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Me Jean Dégli,
vous êtes
actuellement au centre d’une controverse
dont l’actrice principale est Madame
Sylvia Olympio. Pour mieux situer nos
lecteurs, pouvez-vous nous dire comment
vous avez connu
Madame Sylvia OLYMPIO ?
Jean Yaovi
Degli:
Madame Sylvia OLYMPIO
m’a été présentée le 18 Octobre 1996 (je
maudis d’ailleurs ce jour) par son père
Maître OLYMPIO au domicile de sa grande
sœur Sika, rue de Paris aux Lilas en
France. Maître OLYMPIO que je
considérais alors comme mon père était
de passage à Paris et j’étais parti
l’amener à déjeuner. De la présentation
qui avait été faite, j’avais compris que
sa fille était au barreau de Paris.
Quelques jours après,
j’ai vu celle-ci au Tribunal de Commerce
à paris et au tribunal de Grande
instance de Paris pour me conformer
cela.
N’êtes-vous
pas quand même responsable de n’avoir
pas su qu’elle n’est pas avocate ?
Cette
personne, je l’ai souvent vu à des
audiences. Elle avait accepté de m’aider
de façon spontanée, je connais son père
qui me l’a présenté comme étant au
Barreau de Paris. Quelques jours après
sa présentation qu’elle est venue me
voir me disant qu’elle souhaitait
changer de cabinet et avoir une
collaboration dans un autre cabinet. Les
renvois et autres de mon cabinet lui ont
été laissés.
JYD:
Mme OLYMPIO disposait
même d’une carte professionnelle du
Barreau de Paris qu’elle utilisait. En
effet, au Tribunal de Grande Instance de
Paris, il y a une porte spécialement
réservée aux juges, avocats et
fonctionnaires du Tribunal. C’est par
une porte professionnelle que passent
les avocats en montrant leurs cartes
d’avocats. C’est ensemble avec cette
personne que je passais cette porte pour
aller au Tribunal de Paris où je l’ai
rencontré plusieurs fois avec sa robe
d’avocats sous les bras. Plusieurs de
mes collaborateurs non avocats ont été
avec elle au Tribunal et ont dû avoir
droit à la même scène puisque eux
devaient aller passer par la porte
publique pendant que Mme OLYMPIO
utilisait la porte professionnelle.
Dans la plupart de mes
échanges de correspondances
professionnelles avec Mme OLYMPIO que
nous nous traitions en confrères. Je ne
vois pas comment il pourrait en être
ainsi si j’avais pu savoir qu’elle
n’était pas avocate.
On dit que
c’est vous qui l’avez présentée au
Tribunal ?
JYD:
Conformément à la
procédure, lorsque vous êtes conseil
principal dans un dossier, il vous
appartient de solliciter la nomination
de vos collaborateurs tels les
enquêteurs, assistants et le conseil
adjoint (bien sûr avec l’approbation du
Client si ce n’est lui qui donne les
noms). C’est donc à vous qu’il reviendra
de suggérer ces noms au greffe et de
déposer leurs documents pour que la
demande soit étudiée.
Lorsque Mme OLYMPIO a
demandé à m’aider en tant qu’assistante
en 1998 (elle n’avait pas encore 10 ans
d’expérience pour solliciter à être mon
adjoint comme avocat), c’est tout
naturellement que j’ai communiqué les
documents qu’elle m’a remis au greffe du
Tribunal et elle a été nommée
assistante. Je n’ai donc fait que
respecter la procédure normale devant le
Tribunal. Mais ce n’est pas moi qui l’ai
faite inscrire sur la liste des avocats.
Existe-t-il
une liste des avocats ?
JYD:
Oui le Tribunal tient
une liste des conseils de défense sur
laquelle les avocats sont inscrits et
qui sert pour leur désignation.
Il semble
que c’est vous qui l’avez fait inscrire
sur cette liste des avocats ou
présentée pour ce faire ?
JYD:
C’est là l’un des gros
mensonges du greffe. Je n’ai jamais fait
inscrire Mme Olympio sur une liste des
avocats et je ne peux d’ailleurs pas le
faire. C’est l’intéressée elle-même qui,
par lettre en date du 18 juillet 2001, a
demandé au greffe de l’inscrire sur
ladite liste en fournissant une
attestation du Barreau de Paris datée du
9 juillet 2001. Un autre courrier en
date du 13 septembre 2001 sera envoyé
par elle pour relancer le greffe.
Par courrier réponse en
date du 18 septembre 2001, le greffe
informe Mme OLYMPIO de son inscription
sur la liste des avocats.
