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Interview avec l'écrivain Gerry Taama : La culture togolaise est « l’une des cultures les plus riches, les plus complètes et les plus complexes de la sous-région»

AgoraPress - le 12 mai 2009 -  Interview réalisée par Noèl Tingayama Mawo

Après la publication de son roman « Parcours de combattants », Gerry TAAMA, officier des Forces Armées Togolaises « en position de non-activité » provisoire, a bien voulu répondre à nos questions. Pour cette première sur www.togoforum.com, l’écrivain affirme que la culture togolaise est « l’une des cultures les plus riches, les plus complètes et les plus complexes de la sous-région. Elle souffre cependant d’un handicap de taille : elle est mésestimée par les Togolais, et ça, ça le fout mal, parce que sans porte étendard, elle ne peut pas emporter de bataille. »

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Dans l'Etat imaginaire du Kiiguland, coincé entre le Soudan, l'Ouganda, Djibouti et la mer Rouge, un casque bleu français est épris d'Aurore Bitimuku, une belle Kiigulandaise qu'il cherche à faire sortir du pays en guerre. Le dénouement de l'histoire est poignant et tragique. Des sentiments divers comme la peur, le désir et la haine scandent le récit; et l'amour, le seul vainqueur de cette aventure, laisse un goût amer à la bouche.

"Au départ, il y a le Kiiguland : Etat imaginaire coincé entre le Soudan, l’Ouganda, le Djibouti et la mer rouge. La guerre civile y fait rage depuis deux ans. Puis il y a Aurore. Belle Kiigulandaise de vingt deux ans, maîtrise de droit, fille unique du Pr. Bitimuku. Elle a deux passions. Elle aime Jérôme, un officier Français du contingent onusien, et elle veut faire la peau à Ba, un militaire qui a tué son père. Mais à choisir entre les deux hommes, elle préfère Ba... au cimétière. Ensuite, il y a Jérôme. Jérôme de Bercenay, fils du duc-sénateur de Bercenay, vingt quatre ans, saint-cyrien, même promotion que Ba. Lui aussi aime Aurore – au grand dam de la duchesse- et est prêt à tout pour la sauver de l’enfer. Puis il y a Ba. Lieutenant Ibrahima Ba-Yoko, numéro deux des services secrets kiigulandais. C’est lui le meurtrier du Pr. Bitimuku. Mais c’était une bavure et il est bourrelé de remords. Homme de l’ombre, il protège la fille de sa victime, tout en connaissant ses projets de vengeance. A ces trois personnages, il faudra ajouter une Portugaise acariâtre, un président de la République pittoresque, un général gouailleur, et une offensive du têt à la Kiigulandaise. Une longue aventure au bout de laquelle l’amour parait être le seul vainqueur. Mais nous sommes en Afrique, et cet amour là est comme le paludisme, il laisse un goût amer dans la bouche."

Togoforum.com : Vous venez de signer avec Parcours de combattants, votre entrée dans l’univers littéraire togolais. Quel (s) regard(s) portez-vous sur la littérature togolaise en particulier et la littérature africaine en générale produite depuis les années 80 ?
Gerry Taama
 : D’entrée de jeu, j’aimerais dire merci à Togoforum.com pour cette interview. Pour répondre à votre question, je ne pense pas disposer encore, enfin, pas suffisamment à mon goût, des calibres nécessaires pour apprécier la culture tant togolaise qu’africaine. Vous savez, j’ai encore beaucoup à apprendre. Mais en me limitant à mes connaissances parcellaires, je pense que cette littérature est mue d’une dynamique évidente, même si on peut en déplorer une certaine délocalisation en direction de l’occident.

Togoforum.com : Si vous aviez à parler de la culture togolaise, en quels mots la présenteriez-vous ?
Gerry Taama
 : C’est l’une des cultures les plus riches, les plus complètes et les plus complexes de la sous-région. Elle souffre cependant d’un handicap de taille : elle est mésestimée par les Togolais, et ça, ça le fout mal, parce que sans porte étendard, elle ne peut pas emporter de bataille.

Togoforum.com : Gerry Taama : parlez-nous de vous. Comment êtes-vous parvenu à la littérature ?  
Gerry Taama
 : Je m’appelle Komandéga Gerry TAAMA, j’ai 34 ans, officier des FAT en position de non-activité, marié. Je ne sais pas si je suis arrivé à la littérature, et si c’est le cas, c’est un sacré coup de bol, parce que j’aime lire, j’écris depuis la 4ème, et honnêtement, vu le nombre de fois que word surligne mes mots, je ne sais pas si on peut m’appeler un littéraire. J’écris parce que je pense que j’ai des choses à dire, à raconter et ces choses ne passent que par la chose romancée. J’aime tout ce qui a trait à l’aventure, aux grands espaces, aux expéditions.

