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Togoforum.com : M. Ayayi Togoata Apedo-Amah, quelle analyse
faites-vous de l’histoire du coup d’Etat dont Kpatcha Gnassingbe serait
le commanditaire ?
Apedo-Amah : Eyadema, le père des héritiers qui se battent comme
des chiffonniers pour la couronne, a fait du régime politique togolais
une féodalité archaïque dans laquelle l’Etat se ramène à un individu qui
incarne à travers sa personne tous les pouvoirs : exécutif, législatif,
judiciaire, etc. Il s’agit dans le cas d’espèce du Togo d’un régime
analphabète, kleptocrate, tribaliste, misogyne, corrompu, terroriste,
bête et méchant. Que les fistons en viennent à se battre à mort pour les
os rongés par leur père défunt, rien de plus normal dans un régime
féodal où le frère doit tuer le frère, le neveu l’oncle, l’épouse sa
rivale… pour accéder au pouvoir. Dans un tel système politique, les
règlements de compte sont une affaire de famille. Toute succession en
régime féodal obéit à l’arbitraire, à la violence, au meurtre, à la
barbarie d’autant plus que les égoïsmes y sont exacerbés entre les
héritiers putatifs. L’on ne s’y bat pas autour de programmes politiques,
de projets de développement, d’une vision ambitieuse du pays mais par
appétit du pouvoir afin de jouir de privilèges exorbitants, criminels et
mafieux. Avoir le sentiment vertigineux d’être un dieu de la terre ayant
droit de vie et de mort ! Que tout cela manque de dignité !
Le Togo est le champ de maïs du clan Gnassingbé. Comme il s’agit d’un
régime basé sur l’arbitraire, l’on ne nous produira, évidemment, jamais
de titre foncier du Togo justifiant un quelconque droit de propriété. Le
peuple se gausse des héritiers qui font l’objet de blagues, véritable
expression du rejet total des usurpateurs du clan Gnassingbé putschiste.
La situation politique de notre pays est devenue si pathétique que nous
ne pouvons qu’en conclure que notre cher Togo ne mérite pas toute cette
médiocrité ; la présence de ce clan réactionnaire et antipatriotique au
pouvoir est une véritable insulte pour notre peuple. Au fond, l’on peut
comprendre les frustrations de Kpatcha, l’homme inculte, dans sa vision
patrimoniale archaïque du pouvoir, dans la mesure où c’est Faure qui le
premier a ouvert les hostilités en l’écartant du ministère de la
Défense. Kpatcha, co-président virtuel, ses partisans et certains frères
n’ont pas compris qu’ayant été publiquement adoubés à deux devant le
peuple par l’armée, que son cohéritier de frère puisse l’écarter du
pouvoir. Il s’est donc senti agressé, trahi et victime d’une injustice
en tant que fils et héritier d’Eyadema. Quoi qu’ait fait Kpatcha, il a
la circonstance atténuante d’être victime d’une rupture abusive de
contrat par Faure. Si les kaki qui leur ont partagé le pouvoir ont
laissé faire (la mise à l’écart de Kpatcha de la mangeoire), cela veut
dire qu’ils ne sont pas eux-mêmes fiables comme arbitres. Parole de
militaire ! Comme dirait Eyadema.
Togoforum.com : Ne pensez-vous pas que Kpatcha Gnassingbé, étant
devenu un adversaire redoutable pour Faure Gnassingbé, ce dernier aurait
pu monter le scénario du coup d’Etat juste pour l’éliminer de la course
à la présidentielle de 2010 ?
Apedo-Amah :
A propos des deux frères adoubés par les officiers des
Forces Armées Togolaises le 5 février 2005, à travers un coup d’Etat
méprisable et rétrograde qui a transformé la république bananière du
clan Gnassingbé en monarchie ubuesque, j’avais dit que cet attelage ne
marcherait pas. Il n’est pas nécessaire d’être devin pour le comprendre.
L’histoire est un bon maître en la matière. On ne désigne pas de numéro
deux à un dictateur qui, par définition, ne délègue aucune parcelle de
son pouvoir de peur de s’en faire déposséder par un rival en puissance
formé à la même école de l’arbitraire, de la violence et du crime que
lui. Si le dictateur de service a un adversaire à craindre, c’est
d’abord dans son propre camp, pire, dans sa propre maison dans le cas
d’une monarchie où prévaut le droit du sang.
Quand ont commencé les chamailleries, j’en ai conclu que le vainqueur
sera celui qui tirera le premier. Faure a tiré le premier et a gagné
pour l’instant. Je dis bien pour l’instant parce que Kpatcha n’est pas
son seul frère. Il y aurait même embouteillage au niveau de la fratrie
polygamique ! La vengeance pourrait devenir une forte motivation. Lisez
ou relisez Shakespeare ! Vous savez, cette histoire de complot ne
convainc pas un esprit rationnel au vu des prétendues preuves apportées
par l’accusation. Certes des armes ont été exhibées mais tous les
Togolais savent que cet homme a toujours été très armé comme pas mal de
gens du clan militaro-fasciste; et dans le régime, c’était accepté tant
qu’il tournait ses armes contre le peuple pour défendre le pouvoir
illégitime de papa puis des héritiers. C’est un civil militarisé ! Je me
souviens que nous avions été pris en otage à la Ligue Togolaise des
Droits de l’Homme, le 13 juin 2005, dans le prolongement du putsch
sanglant de Faure Gnassingbé, par des responsables civils du RPT et
autres chenapans - qui firent irruption dans notre conférence de presse
destinée à livrer aux Togolais le bilan des morts et blessés de la
sauvage répression antidémocratique - parmi lesquels le responsable de
la jeunesse, le directeur de cabinet de Pitang Tchalla, ministre de la
Communication, et un certain Gilbert Bawara qui a obtenu une promotion
ministérielle pour ce forfait ! Les tarés étaient presque tous armés
avec des flingues dans la ceinture de leur pantalon.
