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Nadim M.
Kalife : «Tout
d’abord, il nous manque toujours la mise en place de la COUR des COMPTES
prévue dans la Constitution, et cela traîne depuis 1974» |
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AgoraPress - le 25 août 2008 - Interview réalisée par Camus Ali |
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«Le
gel de la coopération européenne date de 1993, suite aux
massacres de « Fréau Jardin » ainsi qu’au non respect des
Droits de l’Homme par l’Ancien régime. Tant que feu Eyadema
gouvernait à sa guise le Togo, rien ne pouvait être débloqué,
car les conditionnalités exigées pour la reprise de l’aide
extérieure ne lui convenaient pas, il n’en faisait qu’à sa
tête et il s’en foutait que le peuple en souffre.
Par contre, s’il avait laissé suffisamment de marge aux
gouvernements en place pour négocier avec l’Union Européenne,
et si ces gouvernements pouvaient effectivement diriger la
politique togolaise, les choses auraient changé et nous ne
connaîtrions pas cet état catastrophique de toutes nos
infrastructures, à tel point que 19 ponts se sont effondrés
lors des dernières inondations, sans même disposer du génie
civil pour les rétablir.» |
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Michel
Nadim
Kalife |
Togoforum : Le président russe Dmitri Medvedev dit qu’il ne faut
pas attendre d’un pays pauvre qu’il lutte efficacement contre la corruption. Que
lui répondez-vous ?
Nadim M. Kalife : Je lui répondrai de voir comment le Bénin, le Mali et le
Bostwana réussissent si bien dans leur lutte contre la corruption, que leur
économie marche mieux qu’ailleurs et que les bailleurs de fonds les accueillent
à bras ouverts pour les soutenir dans leur développement, sachant bien que
l’argent offert n’est plus détourné.
Togoforum : Quand on lit attentivement vos écrits,
on
se rend
à
l’évidence qu'au
Togo ce ne sont pas des économistes et des gestionnaires qui manquent mais le
non sens élevé de la patrie.
Qu'est ce qui explique notre marasme économique.
Nadim M.Kalife :
C’est une question de volonté politique et aussi de courage du Président de la
République : soit
il
n’a pas les mains libres, soit il ferme volontairement les yeux.
Togoforum :
En
Afrique du Sud,
au
Cameroun,
en
Côte d’Ivoire les opérations « mains propres » sont lancées et avec des
résultats probants.
Croyez-vous qu’au Togo la classe dirigeante peut faire le même ménage ?
Nadim M.Kalife :
Bien sûr ! Il suffit de voir chez nos voisins plus proches, le Bénin et le Mali,
comment cela est en train de bien réussir, et les résultats qui en découlent
pour les progrès de ces 2 pays.
Togoforum : Il paraîtrait que les finances togolaises ont arrosé
tellement de monde que ceux qui ont régenté le Togo pendant longtemps se
tireraient la balle dans le pied en prenant un risque .
Pouvez-vous nous décrire les mécanismes pour spolier un Etat ?
Nadim M.Kalife :
Cela est décrit en long et en large dans mes 3 articles.
[cliquer pour lire les 3 articles]
Togoforum :
Ces dernières années tous les gouvernements qui se sont succedés au Togo ont
pris comme prétexte le gel des relations avec l’UE pour
expliquer
leurs échecs.
Qu'en pensez-vous?
Nadim M.Kalife :
Le
gel de la coopération européenne date de 1993, suite aux massacres de « Fréau
Jardin » ainsi qu’au non respect des Droits de l’Homme par l’Ancien régime. Tant
que feu Eyadema gouvernait à sa guise le Togo, rien ne pouvait être débloqué,
car les conditionnalités exigées pour la reprise de l’aide extérieure ne lui
convenaient pas, il n’en faisait qu’à sa tête et il s’en foutait que le peuple
en souffre.
Par contre, s’il avait laissé suffisamment de marge aux gouvernements en place
pour négocier avec l’Union Européenne, et si ces gouvernements pouvaient
effectivement diriger la politique togolaise, les choses auraient changé et nous
ne connaîtrions pas cet état catastrophique de toutes nos infrastructures, à tel
point que 19 ponts se sont effondrés lors des dernières inondations, sans même
disposer du génie civil pour les rétablir.
Togoforum :
Vous préconisez un plan Marschall pour reconstruire le Togo.
L’idée n’est-elle
pas
surréaliste dans un contexte togolais où on décrit l’Etat et le pouvoir
judiciaire comme très faibles ?
Nadim M.Kalife :
Bien sûr, l’obtention d’un si gros budget d’aide à la reconstruction de
l’économie togolaise (115 millions d’euros=750 milliards FCFA) suppose que les
autorités aient réussi à appliquer les 22 conditionnalités. Il est aisé de le
faire, mais comme je vous ai répondu plus haut, il manque la volonté politique
nette et déterminée, et non pas chancelante comme on le constate, et cela, nos
partenaires le constatent et le regrettent amèrement, car ils sont plus
conscients que nos dirigeants de la souffrance du Peuple togolais, dont ils sont
informés au jour le jour à travers leurs ambassades, leurs compatriotes
installés au Togo et notamment leurs ONG. Ils ne sont pas dupes, quoiqu’ils ne
disent rien.
