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TOGOFORUM :
Bonjour M. Marc Palanga, merci d’accepter cet
entretien qui, nous en sommes sûr, édifiera certains
Togolais sur votre dernier acte
M. Marc Palanga :
Bonjour et merci de m’avoir donné la parole pour me
prononcer sur la nouvelle donne politique suite à
mon départ de l’UFC et de l’agitation qui secoue ce
parti après l’entrée au gouvernement d’union
nationale de mon grand frère et aîné Amah Gnassingbé.
TOGOFORUM :
Vous êtes connu par nombre de Togolais comme
militant de l’Union des Forces de Changement (UFC),
le parti de l’opposant Gilchrist Olympio et
président fédéral de ce parti dans la Kozah. Mais
aujourd’hui vous occupez un poste, la 2e
vice-présidence au sein de la jeune formation
politique, la NDP portée sur les fonds baptismaux il
y a quelques semaines. Pouvez-vous nous dire les
raisons qui vous ont amené à claquer la porte de ce
parti pour lequel vous avez payé un lourd tribut ?
M. Marc Palanga :
Vous savez, en politique rien n’est statique et tout
peut changer selon les contingences. Et pour ce qui
est des raisons de mon départ de l’UFC, je vous
dirai tout simplement qu’il n’y a pas
fondamentalement de problèmes entre l’UFC et moi.
Comme vous le savez bien, je fus l’un des tous
premiers Kabyé dans la Kozah à m’afficher comme un
militant engagé de l’UFC et j’y ai contribué à
l’implantation du parti dans cette région considérée
comme la chasse gardée du RPT, et même dans toute la
région septentrionale ; et comme vous le dites si
bien, j’ai payé un lourd tribut pour cela. Si j’ai
décidé aujourd’hui de quitter ce parti pour la NDP
(Nouvelle Dynamique populaire), une jeune formation
politique constituée à 90% des jeunes issus de l’UFC,
c’est parce que j’estime que le moment est venu de
prendre mes responsabilités pour tenter l’expérience
d’une autre formation politique où je me sentirai
plus à l’aise dans mes actes. Etant formé par l’UFC
et connaissant bien tous les contours de la
politique, j’ai voulu apporter mon expérience à la
NDP avec qui je partage un certain nombre de choses.
Voilà tout ! Il n’y a donc pas à polémiquer
là-dessus.
TOGOFORUM :
Votre choix de la NDP est mal perçu par certains
togolais qui se demandent pourquoi avoir préféré
cette jeune formation politique plutôt que les
anciennes qui existent déjà sur la scène politique
togolaise et qui ont déjà fait leur preuve sur le
terrain. Que leur répondez-vous ?
M. Marc Palanga :
Nous devons plutôt savoir assumer nos actes que
d’écouter ce que disent les gens. Comme je l’ai dit
tantôt la NDP est une jeune formation politique avec
qui je partage un certain nombre de choses, je dirai
sa philosophie. Avant sa mutation en
parti
politique, la NDP était un mouvement composé des
jeunes dont la grande majorité viennent de l’UFC,
mon ex-parti. Vous comprenez donc que je les connais
très bien et qu’il serait aisé pour moi de
travailler avec ceux-ci que de faire l’aventure
d’une autre formation politique où il faudra
carrément m’accommoder avec les susceptibilités des
uns et des autres.
Si aujourd’hui l’UFC est devenu un grand parti
politique et connu par tous les Togolais et que les
dirigeants de ce parti se targuent d’être le parti
le plus populaire au Togo, il ne l’était pas aux
premières heures de sa création. C’était un jeune
parti comme la NDP qui vient d’être portée sur les
fonds baptismaux. Il a fallu que les dirigeants et
tous les militants se battent pour que ce parti soit
aujourd’hui ce qu’il est. Mon expérience d’ancien
combattant et avec le concours de tous les militants
que je connais très bien, nous allons également nous
battre pour faire de la NDP ce qu’est l’UFC, en
tout cas, pour que la NDP soit une force
incontournable sur l’échiquier politique togolais.
TOGOFORUM :
Pour avoir pris position contre le régime RPT dans
une région apparemment acquise à ce régime, vous
avez subi toutes les privations et humiliations.
Pour cette audace, vous êtes respecté et adulé par
bon nombre de vos compatriotes épris de paix et de
justice. Comment votre décision a été accueillie
par ces derniers ?
M. Marc Palanga :
En prenant position contre le système RPT dans
"une
région acquise à sa cause",
c’était pour moi un signal fort à l’endroit de
l’opinion nationale et internationale pour dire que
la démocratie est un combat d’idées et non une lutte
de clan, de région ou d’ethnie. Mais le pouvoir que
dirigeait à l’époque le feu président Eyadema ne l’a
pas compris ainsi. J’ai été plusieurs fois
embastillé pour des complots imaginaires. Mais qu’à
cela ne tienne ! Pour mes compatriotes épris de
justice et de liberté, j’étais une référence, un
héros. Et pour cela ils me vouaient un certain
respect.
