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Togoforum :
Bonjour Me Tchassona. Accédant à la demande de l’opposition
parlementaire, le président de
la République a
créé le 04 février dernier par décret le cadre permanent de dialogue et de
concertation (CPDC). Comment avez-vous accueilli la création de ce cadre ?
Sur
le principe, nous ne pouvons que saluer la mise en place de ce cadre
permanent qui répond à l’une des exigences de la feuille de route et des
points inscrits dans l’Accord politique global (APG). Mais dans les faits,
nous pensons qu’il a eu un recul. Il nous souvient que depuis 1999 après
les élections, l’UFC a toujours revendiqué que le débat politique était
entre lui et le RPT. C’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui ramenant le
cadre permanent de dialogue aux seuls partis représentés à l’Assemblée
nationale. C’est un peu ça. Nous pensons que c’est une revendication vieille
de plus de 10 ans de l’UFC à laquelle accède le gouvernement. Et si tel
était le cas, avait-on besoin de l’appeler cadre permanent de dialogue et de
concertation parce que dans l’esprit et dans la lettre, ce n’est pas ce que
les populations togolaises attendaient.
Togoforum :
Appelé à traiter de tous les sujets d’intérêt national,
le CPDC regroupe les partenaires représentés à l’assemblée nationale et le
gouvernement, pas même les partis signataires de l’Accord Politique Global (APG)
qui a prévu ce cadre. Quelle réaction faites-vous par rapport à l’exclusion
dont votre parti et les autres partis extraparlementaires sont l’objet ?
Oui
comme je l’ai dit tantôt, le cadre permanent de dialogue et de concertation
s’entendait d’un cadre dans lequel pouvaient se retrouver des partis
politiques présents à l’Assemblée nationale et ceux en dehors de l’assemblée
pour discuter, pour que chacun apporte son point de vue, l’alimente de son
expérience pour pouvoir aiguiser des solutions idoines dont notre pays a
besoin pour sortir de la longue crise qui jalonne notre parcours politique.
Malheureusement, ce qui est proposé aujourd’hui, comme vous devez le
constater, est en retrait par rapport aux attentes en cela qu’il exclut non
seulement les partis qui ont œuvré en temps en 2006 pour qu’on est l’APG ,
tout simplement parce qu’ils n’ont pas eu la chance de gagner les élections
tout dernièrement ; ça ce n’est pas très bien ; d’autre part que des partis
politiques comme les nôtres ne sont non plus invités à ce débat-là comme si
les trois partis étaient les seuls habiletés à pouvoir parler au nom de tout
le monde. Bien sûr les élections législatives de 2007 ont consacré leur
victoire ; sur le fait, nous l’acceptons parce que nous sommes des
démocrates, mais c’est pour qu’ils soient à l’Assemblée nationale, qu’ils
aillent à l’assemblée en tant que députés ; c’est tout, mais cela ne leur
confère pas plus de droit qu’ils n’en ont ; les élections leur ont conféré
la possibilité d’être à l’assemblée et non le pouvoir de prendre d’autres
décisions qui ne sont pas dans le calendrier législatif. Le dialogue tel
qu’il est ouvert et qui devrait connaître de toutes les questions d’intérêt
national ne peut pas être réduit au seul calendrier législatif. Donc,
aujourd’hui si c’était le cas, est-ce qu’on avait besoin encore de créer un
cadre puisse qu’ils ont l’assemblée nationale pour en débattre et discuter
de toutes les questions de ce genre.
L’idée de mettre en place un cadre permanent de dialogue était de prendre le
pool de tout le pays. C’est la règle de la majorité avec le respect des
minorités. Et les minorités que nous sommes, nous avons notre mot à dire.
C’est cela le problème aujourd’hui. Nous sommes exclus viva alors que les
législatives dernières ont dégagé des partis émergents, des partis qui ont
pu cristalliser sur leur bulletin un certain nombre de voix qu’on doit
pouvoir considérer. Le communiqué de la Convergence Patriotique Panafricaine
(CPP) essayant d’additionner les voix des trois partis exclus aujourd’hui
anciennement appelés partis traditionnels est assez éloquent ; ça fait plus
de 100.000 voix. A cela il faut ajouter nous autres partis qui ont plus de
10.000 voix lors de ces législatives, c’est quand même important.
Togoforum :
Cela fait plus d’une semaine que les décisions ont débuté
au sein du CPDC. Apparemment, aucune avancée à ce jour n’a été enregistrée.
Croyez-vous aux chances de succès de ces discussions à
trois ? Le CPDC ne risque –t-il pas de connaître le même sort que le
comité paritaire de suivi (CPS) ?
Oui, il était mis en place pour échouer. Nous ne pensons
pas que si l’idée était d’ouvrir les débats et d’arriver à des solutions qui
concernent toute la nation, si ce n’était pas égoïstement ancré d’intérêts
des trois partis présents à ces discussions-là, on ne connaîtrait pas la
configuration actuelle. Aujourd’hui le problème qui se pose est de savoir si
ces partis peuvent, sur des sujets inscrits, pouvoir s’entendre ; tellement
les positions sont aux antipodes qu’on se demande par quelle magie ils
pourront les ramener au centre et trouver des solutions. S’ils arrivent à
dégager des solutions qui tiennent compte des attentes de toute la nation,
on leur dira merci.
