AgoraPress

 

Tribune

 

Politique

 

Culture

 

Société

 

Sites

 
Propos récuilli par Ali Camus

Lomé le 13 Nov 2007

Interview : Kangni Alem : La neutralité politique est une posture mensongère

Le dramaturge (gauche) et son maître Wole Soyinka (droite)
Salon du Livre de Lausanne, 2004.

Togoforum: Mr Kangni Alem, merci et bon séjour en Corée, où vous séjournez actuellement dans le cadre du Festival 2007 de Littérature Asia Africa de Jeonju. Togoforum vous remercie de lui  laisser grignoter un peu de votre temps. Nous ne parlerons pas de romans, du théâtre, encore moins de la littérature, laissant ces thèmes pour une autre fois. Universitaire, intellectuel, romancier, dramaturge vous êtes l’âme de tout un peuple. Pourquoi n’avez-vous pas préféré de rester du côté de la neutralité, la culture, et êtes allé en politique ?
Kangni Alem:
  La neutralité politique est une posture mensongère, sinon, je n’aurais pas passé mon temps à combattre la dictature du RPT. En démocratie, le citoyen peut afficher une certaine neutralité, mais dans le cadre de son devoir électoral, même son refus de voter possède une signification politique. Pourquoi l’homme neutre serait-il plus du côté de la vérité que l’homme qui affiche sa sensibilité politique ? Il y a longtemps que ces distinctions ne m’empêchent plus de dormir. En tant qu’écrivain, c’est vrai, je cherche à capter et décrire la complexité de l’âme humaine : démarche esthétique et artistique à la fois ; mais il se trouve que hors de la littérature les problèmes qui m’intéressent sont aussi ceux de l’humain, des problèmes prosaïques et pragmatiques qui ne sont pas du ressort de l’artiste mais de l’intellectuel, technicien de la pensée et de l’action selon le domaine où le poussent ses penchants. Dans mon cas, c’est vrai, mon domaine de prédilection reste la culture, sujet qui n’est pas souvent la préoccupation des partis politiques au Togo, il suffit de parcourir leurs programmes pour s’en rendre. Pendant les législatives, j’avais d’ailleurs attiré l’attention des leaders politiques, tous partis confondus, sur cette absence criarde de réflexion sur la culture dans leurs programme, à travers un article publié dans le journal L’Union. Beaucoup de gens m’ont reproché d’avoir rejoint la CDPA, à la limite ils peuvent se réjouir que le parti ait sombré aux dernières élections législatives, m’offrant là une occasion de faire marche arrière. Ce serait ne pas comprendre le sens réel de mon adhésion au parti. J’y suis j’y reste, jusqu’à nouvel ordre, car la CDPA a une longue histoire que je respecte, et ce serait malhonnête de faire marche arrière pour si peu. Je ne suis pas un écrivain neutre, je suis désolé de faire de la peine à ceux qui auraient souhaité cela. Avant d’être écrivain, je suis un citoyen qui porte comme une blessure au cœur le destin malheureux de son pays, l’âme du peuple est peut-être apolitique, mon âme elle n’est pas apolitique, j’en suis profondément désolé.