En réalité, il est vain de se focaliser sur la vérité ou la fausseté du
complot. Dans toute dictature qui se respecte, le simple fait d’être un
rival ou de déplaire a valeur de complot. Quant aux preuves matérielles,
ça a toujours été un jeu d’enfant de les fabriquer. Le dictateur est à
la fois « victime » et juge puisque la justice de l’Etat, une justice
parodique, pour ne pas dire une injustice institutionnalisée, est aussi
sa propriété privée. Les seuls éléments crédibles du complot sont
l’ambition déclarée et affichée de Kpatcha qui a eu le mauvais goût
d’avoir démarré sa campagne électorale depuis 2007, surtout dans la
Kozah, le fief familial, en y distribuant des centaines de millions de
francs et en s’offrant des limousines de milliardaires pour conforter
son statut de faiseur de pluies à l’image de son père qui poussait le
cynisme jusqu’à faire l’aumône avec mépris au peuple qu’il avait ruiné
par le pillage systématique du pays. Dans les mœurs florentines des
potentats qui nous gouvernent, l’argent est considéré comme une
puissante arme de corruption et d’achat des consciences. Kpatcha
cumulait donc tout ce qui pouvait le présenter comme un rival dangereux.
C’était suffisant pour l’éliminer de la course à la présidentielle et au
pouvoir d’autant plus que le clan se couvrirait de ridicule en
présentant deux voire trois candidats confortant l’esprit dynastique que
les caciques médiocres du RPT s’acharnent à nier avec stupidité en dépit
du bon sens. Le vrai complot est donc l’ambition et les moyens de
l’ambition de Kpatcha. Mais, de toutes les façons, cela devait finir tôt
ou tard par un bain de sang. Faure a tiré le premier en limitant la
casse pour demeurer seul à la barre. Avec l’argent du peuple, chacun des
deux frères s’est acharné à recruter des partisans dans l’armée, surtout
dans la hiérarchie. A ce jeu-là, Kpatcha, relativement populaire parmi
les criminels et les ennemis du peuple de l’armée, avait pris de
l’avance sur son frère, d’où la décision de le virer de la Défense.
Kpatcha a perdu parce qu’il est le moins intelligent des deux frères,
complètement imperméable à toute notion de stratégie. Pour lui la
violence est une fin en soi parce qu’il n’est pas intelligent.
Togoforum.com : Comment expliquez-vous que Kpatcha Gnassingbé,
simple député, ait pu jouir d’une protection militaire infiniment plus
importante que celle des ministres ? Il faut souligner que les
militaires qui constituent sa garde, sont recrutés et payés par l’Etat
togolais ; alors comment une telle situation a-t-elle été possible ?
Apedo-Amah : Kpatcha n’est pas le seul dans ce cas. Presque tout le
clan s’octroie ce privilège illégal en s’entourant d’une garde
pléthorique et injustifiée dans la mesure où la plupart des individus
qui en profitent abusivement n’occupent aucune fonction officielle. La
vérité, c’est que le clan Gnassingbé a privatisé l’armée togolaise comme
il a privatisé l’Etat. En toute impunité. Malheureusement, le Togo est
la vache à lait du clan. On devrait leur facturer l’usage abusif des
services de nos militaires à titre privé au taux des sociétés de
gardiennage privées. Et pourquoi cette hantise sécuritaire au sein du
clan ? De quoi a-t-on peur ? Vous savez, celui qui respecte la dignité
humaine des autres, ne vole pas le peuple, ne tue pas et accède au
pouvoir par la volonté du peuple, a la conscience tranquille, dors en
paix et ne vit pas la peur au ventre poursuivi par les fantômes de ses
victimes. Celui qui règne par l’épée n’a qu’une peur : périr par l’épée
de la vengeance de ses victimes ou de leurs proches. Il est très facile
d’être courageux et arrogant une arme à la main en jouant les Rambo et
les Terminator face à un peuple à genoux.