Pièce :
Lettre de SO au greffe en date du 18
juillet greffe
Attestation du Barreau de Paris du 9
juillet 2001
Courrier du Greffe en date du 18
septembre 2001 portant inscription de
OLYMPIO
Quelle est
la procédure ? Le greffe ne vérifie-t-il
pas les choses ?
JYD:
Le greffe a l’obligation
de vérifier dès qu’il reçoit le dossier
d’un avocat, de vérifier que celui-ci
est bel et bien un avocat au barreau
auquel il dit appartenir. En effet
l’article 14 de la Directive relative à
la Désignation des avocats dit
expressément ceci : « pour
permettre au Greffier de vérifier si une
personne remplit les conditions
préalables prévues à l’Article 13 i), il
est fournit une attestation de
qualification professionnelle émise soit
par l’autorité professionnelle ou par
l’organe de tutelle dont relève ledit
conseil, et tout autre document
nécessaire par le Greffier »
Par ailleurs, dès qu’un
avocat est désigné pour la défense d’un
accusé, à titre principal ou comme
conseil adjoint, son barreau est
immédiatement informé.
Dans le cas de Madame
Olympio, il est étonnant que rien de
cela n’a été fait en ce sens.
Quelle est
la procédure de désignation d’un conseil
dans un dossier ?
JYD:
Pour la désignation du
Conseil principal (ce qui a été mon cas)
le client propose 3 noms en spécifiant
ses préférences et le greffe désigne
avec ses propres critères. Pour la
nomination du Conseil adjoint, le
conseil principal et le client proposent
également trois noms. Le greffe choisit
parmi ces trois noms et informe le
barreau de l’avocat désigné.
Quelle a
été la situation dans le cas
de Mme Sylvia Olympio ?
JYD:
J’ai fait exactement ce
qu’il faut. Quand il s’est agi de faire
désigner un conseil adjoint pour le
Général Kabiligi que je défends, le
client a donné le nom de madame Olympio
qui avait déjà fait inscrire son nom sur
la liste des avocats et dit être prête
pour sa nomination. J’ai moi-même donné
deux noms de confrères dont Maître
Alexis Coffi AQUEREBURU et Me
Koffi D. DJOSSOU. Bien évidemment,
le client avait exprimé sa préférence
pour Mme OLYMPIO sur la base du temps
que celle-ci avait déjà passé comme
assistante dans le dossier depuis
janvier 1998 et sur la ase du fait
qu’elle maîtrisait déjà la procédure
devant le TPIR. Cette position
rencontrait mon approbation et j’ai pris
soin d’indiquer à toutes fins utiles
cette préférence au greffe.
Le travail
de Mme OLYMPIO comme assistante vous
avait-il satisfait ?
JYD:
Dans une large mesure
oui puisque les tâches de l’assistance
sont de m’aider. Mais c’est surtout le
client qui doit l’être et il l’a été
entièrement, raison pour laquelle il a
sollicité la désignation de Mme OLYMPIO
comme son deuxième avocat lorsque le
moment est venu d’avoir un adjoint au
conseil principal.
Et Madame
OLYMPIO a été désignée ?
JYD:
Oui
Le Barreau
de Paris a donc été informé de cette
désignation ?
JYD:
Hélas non. Mme OLYMPIO a
été désignée le 15 février mais le
greffe n’a pas informé le Barreau de
Paris de cette nomination et je ne
comprends pas pourquoi. Or, il est
évident que si le Barreau de Paris avait
été informé conformément à la procédure,
on aurait immédiatement eu une réaction
et su qu’elle n’est pas avocate audit
barreau.
Comment
avez vous su que le Barreau de Paris n’a
pas été informé ?
JYD:
Lorsque cette affaire
avait commencé, le greffier m’avait
demandé en personne de lui traiter
l’affaire de façon confidentielle pour
ne pas l’éclabousser et pour que Sylvia
OLYMPIO, son amie intime ne se retrouve
pas en prison. Mon intention n’était ni
de salir des gens ni de les envoyer en
prison mais uniquement de mettre fin à
une situation illégale, j’ai traité le
dossier directement avec le Greffier
selon sa demande. Mais en allant en
juin 2003 à Arusha, j’ai compris
qu’après m’avoir demandé de garder ce
dossier confidentiel, Monsieur DIENG et
ses collaborateurs (dont M. Roland
AMOUSSOUGA en particulier) essayaient de
faire circuler des rumeurs sur ma
personne en m’imputant la responsabilité
de cette affaire. J’ai donc voulu tirer
les choses au clair et ai demandé au
greffe de me fournir les preuves de
l’information qui avait été portée à la
connaissance du Barreau de Paris lorsque
Mme OLYMPIO a été désignée conseil
adjoint dans le dossier de mon Client.