Je dois préciser aussi que le Nord n'est pas acquis
au RPT comme les apparences le laissent penser à
tort au Togo.
Vous voulez savoir maintenant comment ma
décision a été accueillie par ceux-ci. Eh bien, je
vous dis que c’est dans l’euphorie générale que mes
compatriotes ont accueilli cette décision. J’ai reçu
des lettres d’encouragement et de félicitations et
reçu à domicile plusieurs de mes compatriotes qui
me disaient qu’ils sont derrière moi et prêts à
m’accompagner dans cette nouvelle aventure. Ces
compatriotes savent que Marc Palanga n’a pas changé
de conviction malgré le fait qu’il ait changé de
formation politique. Et je vous rappelle d’ailleurs
que la NDP est un parti politique de l’opposition et
est représenté au gouvernement d’union nationale au
même titre que les autres partis politiques de
l’opposition qui y siègent aujourd’hui sur la base
de l’Accord Politique Global. Et cela est un gage
d’assurance pour mes compatriotes qui me vouaient ce
respect dont vous parlez.
TOGOFORUM :
Votre départ et bien d’autres et les agitations au
sein de l’UFC sur la présence du 2e vice-président
au gouvernement d’union nationale traduisent si
besoin en était un gros malaise. Vous avez été un
militant de première ligne, ne pensez-vous pas que
le temps est venu pour penser à une restructuration
de ce parti qui se
veut
le
plus ‘’populaire’’ au Togo?
M. Marc Palanga :
En tout cas, ce sont des signes qui ne trompent pas
que rien ne va à l’UFC. Je crois que ce n’est pas
aujourd’hui que ces signes annonciateurs d’un
malaise profond au sein de l’UFC ont commencé.
Souvenez-vous qu’en leur temps, certains jeunes
militants avec qui je me retrouve aujourd’hui à la
NDP avaient demandé la convocation d’un congrès
extraordinaire pour conjurer le mal qui se profilait
à l’horizon. Mais malheureusement, ces jeunes
avaient été accusés de tous les noms d’oiseau et
jetés à la vindicte populaire par des dirigeants
imbus d’une certaine suffisance empreinte
d’arrogance et de mégalomanie. Je pense, au regard
de ce qui
se
passe aujourd’hui au sein de cette formation, que le
temps est venu pour une restructuration en
profondeur de l’UFC. Mais je dis que cette
restructuration revient aux premiers responsables
et aux militants de ce parti. Toute fuite en avant
ne serait que suicidaire pour le parti.
TOGOFORUM :
L’UFC
a refusé de participer au gouvernement d’union
nationale parce que le poste de premier ministre ne
lui était pas revenu. Pensez-vous qu’au nom de
sa
‘’popularité unanimement reconnue’’, que ce
poste de premier ministre devait revenir à l’UFC ?
M. Marc Palanga :
S’il est vrai qu’en vertu de cette prétendue ‘’popularité
unanimement reconnue’’ que le poste de Premier
Ministre devrait revenir à l’UFC, il n’en demeure
pas vrai qu’il n’est écrit nulle part dans l’APG que
toutes parties au dialogue ont d’ailleurs signé que
le poste de premier ministre devrait revenir à tel
ou tel parti. Mais tout en reconnaissant
l’importance de l’UFC sur l’échiquier politique
togolais et en déplorant le fait que ce poste de
premier ministre, dans un souci d’apaisement social,
ne soit pas revenu à l’UFC je dis que l’UFC doit
savoir qu’elle n’est pas encore au pouvoir et donc
savoir jouer sa carte. Si le chef de l’Etat, en
vertu de ses prérogatives constitutionnelles, a
décidé de remettre ce poste au CAR en nommant
premier ministre Yawovi Agboyibo qui, plus est, est
de l’opposition radicale, je pense qu’il n’y a pas
là un problème ; l’UFC devrait plutôt accepter ce
choix et participer au gouvernement parce que la
finalité à mon avis, ce n’est pas le partage du
gâteau, mais comment faire sortir le pays de cette
longue crise.
Si l’UFC, comme laissent entendre certaines
informations, se fonde sur un prétendu accord secret
de Ouaga qui lui attribuerait de facto ce poste de
premier ministre, je pense qu’elle doit s’en prendre
à elle-même pour n’avoir pas exigé et obtenu que cet
accord soit écrit noir sur blanc.
TOGOFORUM :
L’entrée du Dr Amah Gnassingbé dans le gouvernement
de Me Yawovi Agboyibo, a entraîné une fébrilité au
sein de ce qui reste du bureau. Des communiqués et
propos maladroits et malveillants ne cessent de
fuser de partout,
certains
menaçant même d’exclure celui qui a voulu ‘’se
conformer aux vœux et recommandations de l’immense
majorité des militants’’. Vous qui êtes jusqu’à une
période récente, un fervent militant de l’UFC,
comment appréciez-vous cette démarche du Dr Amah
Gnassingbé ? Qu’avez-vous à dire
au sujet de
cette menace d’exclusion de M. Amah Gnassingbé,
membre fondateur du parti? Exclure Amah Gnassingbé
ne reviendrait-il pas à l’UFC de scier la branche
sur laquelle elle est assise au nord ?
