les élections tout dernièrement ; ça ce n’est pas très bien ; d’autre part que des partis politiques comme les nôtres ne sont non plus invités à ce débat-là comme si les trois partis étaient les seuls habiletés à pouvoir parler au nom de tout le monde. Bien sûr les élections législatives de 2007 ont consacré leur victoire ; sur le fait, nous l’acceptons parce que nous sommes des démocrates, mais c’est pour qu’ils soient à l’Assemblée nationale, qu’ils aillent à l’assemblée en tant que députés ; c’est tout, mais cela ne leur confère pas plus de droit qu’ils n’en ont ; les élections leur ont conféré la possibilité d’être à l’assemblée et non le pouvoir de prendre d’autres décisions qui ne sont pas dans le calendrier législatif. Le dialogue tel qu’il est ouvert et qui devrait connaître de toutes les questions d’intérêt national ne peut pas être réduit au seul calendrier législatif. Donc, aujourd’hui si c’était le cas, est-ce qu’on avait besoin encore de créer un cadre puisse qu’ils ont l’assemblée nationale pour en débattre et discuter de toutes les questions de ce genre.

L’idée de mettre en place un cadre permanent de dialogue était de prendre le pool de tout le pays. C’est la règle de la majorité avec le respect des minorités. Et les minorités que nous sommes, nous avons notre mot à dire. C’est cela le problème aujourd’hui. Nous sommes exclus viva alors que les législatives dernières ont dégagé des partis émergents, des partis qui ont pu cristalliser sur leur bulletin un certain nombre de voix qu’on doit pouvoir considérer. Le communiqué de la Convergence Patriotique Panafricaine (CPP) essayant d’additionner les voix des trois partis exclus aujourd’hui anciennement appelés partis traditionnels est assez éloquent ; ça fait plus de 100.000 voix. A cela il faut ajouter nous autres partis qui ont plus de 10.000 voix lors de ces législatives, c’est quand même important.  

Togoforum : Cela fait plus d’une semaine que les décisions ont débuté au sein du CPDC. Apparemment, aucune avancée à ce jour n’a été enregistrée. Croyez-vous aux chances de succès de ces discussions à trois ? Le CPDC ne risque –t-il pas de connaître le même sort que le comité paritaire de suivi (CPS) ?
Oui, il était mis en place pour échouer. Nous ne pensons pas que si l’idée était d’ouvrir les débats et d’arriver à des solutions qui concernent toute la nation, si ce n’était pas égoïstement ancré d’intérêts des trois partis présents à ces discussions-là, on ne connaîtrait pas la configuration actuelle. Aujourd’hui le problème qui se pose est de savoir si ces partis peuvent, sur des sujets inscrits, pouvoir s’entendre ; tellement les positions sont aux antipodes qu’on se demande par quelle magie ils pourront les ramener au centre et trouver des solutions. S’ils arrivent à dégager des solutions qui tiennent compte des attentes de toute la nation, on leur dira merci.

Hier (lundi 16/02/09 à la 6e séance) nous apprenons par le communiqué de presse du ministre d’Etat Bodjona qu’ils ont discuté du problème de la participation de l’Administration au sein de la commission électorale, la CENI. Est-ce que ce problème là est un problème d’intérêt national ? Non ! L’administration dans tous les pays est celle qui organise les élections. Si nous avons des problèmes au Togo, c’est parce que cette administration pose problème, elle n’est pas neutre, elle est à l’origine des fraudes qu’on connaît dans le pays. Le problème ne doit pas se poser en termes de savoir si l’administration doit ou ne doit pas participer au sein de la CENI. La question qui devrait plutôt se poser était de savoir quels sont les mécanismes à mettre en place pour éviter les fraudes, que les élections au Togo soient crédibles et non contestables. Est-ce que la seule présence des trois partis à la CENI en plus de l’Administration suffira de garantir les élections libres, transparentes et crédibles demain ? En tout cas, nous attendons de voir.

