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Les locaux
du centre CIFEX de Lomé ont servi de cadre, du 03 au 05 février 2009, à un
atelier d’appropriation du projet « Utiliser la loi comme un outil
d’autonomisation des femmes rurales en Afrique de l’Ouest » initié par « Women
in law and development in Africa (WILDAF) entendu Femmes, droit et
développement en Afrique (FeDDAF). L’atelier devait permettre à 25 femmes
venues du Bénin, du Burkina-Faso, de la Côte d’Ivoire, du Ghana et du Togo,
membres du Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles
de l’Afrique de l’ouest (ROPPA) et des réseaux nationaux du WILDAF composés
d’organisations de femmes, de se familiariser avec le contenu du projet qui
s’inscrit dans une durée de 30 mois. Au terme de ce projet, WILDAF entend
régler au moins 60% des cas de violences et des conflits familiaux,
notamment ceux liés aux problèmes d’héritage. Il souhaite atteindre 250
femmes à raison de 50 par pays bénéficiaire qui doivent connaître leurs
droits et oeuvrer à les faire appliquer dans leurs milieux respectifs.
Mme Kafui Adjamagbo-Johnson, coordinatrice de WILDAF/FeDDAF-Afrique de
l’Ouest, dans son mot d’ouverture, a fait remarquer que ce projet est pour
le WILDAF, la concrétisation d’une de ses aspirations les plus profondes : « emmener
les femmes africaines de toutes conditions sociales et économiques,
notamment la majorité qui travaillent dans le domaine agricole, ainsi que
celles du milieu rural en général, à comprendre l’importance du droit dans
leur quête quotidienne d’un mieux-être», a-t-elle dit.
A la fin des travaux de l’atelier, nous l’avons approchée pour plus
d’informations. |
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Togoforum.com :
Mme bonjour, un projet pour l’autonomisation des femmes en milieu rural,
pourquoi ?
C’est un projet qui est indispensable parce que dans les diagnostics que
nous avons faits de la situation des femmes en milieu rural, nous avons
relevé le fait que ces femmes se trouvent parmi les plus pauvres malgré la
contribution de taille qu’elles apportent dans le domaine agricole. Elles
représentent plus de la moitié de la main d’œuvre active dans ce secteur.
Malgré cette contribution de taille, elles ont des contraintes énormes. Ces
contraintes, lorsqu’on les analyse, s’apparaissent en termes de violations
de droits humains fondamentaux. Elles ne devraient pas exister. La question
de l’accès à la terre qui est un droit reconnu pour les hommes comme pour
les femmes, le droit égal d’accéder à la terre, est un exemple. Mais la plus
part des femmes ont des difficultés pour accéder à la terre en milieu rural.
Et quand elles y accèdent, le statut de cette terre est un statut précaire.
Il y a aussi la question de l’accès aux crédits qui est également un droit.
Mais, les femmes ont de très loin moins accès aux crédits que les hommes. Il
y a également l’accès aux technologies de cultures. Elles ne sont pas chefs
d’exploitation et naturellement, lorsqu’on initie des projets de
renforcement des capacités des exploitants agricoles, elles n’en
bénéficient pas au même titre que les hommes.
En dehors de ces contraintes spécifiques liées à leurs activités économiques
ou agricultrice, ces femmes subissent de nombreuses violations de droits
dans leur milieu familial où elles ont par exemple le droit de consentir
librement à un mariage. Mais, c’est dans ces milieux qu’elles sont sujettes
des mariages forcés à la pratique de lévirat. Elles sont soumises à de
nombreuses formes de violences : les violences physiques, les mutilations
génitales féminines. Autant de violations de droits qui constituent les
contraintes empêchant ces femmes de maximiser la contribution qu’elles
pourraient apporter au développement de notre pays, mais aussi de tirer de
cette importante contribution les bénéfices qu’elles auraient pu en tirer.
Au total, c’est tout le monde qui perd, c’est toute la société qui perd,
c’est le développement de toute l’Afrique qui souffre. Ce sont les constats
que nous avons effectués et qui nous ont amenés à penser qu’il faut
nécessairement agir dans le sens de permettre à ces femmes d’utiliser la
loi prise au sens large, c’est-à-dire le droit, comme un outil qui leur
permet d’arriver à une certaine autonomisation et de pouvoir contribuer au
développement de notre société.
Togoforum.com : Quelles sont les activités de ce projet ?