Dans le système militaro-RPToche, les ministres n’ont aucune valeur, ce
sont des boys ou des chiffons du dictateur, constamment humiliés et qui
vivent dans la hantise de se faire virer ou zigouiller du jour au
lendemain. Il n’y a aucune norme rationnelle pour leur servir de
garde-fou. La seule « norme », si l’on ose utiliser ce mot, est l’humeur
versatile du dictateur. Ce pour quoi on vous a félicité la veille, peut
vous valoir la fessée le lendemain ! L’insécurité psychologique est le
prix à payer par les voleurs de la République. Croyez-moi, je ne les
plains pas. Tout cela explique pourquoi des activistes politiques du
clan Gnassingbé et autres sicaires du régime sont mieux protégés que des
ministricules pétochards à la con. La vraie hiérarchie au sein de la
dictature militaire est une hiérarchie parallèle, invisible pour le
non-initié. Il n’est pas rare de voir des sergents et autres sous-fifres
plus puissants que des généraux et des ministres qu’ils peuvent gifler
ou enfermer au gnouf en toute impunité du fait du rôle qu’ils jouent
dans l’appareil sécuritaire ou de prédation de l’Etat. Je vous rappelle
que la Conférence Nationale Souveraine avait, en son temps, dénoncé la
privatisation de l’armée par des barons et des officiers qui utilisaient
les militaires payés par l’Etat sur les chantiers de leurs villas
privées et dans leurs fermes comme des esclaves. Cela s’appelle du vol.
Ce sont des kleptocrates. Il est donc facile de comprendre pourquoi ces
individus ne veulent pas quitter le pouvoir.
Togoforum.com : La justice va-t-elle suivre son cours ou y aura-t-il
une farce comme d’habitude à travers un règlement de comptes entre
frères ennemis ?
Apedo-Amah : Osons-nous dire la vérité : il n’existe pas de
justice digne de ce nom au Togo ; et ce n’est pas du dénigrement. Il
suffit d’écouter les vrais magistrats parler du fonctionnement
politico-mafieux de la justice togolaise pour avoir froid dans le dos.
Je précise bien vrais magistrats pour faire la distinction avec les
nervis du pouvoir dictatorial qui ont fait carrière dans le mouchardage
quand ils étaient étudiants et qui ont été promus à de grands postes au
sein de la magistrature malgré leur médiocrité et leur corruption
phénoménale de voyous afin d’aider le pouvoir exécutif à
instrumentaliser et privatiser la justice. Ces petits juges véreux sont
les principaux agents de l’insécurité judiciaire dont souffrent tous les
justiciables togolais que nous sommes. Kpatcha risque à son tour de
goûter à l’appareil d’injustice instauré par son tyran de père pour
terroriser les Togolais. Contrairement à ce que d'aucuns pensent, il ne
s’agit pas d’une ironie du sort, mais d’une logique systémique qui tôt
ou tard finit par dévorer ses propres concepteurs. Pour vous en
convaincre, il suffit d’examiner la longue liste des barons et
officiers, tous bourreaux fieffés du peuple togolais, victimes de
l’injustice d’une justice aux ordres. Cette caricature de justice sert
au pouvoir à donner un habillage légal à ses règlements de comptes. Tant
que perdurera la dictature féodale du clan Gnassingbé, il n’y aura pas
de justice au Togo. Parce que la justice, l’Etat de droit, le respect
des droits humains, la démocratie ne sont pas solubles dans la tyrannie
et la barbarie. Prendre à leurs comptes ces éléments d’un Etat moderne
et civilisé, reviendrait pour nos autocrates médiocres à se faire
harakiri. Or le courage politique ne fait pas partie de leurs mœurs
politiques. Ce sont de lâches vermisseaux méprisables et haïssables. Si
Faure a eu recours à un montage contre son frère, celui-ci n’aura
aucune chance avec leur propre « justice ».
Togoforum.com : Kpatcha et autres miliciens du HACAME incarnent
l’aile dure et brute du RPT. Depuis 1991, on les a vus à l’œuvre de
façon violente et cruelle, faut-il se réjouir qu’il soit derrière les
barreaux ?
Apedo-Amah :
Tous les criminels qui ont violenté le peuple
togolais doivent répondre de leurs crimes. Rien de solide ne peut se
bâtir sur l’impunité. Les morts, les blessés, les suppliciés, les
exilés et autres victimes ont droit à ce que justice soit faite par la
condamnation de leurs tortionnaires qui ne sont courageux qu’une arme à
la main. A ce titre Kpatcha Gnassingbé devra aussi, comme tout
justiciable, répondre des actes qui lui sont reprochés devant la
justice, je veux dire une justice dépolitisée et propre qui ne soit plus
prise en otage par des juges voyous et leurs commanditaires politiques.
Ces individus ne sont hélas pas derrière les barreaux pour agression
contre le peuple, mais dans le cadre d’une course au pouvoir. Ce procès,
s’il a lieu, ce qui n’est pas certain, en raison de ses implications
familiales dont les conséquences peuvent rejaillir gravement sur
l’appareil militaire, instrument du pouvoir du clan Gnassingbé, ne nous
intéresse que médiocrement puisque, dans tous les cas, il s’agira d’une
sordide vengeance.
Mais le vrai procès, celui des ennemis du peuple qui ont ensanglanté le
Togo par appétit du pouvoir et crapulerie en se servant de l’appareil
militaire et du RPT, le cache-sexe malodorant de l’armée putschiste,
seul nous intéresse. Gaston Aziaduvo Edeh, député élu du CAR en 1994,
Tavio Amorin, Marc Attidepe, Gilchrist Olympio, Agbakpem, Antoine
Idrissou Méatchi, Koffi Mathieu Kégbé, Léopold Ayivi, le journaliste
démocrate ; David Bruce, Komlan Yébessé, le syndicaliste Oroumonvi Essiba
et une dizaine de membres de sa famille disparus corps et biens au
niveau d’un barrage militaire, Omer Adoté, etc. et des dizaines de
milliers de victimes anonymes de Sokodé, Kara, Sotouboua, Agbandi,
Diguina, Mango, Dapaong, Tsévié, Atakpamé, Aného, Niamtougou, Notsé,
Kpémé, Kpalimé, Bassar, Pya, Lomé… , trois cent mille compatriotes
réfugiés au Bénin et au Ghana suite aux massacres de la soldatesque
d’Eyadema en 1993, à Lomé ; et ceux du coup d’Etat crapuleux et de la
présidentielle frauduleuse et sanglante de 2005 de Faure Gnassingbé,
attendent que justice soit faite, que leurs bourreaux cessent de les
narguer et de les intimider.
