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Santy Dorim
Vedette de la chanson togolaise |
Togoforum : Santy Dorim bonjour, vous
êtes artiste de la chanson togolaise. Pouvez-vous vous présenter à nos
lecteurs ?
Santy Dorim :
Bonjour et merci pour l’occasion que vous
me
donnez par cette interview.
car elle permettra, je suis sûre, de lever un coin
de voile sur ce qui se raconte sur ma personne. Je suis Santy Dorim, artiste
togolaise de la chanson. Je suis originaire de la préfecture de Doufelgou. Une
bonne partie de mes chansons me sont inspirées de la culture de cette localité
que je voudrais mettre en valeur à travers mes chansons. Je suis célibataire et
mère d’un garçon. Je vis actuellement au Togo.
Togoforum : Vous êtes une artiste qu’on
ne présente pas au public togolais puisque vous avez à votre actif trois albums.
Comment êtes-vous arrivée à la musique et qu’est-ce qui vous a poussé à
embrasser cette carrière ?
SD :
C’est
vrai, je suis en ce moment même en studio pour la sortie de mon quatrième album
‘’Ma Source d’eau vive’’ après ‘’Prudence’’ en 1996 ; ‘’Yala-Kpaté’’
en 1999 et ‘’Stop à la violence’’ en 2002.
Je considère que la musique est un métier
comme tout autre. Je peux dire que je l’ai dans la peau ; c’est comme un cadeau
du ciel. Il n’y a pas, à mon avis, de plus beau métier que la musique et je
rends grâce à Dieu pour ce cadeau et le remercie pour m’avoir donné les
aptitudes naturelles nécessaires pour embrasser cette carrière.
Togoforum : Si l’on sait que dans nos
traditions une fille à la musique, c’est
considéré comme
la porte ouverte au vagabondage,
comment vos parents ont-ils accueilli votre idée d’abandonner très tôt les
classes pour une carrière musicale ?
SD :
Je
tiens à préciser que ce n’était pour me consacrer à plein temps à ma passion, la
musique, que j’ai quitté l’école. Mon père, un médecin, était le seul
fonctionnaire de la famille Santy. C’était pour toute la famille et le village
une véritable vache laitière que tout le monde venait traire, un arbre sur
lequel tous les oiseaux du village venaient se poser. C’est ainsi que mon père
qui gagnait assez pour s’occuper de ses enfants s’est retrouvé avec trop de
charges sur les bras. Nous sommes en Afrique et vous savez qu’il ne pouvait pas
se dérober. Voilà comment il en est arrivé à sacrifier la scolarité de ses
filles.
Il n’a pas approuvé ma volonté de me lancer dans une carrière musicale. Les
préjugés et les idées reçues sur le métier d’artiste de la chanson sont tels que
chez-nous, on considère que faire le trottoir est plus respectable que d’être
chanteuse. Alors, je me suis lancée un défi : ne pas rentrer dans le schéma
réducteur chanteuse égale femme légère. Le métier de chanteur n’est pas
incompatible avec l’image d’une femme vertueuse. C’est ce que j’essaie de
prouver dans ma conduite de tous les jours.
Mes parents ne pouvaient pas influer sur
ma carrière d’autant plus que c’est mon ex-mari avec qui je vivais qui avait
financé une partie de mes productions. Aujourd’hui, les critiques se sont
quelque peu tues, même si certaines mauvaises langues continuent par raconter de
n’importe quoi juste pour me salir Mais je fais avec.
Togoforum : On imagine que votre parcours
musical n’a pas été chose aisée. Pouvez-vous nous parler de ce parcours et nous
dire ce qui vous a le plus marqué ?
SD :
C’est
vrai que la musique n’est pas chose facile, surtout au Togo. Et le parcours d’un
artiste est toujours semé d’embûches. Je me suis alors persuadée que pour avoir
du soutien, il faut se faire connaître d’abord sur le plan national et
international. J’ai mis toutes mes économies dans ce projet. Au fil du temps,
j’avais besoin de plus en plus de moyens financiers et mes propres ressources
étaient devenues insuffisantes. Je dois dire que j’ai eu très peu de soutien.
Mon cas n’est pas différent des autres artistes, mais ce n’est pas une
consolation.
Sous d’autres cieux, l’artiste vit de son art. Chez-nous, c’est un mendiant. Il
est obligé d’exercer d’autres activités pour joindre les deux bouts, reléguant
au second plan sa carrière. Le Bureau Togolais du Droit d’Auteurs (BUTODRA) ne
verse que des miettes aux artistes. Les fonds donnés par l’UNICEF et par la CEDEAO soit près de 9 milliards ne parviennent jamais aux destinataires. Je
profite de la tribune que m’offre togoforum pour demander à ceux
qui détiennent ces fonds de bien vouloir rendre à César, ce qui est à César.