Les activités qui sont prévues consistent d’abord à former des femmes. On
est conscient du fait qu’on ne peut pas bénéficier de ses droits si on ne
les connaît pas. Nous avons déjà une expertise, en tant que réseau de
promotion de droit de femmes, en formation de para juristes, des personnes
qui ne sont pas des juristes, qui sont des profanes en droits, mais à qui on
transmet les connaissances sur leur droit et qui, en tant que volontaires,
s’engagent auprès de leurs pairs, auprès des populations à procéder à une
éducation à une sensibilisation et à rester auprès des femmes qui sont
victimes de violation pour les aides à se servir du droit. Nous allons
former dans tous les pays couverts notamment le Bénin, le Burkina-Faso, la
Côte d’Ivoire, le Ghana et le Togo 250 femmes para juristes qui vont, à
leur tour, participer à une campagne qui va durer 30 mois sur le droit des
femmes. Cette campagne va consister en activités d’éducation et de
sensibilisation.
Les femmes avec lesquelles nous travaillons sont déjà regroupées selon les
filières d’agriculture. L’ensemble de ces filières a adhéré à des
coordinations de paysans et producteurs agricoles au niveau national. Ces
coordinations ont formé au niveau sous-régional un réseau des organisations
paysannes et producteurs agricoles (ROPPA). Au sein de ces coordinations,
nous avons ce que nous appelons le Collège des femmes. Les agricultrices
avec lesquelles nous travaillons font partie des Collèges des femmes réunis
au sein du ROPPA. Une fois formées, elles vont d’abord sensibiliser au sein
des Collèges des femmes et faire en sorte que toutes les femmes paysannes
connaissent leur droit. A chaque réunion des Collèges des femmes, elles
prendront le temps de discuter de la question des droits de femmes, de
discuter d’un aspect particulier des droits de femmes et d’apporter
l’information aux femmes.
Au-delà des Collèges de femmes, la sensibilisation va se faire dans les
communautés de résidence des femmes qui seront formées. Elle va se faire
selon une technique d’éducation juridique populaire qui a cette propriété de
voir, à terme, mobiliser les communautés, de les amener à se rendre compte
qu’il y a des situations anormales, à se mobiliser elles-mêmes pour œuvrer à
faire disparaître la situation. En milieu rural où la question que nous
abordons est délicate, nous tenons particulièrement à utiliser cette
démarche. Elle va aboutir à créer des comités qui seront engagés à lutter
contre les violences contre les femmes, mais aussi contre toutes les autres
formes de violations de droit de femmes, à rester à l’écoute des femmes pour
voir où est-ce qu’il y a des situations de violations des droits de femmes
et intervenir pour que des solutions trouvées aillent dans le sens du
respect des normes en vigueur en matière de droit de femmes.
En dehors de la campagne, nous avons prévu un volet plaidoyer pour l’accès
des femmes à la terre et plaidoyer pour l’accès des femmes aux instances de
prise de décisions. La marginalisation des femmes par rapport aux instances
de prise de décisions est une situation qu’on perçoit avec plus d’acuité en
milieu rural. Ce plaidoyer en ce qui concerne l’accès à la terre nous
permettra d’obtenir concrètement dans les milieux où les problèmes se posent
et qui sont couverts par le projet, que des femmes soient regroupées au sein
des associations collectives ou dans le cadre des exploitations
individuelles. Que ces femmes puissent se voir attribuées des terres dans
des conditions pérennes. Nous envisageons aussi que le cadre juridique
d’accès à la terre par les femmes soit amélioré. Qu’une réforme foncière
prenne en compte le souci de l’égal accès des hommes et des femmes à la
terre. Nous nous intéresserons aussi à la question de l’accès à l’héritage.
L’état actuel de nos dispositions au Togo telles qu’elles figurent dans le
Code des Personnes et de
la Famille , exclut les femmes de l’accès à la terre. Nous espérons
qu’à la fin de ce projet faire en sorte que les jeux des successions
n’excluent plus les femmes de l’accès à la terre.
Togoforum.com : Votre plan d’action s’étend sur 30 mois. Avec plus de
2009 ans d’inégalité - depuis le début de la nature si on peut le dire -,
les 30 mois feront-ils l’égalité entre les hommes et les femmes ?
Nous sommes sur le terrain par excellence de changement de mentalité,
d’attitude, de comportement… Ce qui suppose qu’on s’inscrive dans la durée.