Pièce :
lettre envoyée au greffe
Le greffe vous a-t-il donné ces
documents ?
JYD:
Le greffe n’a pas pu me fournir ces
documents mais la réaction fut le
blocage de mes honoraires au motif
fallacieux que je devais fournir des
minutes détaillées des travaux que j’ai
effectués. Or, c’est en fait les minutes
détaillées que nous fournissons au
greffe du Tribunal et qui servent de
factures que nous déposons au TPIR. Il
s’agit du détail du travail effectué
avec les horaires. Ce qui fut
extraordinaire à cette occasion est que
les factures qui étaient ainsi bloquées
étaient des factures de Février et
Mars 2003 qui avaient été
autorisées depuis le mois d’avril et
étaient à la section des finances pour
être payées. Les payeurs m’avaient même
contacté et demander des coordonnées
pour effectuer le virement. Pour me
punir de ce que j’ai osé demander la
preuve de l’information donnée au
Barreau de Paris et donc de vouloir me
défendre, ces factures ont été ramenées
à la case départ.
Pièce :
Lettre de PREIRA et Preuve de traitement
de mon dossier
Mais vous
a-t-on finalement donné quelque
chose comme preuve ?
JYD:
Le greffe ne m’a jamais
donné cette preuve.
Que
s’est-il passé dès lors ?
JYD:
C’est à partir de cet
instant que le greffe a saisi les
auditeurs internes (deux namibiennes
nouvellement recrutées par les Nations
Unies)
Revenons à
l’histoire elle-même. Comment cette
affaire de faux de Mme OLYMPIO a-t-elle
été sue ?
JYD:
En réalité, j’avais
confié deux dossiers à Mme OLYMPIO à
traiter en mon absence à Paris. Un
dossier de divorce et un dossier de
réfugié. Ces dossiers furent mal
traités et les clients menaçaient de
traîner mon étude en justice pour
obtenir réparation. Dans cette
situation, comme c’est Mme OLYMPIO qui
avait fait le travail à ma place,
j’étais parti à l’ordre pour vérifier
voir quelle est l’état de nos
couvertures d’assurance responsabilité.
C’est en fouillant les dossiers des
avocats au niveau de l’ordre de Paris
que je me suis rendu compte que le nom
de Mme OLYMPIO n’y figurait pas. J’ai
donc été au service de la Direction de
l’exercice professionnel du Barreau de
Paris pour essayer de savoir ce qu’il en
était exactement. Toutes les recherches
ont été faites sans trouver le nom. Le
service où j’ai été m’a alors dit que
peut-être elle serait à un des barreaux
la région parisienne. De retour à mon
étude, j’ai immédiatement écrit à Mme
OLYMPIO pour qu’elle me communique
toutes ses données professionnelles.
Pièce :
la lettre LRAR que j’ai envoyée à Sylvia
le 22 avril
Comment
l’intéressée a-t-elle réagi ?
JYD:
En recevant ce courrier
recommandé avec accusé de réception, Mme
OLYMPIO ira voir un confrère qui est son
ancien collègue d’université à Lomé(dont
je préfère taire le nom pour le moment),
qui travaillait dans les mêmes locaux
que nous et à qui elle avait également
fait croire qu’elle est avocate. Elle
demande alors à celui-ci d’intercéder
auprès de moi pour ne pas la faire
emprisonner. C’était le 26 avril 2003.
C’est donc le confrère qui m’a appelé
chez moi pour aller au cabinet où j’ai
été le rencontrer avec Mme OLYMPIO et où
celle-ci a délivré une attestation sur
les faits.
Pièce :
Attestation de SO, et attestation de
Michel
En
avez-vous informé le Tribunal ?
JYD:
Dès que j’ai été informé
des faits, ma première réaction est de
mettre immédiatement fin à cette
situation pour ne pas engager ma
responsabilité professionnelle. Bien
évidemment, Mme OLYMPIO préférait que
cela soit traité incognito. Mais je ne
voulais pas des problèmes et je ne peux
couvrir des tels actes en tant
qu’avocat. La seule chose que je lui ai
concédée est de saisir elle-même
Monsieur DIENG qui est son amant et que
celui-ci détermine ce qu’il va faire de
cette affaire avant l’arrivée de mon
courrier officiel.
Que
s’est-il alors passé ?
