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Le 19 mai 2007

Interview à M Lodé AOUSSI, Vice-président de la Délégation Spéciale de la Commune de Lomé

Propos récueillis par Alain Nococo

 

M Lodé AOUSSI
Vice-président de la Délégation Spéciale de la Commune de Lomé

Sur la vente illicite des terrains municipaux : «le problème, c’est que nous sommes absent dans l’urbanisation de la ville du fait qu’il y a un service de l’urbanisme et de l’habitat qui malheureusement ne tient pas compte des autorités locales pour faire son travail. Le domaine foncier est du domaine de l’Etat, donc il n’est pas du domaine de la Collectivité locale, d’où des difficultés. Tenez vous bien !  Lorsque je vais construire un ouvrage, une école, un marché par exemple, je suis obligé de m’adresser à l’Etat avant d’avoir un domaine, alors que la ville devait avoir son propre patrimoine. Il devait y avoir une relation entre les services de la ville et les services de l’Etat pour que les problèmes du domaine foncier soient résolus de manière concertée, mais malheureusement il n’en a pas été ainsi et les réserves administratives malheureusement ont été pratiquement vendues durant la période trouble et la municipalité se retrouve sans un seul domaine, sans une seule réserve pour des équipements sociaux, sportifs et nous sommes là. Mais je pense qu’avec la collaboration qui vient de s’instaurer entre nous et les services du ministère de la ville et de l’urbanisme, nous allons nous retrouver pour voir comment on peut résoudre ce problème foncier.»

TOGOFORUM : Monsieur le Vice-président, vous assumez depuis quelques années déjà les fonctions de Président de la Commune de Lomé, en d'autres termes les fonctions de Maire. Pouvez-vous nous présenter la Commune de Lomé, les attributions et les compétences d'un Maire en général et celui de la Ville de Lomé, la capitale en particulier?
M Lodé AOUSSI : Merci pour avoir bien voulu venir vous intéresser à notre institution. En effet,  la commune e Lomé est divisée en cinq mairies d’arrondissements ; au niveau de chaque arrondissement,  il y a un maire d’arrondissement sinon un président de la Délégation Spéciale de l’arrondissement ; au niveau de la Mairie centrale, il y a le président de la Délégation Spéciale et le Vice-président de la Délégation Spéciale. Depuis 2003, à l’issue de l’indisponibilité du président de la Délégation Spéciale, nous assumons les fonctions de président de la Délégation Spéciale, sinon les fonctions de Maire de la ville de Lomé.

Au niveau de
la Mairie, l’exécutif est composé du Maire, et du Maire adjoint, auxquels s’ajoutent les maires d’arrondissement. Il faut préciser que les maires d’arrondissement agissent par délégation de pouvoir du maire central. Depuis la loi qui crée les mairies d’arrondissement en 1986, les mairies d’arrondissement sont de simples entités administratives, c'est-à-dire n’ayant pas d’autonomie financière, c’est le Maire central qui est ordonnateur du budget de la Commune de Lomé. Le maire a donc pour tache d’exécuter les délibérations prises en conseil municipal et de veiller au maintien de l’ordre dans la ville de Lomé ; de veiller au maintien de la propreté de la ville, de gérer la police municipale.

Voilà en gros les attributions du maire et c’est ce que nous tentons tant bien que mal par rapport aux difficultés et à l’indiscipline de nos citoyens de gérer.
 