Mais je voulais vous faire observer qu’en matière de changement de
comportement, on n’aura à faire tout le temps. Selon la période à laquelle
on intervient, il y aura toujours à faire peut-être que les problèmes se
poseront en termes différents. Nous en sommes conscients. Notre souci, c’est
de réaliser des avancées concrètes. C’est pour cela qu’en terme de
résultats, nous disons qu’au bout de 30 mois, nous serons sûres que dans les
pays où nous intervenons, il existe au moins un potentiel de 250 femmes
formées, motivées ayant les connaissances théoriques, les habiletés
techniques pour œuvrer et motiver les pairs.
Autres résultats, nous disons qu’à la fin du projet, nous devons faire en
sorte que dans au moins 60% des cas de violations dont ces femmes et les
comités ruraux auront eu à traiter, nous sommes sûres qu’on aura trouvé une
solution qui rétablit les femmes dans leurs droits. C’est déjà des avancées.
C’est autant des violateurs des droits de femmes de sensibiliser et
d’éduquer aussi et la probabilité que ces gens ne recommencent plus est déjà
plus faible que s’il n’y avait pas d’intervention du tout. Nous aurons
réussi à faire en sorte que les femmes qui étaient dans le besoin, qui
n’avaient pas de terres à cultiver puissent avoir à leurs dispositions des
terres et cela aura changé quelque chose dans leur vie. Nous sommes sures
que nous aurons à poser des jalons sur le plan juridique, à améliorer le
cadre de référence qui aura intégré la question de l’égalité d’accès à la
terre de sorte que ce cadre puisse servir de référence pour que dans le
futur, les femmes puissent continuer à se battre, à dire non à certaines
choses.
Quand nous parlons des instances de prises des décisions, nous ferons en
sorte qu’au moins 30% des femmes participent ou soient représentées dans les
sphères de prises de décisions notamment les chefferies traditionnelles, les
notables et autres où elles sont exclues. Nous aurons à faire en sorte que
les femmes soient visibles et actives.
Nous n’aurons pas résolu tous les problèmes, mais nous aurons posé des
jalons, des avancées vers une situation beaucoup plus idéale.
Togoforum.com : Vous avez pensé aux femmes agricultrices. Qu’en est-il
pour celles qui sont en milieu urbain ?
Cela
fait longtemps que nous travaillons en milieu urbain. Nous avons édifié ce
programme parce que nous nous disons que, depuis que notre réseau existe au
niveau régional, depuis 1990, les programmes que nous avons réalisés ne
nous ont pas permis de toucher le fin fond de nos pays. Ils ne nous ont pas
permis de toucher plus directement les femmes vivant en milieu rural. Nous
nous sommes cantonnées en villes. Nous ne disons pas qu’il n’y a plus rien à
faire en milieu urbain. Les actions se poursuivent à travers d’autres
programmes. Mais nous devons dire que c’est une grande satisfaction pour
nous de constater qu’en fin ce rêve que nous réussirons d’avoir les moyens
d’être en contacte direct avec nos femmes en milieu rural, dans leur champs,
puisse se concrétiser. Et c’est une grande joie. C’est une bonne chose
d’autant plus que la plus grande partie de nos populations est dans le
milieu rural. C’est là-bas qu’il faut se retrousser manches si nous voulons
que nos pays connaissent un véritable développement.
Togoforum.com : Les récipiendaires de l’atelier sont-ils sortis
grandis ?
Cette rencontre a été salutaire. Elle a réuni 25
participants venant des 5 pays. Ce sont des gens qui sont partis totalement
informées sachant exactement ce qu’ils ont à faire pour que le projet
démarre et qu’au bout de 30 mois, nous relevions les défis que nous nous
sommes posés.
Togoforum.com : Y- a-t-il des hommes parmi vous ?
Oui, il y a des hommes parmi nous ! Nous ne voulons pas faire sans les
hommes. Nous sommes conscients de ce que le combat que nous menons, nous ne
pouvons le remporter si nous en faisons uniquement une affaire de femme. Ce
n’est pas une affaire de femme. C’est une affaire de développement, une
affaire qui concerne autant les femmes que les hommes. Et les hommes doivent
le comprendre et s’engager eux aussi avec nous. C’est pour cela que nous
étions heureux de ce que les membres du ROPPA, les responsables qui sont des
hommes, dès que nous les avons approchés, ils ont tout de suite compris que
ce message que nous avons apporté de droit de femmes et l’égalité entre
homme et femme est un message très importants et qu’ils doivent nous prendre
en compte pour réaliser aussi leurs objectifs qui est de promouvoir
l’exploitation agricole et le développement de notre sous région
Propos
recueillis Mesmer MOTCHO |