Nous avons honte de notre état quand nous nous retrouvons en face de nos
confrères de la sous-région.
Togoforum : Quelles sont vos sources
d’inspiration et quel genre de musique faites-vous ?
SD :
Je
m’inspire du folklore de chez moi, Niamtougou et des autres artistes, surtout
sur le plan du rythme. Je fais surtout du folklore et un peu de la variété ;
c'est-à-dire un mélange de la tradition et de la modernité
Togoforum : On vous surnomme la ‘’Reine
du kamou’’ c'est-à-dire que votre genre musical est d’inspiration
traditionnelle. Est-ce à dire que vous voulez valoriser la culture togolaise en
voie de disparition ou avez-vous d’autres raisons pour ce choix ?
SD :
Je
considère que être artiste, c’est être l’ambassadeur de sa culture. Comme tel,
je me dois de valoriser le folklore de chez-nous à travers le monde. Je suis la
première chanteuse à avoir mis en valeur le rythme Kamou de chez-moi. C’est de
là certainement que me vient ce surnom de « Princesse de Kamou ». Mon
album ‘’Yala-Kpaté’ m’a donné l’occasion de faire le tour du pays et
d’être connue à l’extérieur : Bénin, Burkina-Faso, Niger, Canada, France.
Je pense que les artistes devraient faire du folklore, pour porter fièrement le
titre d’ambassadeur et promouvoir ainsi la culture togolaise.
Togoforum : L’éternel problème pour les
artistes africains, c’est le manque de producteurs et de sponsors. Qui ont été
le ou les producteurs et les sponsors de vos trois derniers albums ?
SD :
De
producteur Togolais résident au pays, je n’en connaît pas. Il y a, à mon avis
trois raisons qui peuvent expliquer le faible engouement pour la production
artistique au Togo : d’abord, le Togo est un petit pays. Quand un producteur
investit, il doit au préalable s’assurer qu’il peut récupérer ses fonds, rien
que par les ventes des K7 et CD dans le pays. Ensuite, il faut reconnaître qu’en
général, les Togolais préfèrent les artistes étrangers. Enfin, c’est la
piraterie qui donne le coup de grâce aux artistes et des pirates, il y en a
plein au Togo.
Au Béni par exemple, sur les radios et les télévisions locales, on consacre très
peu de temps aux artistes étrangers. Le reste du temps est consacré aux artistes
béninois. Cela ne veut pas dire que les Béninois n’aiment pas les artistes
étrangers, mais ils préfèrent d’abord leur folklore chanté par leurs artistes.
Bien plus, les médias font la promotion des artistes du terroir. C’est tout le
contraire au Togo.
Au Togo, pour espérer bénéficier de sponsoring d’une grande société, il faut
avoir un parent ou une relation bien placée dans cette société. J’ai quand même
été sponsorisée par l’Imprimerie Equinoxe, Mèche NINA et le
Port Autonome de Lomé. Pour ce qui est des producteurs, j’en ai eu un seul
pour mon troisième album. Il s’agit de la maison Nimba de MANSEL PRODUCTION.
Togoforum : Parlez-nous de la maison
Nimba de Mansele Production qui a financé votre 3e album ‘’Stop
Violence’’ ?
SD :
C’est
grâce à un heureux concours de circonstance. Je peux dire que c’est la volonté
de Dieu. C’est sur une radio parisienne, ‘’Paris Fréquence Plurielle’’
où j’étais l’invitée alors que lui était venu faire la promotion de l’une ses
artistes que j’ai fais la connaissance du directeur de Nimba de Mansele
Production. Nous nous avons échangé d’adresse et plus tard je l’ai rappelé pour
lui dire que je cherchais un producteur. Après avoir écouté mes chansons et
certainement apprécié mon travail, il a accepté de me produire. Et c’est comme
cela que je suis entrée dans la maison NIMBA. Hélas, la maison aujourd’hui est
fermée son propriétaire s’est lancé dans une autre carrière, la politique.
Togoforum : Quelles sont les idées-forces
que vous développez dans vos trois albums. Si l’on s’attarde un peu sur le 2e
‘’Yala-Kpaté’’ qui signifie littéralement ‘’où n’y a-t-il pas de mariage ?’’,
quels sont les thèmes que vous développez dans cet album et dites-nous si dans
votre vie de femme, une situation de ce genre vous a marqué.
SD :
Je
chante la paix. Je dis non à la violence dans le monde entier, la paix aux
hommes, aux femmes, aux enfants, la paix dans les foyers.
‘’Yala-Kpaté’’ est une chanson
reprise de ma grand-mère qui l’a composée en réponse aux critiques dont elle
était l’objet parce qu’elle en était à son troisième mariage.