TOGOFORUM : L'une des critiques que l'on formule à l'endroit des autorités municipales de la Commune de Lomé, c'est leur incapacité à faire face aux problèmes de salubrité de la ville, à l'occupation anarchique des voies publiques, à la création des dépotoirs sauvages etc. Pouvez-vous nous dire ce que vous faites dans ce sens et qui n'est pas perçu par les populations?
M Lodé AOUSSI :
Je voudrais dire d’emblée que la ville de Lomé était considérée comme une ville modèle sur la côte, une ville propre, une ville disciplinée, mais depuis les événements de 91 – 92 nous sommes tombés dans l’anarchie et la gestion de la ville devient très difficile. Lorsque vous prenez la ville de Lomé, vous constaterez que toute la ville est devenue un marché. Les trottoirs sont occupés de façon anarchique, les bars s’installent sans autorisation dans n’importe quel endroit, pire encore les citoyens n’ont pas la présence d’esprit de faire évacuer leurs ordures vers des dépotoirs intermédiaires que la ville a créés. Et suite aux discussions avec l’AFD et la Banque Mondiale, nous avons initié le ramassage des ordures par des associations de pré-collecte. C’est ce qui se fait, mais malheureusement, il se trouve que les patrons de ces associations, lorsque les ménages paient, empochent l’argent, ne paient pas bien les gens chargés d’amener les ordures dans les dépotoirs intermédiaires, conséquence, ils les jettent partout, d’où la création des dépotoirs sauvages. Dès notre arrivée à la tête de la municipalité et compte tenu du scandale qui s’était produit au niveau de la Mairie suite au non  enlèvement régulier des ordures ménagères, nous nous sommes engagés et nous avons lancé des appels d’offre et on a pu retenir 8 sociétés qui faisaient le travail. Mais malheureusement, elles aussi, elles ont été dans l’incapacité de rendre un service tel que cela devait se faire parce que nous n’avions plus les moyens pour payer ces sociétés prestataires de services. En 2003, feu Eyadema a pris le problème à bras le corps et accordait chaque fin du mois 80 millions pour faire le travail. C’est ainsi que vous pourriez constater que depuis 2003, il y a une légère amélioration jusqu’à l’arrivée du président Faure qui a créé un ministère de la ville et avec lequel nous essayons de gérer tant bien que mal les ordures ménagères. Le vrai problème, c’est un problème de moyens financiers parce que nulle part au monde, on ne peut voir des ménages produire les ordures et les laisser à la charge de l’Etat, ce n’est pas possible.  Au Togo, les citoyens n’ont pas acquis cette conscience ; ils produisent les ordures et veulent que ce soit l’Etat qui vienne faire le travail. C’est ça qui fait que nous n’arrivons pas à gérer ce phénomène. Mais nous avons initié des ateliers avec nos partenaires en développement et nous sommes entrain de sortir un plan stratégique d’enlèvement des ordures ménagères, du curage des égouts, de l’assainissement même de la ville. Ce dossier sera bientôt présenté aux autorités pour voir dans quelles mesures on peut arriver à maîtriser le problème d’insalubrité dans la ville de Lomé.

TOGOFORUM :  L'un des problèmes auxquels la population fait face et qui  est un frein à l'urbanisation harmonieuse de la ville, est  la vente illicite des terrains urbains. M. Le Maire, comment se fait-il que cela se passe ainsi sans que cela ne vous émeuve. Est-ce à dire que la municipalité de Lomé qui est une collectivité territoriale n'a pas un droit de regard sur le foncier?
M Lodé AOUSSI : Oui, ça nous émeut et nous inquiète d’ailleurs ; le problème, c’est que nous sommes absent dans l’urbanisation de la ville du fait qu’il y a un service de l’urbanisme et de l’habitat qui malheureusement ne tient pas compte des autorités locales pour faire son travail. Le domaine foncier est du domaine de l’Etat, donc il n’est pas du domaine de la Collectivité locale, d’où des difficultés. Tenez vous bien !  Lorsque je vais construire un ouvrage, une école, un marché par exemple, je suis obligé de m’adresser à l’Etat avant d’avoir un domaine, alors que la ville devait avoir son propre patrimoine. Il devait y avoir une relation entre les services de la ville et les services de l’Etat pour que les problèmes du domaine foncier soient résolus de manière concertée, mais malheureusement il n’en a pas été ainsi et les réserves administratives malheureusement ont été pratiquement vendues durant la période trouble et la municipalité se retrouve sans un seul domaine, sans une seule réserve pour des équipements sociaux, sportifs et nous sommes là. Mais je pense qu’avec la collaboration qui vient de s’instaurer entre nous et les services du ministère de la ville et de l’urbanisme, nous allons nous retrouver pour voir comment on peut résoudre ce problème foncier.

TOGOFORUM : Le président Faure Gnassingbé dans son programme de société avait inscrit l'assainissement des villes. C'est ainsi dès son arrivée au pouvoir, il créa un ministère de ville chargé d'exécuter cette politique. Monsieur Le Maire comment avez-vous trouver cette initiative? Ne pensez-vous pas que la création d'un tel ministère peut engendrer des conflits de compétence entre le Ministre et Le Maire? Dites-nous quelles sont aujourd'hui les relations entre vous et le Ministre?
M Lodé AOUSSI : L’initiative du chef de l’Etat est fort louable dans la mesure où il a pensé que la création du ministère de la ville pouvait venir aider les autorités locales à mieux résoudre les problèmes locaux et  nous pouvons lui être reconnaissant d’avoir pensé à créer ce ministère.

S’agissant des rapports entre le ministère de al ville et nous, c’est des rapports qui sont complémentaires, c’est à dire que le ministère de la ville conçoit et nous on exécute. Voilà la complémentarité qui existe entre nous. Le courant passe bien, nous faisons les travaux ensemble. Tous les matins on s’appelle pour voir comment les choses se passent dans la ville et je crois qu’il n’y a aucun problème à ce sujet.