Togoforum.com : S’il vous était demandé de donner un conseil à Faure
Gnassingbé, dans l’intérêt du Togo, que lui diriez-vous ?
Apedo-Amah :
En général, on ne donne pas de conseils à un mur. On n’en
donne qu’à ceux qui sont capables d’en faire un bon usage. Faure, comme
son père, souffre d’autisme politique, car il est complètement replié
sur lui-même et peu réceptif au monde qui l’entoure. Vous ne trouverez
aujourd’hui que des bandits pour vanter son « ouverture d’esprit et son
amour inné de la démocratie ». Ces bandits opèrent, bien entendu, en
mission commandée parce qu’il y a beaucoup de glands à manger pour les
cochons. Prenons le cas d’école d’un vulgaire traître comme Léopold
Messan Gnininvi de la CDPA, un parti qui s’est rendu avec armes et
bagages au RPT pour « bouffer un peu », selon l’expression consacrée. Ce
mec, qui n’était qu’une taupe du RPT au sein de l’opposition, a prétendu
ramener son maître Faure Gnassingbé à la démocratie en travaillant de
l’intérieur le RPT, l’ex-parti unique et inique dont il était le
représentant emblématique à l’Université du Bénin de Lomé, dans les
décennies 1970-1980, où son Timonier National chéri lui avait confié, à
lui tout seul et en même temps, cinq ou six directions (Directeur de
l’Ecole des Sciences, directeur de la Recherche Scientifique, directeur
du Centre de Calcul, directeur de L’INSE, directeur de L’Energie
solaire, etc.,) en tant que son homme de confiance avec mission de
surveiller ses collègues enseignants sur le campus universitaire. Seuls
deux autres barons du RPT eurent droit à cet insigne privilège de porter
une demi-douzaine de casquettes en même temps sous le parti unique : le
« syndicaliste » Nambog Barnabo et Tchalim Tcha Kozah. Eh bien, la
stratégie bidon d’entrisme des filous de la direction de la CDPA n’a
rien donné et ne donnera jamais rien ; mais par contre, la population
les voit, sourire banania aux lèvres, prendre de l’embonpoint, beaucoup
d’embonpoint ! La rondeur des joues naguère émaciées et la toute
nouvelle bedaine de Gnininvi sont devenues un sujet de conversation en
ville depuis qu’il a rejoint le RPT. Jamais, de toute son existence, le
bonhomme n’a connu une telle prise de poids ! Certains jeunes qui ont
déchiré leur carte de la CDPA, affublent, amers, leur ancien leader du
surnom infamant « Gnininvi-RPT ». A présent, toute dignité perdue,
Gnininvi s’est transformé en pourvoyeur de médaillés pour Faure
Gnassingbé. C’est ainsi que les Togolais ont pu voir, complètement
médusés et indignés, lors des cérémonies du 27 avril 2009, Faure
Gnassingbé, dissimulé derrière une vitre blindée, distribuer des
médailles en chocolat à des responsables indignes de la CDPA et de sa
branche féminine, le GF2D, qui s’est prostituée avec le RPT pendant les
négociations de l’APG jusqu’à entrer dans le gouvernement
antidémocratique, droits comme des filaos, un sourire niais plaqué sur
leur gueule enfarinée de traîtres de service.
Prenons le cas de l’éternel conseiller et joker du clan Gnassingbé, Edem
Kodjo. Il a été humilié à son poste de ministricule d’Etat de Faure
Gnassingbé et a dû démissionner, la queue entre les jambes, parce que
son poste était une coque vide. Aucun dossier ne lui était soumis et le
Monsieur s’ennuyait. Selon certaines indiscrétions, Kodjo, ulcéré et
humilié, eut recours, pour se faire entendre, à l’arme du chantage en
brandissant sa démission et fut pris au mot à son grand étonnement et
indignation. Quand ceux qui sont de la maison RPT, des RPToches
chevronnés et convaincus comme Gnininvi et Edem Kodjo ne servent que de
faire-valoir, que voulez-vous que puisse conseiller un opposant
révolutionnaire comme moi ? L’intérêt du Togo ne sera jamais pris en
compte avec la dynastie Gnassingbe. Le seul conseil que je pourrais lui
prodiguer, mais qu’il ne voudra pas suivre, serait de lui dire de
dégager le plancher.
Togoforum.com : Qu’en est-il de la commission « Vérité, justice et
réconciliation » ? Le cas Kpatcha pourra-t-il accélérer la formation de
cette commission ?
Apedo-Amah :
J’ai déjà eu à m’exprimer sur cette initiative qui relève
de la pure bêtise. Kpatcha ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt.