Togoforum : Vous avez fait du chemin avec le MO5. Aujourd’hui vous êtes membre de la CDPA. Quelles leçons tirez-vous des élections legislatives du 14 otobre 2007?
Kangni Alem: Mes sentiments sont partagés. D’abord, une vérité, les résultats de ces élections m’ont paru tellement absurdes que je me suis demandé pendant une semaine si les populations togolaises avaient vraiment voté ainsi ou pas… je veux dire, si les résultats étaient véridiques, cela voudrait dire qu’au terme de dix sept années de lutte pour l’avènement de la démocratie au Togo, les Togolais en sont venus à avoir une compréhension faible ou erronée du sens de cette lutte. Je ne dis pas que les Togolais auraient eu tort de voter ainsi, mais dans tous les cas, majorité UFC ou majorité RPT, il y aurait comme un déficit grave dans la compréhension que le Togolais a de la notion de démocratie. Par contre, à supposer que ces résultats soient le fruit d’autres types de manipulation, genre ce que la rumeur rapporte : achat de voix, de conscience…, le constat est encore plus désespéré. Ou les populations considèrent la classe politique rassemblée dans l’opposition comme une élite stupide, ou alors elles ont atteint un niveau de dépendance et de fragilité qui les rend achetables mais surtout esclaves de ceux qui les achèteraient. Mes deux constats relèvent de la même hypothèse : et si le peuple togolais était devenu un peuple déboussolé, affamé, mal informé sur les enjeux réels de la lutte politique ? Allons plus loin. Tout le monde n’a pas été acheté, mais alors il y a comme une surdité totale ou un aveuglement sélectif. Les résultats sont tristes, nous avons pris les législatives censées nous donner une assemblée diverse pour des présidentielles. Nous avons cédé au slogan « c’est eux ou nous, choisissez ! ». Prenez le cas des indépendants, ils ont tous été balayés parce que les électeurs supposent qu’ils sont des émanations du RPT. A supposer même que ce soit vrai, parmi eux il y en a qui sont des gens impliqués dans la vie sociale de leurs communautés d’origine, même eux n’ont pas résisté au discours simplificateur qui fait loi dans le débat politique au Togo. Que conclure d’une telle situation ? Que les électeurs togolais sont à l’image de la classe politique qui les manipule de façon démagogique. Tout un pays réduit à choisir entre deux forces politiques, les traces de l’affrontement entre les Gnassingbe et les Olympio sont là, osons le dire ! Comment sortir de cette voie ? La question nous interpelle désormais. Quant à la débâcle de la CDPA, on avancé plusieurs raisons qui me semblent intéressantes, mais il y a quand même un fait troublant : les alliés d’hier de la CDPA ont fait campagne contre le parti du Professeur Gnininvi, accusé à tort d’avoir été à la mangeoire, alors que la participation au Gouvernement d’Union Nationale était une suite logique de l’APG de Ouaga. On reproche à la CDPA de ne pas avoir suivi l’UFC dans son refus de ne pas aller au gouvernement, comme si nous étions un satellite de l’UFC. L’État togolais serait une mangeoire, soit. Demain, qui sera à la mangeoire ? La réflexion politique au Togo est désormais d’un simplisme qui devrait nous inquiéter tous. Pour un bilan juste de la défaite de la CDPA, il nous importe de ne pas nous voiler les yeux sur nos propres manquements : mauvaise campagne, absence de moyens financiers, approche trop idéaliste de la réalité sociale du Togolais, erreurs dans le choix de certains candidats dans les préfectures où le parti jouit d’un respect véritable. Nous ne sommes pas un parti de masse ni de rue, c’est vrai, et l’ombre de l’UFC a trop plané sur la CDPA. Désormais, les choses sont claires, cette défaite est une invitation à construire un nouveau discours, à trouver un nouveau positionnement. Cela se fera, je n’en doute point, sans rancune, et dans la sérénité, avec une nouvelle génération qui monte dans les rangs du parti.

Togoforum : Votre parti, la CDPA, a été humilié par les togolais. Sur les 162 noms que vous avez présentés sur toute l’étendu du territoire, vous revenez avec 0 député dans le panier avec près de 17 années d’existence. Continuerez-vous à exister où allez vous fondre dans un autre parti ?
Kangni Alem: Humilié, dites-vous ? Je pense que notre score, même si nous n’avons obtenu aucun siège à l’Assemblée Nationale, est honorable, au regard des règles mêmes d’une proportionnelle qui a été viciée par le découpage électoral : les nombres de voix qui ne se traduisent pas en nombre de sièges, ça c’est un miracle de l’arithmétique électoral ! Quant à votre question proprement dite, il ne m’appartient pas d’y répondre tout seul. Les débats au sein du parti ne font que commencer. Tous les scénarios sont envisageables, nous sommes en politique, tout dépend de l’objectif que l’on se fixe. Prenons les choses calmement. Avant toute décision, il importe de se poser la question sur les objectifs passés et à venir du parti. Sommes-nous un parti qui voulait le pouvoir pour le pouvoir ? Je ne crois pas. La CDPA s’est plutôt engagée dans un combat idéologique, mener les Togolais vers la démocratie. Désormais, on peut poser l’hypothèse que le combat est gagné. La question  à présent est de savoir si la CDPA envisage un jour la conquête du pouvoir… là, nous entrons dans un débat très politique, qui suppose une stratégie, des moyens, peut-être même des alliances surprises. Dans un pays où le jeu politique serait apaisé, la réponse à votre question aurait été facile. Mais la politique est un jeu qui demande du souffle, et je suis persuadé que l’avenir du parti n’est pas du tout compromis par les résultats des élections du 14 Octobre, ce serait une insulte aux militants et aux cadres du parti.

