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5 NOV 2006

Le 2ème vice-président de la NDP M. Marc Palanga s'exprime pour la première fois depuis son départ de l'UFC

Propos récueillis par Alain Nococo le 1er Nov 2006

«L’UFC n’est pas la seule formation politique à animer la vie politique au Togo et sa non participation au gouvernement d’union nationale n’aura pas, à mon sens, d’incidence négative sur l’application de l’APG. D’ailleurs, les responsables de ce parti ont laissé entendre que malgré le tort qu’on leur a fait, ils restent dans le processus ; ce qui  est d’ailleurs une bonne chose. Je pense en revanche qu’être en dehors du gouvernement n’est pas totalement mauvais en soi car cette position permettrait à l’UFC de relever et de porter à la connaissance du gouvernement tout manquement constaté dans l’application de l’APG. Comme le dit un adage populaire on ne peut danser et s’apprécier en même temps. »

Marc Palanga n'est plus : Le symbole de la résistance contre la dictature en milieu Kabyè est parti 05-07-09

TOGOFORUM : Bonjour M. Marc Palanga, merci d’accepter cet entretien qui, nous en sommes sûr, édifiera certains Togolais sur votre dernier acte
M. Marc Palanga
 : Bonjour et merci de m’avoir donné  la parole pour me prononcer sur la nouvelle donne politique suite à mon départ de l’UFC et de l’agitation qui secoue ce parti après l’entrée au gouvernement d’union nationale de mon grand frère et aîné Amah Gnassingbé.  

Marc Palanga

TOGOFORUM : Vous êtes connu par nombre de Togolais comme militant de l’Union des Forces de Changement (UFC), le parti de l’opposant Gilchrist Olympio et président fédéral de ce parti dans la Kozah.  Mais aujourd’hui vous occupez un poste, la 2e vice-présidence au sein de la jeune formation politique, la NDP portée sur les fonds baptismaux il y a quelques semaines. Pouvez-vous nous dire les raisons qui vous ont amené à claquer la porte de ce parti pour lequel vous avez payé un lourd tribut ?
M. Marc Palanga :
Vous savez, en politique rien n’est statique et tout peut changer selon les contingences. Et pour ce qui est des raisons de mon départ de l’UFC, je vous dirai tout simplement qu’il n’y a pas fondamentalement de problèmes entre l’UFC et moi.  Comme vous le savez bien, je fus l’un des tous premiers Kabyé dans la Kozah à m’afficher comme un militant engagé de l’UFC et j’y ai contribué à l’implantation du parti dans cette région considérée comme la chasse gardée du RPT, et même dans toute la région septentrionale ; et comme vous le dites si bien, j’ai payé un lourd tribut pour cela. Si  j’ai décidé aujourd’hui de quitter ce parti pour la NDP (Nouvelle Dynamique populaire), une jeune formation politique constituée à 90% des jeunes issus de l’UFC, c’est parce que j’estime que le moment est venu de prendre mes responsabilités pour tenter l’expérience d’une autre formation politique où je me sentirai plus à l’aise dans mes actes. Etant formé par l’UFC et connaissant bien tous les contours de la politique, j’ai voulu apporter mon expérience à la NDP avec qui je partage un certain nombre de choses. Voilà tout ! Il n’y a donc pas à polémiquer là-dessus.

Marc Palanga

TOGOFORUM : Votre choix de la NDP est mal perçu par certains togolais qui se demandent  pourquoi avoir préféré cette jeune formation politique plutôt que les anciennes qui existent déjà sur la scène politique togolaise et qui ont déjà fait leur preuve sur le terrain. Que leur répondez-vous ?
M. Marc Palanga
 : Nous devons plutôt savoir assumer nos actes que d’écouter ce que disent les gens. Comme je l’ai dit tantôt la NDP est une jeune formation politique avec qui je partage un certain nombre de choses, je dirai sa philosophie.  Avant sa mutation en parti politique, la NDP était un mouvement composé des jeunes dont la grande majorité viennent de l’UFC, mon ex-parti. Vous comprenez donc que je les connais très bien et qu’il serait aisé pour moi de travailler avec ceux-ci que de faire l’aventure d’une autre formation politique où  il faudra carrément m’accommoder avec les susceptibilités des uns et des autres.