Le responsable numéro un des crimes et violences et de la répression
barbare est Faure Gnassingbé. C’est à lui que le crime a profité de A
jusqu’à Z. Aura-t-il le courage de se présenter devant les tribunaux
pour répondre de ce qu’il a déclenché pour s’emparer de son héritage
sanglant ? Nous ne lui reconnaissons pas ce courage. Il est extrêmement
rare de voir des criminels assumer courageusement leurs forfaitures à
l’heure de la reddition de comptes. Une commission n’est pas un
tribunal. Cette commission est un attrape-nigaud de plus pour permettre
aux assassins de la République (ou plutôt de la monarchie) de s’octroyer
à peu de frais une belle autoamnistie avec la complicité des partis de
la souillure signataires du maudit Accord Politique Global (APG) : UFC,
CAR, CDPA. Je récuse personnellement cette commission. Dès le début,
j’ai eu des doutes en observant le zèle de l’ex-président félon de la
Ligue, Hamadou Yacoubou, autour de cette sale opération de blanchiment
des crimes des ennemis du peuple togolais. Sa nomination dans le
gouvernement illégitime RPT comme ministron médiocre des Droits de
l’Homme, pour service rendu, a transformé mes doutes en certitudes. Si
jamais il devrait y avoir une telle commission un jour au Togo, elle ne
peut en aucun cas être l’initiative de nos oppresseurs. Une telle
initiative ne peut venir que d’un nouveau régime politique démocratique
avec des hommes propres autres que les voyous de l’ex-opposition
officielle actuelle qui ont aussi beaucoup de choses à se reprocher.
Mais dans tous les cas, après jugement et condamnation des criminels. Si
une telle mascarade a lieu malgré tous nos avertissements, toutes les
victimes spoliées seraient en droit demain d’attaquer devant les
tribunaux tous les individus qui se seraient rendus complices d’une
telle mascarade devant les tribunaux pour violation de leurs droits
humains.
Togoforum.com : Certains pensent que cette situation fragilise plus
que jamais le RPT, surtout dans la perspective de son maintien au
pouvoir après 2010. Serait-ce l’occasion pour l’opposition d’accéder
enfin au pouvoir ?
Apedo-Amah :
Toute lutte sanglante pour le pouvoir fragilise toujours un
régime d’une manière ou d’une autre. Dans le cas d’espèce du Togo, il
s’agit d’une situation inédite dans la mesure où l’on se bat à couteau
tiré au sein de la famille qui a usurpé le pouvoir. Nous voyons certains
cancres politiques de l’ex-opposition démocratique se réjouir de cette
situation en simples spectateurs, oubliant que leur combat se situe sur
le front et non sur un balcon de simple curieux. Se prenant pour des
Machiavel tropicaux de pacotille, ils se contentent, prétendent-ils, de
compter les points, comme si leur rôle consistait à jouer les
pointeurs ! Quelle indigence de la pensée ! A contrario, les
opportunistes de la CDPA, alliés du RPT, ont une peur bleue que cette
bagarre fratricide ne verse du sable dans leur gari ! Cette affaire ne
peut affaiblir gravement les protagonistes du RPT, en réalité la
dictature militaire, que si leurs contradictions internes perdurent
parce que Faure Gnassingbé n’est pas capable d’imposer sa terreur à
l’ensemble des courants qui contestent son leadership comme avait pu le
faire Eyadema par l’élimination radicale, parfois physique, de tous ses
rivaux potentiels ou supposés en faisant le vide autour de lui au point
de n’avoir à ses pieds que de vulgaires courtisans chanteurs, danseurs,
applaudisseurs et liseurs de motions de soutien.
L’ « opposition » du trio de l’APG (UFC, CAR, CDPA) n’accèdera pas au
pouvoir en 2010 parce qu’elle ne s’y prépare pas et n’y croit pas. Faure
et Kpatcha sont en campagne électorale déguisée depuis 2007. La machine
à fraude est prête depuis longtemps et tout est déjà empaqueté et
ficelé. Les soi-disant opposants sont de simples spectateurs qui se
préparent à assister à un évènement organisé par d’autres. Ils attendent
une carte d’invitation. Qui l’eût cru ! Avec une élection à un tour, il
faudra nécessairement regrouper toutes les forces dès le départ. Mais à
quoi assistent les Togolais ? A des intrigues sordides à base de
dénigrements et de calomnies odieuses. Aucune plateforme électorale
n’est en vue ou en préparation entre le CAR et l’UFC. Agboyibo, nous
dit-on, fait du chantage en exigeant de l’UFC le renvoi de l’ascenseur
pour son désistement en faveur de son candidat en 2005. Le CAR, toute
honte bue, avec quatre misérables députés, veut être le leader de
l’opposition face à un parti qui en a vingt-cinq ! Quelle usurpation !