JYD:
J’ai rédigé un courrier
à l’attention du Greffier que je lui ai
envoyé dès le lundi 28 avril. Mais avant
cette démarche, Mme OLYMPIO est allée
elle-même téléphoner à Monsieur DIENG et
lui a envoyé deux courriers qu’elle
avait préparés et datés du 27 avril à
son attention. Un manuscrit pour
l’informer qu’elle va lui téléphoner
pour lui demander de traiter son dossier
confidentiellement et lui dire qu’elle
va l’appeler et un autre pour rapporter
les faits. Suite à cela elle est venue
m’informer qu’elle avait contacté Mr
DIENG qui souhaitait que je lui envoie
mes courriers par voie confidentielle et
sur son fax direct. Elle me remit donc
ce numéro direct et j’ai donc marqué mon
courrier confidentiel et l’ai envoyé à
Mr DIENG. Par conséquent, lorsque l’on
dit aujourd’hui que Mme OLYMPIO s’est
dénoncée spontanément, c’est
complètement faux. Je ne sais d’ailleurs
pas comment c’est possible qu’elle
puisse se dénoncer spontanément si elle
n’avait pas été mise à nue dans sa
fraude. Il s’agit là d’un élément mis
dans ce document pour faire passer
l’intéressée comme un ange conformément
au deal qui a finalement été passé entre
elle et M. DIENG par l’entremise de M.
Roland Kouassi Gero AMOUSSOUGA pour
qu’ils se couvrent mutuellement. Je
parle sur base de preuves.
Pièce :
Courrier manuscrit de SO au greffier
Courrier officiel de SO au greffier
Mon courrier au Greffier du 28 avril
2003
Le greffier
vous a-t-il répondu ?
JYD:
Suite à l’information,
le greffier DIENG avait lui-même paniqué
et essayé de me contacter en vain car
mon téléphone était fermé. Il m’a alors
laissé un message sur mon répondeur
téléphonique et m’a envoyé un email pour
me demander de l’appeler d’urgence. Je
l’ai donc appelé dès que j’ai eu le
message et il m’avait demandé de traiter
cette affaire de façon très
confidentielle pour lui pour ne pas
l’éclabousser. J’ai accepté car mon
éducation chrétienne ne me permet pas de
chercher à faire du mal aux gens.
Pièce :
Email du Greffier
Pensez vous
avoir bien fait en acceptant cela ?
JYD:
Je crois aujourd’hui que
non. En effet, ce qui est extraordinaire
est que pendant le même moment que l’on
me demandait de tout faire pour protéger
la dignité des gens, M. DIENG et ses
collaborateurs dont M. Roland AMOUSSOUGA
en principal, qui étaient en
communication constante avec Mme Olympio
demandaient à celle-ci de m’incriminer.
D’abord dans le but de se couvrir par
rapport à cette affaire puisque tout le
monde connaissait la relation intime le
greffier et l’intéressée, et ensuite
pour me régler des comptes puisque je
suis le dénonciateur permanent et
infatigable de tous les dérapages d’un
tribunal qui s’inscrit dans la parodie
de justice. J’apprendrai plus tard que
M. DIENG avait même réuni certains des
juges du Tribunal dans les moments qui
ont suivi pour leur faire croire que je
n’aurais pas pu ne pas savoir cette
situation.
Si on
comprend bien M. DIENG qui a pris la
décision contre vous est lui-même une
partie intéressée dans cette affaire et
dont la responsabilité est en jeu ?
JYD:
C’est exactement cela.
M. DIENG est à la fois juge et partie et
a une très grande responsabilité dans ce
dossier.
Y-a-t-il eu
autre chose ?
JYD:
Lorsque M. DIENG et ses
collaborateurs, surtout M. AMOUSSOUGA
ont exploré directement le terrain avec
Mme OLYMPIO et constaté que cette
procédure était coincée du fait que Mme
avait fourni des attestations, M.
AMOUSSOUGA a dès lors essayé de
convaincre le seul témoin dans cette
affaire de m’incriminer en m’inventant
une histoire sur le dos et en refusant
de témoigner pour moi si je le lui
demandais.
Avez-vous informé
le père de Mme OLYMPIO qui est votre
confrère de tout ceci ?
JYD:
Je l’ai fait car le
respect que j’avais pour son père
m’obligeait à l’en informer. J’ai donc
envoyé à Me OLYMPIO père un courrier DHL
dans lequel je me suis étonné de ce
qu’il ne m’ait jamais mis en garde sur
cette situation alors qu’il savait que
sa fille travaillait avec moi. Après
avoir rappelé les conditions dans
lesquelles la fille a été faire ses
aveux j’ai dit ceci :
« Je suis tombé des nues car je
n’ai pas pu imaginer une telle
situation. J’étais d’autant plus
confiant que vous connaissez ma relation
professionnelle avec Sylvia, vous savez
qu’elle intervient à Arusha devant le
Tribunal International en tant qu’avocat
et vous ne m’avez jamais informé de
cette situation, à moins que vous-même
n’en soyez pas informé. Ce qui voudrait
dire que pour vous aussi, votre fille
est avocate au barreau de Paris.