Si aujourd’hui l’UFC est devenu un grand parti politique et connu par tous les Togolais et que les dirigeants de ce parti se targuent d’être le parti le plus populaire au Togo, il ne l’était pas aux premières heures de sa création. C’était un jeune parti comme la NDP qui vient d’être portée sur les fonds baptismaux. Il a fallu que les dirigeants et tous les militants se battent pour que ce parti soit aujourd’hui ce qu’il est. Mon expérience d’ancien combattant et avec le concours de tous les militants que je connais très bien, nous allons également nous battre pour faire de la NDP  ce qu’est l’UFC, en tout cas, pour que la  NDP soit une force incontournable sur l’échiquier politique togolais
.

TOGOFORUM : Pour avoir pris position contre le régime RPT dans une région apparemment acquise à ce  régime, vous avez subi toutes les privations et humiliations. Pour cette audace, vous êtes respecté et adulé par bon nombre de vos compatriotes épris de paix et de justice.  Comment  votre décision a été accueillie par ces derniers ?  
M. Marc Palanga
 : En prenant position contre le système RPT dans "une région acquise à sa cause", c’était pour moi un signal fort à l’endroit de l’opinion nationale et internationale pour dire que la démocratie est un combat d’idées et non une lutte de clan, de région ou d’ethnie. Mais le pouvoir que dirigeait à l’époque le feu président Eyadema ne l’a pas compris ainsi. J’ai été plusieurs fois embastillé pour des complots imaginaires. Mais qu’à cela ne tienne ! Pour mes compatriotes épris de justice et de liberté, j’étais une référence, un héros. Et pour cela ils me vouaient un certain respect. Je dois préciser aussi que le Nord n'est pas acquis au RPT comme les apparences le laissent penser à tort au Togo. 

Vous voulez savoir maintenant comment ma décision a été accueillie par ceux-ci. Eh bien, je vous dis que c’est dans l’euphorie générale que mes compatriotes ont accueilli cette décision. J’ai reçu des lettres d’encouragement et de félicitations et reçu à domicile  plusieurs de mes compatriotes qui me disaient qu’ils sont derrière moi et prêts à m’accompagner dans cette nouvelle aventure. Ces compatriotes savent que Marc Palanga n’a pas changé de conviction malgré le fait qu’il ait changé de formation politique.  Et je vous rappelle d’ailleurs que la NDP est un parti politique de l’opposition et est représenté au gouvernement d’union nationale au même titre que les autres partis politiques de l’opposition qui y siègent aujourd’hui sur la base de l’Accord Politique Global.  Et cela est un gage d’assurance pour mes compatriotes qui me vouaient ce respect dont vous parlez
.  

TOGOFORUM : Votre départ et bien d’autres et  les agitations au sein de l’UFC sur la présence du 2e vice-président au gouvernement d’union nationale traduisent si besoin en était un gros malaise. Vous avez été un militant de première ligne, ne pensez-vous pas que le temps est venu pour penser à une restructuration de ce  parti qui se veut le plus ‘’populaire’’  au Togo? 
M. Marc Palanga
 : En tout cas, ce sont des signes qui ne trompent pas que rien ne va à l’UFC. Je crois que ce n’est pas aujourd’hui que ces signes annonciateurs d’un malaise profond au sein de l’UFC ont commencé. Souvenez-vous qu’en leur temps, certains jeunes militants avec qui je me retrouve aujourd’hui à la NDP avaient demandé la convocation d’un congrès extraordinaire pour conjurer le mal qui se profilait à l’horizon. Mais malheureusement, ces jeunes avaient été accusés de tous les noms d’oiseau et jetés à la vindicte populaire par des dirigeants imbus d’une certaine suffisance empreinte d’arrogance et de mégalomanie. Je pense, au regard de ce qui se passe aujourd’hui au sein de cette formation, que le temps est venu pour une restructuration en profondeur de l’UFC. Mais je dis que cette restructuration revient  aux premiers responsables et aux militants de ce parti. Toute fuite en avant ne serait que suicidaire pour le parti.  