Quelle escroquerie politique ! Le CAR se trouvait, en 1994, dans la même
position que l’UFC aujourd’hui, lorsqu’ Edem Kodjo de l’UTD s’est vendu
à Eyadema pour voler la primature aux forces démocratiques d’alors. Ce
que le CAR avait dénoncé en 1994 comme une usurpation et une trahison ne
l’est-il plus aujourd’hui ? Le CAR a déjà trahi l’UFC en 2006 en
négociant avec Faure Gnassingbé la primature à ses dépens. La politique
sans principe est sale. La descente aux enfers du Togo se manifeste
aussi par un grave déficit de valeurs positives. Et puis comment
combattre efficacement le RPT lorsqu’on gouverne avec lui en partageant
son bilan calamiteux ? Le passage d’Agboyibo à la primature a tué
politiquement Agboyibo et le CAR qui se sont salis avec le RPT en
prenant la très lourde responsabilité d’organiser des législatives
frauduleuses dont ils ont été les principales victimes. On ne dîne pas
impunément avec le diable.
Pendant que ceux qui prétendent représenter le changement face à la
dictature se tâtent, le RPT est déjà en ordre de bataille pour la
fraude ! Faure a écarté Kpatcha et a balisé la route devant lui. Il y a
fort à parier qu’il ne gracie Kpatcha et ses partisans d’ici 2010 pour
refaire une unité de façade au sein du camp fasciste, car
l’emprisonnement de son propre frère est une patate chaude entre ses
mains : les pressions familiales seront intolérables et difficiles à
supporter d’autant plus que d’autres clans au sein de l’appareil
militaro-fascistes rongent leur frein en rêvant de succéder au clan
Gnassingbé. Le prix à payer pour Kpatcha serait la renonciation à toute
ambition politique. La mise hors jeu de Natchaba au moment d’assurer
l’intérim d’Eyadema le 5 février 2005 répondait à la nécessité de
neutraliser les clans concurrents informels. Pour ce faire, il fallait
au clan Gnassingbé un homme de confiance pour organiser la
présidentielle frauduleuse. Natchaba aurait pu trahir au profit d’un
autre clan. Les gens du RPT se connaissent bien entre eux.
Togoforum.com : Quel candidat ou quel parti politique pour affronter
le RPT ou Faure aux prochaines élections ?
Apedo-Amah :
Je présume qu’il va y avoir une foultitude de candidats
fantaisistes pour amuser la galerie dont des taupes du RPT se faisant
passer pour des opposants démocrates. Mais la décence voudrait que ni
Edem Kodjo ni Messan Gnininvi ni Zarifou Ayeva ni Agboyibo ne se
présentent par respect pour le peuple togolais qu’ils ont tant trahi et
couillonné pour soutenir la dictature liberticide. De toutes les façons,
tous les candidats opposés au clan Gnassingbé seront bon gré mal gré des
figurants d’un scénario écrit d’avance par une main hostile et qui a
besoin d’être légitimé par leur présence aux yeux de la communauté
internationale. Autrement dit, une formalité indispensable qui sera
cautionnée par des « observateurs » internationaux aveugles comme ceux
de la francophonie, de la CDEAO et de la France officielle
néocolonialiste et un tantinet mafieuse. Reste le cas Gilchrist Olympio.
Il est usé jusqu'à la corde. La retraite lui tend les bras même s’il
fait semblant de ne rien voir. Il sera encore le représentant principal
de l’opposition de la trahison, de la compromission avec le pouvoir RPT.
A cause de l’APG, 2010 se présente comme une bouteille d’encre pour les
Togolais. En effet, aucun des candidats de l’APG n’a l’étoffe d’un vrai
opposant et leur discours sera forcément ambigu. Le CAR et l’UFC
gouvernent avec le RPT auquel ils ont fourni des préfets pour brimer les
populations à la demande de Faure Gnassingbé. Ces préfets sont encore en
ce moment en fonction ! Cette fausse opposition ne représente
malheureusement pas un système politique opposé au fascisme. Chaque
leader ne veut qu’une chose : prendre la place du dictateur de service.
C’est là tout le programme ! Il me souvient même que lors des
législatives de 2007, ni l’UFC ni le CAR n’ont fait campagne contre le
RPT ou si peu. L’essentiel de leur énergie s’est consacré à se dénigrer
mutuellement avec rage et haine à telle enseigne que les pauvres
populations désorientées se demandaient si c’étaient le CAR et l’UFC qui
étaient au pouvoir et qu’il fallait déloger ! Chacun traitant l’autre
des épithètes infamantes de « RPTiste » et de « monarchiste »,
signifiant ainsi aux électeurs que son concurrent devait être jeté dans
la même poubelle puante que le RPT. Olympio est en train de payer cher
sa stratégie irresponsable d’éternel fuyard qui fait la politique
togolaise à partir de son salon douillet parisien. Ses retours
« triomphaux » se passent à présent dans une quasi-indifférence de la
population lassée par ses simagrées, ses volte-face et ses
compromissions avec Faure Gnassingbé. C’est dire qu’avec ces zozos-là,
le peuple togolais n’est pas prêt de sortir de l’auberge ! Ayant
personnellement refusé de prendre la carte d’électeur APG, par dégoût,
le jour de l’élection présidentielle, j’irai à la pêche.
Togoforum.com :
Après Agboyibo à la tête du CAR, Edem Kodjo vient
aussi de céder la place à la tête de son parti. C’est une génération qui
s’en va ? Les nouveaux dirigeants auront-ils l’envergure de leurs
prédécesseurs ?