J’étais d’autant
plus choqué que ne connaissant pas cette
situation, lorsque des informations
m’ont été demandées sur le plan
professionnel, je les avais fournies
naïvement et sans réserve en affirmant
travailler avec une
consoeur qui n’en était en réalité pas
une »
Quelle
a été la réaction du père de Sylvia ?
JYD:
J’ai été surpris par la
réaction d’une personne à qui je vouais
beaucoup de respect. En effet, à la
suite d’un certain nombre de jours sans
réponse à mon courrier, j’ai été obligé
de lui envoyer un fax pour savoir s’il
avait reçu cette lettre. J’ai encore
tous ces documents en ma possession.
Qu’a-t-il
répondu ?
JYD:
Il m’a appelé suite à ce
fax et m’a demandé de le rappeler. Je
l’ai alors appelé immédiatement et il
m’a proprement menacé en me demandant si
je savais qu’il a été ancien procureur
et m’a dit que sa fille a été bête de
reconnaître qu’elle a commis ce forfait.
Il m’a ensuite dit que si jamais je
portais plainte contre sa fille, moi
aussi je serais poursuivi parce que les
documents d’hébergement que celle-ci
avait délivrés à ma mère pour l’inviter
en en 1998 France et qui ont permis de
recevoir le visa pour celle-ci
contenaient également des faux. Suite à
cela, j’ai envoyé un fax de protestation
à mon confrère.
Que
s’est-il passé après l’épisode de
blocage de vos honoraires ?
JYD:
Après cela, viendra
l’épisode d’un autre conseil adjoint qui
m’a été nommé et qui est un anglais du
nom de Martin-Sperry. Après une semaine
dans le dossier, celui-ci est allé
s’arranger avec le procureur et les
juges pour demander amener le Client à
plaider coupable. Quand le Client a
refusé en disant qu’il n’avait rien fait
pour plaider coupable et que cela
faisait la quatrième fois que le
Procureur lui demandait cette procédure
contre son gré, j’ai été accusé d’être à
l’origine du refus du Client. Alors que
le client sollicitait le retrait de
cette personne de son dossier, le greffe
m’accusait de n’avoir pas pu traiter
cette affaire à l’amiable avec le
confrère anglais. Il lui a alors été
promis qu’on allait m’enlever et le
mettre à ma place.
Décidément,
vous êtes persécuté devant ce tribunal ?
JYD:
Ce n’est pas fini.
Pendant que cette affaire allait,
Monsieur Amoussouga avait fait croire au
greffe que je portais le titre d’avocat
au barreau de Lomé alors que étant
réfugié, j’avais perdu cette qualité. Le
greffe avait donc décidé de me renvoyer
du tribunal sur la base de cet élément.
Un courrier fut adressé au Bâtonnier du
Togo pour lui demander de confirmer
l’information. Celui-ci dira le
contraire de ce que l’on attendait
puisque j’étais toujours avocat au
Barreau du Togo. Devant l’acharnement et
oubliant qu’ils ont déjà demandé cette
information, le greffe va redemander une
nouvelle fois ladite information au
Barreau de Lomé, ce qui va déclencher la
colère du Bâtonnier. Dans
l’impossibilité de joindre Arusha, c’est
malheureusement par le biais de mon
étude que cette information parviendra à
Arusha. Dieu sait seul faire les choses.
Pourquoi vous
reproche-t-on ces choses aujourd’hui
avec autant de médiatisation ?
JYD:
En fait, en mars avril
dernier, M. Adama DIENG dont la gestion
du TPIR a été mise en cause avec des
disfonctionnements graves a fait l’objet
d’un audit des enquêteurs venus de New
York dont leur grand patron un certain
NEER DILEEP. Cette équipe aurait relevé
cette affaire et en aurait imputé la
responsabilité au greffe et à M. DIENG.
A partir de cet instant, l’intéressé et
ses collaborateurs ont décidé de se
couvrir en fabriquant des preuves contre
moi. Cela permettait aussi à M.
Amoussouga de faire d’une pierre deux
coups. Assurer la stabilité de son
boulot en aidant son patron et rendre un
service à Lomé II où dont il est l’homme
lige, puisqu’il est l’ami personne de M.