TOGOFORUM : L’UFC a refusé de participer au gouvernement d’union nationale parce que le poste de premier ministre ne lui était pas revenu. Pensez-vous qu’au nom de sa ‘’popularité unanimement reconnue’’, que ce poste de premier ministre devait revenir à l’UFC ?
M. Marc Palanga
 : S’il est vrai qu’en vertu de cette prétendue ’popularité unanimement reconnue’’ que le poste de Premier Ministre devrait revenir à l’UFC, il n’en demeure pas vrai qu’il n’est écrit nulle part dans l’APG que toutes parties au dialogue ont d’ailleurs  signé que le poste de premier ministre devrait revenir à tel ou tel parti. Mais tout en reconnaissant l’importance de l’UFC sur l’échiquier politique togolais et en déplorant le fait que ce poste de premier ministre, dans un souci d’apaisement social, ne soit pas revenu à l’UFC je dis que l’UFC doit savoir qu’elle n’est pas encore au pouvoir et donc savoir jouer sa carte. Si le chef de l’Etat, en vertu de ses prérogatives constitutionnelles, a décidé de remettre ce poste au CAR en nommant premier ministre Yawovi Agboyibo qui, plus est, est de l’opposition radicale, je pense qu’il n’y a pas là un problème ; l’UFC  devrait plutôt accepter ce choix et participer au gouvernement parce que la finalité à mon avis, ce n’est pas le partage du gâteau, mais comment faire sortir le pays de cette longue crise.

Si l’UFC, comme laissent entendre certaines informations, se fonde sur un prétendu accord secret de Ouaga qui lui attribuerait de facto ce poste de premier ministre, je pense qu’elle doit s’en prendre à elle-même pour n’avoir pas exigé et obtenu que cet accord soit écrit noir sur blanc.  

TOGOFORUM : L’entrée du Dr Amah Gnassingbé dans le gouvernement de Me Yawovi Agboyibo, a entraîné une fébrilité au sein de ce qui reste du bureau. Des communiqués et propos maladroits et malveillants ne cessent de fuser de partout, certains menaçant même d’exclure celui qui a voulu ‘’se conformer aux vœux et recommandations de l’immense majorité des militants’’. Vous qui êtes jusqu’à une période récente, un fervent militant de l’UFC, comment appréciez-vous cette démarche du Dr Amah Gnassingbé ? Qu’avez-vous à dire au sujet de cette menace d’exclusion de M. Amah Gnassingbé, membre fondateur du parti? Exclure Amah Gnassingbé ne reviendrait-il pas à l’UFC de scier la branche sur laquelle elle est assise au nord ?   
M. Marc Palanga
 : Je ne fais qu’apprécier à sa juste valeur la décision de Amah Gnassingbé qui est, à n’en point douter, celle de l’immense majorité de l’UFC. Comme le dit un vieil adage, «La voix du peuple c’est la voix de Dieu »