Apedo-Amah :
Je ne crois pas beaucoup à ces départs lorsque l’on sait
que Kodjo et Agboyibo restent en embuscade pour reprendre les rênes de
leur parti à tout moment. Agboyibo a posé comme condition de son retrait
d’être désigné candidat du CAR à l’élection présidentielle de 2010.
Quant à Kodjo, l’homme des réseaux françafricains mafieux, il n’en est
pas à son coup d’essai : après la présidentielle de 2003 et son score
extraordinaire de 0,90 %, il avait reçu un véritable coup de bambou
derrière le crâne et, tout couvert de honte comme une bave de limace,
avait décidé de se retirer. Cette fois-ci encore, il semble ruser avec
le public puisqu’il ne s’est pas choisi un successeur mais un triumvirat
d’hommes liges à sa totale dévotion comme si, de tous ses petits
camarades de la CPP, aucun n’est capable ou digne de lui succéder. Les
partis politiques togolais, dont la plupart des présidents sont
propriétaires de leur parti, ont un grand besoin de renouvellement :
renouvellement des hommes vieillissants et sans imagination,
renouvellement des structures et des discours. Il s’agit d'un véritable
aggiornamento à faire par ces partis au regard de la nouvelle donne
politique nationale et de la géopolitique régionale. Ils sont devenus
archaïques et désemparés à cause de leur échec à propulser leurs leaders
à la présidence de la République. Or il se fait que tous leurs
programmes politiques ne se limitaient qu’à cet objectif : remplacer des
hommes par d’autres hommes. D’où l’embouteillage de petits leaders
charismatiques dont les petites personnalités ont valeur de programme
politique. C’est ce qui explique le faible niveau de culture politique
de toute la classe politique togolaise. Quand vous écoutez les
ministres, leur niveau fait honte, car c’est le degré zéro de la culture
politique. Où les a-t-on ramassés ?
Il faut souhaiter que les nouveaux leaders des partis rénovés ne soient
pas à la hauteur de leurs prédécesseurs, car ce serait une catastrophe
pour le Togo. Ils doivent les dépasser, car les anciens sont des nains
politiques. Contrairement aux anciens, ils se doivent d’incarner une
véritable politique pour le vrai changement de système politique. Je
rappelle que c’est faute d’imagination et surtout de convictions
politiques chevillées au corps que les pseudo-leaders archaïques ont
tous opté pour une place à la mangeoire du clan Gnassingbé.
Togoforum.com : Les précédentes élections au Togo ont toujours été
émaillées de violences. Quelle va être la réaction des militaires, de la
milice et des caciques du RPT au cas où Faure Gnassingbé viendrait à
perdre les élections : semer la terreur ou accepter le verdict des
urnes ?
Apedo-Amah :
La réponse n’est pas bien compliquée : ils tricheront et
auront recours à la violence en cas de forte contestation, comme
d’habitude. Toutes les « élections » d’Eyadema ont été des coups d’Etat.
Quand on perd une élection en se maintenant à la tête de l’Etat par la
terreur, cela s’appelle un coup d’Etat. La propulsion de Faure
Gnassingbé à la tête de l’Etat s’est faite dans les mêmes conditions de
terreur. Pire, lui, a dû marcher sur un millier de cadavres ! Un
putschiste n’organise pas une élection pour la perdre puisqu’il ne croit
pas à la démocratie. Les mêmes causes produiront encore une fois les
mêmes effets. Si des membres du clan Gnassingbé ont pris le risque de se
tirer dessus et de s’embastiller entre frères, croyez-vous que ce soit
pour offrir le pouvoir sur un plateau à l’opposition ? Il ne faut pas
rêver ! Les jeunes loups qui entourent Faure ont les dents très longues
et entendent profiter encore longtemps des délices de la mangeoire. Des
fortunes miraculeuses font déjà jaser au point que certains vieux barons
du RPT, pourtant très corrompus, seraient incrédules devant l’appétit
des jeunes prédateurs.
Je m’échine à dire à l’opposition, depuis la Conférence Nationale
Souveraine, que le changement ne viendra pas par la voie électorale au
Togo. Chaque pays a ses particularités. Dans notre situation, nous
devons faire face à une armée tribale et tribaliste. Les statistiques
des Forces Armées Togolaises, au moment de la Conférence Nationale
Souveraine, en 1991, faisaient état d’une armée mono-ethnique à 80 % et
dont 50 % des officiers supérieurs étaient originaires de Pya, le
village du clan Gnassingbé ! C’est dire que tous les accords bidon,
jamais respectés, entre le RPT et l’opposition, ont été une pure perte
de temps. Je me répète donc : il faut des négociations directes entre
l’armée et les représentants des forces démocratiques les plus crédibles
ayant fait leurs preuves dans la lutte contre la dictature militaire –
et qui n’ont jamais trahi le peuple en renforçant les ennemis du peuple.