Togoforum : Des analystes disent de la CDPA que c’est un parti qui se limite á Lomé. Que le leur repondez-vous ?
Kangni Alem: La CDPA n’a pas des problèmes d’implantation, mais de moyens. Elle doit aussi changer son image et devenir un parti populaire. Ce n’est pas impossible, tout dépendra des hommes qui mèneront ce nouveau combat.

Togoforum :
Mr Kangni on dit que les plus beaux discours du général de Gaulle ont été écrit par l’écrivain Andre Malraux. L’intéressé lui même dit qu’il fallait sauver la France en boutant les vichystes hors. Les mêmes motivations vous ont-elles pousser á la politique ?
Kangni Alem: Si la politique au Togo se résumait à simplement « bouter des gens dehors », ces gens ne seraient pas simplement du côté qu’on croit, alors essayons de prendre le problème autrement. Il y a plusieurs manières de faire de la politique, et l’on peut viser des objectifs qui ne sont pas simplement politiciens en rejoignant un parti. Je ne suis pas un politicien, je suis juste un militant de parti, un intellectuel militant qui a l’intention de participer aux réflexions du parti en vue d’améliorer sa compréhension des problèmes du Togolais de base. Je peux me tromper, mais je voudrais essayer, car je sais que dans les partis les ambitions des uns et des autres peuvent être contradictoires. 99% d’ego et d’ambition personnelle, 10% de dévouement, ainsi fonctionnent la plupart des partis ! Mon collègue Apedo-Amah de l’Université de Lomé, ancien militant du CAR, a récemment rappelé dans un article la conception erronée que les intellectuels ont de leur rôle dans la sphère politique. « Pour faire carrière, écrit-il, certains sont obligés de vendre leur âme au diable parce qu’ils aiment le confort et l’argent facile des postes pour lesquels ils sont cooptés et qui leur permet de voler le peuple ou de faire octroyer des prébendes juteuses. Tous lorgnent en direction des strapontins ministériels. » Mon ambition n’est pas de cet ordre-là. Elle est plus modeste, je n’ai pas besoin d’un poste politique pour vivre au quotidien, mais je porte en moi l’idéal de contribuer à la richesse d’idées au sein de la CDPA, seul l’avenir nous dira si j’ai raison ou tort, je me réserve le droit de tirer les conclusions essentielles de cette aventure le moment venu. En Angleterre, un intellectuel comme Anthony Giddens a fortement contribué à la renaissance du socialisme incarné par le parti de Tony Blair. Au Mali, au Bénin, au Ghana, ils sont légion les intellectuels dans les rangs des partis. Au Togo, nos partis sont pauvres en idées, certains sont même réfractaires aux intellectuels, ce qui n’est pas le cas de la CDPA. De plus, les intellectuels ne sont pas des gens patients, ils foutent le camp des partis trop vite à mon goût, peut-être aussi parce qu’ils n’ont pas toujours les moyens de se faire entendre, ou qu’ils rêvent seulement de se servir des partis pour obtenir des postes, je ne sais pas… La politique a mauvaise réputation chez nous, à juste titre, fait-il alors définitivement baisser la garde et laisser les partis continuer leur aventure sans nous ? Certains amis intellectuels me disent que oui, ils ont peut-être raison, je ne sais pas trop. Nos peuples manquent d’éducation politique, or l’une des fonctions des partis c’est cela même. Nous avons failli à ce devoir, tous, au cours des dix sept ans d’une lutte passionnée.