M. Marc Palanga :
Je ne fais qu’apprécier à sa juste valeur la
décision de Amah Gnassingbé qui est, à n’en point
douter, celle de l’immense majorité de l’UFC. Comme
le dit un vieil adage, «La voix du peuple c’est
la voix de Dieu »
Mon grand frère et aîné Amah Gnassingbé
n’est pas n’importe qui ; il n’est pas tombé de la
dernière pluie. Il est le 2e
vice-président et à ce titre il est une figure de
proue de l’UFC. On ne saurait ici énumérer les
sacrifices qu’il a dû payer pour la cause de l’UFC
et les actions menées pour l’implantation de ce
parti à l’intérieur du pays. Et vous faites bien de
le souligner : exclure le Dr Amah Gnassingbé revient
pour l’UFC
à
scier la branche sur laquelle elle est assise au
nord. Moi je pense que cette menace d’exclusion de
M. Amah Gnassingbé était une plaisanterie de mauvais
goût. Et d’ailleurs les dirigeants réunis à Accra
s’en sont ravisés. Ce qui, à mon sens, est une bonne
chose car la politique ce n’est pas de
l’ethnocentrisme. Et si par imprudence Amah
Gnassingbé venait à être exclu de l’UFC ce serait
une grave erreur politique de l’UFC qui d’ailleurs
lui ferait perdre beaucoup de voix non seulement au
Nord mais aussi dans les autres coins du Togo.
TOGOFORUM :
Malgré tout le tapage fait autour de la nomination
du premier ministre et de la formation du
gouvernement d’union nationale, il semble selon
certaines indiscrétions, que l’UFC fait les pieds et
les mains pour rentrer dans ce gouvernement. Quelle
analyse faites-vous de cette attitude de l’UFC ?
Pensez-vous, comme disent certains que sans l’UFC
dans le gouvernement, l’application de l’accord
politique global aura du plomb dans l’aile ?
M. Marc Palanga :
Tout togolais de bonne foi avait souhaité qu’après
la signature de l’APG que tous les partis politiques
se retrouvent dans un gouvernement d’union nationale
pour mettre en application la feuille de route
tracée par cet accord afin de sortir le Togo de la
crise. Mais si entre temps certains avaient refusé
d’embarquer et aujourd’hui ils veulent prendre le
train en marche, je ne peux que saluer cette
décision car vous savez, en politique une décision
peut paraître aujourd’hui mauvaise mais se révéler
demain bonne. Je pense que l’UFC avait commis une
grande erreur en refusant
d'intégrer
le gouvernement d’Union Nationale de Me Yawovi
Agboyibo. Comme il n’est jamais trop tard pour mieux
faire, nous espérons qu’ils seront entendus. Mais
les derniers développements nous portent plutôt au
pessimisme.
Concernant le dernier volet de votre
question, je dirai non parce que l’UFC n’est pas la
seule formation politique à animer la vie politique
au Togo et sa non participation au gouvernement
d’union nationale n’aura pas, à mon sens,
d’incidence négative sur l’application de l’APG.
D’ailleurs, les responsables de ce parti ont laissé
entendre que malgré le tort qu’on leur a fait, ils
restent dans le processus ; ce qui est d’ailleurs
une bonne chose. Je pense en revanche qu’être en
dehors du gouvernement n’est pas totalement mauvais
en soi car cette position permettrait à l’UFC de
relever et de porter à la connaissance du
gouvernement tout manquement constaté dans
l’application de l’APG.
Comme le dit un adage populaire on ne peut danser et
s’apprécier en même temps.
TOGOFORUM :
Pour terminer, comment comptez-vous, dans la
perspective des prochaines élections législatives
mobiliser tous ceux qui étaient derrière vous et
vous vouaient un certain respect pour une victoire
de la NDP dans la région septentrionale ?
M. Marc Palanga :
De la manière dont j’avais pu faire la popularité à
l’UFC, de la même manière je ferai la popularité à
la NDP dans cette partie septentrionale du pays. Les
jeunes aujourd’hui sont désemparés, désabusés et il
faut leur donner espoir. La Nouvelle Dynamique
Populaire vient à ce titre. Je l’ai dit tantôt, j’ai
reçu des messages d’encouragements et de soutien de
plusieurs de mes compatriotes suite à ma décision.
Ces messages sont un réconfort et une invite à des
actions plus ardues. Et je peux vous affirmer que si
aujourd’hui la NDP est implantée dans presque toutes
les préfectures du Nord, c’est grâce nos actions.
Et d’autres actions d’envergure sont en vue dans les
prochains jours.
Pour conclure je vous promets que les
législatives prochaines ne seront pas chose aisée
pour les autres partis à Kara voire dans le reste du
septentrion. |