Togoforum.com : Quelles sont aujourd’hui les références littéraires qui ont fait de vous l’écrivain que vous êtes devenu ? Des auteurs ? Des œuvres ?
Gerry Taama : La plus part du temps, quand je suis accro d’un auteur, je lis toute sa bibliographie. Donc auteur et œuvres seront liés. Je suis passionné de Steinbeck, Hémingway et Faulkner. Hugo et Camus pour les auteurs Français. Tolstoï pour la littérature russe. En Afrique, je suis un indécrottable d’ Hampaté Ba, Kourouma, Sonyinka et Brink, le sud-africain. Des essayistes comme Réné Dumont, Axel Kabou et Kelman sont mes préférés. Au Togo, je dois dire que je suis en train de découvrir notre littérature, et Kangni Alem et Sami Tchak m’ont accroché. Mais je n’ai pas encore fini mon apprentissage.

Togoforum.com : Dans Parcours de combattant, il est question de conflit armé opposant deux ethnies  dans un Kiiguland imaginaire aux lendemains d’élections présidentielles, de mission onusienne, de distributions de nourritures par le PAM, en somme un tableau qu’on pourrait situer dans plusieurs pays africains. Pourquoi avoir choisi un tel sujet ? L’urgence d’un dire ou simple témoignage d’une époque qui est la votre ?
Gerry Taama : Il fallait une trame à l’histoire et j’ai choisi celle là. Je n’aime pas la littérature dite engagée, même si je reconnais son importance. Pour moi, un roman, c’est pour décrocher les neurones.  Donc j’invente l’histoire, je fais en sorte que cela soit du domaine du possible, c’est tout. La pire des choses qu’on puisse me demander c’est de dire la leçon à tirer de  mon roman. Il n’y en a pas. C’est bon pour s’évader, rêver, partir, c’est tout.

Togoforum.com : Vous êtes officier, vous avez participé à la mission de maintien de la paix en Côte d’Ivoire il y a deux ou trois ans. Cela a-t-il été le déclic pour démarrer un tel roman ou le projet est antérieur  à cette mission ?
Gerry Taama : Non, j’ai démarré ce roman depuis 2002, donc bien avant mon retour dans notre armée. Même si plusieurs apprentissages de cette mission m’ont peut être permis d’étoffer certains passages. C’est possible.

Togoforum.com : En tant que militaire, quelle lecture faites-vous de la plupart des élections présidentielles dans les pays africains, notamment les plus récentes du Ghana, de la Zimbabwe, du Kenya et du Togo ?
Gerry Taama
 : Sans blague, vous n’imaginez tout de même pas que je vais répondre à cette question, en tant que militaire. Cependant, en tant qu’auteur, je pense que nous avons tendance à voir la catastrophe qu’en Afrique. Lorsque le Turkménistan avait un président à vie, personne ne disait rien, lorsque Chavez fait modifier la constitution pour être président à vie en jouant sur le populisme, on ne crie pas au feu. Si c’était en Afrique, les haros auraient fusé de toute part. L’Afrique fait l’apprentissage de la démocratie comme beaucoup d’autres pays au monde. Et dans ce processus, certains pays trébuchent. Trébucher ne veut pas dire tomber, mais jauger son équilibre pour mieux positionner son centre de gravité.

Togoforum.com : Il y a deux ans, vous avez demandé une mise en disponibilité en tant qu’officier : pourquoi ?  Que faites-vous à présent ?
Gerry Taama
 : La mise en position de non-activité est désormais possible dans notre armée, en vertu de l’article 73 du statut des personnels militaires des Forces armées togolaises. En 2008, j’ai eu la possibilité de préparer un master en communication. J’ai donc pris une disponibilité pour le faire. Mais comme cette position sucre le salaire aussi, je dirige une agence spécialisée en communication et sondages. Et puis, j’écris.

Togoforum.com : Récemment dans l’émission Atelier des médias de RFI et dans votre blog, vous parlez de création d’une maison d’édition : parlez-nous de ce projet et quel apport pouvez-vous solliciter à travers cette interview ? Quelle est la carte éditoriale au Togo qui vous pousse à monter une telle entreprise ?
Gerry Taama
 : Monter une maison d’éditions est un projet qui me tient à cœur.  Prenez mon exemple. Aujourd’hui, j’ai publié mon roman aux éditions l’Harmattan. Le livre coute dans les 15000F en France, et un peu moins au Togo, à cause d’une excellente politique de prix qu’effectue l’éditeur. Mais même s’il devait se vendre à 10000, le prix serait excessif. En créant une maison d’édition à Lomé par exemple, qui publiera en coédition les œuvres d’auteurs, ce serait bénéfique pour tout le monde. Les livres seront disponibles en occident et en Afrique au même moment, à des prix assortis aux différents niveaux de vie. La particularité de cette maison sera qu’elle fera de l’édition à la demande. C'est-à-dire qu’en s’appuyant sur un équipement à dominante numérique, on pourra  réaliser à peu de frais des livres à l’unité. Donc pas de stocks à gérer, et surtout possibilité offerte aux auteurs en herbe de se faire éditer gratuitement, en ne prenant presque pas de risques. Le jeune auteur se chargeant lui-même d’organiser son marketing.

J’ai accumulé un certain nombre de matériel, j’ai la maîtrise technique. Je suis à la recherche d’associés pour conduire le projet à bout.

Togoforum.com : Parcours de combattant : une œuvre isolée ou d’autres sont à venir ?
Gerry Taama
 : Certainement pas isolée. Non, je travaille déjà d’autres projets.

 
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