Togoforum
 : Sur votre blog, www.togopages.net/blog , vous décrivez le Togo comme un pays frileux et fragile avec un clan bicéphale (Faure-Kpatcha). Avec des élections qui ont donné la majorité au RPT, 50 députés sur 81, peut-on dire adieux à la frilosité et à la fragilité et dire que le Togo a de beaux jours devant lui ?
Kangni Alem: L’avenir du Togo appartient aux Togolais. Il nous appartient d’abord de nous défaire de nos manières de penser et tenter de réfléchir autrement sur nos priorités et les moyens dont nous disposons pour transformer le pays. Le pays vit de mythes, et cela est dangereux pour une réflexion sereine. Et parmi ces mythes, il y en a deux qui me semblent particulièrement nocifs pour la réflexion politique : le mythe Eyadema et le mythe nationaliste qui nous ramène à 1958, aux combats de Sylvanus Olympio contre le Parti Togolais du Progrès. L’un nous ramène aux vertus supposées de la dictature, l’autre à la gloriole de l’indépendance qu’on aurait étouffée dans l’oeuf. Je veux dire, nous sommes sortis de ces deux situations par la disparition des deux figures représentant ces deux pôles de pensée, seulement je cherche : quelle est la nouveauté réelle du discours politique au Togo depuis avril 2005 ? Et si le combat pour la démocratie au Togo remontait aux origines mêmes de la nation togolaise ? Les uns célèbrent le Père de la Nation, les autres le Père de l’Indépendance. Dans le « Hall of Fame » togolais, il n’y a pas la place à d’autres figures tutélaires. C’est cela même le drame togolais, la crispation à un passé dont personne n’a jamais fait le bilan réel. Je sais que je vais m’attirer les foudres de certains Togolais, mais je sais aussi que beaucoup d’intellectuels togolais partagent ma lecture de notre situation, même si personne ne le dire ouvertement. Comment sortir du passé, de l’affrontement stérile par cadavres interposés ? Les peuples se construisent en déconstruisant les mythes qui les empêchent d’évoluer, nous nous faisons l’inverse, nous passons notre temps à nous empêtrer dans le même et l’identique. Mais attention, déconstruire ne veut pas dire rejeter. Au contraire, il s’agit d’évaluer l’apport réel de chacun des mythes, afin d’en trouver les limites pour un dépassement constructif. Oui, nous sommes un peuple frileux, sadomasochiste à la limite, nous ne pourrons progresser qu’en nous faisant violence pour réfléchir autrement, trouver une autre alternative.

Togoforum :
Vous avez combattu la dictature du père Gnassingbé. Vous n’êtes pas non plus tendre avec les enfants Gnassingbé. Avec la mort du père beaucoup de choses ont changé ? Peut-on parler d’une nouvelle ère au Togo avec les fils Gnassingbé et avec un RPT rajeuni ?
Kangni Alem: Le roi d’Espagne a grandi à l’ombre du dictateur Franco, c’est pourtant lui qui a amené son pays vers la démocratie. Cela veut dire, en clair, que le problème du Togo n’est pas Faure Gnassingbe mais l’incapacité de nos politiciens à faire de la politique. Le RPT est un vieux parti, qui a l’avantage sur tous les autres de disposer de l’appareil d’État pour mener ses combats. On l’a encore vu avec ces élections, c’est un parti qui sait manoeuvrer. De l’intérieur, j’ai vu les souffrances financières de la CDPA, des moyens ridicules pour une ambition respectable au service de la Nation. Le RPT a même poli son discours pendant la campagne, se présentant comme un parti qui a entamé une mutation interne. Ce qui est vrai et faux à la fois. Vrai en ce sens que certaines nouveautés introduites dans le choix de leurs candidats (les primaires) ont pu séduire. Mais fondamentalement, le parti se maintient encore au pouvoir de manière frauduleuse. On me dira c’est de bonne guerre, je ne suis pas d’accord, après 40 ans de gouvernement, personne ne peut soutenir sans ciller que le RPT est un parti vertueux. Peut-on parler d’une nouvelle ère au Togo ? Cela n’est possible que si la politique d’ouverture de nos « éternels vainqueurs » se traduit dans les faits. Et cela, il faut attendre les mois à venir pour se prononcer. Personnellement, je suis prudent.

Togoforum : La bipolarisation actuelle peut faire frémir tout homme avisé avec nos États africains fragiles (le Rwanda, le Liberia, la Côte-d’Ivoire) en sont des exemples vivants. Que repondez vous à ceux qui à l’UFC disent que c’est sciemment fait par le RPT et à ceux du RPT qui disent que le Togo n’est pas coupé en deux ?
Kangni Alem: Le Togo est un pays divisé par les politiciens, à force de mythes stupides et inutiles pour la modernité que nous rêvons de construire. Il faut simplement constater cette vérité et tenter d’y remédier. Nous sommes tous responsables de cette bipolarisation, au sud on vote revanchard depuis 1958, on nord on vote tribaliste depuis la prise du pouvoir par Eyadema, parce que l’indépendance et la dictature nous ont divisés. À qui la faute ? À nous tous. Ne faisons plus semblant de ne pas savoir de quoi il retourne.

Togoforum :
La lutte contre la corruption a été un chantier de Mr Faure. Comment expliquiez-vous que en 5 mois de lutte seul un libanais ait été inquieté ?
Kangni Alem: Je n’ai aucune maîtrise de ce sujet. Je préfère ne pas dire de bêtises. Il y a souvent beaucoup de règlements de comptes dans les dossiers liés à la lutte contre la corruption, alors il vaut mieux être informé au risque de dire n’importe quoi ! Nos journalistes sont peut-être mieux outillés pour traiter un tel dossier, si seulement ils faisaient leur travail de nous informer et non de toujours dénoncer.