Togoforum : Votre parti et certains partis politiques extraparlementaires se sont retrouvés dans un regroupement appelé COPED.  Pouvez-vous nous dire les objectifs que vous poursuivez en mettant en place ce regroupement et les moyens dont vous disposez pour atteindre ces objectifs ?
Nous sommes des partis politiques qui aspirent comme tout le monde à apporter leur contribution à l’édification de la nation. Nous voudrions mettre ensemble nos expériences, nos petits moyens au profit de la formation de nos militants et sur le chantier de la construction de l’idéal politique togolais. Donc, notre ambition est constructive au coup par coup, le jour le jour.  Selon les événements, nous ajustons nos stratégies. Au jour d’aujourd’hui, on peut considérer ce regroupement comme un regroupement de moyens qui nous permettent de nous mettre ensemble pour être plus fort. Au moment où les plus gros croient exclure tout le monde si nous qui ne sommes pas à l’assemblée, nous restons chacun dans son coin, je crois qu’il y aura plus de partis que d’opposition au Togo.

Togoforum : Pour terminer, il n’y a pas longtemps une polémique est née à propos de l’intervention du président de la Cour Constitutionnelle M. Aboudou Assouma qui avait, lors d’une assemblée générale de l’association professionnelle des magistrats du Togo (APMT),  dénoncé la corruption au sein de la magistrature togolaise. Vous êtes praticien du droit, est-ce vrai que la justice togolaise est corrompue ?
 Cette question revient tous les jours dans les médias, dans les discussions. La corruption aujourd’hui est généralisée et elle doit être combattue avec tous les moyens qu’il faut. 

Pour parler de la corruption à la magistrature, je crois qu’il vaut mieux poser le problème de la magistrature. La magistrature appartient au 3e corps qui est le corps judiciaire qui est un corps spécialisé. Nous avons là des hommes et des femmes qui ont à charge la destinée des hommes, qui doivent trancher sur la vie des gens, la liberté des gens, qui, à leur corps défendant, doivent dire qui a gagné, qui a perdu ceci sur des intérêts très élevés. Ces gens-là ne peuvent pas être considérés comme les autres membres de l’administration centrale. Ils doivent être considérés sous l’aune de la responsabilité qui pèse sur eux. Et en cela, cela devrait rejaillir sur les conditions qu’on doit mettre à leur disposition pour qu’ils puissent être à même de travailler en dehors de toutes les contraintes politiques, matérielles ou autres. Interroger ces magistrats par rapport à ce qu’ils gagnent comme salaire. Ils ont les plus bas salaires quand vous comparez le salaire des autres magistrats de la sous-région ouest-africaine. Au Bénin, un magistrat à ses débuts est à 250.000 FCFA net. Au Togo combien il gagne ? Tout cela constitue des problèmes qu’il faut regarder. Je crois que dans l’ensemble pour vaincre le problème de la corruption, il vaut mieux regarder du côté des salaires dans l’administration centrale, multiplier le salaire pour le moment sur une période de (05) cinq ans par deux et dans les (15) quinze années, le salaire doit être triplé pour donner aux Togolais les conditions de vie décente. Il faut leur donner un pouvoir d’achat acceptable et cela même aura un effet induit sur la croissance parce que quand les gens sont bien payés, ils consomment et quand ils consomment ils font du profit et quand ils font du profit ils paient des impôts et quand on paie les impôts le pays se développe. Donc, c’est un cycle de développement. Mais quand des gens ont des bas salaires, ils n’ont pas un niveau de vie assez élevé, ils sont réduits qu’à manger et le genre de vie s’en ressent. C’est cela, il faut revoir le niveau de vie et essayer de le corriger avec des salaires décents.

Togoforum : S’il est reconnu que ce n’est pas seulement la justice qui est corrompue, comment faire donc pour enrayer ce phénomène dont tout le monde en parle et qui prend aujourd’hui des proportions inquiétantes dans les autres secteurs ?
Ce que je disais par rapport à la révision des salaires, c’est général pour tous les agents de l’administration. Le SMIG, il est à combien ? Combien font-ils les fonctionnaires Togolais ? Ils représentent quoi dans le budget de l’Etat. Il vaut mieux recentrer les dépenses publiques, essayer de revoir la grille salariale, améliorer le vécu de tous les fonctionnaires de l’Etat et on pourra valablement s’attaquer au problème de la corruption

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