Mon grand frère et aîné Amah Gnassingbé n’est pas n’importe qui ; il n’est pas tombé de la dernière pluie. Il est le 2e vice-président et à ce titre il est une figure de proue de l’UFC. On ne saurait ici énumérer les sacrifices qu’il a dû payer pour la cause de l’UFC et les actions menées pour l’implantation de ce parti à l’intérieur du pays. Et vous faites bien de le souligner : exclure le Dr Amah Gnassingbé revient pour l’UFC
à scier la branche sur laquelle elle est assise au nord. Moi je pense que cette menace d’exclusion de M. Amah Gnassingbé était une plaisanterie de mauvais goût. Et d’ailleurs les dirigeants réunis à Accra s’en sont ravisés. Ce qui, à mon sens, est une bonne chose car la politique ce n’est pas de l’ethnocentrisme. Et si par imprudence Amah Gnassingbé venait à être exclu de l’UFC ce serait une grave erreur politique de l’UFC qui d’ailleurs lui ferait  perdre beaucoup de voix non seulement au Nord mais aussi dans les autres coins du Togo.

TOGOFORUM : Malgré tout le tapage fait autour de la nomination du premier ministre et de la formation du gouvernement d’union nationale, il semble selon certaines indiscrétions, que l’UFC fait les pieds et les mains pour rentrer dans ce gouvernement. Quelle analyse faites-vous de cette attitude de l’UFC ? Pensez-vous, comme disent certains que sans l’UFC dans le gouvernement, l’application de l’accord politique global aura du plomb dans l’aile ?
M. Marc Palanga
 : Tout togolais de bonne foi avait souhaité qu’après la signature de l’APG que tous les partis politiques se retrouvent dans un gouvernement d’union nationale pour mettre en application la feuille de route tracée par cet accord afin de sortir le Togo de la crise. Mais si entre temps certains avaient refusé d’embarquer et aujourd’hui ils veulent prendre le train en marche, je ne peux que saluer cette décision car vous savez, en politique une décision peut paraître aujourd’hui mauvaise mais se révéler demain bonne. Je pense que l’UFC avait commis une grande erreur en refusant d'intégrer le gouvernement d’Union Nationale de Me Yawovi Agboyibo. Comme il n’est jamais trop tard pour mieux faire, nous espérons qu’ils  seront entendus. Mais les derniers développements nous portent plutôt au pessimisme.

Concernant le dernier volet de votre question, je dirai non parce que l’UFC n’est pas la seule formation politique à animer la vie politique au Togo et sa non participation au gouvernement d’union nationale n’aura pas, à mon sens, d’incidence négative sur l’application de l’APG. D’ailleurs, les responsables de ce parti ont laissé entendre que malgré le tort qu’on leur a fait, ils restent dans le processus ; ce qui  est d’ailleurs une bonne chose. Je pense en revanche qu’être en dehors du gouvernement n’est pas totalement mauvais en soi car cette position permettrait à l’UFC de relever et de porter à la connaissance du gouvernement tout manquement constaté dans l’application de l’APG
. Comme le dit un adage populaire on ne peut danser et s’apprécier en même temps.

TOGOFORUM : Pour terminer, comment comptez-vous, dans la perspective des prochaines élections législatives mobiliser tous ceux qui étaient derrière vous et vous vouaient un certain respect pour une victoire de la NDP dans la région septentrionale ?    
M. Marc Palanga
 : De la manière dont j’avais pu faire la popularité à l’UFC, de la même manière je ferai la popularité à la NDP dans cette partie septentrionale du pays. Les jeunes aujourd’hui sont désemparés, désabusés et il faut leur donner espoir. La Nouvelle Dynamique Populaire vient à ce titre. Je l’ai dit tantôt, j’ai reçu des messages d’encouragements et de soutien de plusieurs de mes compatriotes suite à ma décision. Ces messages sont un réconfort et une invite à des actions plus ardues. Et je peux vous affirmer que si aujourd’hui la NDP est implantée dans presque toutes les préfectures du Nord, c’est grâce nos actions.  Et d’autres actions d’envergure sont en vue dans les prochains jours.

Pour conclure je vous promets que les législatives prochaines ne seront pas chose aisée pour les autres partis à Kara voire dans le reste du septentrion.   

Interview réalisée par Alain Nococo

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