Togoforum : Pour le ministre Gilbert Bawara, le retard du Togo est dû
aux facteurs socio-politiques.
Vous dites que la gestion calamiteuse du pays en est la raison.
Pouvez-vous lever le voile pour les togolais qui pensent comme le ministre
Gilbert Bawara
Nadim M.Kalife :
Je l’ai assez explicité dans mes 3 derniers écrits publiés chez vous : il suffit
de les relire avec attention, tout y est clair comme de l’eau de roche. C’est
facile de tout mettre sur le dos des soi-disant « facteurs sociopolitiques »,
cette réponse a été avancée par l’Ancien régime pour diviser les Togolais en vue
de régner. C’est une stratégie politicienne pour cacher la vérité des problèmes
économiques sévères que nous subissons du fait de la mauvaise gestion du pays à
travers cet endettement extérieur démesuré et fallacieux qui a mis le Togo à
genoux pour pouvoir rembourser une énorme dette injustifiée. C’est une façon
politicienne de cacher la vérité aux Togolais qui ignorent l’analyse économique.
D’ailleurs, j’aimerais bien avoir un débat sur le sujet avec M. Bawara pour
clarifier les choses.
Togoforum : Pour preuves, les manquements constatés á la SOTOCO,á l’OTP,á la
BTCI,au FER et dans d’autres sociétés n’ont jamis été punis …
Nadim M.Kalife :
Tout est question de volonté politique et de liberté d'action du pouvoir en
place.
Togoforum : Le FER vient de tomber.
Notre confrère le journal la NATION dans sa parution du 8.9.2008 écrit ceci
: « Le drame togolais vient du fait que les comptes ne sont pas exigés á tous
ceux qui gère l’argent public ».
Observateur de la gestion des finances, dites-nous comment vous
appréhendez ce laxisme de Faure et du gouvernement que dirige Mally.
Nadim M.Kalife :
Tout d’abord, il nous manque toujours la mise en place de la COUR des COMPTES
prévue dans la Constitution, et cela traîne depuis 1974. C’est celle-ci qui
serait normalement chargée de vérifier tous les comptes annuels des sociétés
d’Etat. De plus, faudra t-il
y nommer des experts dignes de foi et à l’abri des pressions du pouvoir. Tout
est encore question de volonté politique et de marge de manœuvre du gouvernement
en place :a-t-il les mains libres ?
Togoforum : Comment l’économiste que vous êtes définit les « aides » et les
« prêts » que les gouvernants au Togo vantent et signent ?
Nadim M.Kalife :
Tant qu’il n’y a pas d’autorité de contrôle indépendante du pouvoir, les risques
demeurent.
Togoforum :
Mr
Agbéyomé Kodjo avait déjà annoncé la maniére absolète de diriger les finances
publiques au Togo sous feu Gnassingbé.
Des économistes aujourd’hui disent que le Togo a été géré
d’une manière archaïque
qu’il faut compter
à
long terme pour un renouveau économique…
Nadim M.Kalife :
Je ne tiens pas à ce que l’on me taxe de soutenir tel ou tel homme politique, je
vous prie de ne pas me poser de question sur leurs déclarations. Je suis un
phare qui brille pour tous les navires, de quelque bord qu’ils soient,
l’essentiel pour moi, étant que mes lumières puissent toujours servir le
mieux-être du Peuple togolais.
Togoforum : Quels conseils pouvez-vous donner á tous ceux qui
désireraient investir au Togo ?
Nadim M.Kalife : Je n’ai pas de conseils
à leur donner. Ils savent se diriger tous seuls en analysant les avantages
fiscaux qui pourraient les y attirer ou pas. J’ai déjà indiqué dans la dernière
partie de mes 3 articles la réforme fiscale à opérer pour se conformer à la
concurrence internationale existant entre les pays pauvres qui cherchent à
attirer des capitaux extérieurs sous dénomination de « IDE ». Si l’on prend des
demi-mesures, cela ne servira pas à grand-chose, sauf à alléger la souffrance
des entreprises déjà installées et qui ne peuvent pas partir. Lire l’article 3
avec attention. |
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Nadim Michel KALIFE
Expert en Politique économique Africaine |
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POURQUOI LE TOGO VA SI MAL? |
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UN SCHEMA
DE SORTIE DE CRISE |
I- Pourquoi le Togo va si mal ?