Puisque nous vivons sous un régime militaire, l’objectif visera à
convaincre l’armée de se retirer volontairement de la scène politique
pour engager sa métamorphose en armée républicaine. Ce retrait
patriotique se fera, bien entendu, avec le retrait concomitant du
représentant de l’armée imposé aux Togolais lors de l’odieux coup d’Etat
du 5 février 2005, Faure Gnassingbé. Les marionnettes du RPT devront,
évidemment, être écartées de ces discussions en tant que prête-noms des
FAT. Sans ce préalable, même si, par extraordinaire, suite aux pressions
internationales, Faure devrait céder la place à un opposant, celui-ci
deviendrait ipso facto l’otage des revanchards du clan Gnassingbé au
sein de l’armée. Un coup d’Etat serait l’issue prévisible. Gilchrist
Olympio, le fameux «héritier biologique et politique », est
partant pour être le vainqueur de la présidentielle de 2010. Mais en cas
de victoire, nous serons confrontés à un gros problème à cause de son
irresponsabilité et de sa poltronnerie légendaires : gouvernera-t-il le
Togo à partir de son douillet salon parisien comme il a toujours dirigé
l’UFC en désertant le terrain pour laisser les autres leaders faire le
sale bouleau à sa place et venir en cueillir les fruits ? Si, cette
fois-ci, il n’accède pas à la présidence, ce sera sa dernière chance,
car les Togolais comprendront enfin qu’ils ont misé sur un tocard.
Décidément, les leaders politiques togolais n’ont pas l’étoffe d’hommes
d’Etat !
Togoforum.com : Quelles sont alors les perspectives face à
ce tableau sombre ?
Apedo-Amah : Je ne cesse de le dire : il faut susciter une
nouvelle opposition au Togo pour recadrer la lutte dévoyée par les
traîtres de tous poils et les aventuriers de la politique du ventre. Il
y a une révolution à faire et ce n’est pas une promenade de santé. Les
compromissions, les gouvernements d’union, les trahisons, les lâchetés,
l’accès à la primature, tout cela n’a rien donné et ne donnera rien. Les
tenants de cette façon méprisable de faire de la politique ont grillé
toutes leurs cartouches et se retrouvent gros Jean comme devant. Il faut
inculquer au peuple une nouvelle conscience politique débarrassée des
oripeaux du mythe et du mensonge. C’est à travers le mythe que Sylvanus
Olympio, le tribaliste panéwé ; Gnassingbé Eyadema, le tribaliste kabyè,
et les faux démocrates de leaders de l’opposition ont manipulé le peuple
pour le tromper en lui faisant croire que leurs intérêts égoïstes et
tribalistes sont l’intérêt du pays. Tous leurs échecs lamentables et
tragiques sont invariablement mis sur le compte de boucs émissaires sur
le dos desquels ils ne cessent de casser du sucre.
Il faudra une remobilisation totale du peuple comme à l’époque des COD I
et II pour montrer aux officiers putschistes qui prennent l’armée en
otage et détruisent impunément un pays et ses habitants, au nom de la
politique du ventre, de quelle côté est la force et qu’il va de leur
intérêt de laisser le pouvoir au peuple, car ils ne pourront jamais
sortir vainqueur d’une confrontation avec un peuple organisé, conscient
et qui aura tiré les leçons des échecs passés.
Les objectifs visés ne seront pas à court terme : la démocratisation et
un projet de développement national seront les principaux instruments de
notre conquête de l’indépendance. Le peuple togolais a trop longtemps
vécu dans le mythe soporifique d’une indépendance imaginaire et
trompeuse. Le mythe d’« Ablodé » est devenu un instrument idéologique du
néocolonialisme de la France colonialiste, des gouvernants fantoches,
des nostalgiques de la tyrannie de Sylvanus Olympio et d’une certaine
jeunesse manipulée. Quel est donc l’objectif de ce mythe sinon la
mystification ? En d’autres termes, sa signification est celle-ci :
pourquoi les Togolais doivent-ils encore perdre leur temps à se battre
pour leur indépendance alors que celle-ci existe déjà, puisqu’ils l’ont
obtenue le 27 avril 1960 ? L’étudiant qui a obtenu une licence de
sociologie ne se bat plus pour obtenir une licence de sociologie ! C’est
le bon sens même. Les thuriféraires d’ « Ablodé » et le clan Gnassingbé,
qui a compris tout le profit qu’il peut tirer de cette odieuse
mystification, ce mensonge historique éhonté, sont devenus des complices
objectifs de l’oppression du peuple togolais. Pour les thuriféraires
honnêtes, il s’agit d’une arme utilisée contre le clan Gnassingbé qui a
occulté le 27 avril pendant une décennie. Savoir choisir les bonnes
armes pour la lutte est la première exigence du combattant. L’arme du 27
avril est comme une épée qui coupe le bras de son possesseur et le rend
à jamais impotent! Est-ce cela que nous les patriotes sincères et
honnêtes voulons pour notre peuple ? Tant que certains Togolais se
complairont dans le mythe et le mensonge, ils ne seront pas capables de
regarder la réalité droit dans les yeux et poser correctement les
problèmes. Les échecs à répétition de l’opposition officielle sont dus
en partie à cette incapacité de poser correctement les problèmes pour en
trouver les bonnes solutions et surtout leur modus operandi. On
se refuse à régler le problème de l’armée fasciste au pouvoir, mais on
veut aller aux élections contre cette même armée ! Or chacun sait qu’une
armée putschiste ne vote pas avec des bulletins de vote mais avec des
fusils. Et tous les Togolais sont payés pour le savoir. Avril 2005 n’est
pourtant pas si loin ! C’est pourquoi, je préconise, contre l’armée
putschiste au pouvoir, le boycott de l’élection présidentielle de 2010. |