Togoforum : Vous êtes une artiste
confirmée de la musique togolaise. Mais depuis un certain temps, on ne vous voit
pas sur scène alors que vous teniez il n’y pas si longtemps le haut du pavé
médiatique au Togo. Qu’est-ce qui se passe, un recul stratégique pour mieux
sauter ou manquez- vous d’inspiration ?
SD :
Un
artiste confirmé manque de tout sauf de l’inspiration. Au besoin, il fait appel
à des auteurs-compositeurs ou à des interprètes. Je suis quelque peu désespérée.
Etre artiste au Togo est une sinécure. J’ai quand même la conviction que demain
serai meilleur.
Togoforum : A quand votre prochain ?
SD :
Si tout
va bien, d’ici avril ou mai au plus tard, il sera sur le marché.
Togoforum : Vous vous êtes produite sur
scène en Europe, au Canada et aux Etats-Unis. Quel accueil le public de ces pays
vous a –t-il réservé ?
Je
n’ai jamais été aussi bien accueillie ailleurs qu’en Occident. Un accueil
chaleureux et enthousiaste. J’y suis si bien accueillie que parfois j’avais
presque envie d’y rester.
Togoforum : Dans votre parcours, vous
avez certainement côtoyé ou rencontré des artistes de la chanson de renommée
internationale. Quels sont ceux qui vous ont le plus marqué ?
SD :
Je peux
citer Annie-Flore, une artiste gabonaise qui vit en France. Je l’ai rencontrée
au Canada. Sa voix et son authenticité m’ont beaucoup marquée.
J’adore Angélique Kidjo quand elle fait le folklore béninois. King Mensah,
Jimmy Hope sont des références pour moi.
Togoforum : Quel regard portez-vous sur
la musique togolaise ?
SD :
Il a
beaucoup de travail à faire pour qu’elle soit compétitive. Mais la musique
togolaise a de l’avenir. Nous les artistes, nous devons apprendre à travailler
dans une parfaite collaboration et avec un esprit de solidarité, à nous
assister, surtout pendant les enregistrements. Cela se fait ailleurs et ça
explique la bonne qualité des produits. Pourquoi pas chez nous ?
Par ailleurs, c’est regrettable d’entendre certains dire qu’il n’y a pas de
musique togolaise. Que faisons-nous de notre beau folklore ?
Togoforum : Un mot sur la piraterie, un
fléau qui détruit la musique togolaise et qu’on n’arrive pas à éradiquer.
SD :
A ce
fléau s’ajoute un autre qui commence par prendre de l’ampleur ces derniers
temps, c’est la duplication des CD et des tickets d’entrée aux spectacles
multipliés à loisir par certains individus sans foi ni loi. A mon avis, c’est un
fléau qu’on peut combattre et éradiquer de façon efficace. C’est une question de
volonté. Si tout le monde s’y mettait, on obtiendrait des résultats
encourageants. J’en appelle à la conscience de tous ceux-là qui se remplissent
les poches sur le dos des artistes en encourageant ou en favorisant la piraterie
et en multipliant les CD et les tickets d’entrée à nos spectacles.
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Santy Dorim
Vedette de la chanson togolaise |
Togoforum : Quand on sait qu’en Afrique
et particulièrement au Togo, la musique ne nourrit pas son homme, comment
faites-vous pour joindre les deux bouts. Exercez-vous d’autres activités à part
la musique ?
SD :
En
dehors de la musique, je fais la couture et m’occupe d’autres affaires
personnelles.
Togoforum : Vos perspectives d’avenir
pour la musique togolaise.
SD :
Les
associations et les syndicats d’artistes doivent former un comité avec l’aide de la Fédération Internationale
des Musiciens (FIM) pour réfléchir sur les droits et les devoirs des artistes et
leurs rapports avec les managers, les producteurs, les promoteurs etc. L’avenir
de la musique togolaise en dépend.
Togoforum : Si vous aviez un message à
adresser à vos fans, aux autorités et aux opérateurs économiques qui hésitent à
investir dans la musique, que direz-vous ?
SD :
Je dis
un grand merci à mes fans. C’est grâce à eux que j’ai pu parcourir le petit
chemin que j’ai fait dans ma carrière d’artiste. J’ai besoin de leur soutien
moral.
Aux autorités de mon pays, je demande de prêter une oreille attentive à la
musique. C’est à travers elle que la culture de notre pays sera portée hors des
frontières et rayonner à travers le monde.
Aux opérateurs économiques qui hésitent encore à sponsoriser ou à produire les
artistes de la place, je dis qu’ils ont tout à y gagner. Plutôt que de
sponsoriser à grand frais les artistes étrangers qui viennent empocher des
millions pour ensuite les rapatrier chez eux, il faut sponsoriser les artistes
togolais qui pourront investir dans le pays pour la relance de la croissance
économique
L’avenir du Togo doit se construire avec l’apport de tous. Investir dans la
musique togolaise, c’est avoir foi en l’avenir du Togo. |