Hier (lundi 16/02/09 à la 6e séance) nous apprenons par le
communiqué de presse du ministre d’Etat Bodjona qu’ils ont discuté du
problème de la participation de l’Administration au sein de la commission
électorale, la CENI. Est-ce que ce problème là est un problème d’intérêt
national ? Non ! L’administration dans tous les pays est celle qui organise
les élections. Si nous avons des problèmes au Togo, c’est parce que cette
administration pose problème, elle n’est pas neutre, elle est à l’origine
des fraudes qu’on connaît dans le pays. Le problème ne doit pas se poser en
termes de savoir si l’administration doit ou ne doit pas participer au sein
de la CENI. La question qui devrait plutôt se poser était de savoir quels
sont les mécanismes à mettre en place pour éviter les fraudes, que les
élections au Togo soient crédibles et non contestables. Est-ce que la seule
présence des trois partis à la CENI en plus de l’Administration suffira de
garantir les élections libres, transparentes et crédibles demain ? En tout
cas, nous attendons de voir.
Togoforum :
Votre parti et certains partis politiques
extraparlementaires se sont retrouvés dans un regroupement appelé COPED.
Pouvez-vous nous dire les objectifs que vous poursuivez en mettant en place
ce regroupement et les moyens dont vous disposez pour atteindre ces
objectifs ?
Nous sommes des partis politiques qui aspirent comme tout le monde à
apporter leur contribution à l’édification de la nation. Nous voudrions
mettre ensemble nos expériences, nos petits moyens au profit de la formation
de nos militants et sur le chantier de la construction de l’idéal politique
togolais. Donc, notre ambition est constructive au coup par coup, le jour le
jour. Selon les événements, nous ajustons nos stratégies. Au jour
d’aujourd’hui, on peut considérer ce regroupement comme un regroupement de
moyens qui nous permettent de nous mettre ensemble pour être plus fort. Au
moment où les plus gros croient exclure tout le monde si nous qui ne sommes
pas à l’assemblée, nous restons chacun dans son coin, je crois qu’il y aura
plus de partis que d’opposition au Togo.
Togoforum :
Pour terminer, il n’y a pas longtemps une polémique est
née à propos de l’intervention du président de la Cour Constitutionnelle M.
Aboudou Assouma qui avait, lors d’une assemblée générale de l’association
professionnelle des magistrats du Togo (APMT), dénoncé la corruption au
sein de la magistrature togolaise. Vous êtes praticien du droit, est-ce vrai
que la justice togolaise est corrompue ?
Cette question revient tous les jours dans les médias, dans les
discussions. La corruption aujourd’hui est généralisée et elle doit être
combattue avec tous les moyens qu’il faut.
Pour parler de la corruption à la magistrature, je crois qu’il vaut mieux
poser le problème de la magistrature. La magistrature appartient au 3e
corps qui est le corps judiciaire qui est un corps spécialisé. Nous avons là
des hommes et des femmes qui ont à charge la destinée des hommes, qui
doivent trancher sur la vie des gens, la liberté des gens, qui, à leur corps
défendant, doivent dire qui a gagné, qui a perdu ceci sur des intérêts très
élevés. Ces gens-là ne peuvent pas être considérés comme les autres membres
de l’administration centrale. Ils doivent être considérés sous l’aune de la
responsabilité qui pèse sur eux. Et en cela, cela devrait rejaillir sur les
conditions qu’on doit mettre à leur disposition pour qu’ils puissent être à
même de travailler en dehors de toutes les contraintes politiques,
matérielles ou autres. Interroger ces magistrats par rapport à ce qu’ils
gagnent comme salaire. Ils ont les plus bas salaires quand vous comparez le
salaire des autres magistrats de la sous-région ouest-africaine. Au Bénin,
un magistrat à ses débuts est à 250.000 FCFA net. Au Togo combien il gagne ?
Tout cela constitue des problèmes qu’il faut regarder. Je crois que dans
l’ensemble pour vaincre le problème de la corruption, il vaut mieux regarder
du côté des salaires dans l’administration centrale, multiplier le salaire
pour le moment sur une période de (05) cinq ans par deux et dans les (15)
quinze années, le salaire doit être triplé pour donner aux Togolais les
conditions de vie décente. Il faut leur donner un pouvoir d’achat acceptable
et cela même aura un effet induit sur la croissance parce que quand les gens
sont bien payés, ils consomment et quand ils consomment ils font du profit
et quand ils font du profit ils paient des impôts et quand on paie les
impôts le pays se développe. Donc, c’est un cycle de développement. Mais
quand des gens ont des bas salaires, ils n’ont pas un niveau de vie assez
élevé, ils sont réduits qu’à manger et le genre de vie s’en ressent. C’est
cela, il faut revoir le niveau de vie et essayer de le corriger avec des
salaires décents.
Togoforum :
S’il est reconnu que ce n’est pas seulement la justice
qui est corrompue, comment faire donc pour enrayer ce phénomène dont tout le
monde en parle et qui prend aujourd’hui des proportions inquiétantes dans
les autres secteurs ?
Ce que je disais par rapport à la révision des salaires,
c’est général pour tous les agents de l’administration. Le SMIG, il est à
combien ? Combien font-ils les fonctionnaires Togolais ? Ils représentent
quoi dans le budget de l’Etat. Il vaut mieux recentrer les dépenses
publiques, essayer de revoir la grille salariale, améliorer le vécu de tous
les fonctionnaires de l’Etat et on pourra valablement s’attaquer au problème
de la corruption |