Natchaba et fréquente le Général Eyadèma
qu’il avait voulu aider en 1999-2000 à
sortir de l’ornière en lui permettant
signer un accord avec l’ONU en vue de
l’exécution des peines par les accusés
du TPIR après condamnation.
Malheureusement, je l’avais pris à
partie sur cet acte et Koffi Anan
informé avait mis fin à cette procédure
car il n’est pas question pour l’ONU
d’aller négocier ou signer un accord
avec un dictateur.
On parle
d’un rapport des auditeurs dans la
décision du Greffier, est-ce celle-là ?
JYD:
Non il ne s’agit pas de
la même chose. Le greffe parle du
rapport de ses auditeurs internes qu’il
a essayé d’utiliser contre moi pour
fomenter le coup et qui ont gardé tout
ce que je leur ai donné comme preuve
sans rien en faire et qui ont refusé de
donner suite à toutes mes demandes de
confrontations pour pouvoir tirer les
choses au clair.
Il semble d’après
la décision du Greffier M. DIENG que ce
rapport n’est sorti qu’en août ?
C’est faux, ce rapport
ne date pas d’août 2004. Ce rapport
existe déjà avant le mois de juin. En
effet, en juin dernier, mes honoraires
avaient été bloqués au motif qu’il y
aurait un rapport des auditeurs internes
qui aurait recommandé le blocage de mes
honoraires. Le jeu a été exactement
comme quand on avait déjà bloqué mes
honoraires en juin 2003. Le greffe est
allé cherché des factures d’honoraires
qui étaient autorisées et étaient sur le
point d’être payées pour les remettre à
son niveau. J’ai alors réagi et décidé
de suspendre ma participation au procès
et les honoraires ont été débloqués.
Quand j’ai demandé alors aux auditeurs
internes de me donner leur rapport,
ceux-ci m’ont fait savoir que leur
rapport avait été remis au greffier et
qu’il lui appartenait de me le
communiquer. Ce qui n’a jamais été fait.
En disant donc aujourd’hui qu’ils ont un
rapport depuis le mois d’août, cela veut
dire clairement que soit monsieur DIENG
et son collaborateur mentent, soit que
le greffier s’est fait délivrer un
nouveau rapport pour le substituer au
premier rapport qui ne lui était pas
plus favorable ou ne contenait pas ce
qu’il peut utiliser.
La décision dit que le
greffe a conservé le rapport parce qu’il
y a certaines choses qui ne vous
concernent pas et que l’on ne vous donne
que le résumé de ce qui vous concerne ?
Je ne suis
malheureusement pas un illettré. Je sais
aussi sortir d’un rapport des choses qui
ne sont pas indispensables. Ce n’est ni
à M. AMOUSSOUGA ni à son patron de me
dire ce qui m’intéresse dans un rapport.
Lorsqu’un avocat
irlandais Macartan avait été accusé de
choses devant le tribunal il y a
quelques années, il a reçu le rapport
d’audit que moi-même j’ai eu à lire et
il a réagi sur la base de ce rapport.
Personne ne lui a résumé le rapport. Je
ne comprends donc pas pourquoi le
rapport qui concerne cette affaire
resterait un secret entre M. DIENG et
les auditeurs internes.
Donc vous
affirmez que vous n’avez rien reçu du
rapport de ces auditeurs ?
JYD:
Aussi bizarre que cela
puisse paraître, j’ai demandé ce rapport
plus de 10 fois, verbalement et je ne
l’ai jamais reçu. Ni le rapport, ni les
éléments sur la base desquels Mme
OLYMPIO m’aurait accusé. On me parle
d’une lettre envoyée par Mme OLYMPIO aux
auditeurs internes que je n’ai jamais
eu. Or, ces auditeurs m’on indiqué
n’avoir pu établir aucun contact avec
Sylvia OLYMPIO. Et d’après les mêmes
sources, M. DIENG et ses collaborateurs
ont affirmé ne pas connaître Sylvia
OLYMPIO. Alors à qui Mme OLYMPIO a
adressé sa lettre, par quel canal
l’a-t-elle fait que dite elle dans ces
documents ? Je ne sais pas. Or,
conformément à l’article 14 du Pacte
international Relatif aux Droits civils
et Politiques repris dans l’article 20
du Statut du Tribunal, toute personne
accusé d’un fait doit être informé dans
les meilleurs délais de la manière la
plus détaillée possible. La conséquence
est que si un document vous accuse, vous
devez en avoir connaissance dans les
détails pour vous défendre sur la base
des reproches que l’on vous fait.