Togoforum : Le Togo c’est une constitution plusieurs fois toilettée, le Togo c’est un pays á risque pour tout investiseurs. Intelectuel de votre état, revenir á l’ancienne constitution de 1992, où réécrire une autre constitution, quelle serait le bon choix ?
Kangni Alem: La Constitution de 1992 est un modèle d’équilibre en termes de justice pour tous. Il faut y revenir, c’est mon point de vue.

Togoforum : On parle du découpage électoral qui aurait favorisé á la victoire du RPT. Pourquoi la CDPA n’a t-il pas aider á  remedier á ce problème avant les élections législatives ?
Kangni Alem: Et pourquoi ne pas poser la question aux autres partis de l’opposition, qui connaissaient tous ce problème qui remonte aux discussions du CODII ? Il fallait avancer, c’était le mot d’ordre de tous, au CAR, à l’UFC comme à la CDPA. Et à Ouaga, souvenez-vous, le RPT ne voulait pas aller aux élections avec un nouveau découpage électoral. Pourquoi n’avions-nous pas alors tous quitté la table de négociation ? L’angélisme des uns l’a disputé au machiavélisme des autres. Peut-être l’opposition était-elle convaincue que la sympathie du peuple lui suffisait pour rafler la mise, il faut croire que cela n’a pas suffi. Les victoires électorales sont aussi des victoires d’ordre technique, il nous a tous manqué de discernement face à ce problème de découpage qu’il va absolument falloir corriger.

Togoforum :
Confidence Mr Kangni. Dans un train entre Lièges et Paris deux africains discutent de vous. Pour le premier vous êtes plus engagé et vous seriez proche de l’anglophone et prix Nobel de littérature Wole Soyinka. Pour le deuxième Kangni c’est le francophone Mongo Beti aujoud’hui décedé. N’aviez-vous pas peur que la politique face de vous un homme ordinaire comme un autre écrivain devenu ministre dans son  pays qui s’appelle Ferdinand Oyono ?
Kangni Alem: (Rires) Je connais Soyinka mieux que je ne connaissais Mongo Beti. Le premier a toujours dit de lui-même qu’il n’a aucun don pour la politique. Mais son poids politique depuis qu’il a eu le Prix Nobel de Littérature est considérable au Nigeria. Je devrais peut-être me contenter de rêver d’un destin identique ! (Rires) Quant à Mongo Beti, son aventure aux côtés de John N’Frundi n’a pas été une réussite, trop de problèmes d’ego. Je ne suis ni Soyinka ni Mongo Beti, je ne cherche pas à ressembler à personne d’autre que moi-même, je cherche à construire une nouvelle manière d’être à la fois écrivain et citoyen engagé dans les grands débats politiques. Les partis, c’est vrai, imposent une discipline aux militants. Alors la liberté de l’écrivain peut sembler entrer en contradiction avec cette exigence de discipline. Mais de là à considérer l’action militante comme l’antichambre de la banalisation de la personnalité d’un intellectuel, je crois que c’est aller vite en besogne. Je ne rêve pas d’un poste au comité directeur de la CDPA, je n’en ai pas le temps ni les moyens. Par contre, je suis à la disposition du parti pour lui apporter mes idées et expériences. Quant à Ferdinand Oyono, c’est vrai, l’écrivain magnifique qui a combattu le colonialisme a fait le choix de soutenir la dictature de Paul Biya. Je ne pense quand même pas que la CDPA soit un parti dictatorial, donc la comparaison ne me paraît pas juste. Je ne suis pas un homme politique, je pourrais même ne jamais le devenir, je suis un militant, un intellectuel engagé dans un parti, ce n’est pas la même chose, même si les gens font semblant de ne pas comprendre ma position.

Togoforum : Votre mot de fin ?
Kangni Alem: Deux choses m’inquiètent dans le Togo de 2007 : l’indiscipline généralisée du Togolais qui n’a plus le sens du bien commun, et la trop grande précarité de la vie. D’un côté, la démocratie mal comprise a ouvert la porte à des comportements indignes de nous, comme le simple fait de ne pas respecter les feux rouges ni les policiers qui règlent la circulation, ou de jeter des ordures partout… De l’autre, depuis la dévaluation du Franc CFA, notre fixation sur le combat politique nous a fait perdre de vue ce qui fait al force des citoyens d’un pays, à savoir la libre entreprise dans un environnement économique apaisé. Nous n’avons ni l’un ni l’autre, ni l’argent ni la classe, et nous subissons une dégradation à la fois matérielle et psychologique. Il serait temps pour qu’ensemble nous contribuions au relèvement de la mentalité du Togolais et que les politiques jouent le rôle de développeurs. Sans cela, le destin malheureux du Togolais risque de ne pas connaître d’amélioration sensible.