II- Deux mesures d’accompagnement pour sa sortie de crise
III- Une nouvelle stratégie de coopération européenne et une réforme
fiscale indispensables à sa sortie de crise |
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L’auteur, Nadim Michel KALIFE, de nationalité togolaise, est né à Lomé le 20 janvier 1944. Son arrière grand père maternel, Michel Nasr (ou Nassar, prononcer « naza »), était venu du Liban en 1885 pour s’établir commerçant à Keta dans le Togoland allemand. Puis, son grand père Assaad Nassar quitta Keta en 1916 pour venir s’établir définitivement à Lomé, où il fit construire la 1ère maison toute en ciment, non loin de la Cathédrale. Son oncle maternel, Philippe Nassar, fut élu député CUT de Lomé aux élections du 27 avril 1958. Son père, Michel Salim Kalife, était très proche de Nicolas Grunitzky et Consul honoraire du Liban au Togo jusqu’à son décès en 1974. Tous ses parents et grands parents sont enterrés à Lomé (Abogamé).
N.M.Kalife a fait ses études secondaires au Collège Saint Joseph à Lomé, puis ses études supérieures de sciences économiques à l’Université de Paris (Assas/Panthéon). Il enseigna l’économie politique à l’Université de Lomé de 1970 à 1984, où il fut le 1er directeur de l’ESTEG, devenue FASEG en 1975/76. Il dirigea aussi, de 1969 à 1986, deux sociétés Import-export, Ets M.S. Kalife et S.A.S, avant de se spécialiser après 1982, dans la fabrication d’objets d’artisanat d’art utilitaire en bois précieux du Togo, dont la belle finition fit la renommée internationale des « Ateliers d’Art du Petit Prince ». Ainsi, sait-t-il allier la pratique des affaires à la théorie économique qu’il a enseignée durant 15 ans à Lomé et 3 ans à l’ESCP à Paris.
Compte tenu de sa bonne connaissance de l’histoire du Togo et de son amour suprême pour ce pays,il donne ici, sans jamais militer dans un parti politique, une analyse objective de la situation socioéconomique du Togo, ainsi qu’un schéma de sortie de crise reposant sur une nouvelle stratégie de coopération de l’Union Européenne et sur une réforme fiscale appropriée à la relance des affaires.Bien entendu, la nouvelle politique économique qu’il propose est conditionnée par une lutte efficace contre la corruption qui gangrène les rouages économiques du pays. Il nous livre ses réflexions, longuement mûries, sur les origines de la dégradation matérielle et sociale du Togo, consécutive aux sévères mesures d’austérité budgétaire adoptées à partir de 1983 pour rembourser une dette extérieure démesurée et injustifiée.
Il explique la genèse de l’endettement extérieur du Togo, en dénonçant les pratiques de surfacturations excessives, et il propose la création d’un TPEI pour punir les créanciers criminels des pays pauvres. Il trace une méthode douce de répression de la corruption ainsi qu’une voie de réconciliation avec toutes les victimes d’exactions politiques depuis 1958.
Son souci constant de voir renaître dans les cœurs des Togolais cette joie de vivre ensemble qui prévalait avant 1980, l’a amené à concevoir une nouvelle politique économique reposant d’une part, sur l’afflux d’investisseurs européens parrainés par la Commission Européenne et, d’autre part, sur une fiscalité adaptée à la mondialisation, ce qui générerait le doublement des ressources budgétaires grâce à l’élimination de la fraude fiscale et douanière en résultant. Cette double stratégie de coopération européenne et de réforme fiscale, conforme aux ODM (objectifs du millénaire), assurera un développement durable, qu’il faudra insérer dans un plan à long terme de 20 ans pour éradiquer la pauvreté, alors qu’actuellement plus de 7 Togolais sur 10 vivent dans une extrême pauvreté avec moins de 20 euros par mois.
NMK propose un « Plan Marshall » au budget de 115 millions d’euros (750 milliards FCFA) pour reconstruire toutes les infrastructures économiques et sociales du pays, tandis que la nouvelle Politique économique attirera de nombreux investisseurs créant des dizaines de milliers d’emplois, notamment dans le secteur agricole où les produits « bio » seront exportés vers l’Europe. Cette expérience spécifique pourra servir de modèle pour une nouvelle stratégie de coopération entre l’Union Européenne et l’ensemble des pays d’Afrique subsaharienne,qui deviendra alors le grenier de l’Europe ainsi qu’un grand débouché extérieur pour les exportations européennes au XXI° siècle.
NMK expose avec force et détails le fléau de la corruption minant l’économie du pays. Il soutient plus que jamais que la corruption est l’ennemie de la démocratie, en donnant des privilèges frauduleux à une catégorie de personnes qui appauvrissent la très grande majorité du peuple. Il souhaite l’instauration d’une formation civique permanente à l’école comme sur l’ensemble des médias publics et privés, visant à faire respecter le bien public et à lutter constamment contre la corruption.
Toutes ses analyses ont pour but ultime d’élever la conscience civique des Togolais en vue de surmonter les clivages ethniques que l’ancien régime avait suscités .Il propose un chemin de reconstruction nationale et de croissance durable dans le contexte de la mondialisation actuelle.
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