Monsieur AMOUSSOUGA et son patron se
contentent de me dire qu’on m’accuse
dans le rapport de telle ou telle chose
sans que je ne puisse voir ledit
rapport. Alors que j’ai fourni des
éléments aux auditeurs et je ne sais
même pas ce qu’ils en ont fait. De plus
M. DIENG est une partie dans cette
affaire et il ne lui appartient pas
d’être à la fois juge.
Voulez vous
dire que le rapport qui sert de base aux
accusations ne vous est pas connu ?
JYD:
C’est exactement cela.
Et je vais me tourner vers New York pour
solliciter que l’on me communique les
rapports originaux pas ceux falsifiés.
Car j’ai appris que dès qu’ils ont lancé
leur accusations M. DIENG est allé à New
York pour essayer de convaincre les
autorités onusiennes de faire
disparaître les rapports compromettants
pour lui ou de les changer afin de
laisser des accusations contre Jean
DEGLI. C’est malheureusement comme
ça que fonctionnent certaines choses au
sein de l’ONU. Dans tous les cas, j’ai
déjà écrit au chef des auditeurs et
j’attends sa réponse.
Mais pensez
vous que Mme OLYMPIO vous ait accusé de
choses aussi graves ?
JYD:
Cela ne m’étonnerait
pas. Il faut connaître les gens et j’ai
connu Sylvia OLYMPIO un peu trop tard
parce que je la couvrais de la confiance
que j’avais dans le père. C’est un
phénomène de mythomanie. Et à partir du
moment où on l’a sollicitée en lui
disant que c’est contre moi alors que
c’est moi qui ai dénoncé ses actes
frauduleux, c’est sans état d’âme
qu’elle se mettrait dans ce jeu. Surtout
si on lui propose un peu d’argent en
plus. M. AMOUSSOUGA qui est restée en
communication téléphonique avec Mme
OLYMPIO tout comme sa Mme Sylvie BECKY
(copine de Sylvia OLYMPIO dans le
greffe) lui a rendu des visites. Je ne
pense que ce sont des visites de
courtoisie. Mais c’est pour préparer
tout ceci.
On vous
reproche aujourd’hui d’avoir escroqué le
TPIR ou d’avoir détourné son argent ?
JYD:
Je souhaiterais à ce
titre que le TPIR et moi allions devant
tous les tribunaux du monde pour ce
faire car dans cette affaire, il faudra
aller au bout pour tirer tout au clair.
D’abord qu’il me soit
permis de faire cette clarification. Le
TPIR ne fonctionne pas comme un client
normal avec les avocats. En ce qui
concerne les factures, quand un avocat
effectue un travail, il retrace dans sa
facture ledit travail avec le nombre
total d’heures qu’il a fait ce travail.
L’article 17 (A) de la directive pour la
Désignation des Avocats dit que « Lorsqu’un
conseil a été commis d’office, les frais
et les dépenses nécessaires et
raisonnables occasionnés par la défense
du suspect ou de l’accusé sont à la
charge du tribunal, sous réserve des
dispositions budgétaires, et des règles
et règlements financiers applicables des
Nations Unies, ainsi que des modalités
fixées par le Greffier en consultation
avec le Bureau ».
Lorsque l’avocat envoie
au greffe ce qu’il a fait, celui-ci
détermine ce qu’il considère comme
nécessaire et raisonnable et fixe
lui-même le nombre d’heure qu’il entend
payer pour ses travaux. Je ne sais pas
dans ces conditions comment on peut
escroquer le Tribunal ou détourner ses
fonds. Si quelqu’un a pu détourner les
fonds de ce tribunal dans ces
conditions, cela signifierait que cette
personne a au sein du Tribunal un
complice qui a empêché que ses factures
fassent l’objet de ces vérifications et
décisions du Tribunal sur ce que
l’administration considère comme
nécessaire et raisonnable. Je ne sais
pas qui a été ce complice.
Aviez-vous
eu une procuration sur le compte de Mme
OLYMPIO ?
JYD:
Tout à fait, sauf que
l’interprétation que l’on veut en faire
aujourd’hui est fallacieuse. Je ne vais
pas rentrer dans tous les détails de vie
privée de Mme Olympio.