Interview réalisée par Camus Ali

 
Job.com

 

Interviews

Maître Yawovi Agboyibo : Au nom de sa conception biologique de la lutte, le leader de l'UFC s'emploie à éliminer les autres leaders
Paul Ayivon : «C’est d’une voix unie depuis l’étranger que nous pourrons avoir un impact, aussi petit soit-il, sur les grandes décisions de notre gouvernement»
M Kofi Yamgnane : «Charles Debbasch, alias Koffi SOUZA, n'est pas seulement le CHEF du clan des Blancs» au service du régime togolais, il est en réalité surtout le vrai chef de l'Etat togolais !»
Bawara : Nous envisageons avec le soutien de l’UE la tenue d’un Forum des Togolais de l’Extérieur
Interview avec Kangni Alem : La neutralité politique est une posture mensongère
Maître Martial Akakpa : Martial Akakpo présente l'observatoire togolais de la bonne gouvernance et revient sur l'affaire Moévi
M Victor Alipui repond aux questions de togoforum.com : «C’est une supercherie. Les élections législatives n’auront pas lieu le 5 août 2007»
Interview de Togoforum à M. Tchassona Traoré : Depuis que notre parti est né, nous n’avons pas de relation particulière avec le PDR qui, pour nous, reste une formation politique comme toute autre
Monsieur Antoine Bodjona s'entretient avec togoforum : « Quelques fois aussi il ne faut pas se plaindre d’être un parent d’un membre du parti adverse »
Entretien avec le Docteur Thierno Maadjou Sow de Guinée : « Aucun guinéen n’est plus prêt á se faire tricher » et je vous dis que l’expression est devenue générale
L’Honorable Frititi Voulé repond aux questions de togoforum : « La célébration du 13 Janvier dans ses formes originelles n’a plus sa raison d’être… »
CTR : togoforum tend son micro à M. Isidore LATZOO du Comité togolais de résistance
UFC : Jean-Pierre FABRE de l'Union des forces de changement répond aux questions de Togoforum
Monsieur Kofi FOLIKPO de PYRAMID of YEWEH : Monsieur Kofi FOLIKPO repond aux questions de togoforum.com
Entretien avec Monsieur Comi Toulabor : Echec ou réussite du dialogue : tout est fonction de quel bout de la lorgnette où on se trouve pour apprécier
UFC: Causerie avec Monsieur Elliot Ohin, Représentant de l’Union des Forces de Changement (UFC) en Amérique du Nord
Réponses du Professeur Léopold M. GNININVI, SG de la CDPA, aux questions de Togoforum
Entretien de togoforum avec M. Alex BINIZI, SG de l’A.P.U.A.-FRD
Péré: Désormais, avec le parti qui naît, les choses ne font que commencer et tout espoir est permis. Que Dieu bénisse et protège le Togo !
Causerie avec le Prof. Ayayi Togoata APEDO-AMAH, Secrétaire Général de la LTDH
Interview exclusive de Me Dégli au "Forum de la Semaine"
Les dernières élections belges et européennes analysées par Monsieur Labitey Combey Vioto
Quel bilan de 13 ans de lutte pour la démocratie au Togo et quelles perspectives d'avenir? Maître  Sitti analyse
Après les Elections Présidentielles du 1er juin 2003, M. Dahuku Péré s'entretient avec togoforum
Gilchrist Olympio s'entretient avec RFI après le rejet de sa candidature
Laurent Lawson du CTSD
Le Journaliste Abass M. S
sur la presse privée au Togo
Apédo-Amah dissèque la politique togolaise et ses acteurs
Regard croisé sur le théâtre en Afrique
Causerie avec Elizabeth Bouetard
Entretien avec La Compagnie "Le Roseau du Burkina Faso
Interview avec le Porte-Parole du PSR, le Professeur Wolu Kouami
Un éclairage  sur les questions monétaires actuelles avec le Professeur Jérémie Mbow KADOUMTA
Entretien avec l'avocat de M. Agboyibo, Me Kodjo APEVON
Interview accordée par Monsieur Bassirou Ayéva
 
  © 2005  www.togoforum.com All rights reserved