Mais pour diverses
raisons, j’avais eu une procuration sur
le compte de Mme OLYMPIO. D’abord parce
que celle-ci ne se rendait pas à Arusha
souvent. En effet, seul le conseil
principal avait le droit d’aller voir le
client un certain nombre de fois. J’y
étais donc au moins une fois tous les
deux ou trois mois et il me revenait de
lui ramener son paiement ou de le
remettre à des gens qui le lui
ramenaient (certains de ces gens ont
attesté de cela). Ensuite pour le
paiement de nos sous traitants avec
lesquels nous travaillions et qui
devaient s’occuper de diverses tâches à
divers endroits. Il y a même des avocats
qui travaillent avec nous et qui sont
par exemple au Rwanda. Ce n’est pas avec
l’argent de ma mère que je les paye. Dès
lors que le travail est fait, il nous
appartient de le facturer et de les
payer quand nous sommes payés par le
Tribunal. Si la tâche n’est pas
approuvée par le tribunal et donc
rémunérée, alors tant pis pour moi le
conseil principal qui devrais payer ces
gens sur mes propres deniers. La
sous-traitance n’est pas une faute à ce
que je sache. Et des documents ont été
produits au greffe pour attester de
cela. Ce n’est donc pas de l’argent qui
profite à Jean Yaovi DEGLI comme
on essaye de le faire croire à tort.
Il semble
que vous auriez fait payer 380 000 $ à
Mme OLYMPIO sur lesquels celle-ci n’a
prélevé que 80 000US$ ?
JYD:
Supposons que ce que le
greffe avance soit vrai, ce qui n’est
pas le cas. Sur cette base, faisons
juste quelques petites hypothèses avec
ces chiffres qui sont brandis pour
impressionner.
Il est dit dans la
décision du greffe que Mme OLYMPIO n’a
touché que 80 000 de la somme qui aurait
été versée sur son compte. Or, le même
greffe affirme que Mme OLYMPIO était
rémunérée par mes soins à raison de 2000
US$ par mois. Donc les prétendus 80 000
ne correspondent pas à ce que Mme aurait
perçu en définitive. En effet, celle-ci
a travaillé avec moi dans le dossier de
Janvier 1998 à Avril 2003, soit 63 mois
entiers. Elle aurait donc reçu la somme
de 2000 US$ X 23, soit 126 000 Dollars.
Si elle a prélevé en plus directement
sur son compte la somme de 80 000
Dollars, cela fait un montant total
206 000 Dollars. Alors quand on me dit
que j’ai escroqué le TPIR de 300 000
dollars sur 380 000 versés, il y a
quelque chose qui ne marche pas. De
plus, si je donnais 2000 US$ à Mme
OLYMPIO par mois, il y a lieu de se
demander où je pouvais trouver cet
argent à lui remettre puisque moi je
n’ai pas une autre activité générant de
l’argent et je ne gère pas une banque où
j’irai chercher 2000 dollars tous les
mois.
Vous
avait-on signifié ce montant au TPIR ?
JYD:
La toute première fois
que j’ai été informé de ce chiffre,
c’est dans la lettre en date du 15
octobre reçue le 18. Cette lettre était
écrite par M. Roland AMOUSSOUGA qui
affirmait alors agir au nom du greffier
adjoint. Avant cela, j’avais eu
connaissance d’un courrier en date du 26
mai 2003 envoyé à Mme OLYMPIO avec copie
à mon attention où on lui réclamait
223 165 US$.
Mais sur tous les
montants évoqués, il y a également lieu
de noter que ce qui est payés aux
avocats et à leurs collaborateurs
contient également les indemnités
journalières qu’on leur verse pour les
frais d’hôtel et de nourriture (ce sont
des perdiem). Quand on est à Arusha on
les perçoit et ils sont de 99 US$ par
jour actuellement. Quand on est en
mission dans certaines villes comme
GENEVE, cela peut dépasser 250 dollars
par jour. Dans la mesure où une grande
partie du temps de travail est passé
devant le Tribunal pour les audiences ou
pour travailler avec le client, il faut
aussi déterminer le montant de ces
indemnités journalières dans tous les
montants évoqués.
Pensez vous
faire des recours ?
JYD:
Le problème du TPIR est
que c’est lui qui se dit victime et en
même temps c’est devant lui qu’il faut
faire des recours. On est alors dans une
situation de juge et partie et comme
j’ai été toujours la bête noire de ces
gens, en ma qualité de Secrétaire
Général de l’Association des avocats de
la Défense et de personnes ayant
toujours dénoncé les dérives et la
parodie de justice devant ce Tribunal,
je ne sais pas à quoi nous allons
aboutir dans ces recours. Mais en tant
que juriste, je les ferai afin d’avoir
la possibilité d’ouvrir d’autres voies
de recours ailleurs.
Propos
recueillis par Dimas DZIKODO
(Forum de la
Semaine N°25du
04 Novembre
2004) |