Je continue de dire que la création du ministère de la ville est une bonne chose pour les collectivités locales parce que celles-ci n’avaient pas un interlocuteur en tant que tel. Les fonctions étaient diluées entre plusieurs ministères et c’était difficile de savoir à qui s’adresser quand il y a des problèmes d’urbanisation, d’insalubrité etc. La création de ce ministère a fait que tous ces problèmes sont concentrés entre les mains d’un ministère et nous avons un interlocuteur avec qui nous pouvons discuter.

TOGOFORUM :  Tout dernièrement, l’Agence Française de Développement (AFD) a accordé une aide ou un prêt (10 milliards de FCFA) à la municipalité de Lomé pour l’assainissement de la ville de Lomé. Qui va gérer ce fonds. Le ministère ou la mairie ? 

D’abord je voudrais dire que c’est une aide que l’Agence Française de Développement apporte à la municipalité pour l’urbanisme et pour l’enlèvement des ordures ménagères, pour le dragage de la lagune, la construction des dépotoirs intermédiaires et l’appui institutionnel à la ville de Lomé. Nous avons eu à constater de par nos relations avec les autres pays que très souvent lorsque les bailleurs de fonds accordent des financements, ça tombe dasn les caisses de l’Etat et l’Etat ayant beaucoup de problème les utilisait à d’autres fins. C’est ainsi que lorsque l’AFD a accordé cette aide à l’Etat togolais pour la Commune de Lomé, nous avons eu des discutions avec les responsables de l’Agence et il a été décidé que les fonds soient rétrocédés à la Commune de Lomé ; je suis d’ailleurs entrain d’ouvrir un compte à la BTD où seront logés tous les fonds qui seront accordés à la ville de Lomé et c’est le Maire qui devrait désormais signer les chèques pour payer les différents fournisseurs.

Je voudrais préciser par ailleurs que l’aide de l’AFD ne va pas servir à payer l’enlèvement des ordures ménagères. Cette aide doit servir plutôt à aménager les sites tels que la décharge finale, les dépotoirs intermédiaires pour qu’on ne jette plus les ordures dans n’importe quel endroit, et puis il y a la lagune qu’on doit draguer, paver les berges et les rendre propres pour que le soir les citoyens de la ville puissent faire les promenades et autres. Voilà les travaux pour lesquels le fonds a été alloué.

Maintenant, n’agissant du paiement des redevances aux société prestataires de service qui  attendraient rentrer en possession de leurs fonds,  c’est un problème assez délicat, délicat en ce sens que les appels d’offre ont été lancés et il nous avait été dit que l’Etat a voté un crédit pour faire le travail pendant une période donnée, mais malheureusement au moment de la signature des contrats il nous a été dit que l’Etat devait payer moitié, la municipalité moitié. Et les travaux ont commencé mais les décomptes n’ont pas été régulièrement payés suite aux difficultés de trésorerie de l’Etat. Je crois qu’actuellement nous devons être au 7e décompte ;  donc sur les 12 mois, ils ont été payés pour six décomptes, il reste le 7e et d’après les assurances que nous avons eues, ils vont être entièrement payés. Maintenant la seule difficulté, c’est que l’Etat ne veut plus s’engager dans l’opération d’enlèvement des ordures ménagères et l’opération revient à la municipalité.  Nous sommes avec le ministre de la ville entrain de voir avec celui des finances dans quelle mesure ils peuvent financer cette opération parce que la ville n’a pas les moyens pour rendre des services gratuits aux ménagères qui produisent les ordures et qui ne peuvent pas les enlever. C’est ça qui est le vrai problème. Ailleurs, les ordures sont fiancées par les ménages, mais ici on nous demande de faire gratuitement le travail que les ménages devraient payer. Voilà le vrai problème. Donc, pour le commun des mortels qui arrive en ville et qui voit les ordures se promener à gauche et à droite, la mairie ne fait rien. Mais pour que
la Mairie fasse le travail, il faut que chacun de nous contribue et paie ses taxes pour permettre à la Mairie d’avoir les moyens et enlever les ordures et rendre la ville propre. Nous sommes rendus paresseux depuis 92 jusqu’à ce jour. L’Etat providence est fini. Je  lance donc un appel aux familles et aux ménages au sens de responsabilité citoyenne car, après les études que nous sommes entrain de mener, nous serons probablement amenés à  leur demander une contribution pour pouvoir rendre notre ville propre.

TOGOFORUM :  L'Etablissement Public Autonome pour l'Exploitation des Marchés de Lomé( EPAM) créé sous l'initiative de feu président Eyadema pour une gestion saine des marchés et dirigé aujourd'hui par un comité de trois membres est l'objet de vives critiques de la part des commerçantes des marchés de Lomé. Un appel à la désobéissance fiscale avait même été lancé par ces commerçantes. Le comité lui même, selon nos sources, serait divisé. Vous qui êtes Le Maire de la ville, quel rôle jouez-vous dans la gestion de cet établissement et dites-nous ce que vous pensez du comité de gestion?
M Lodé AOUSSI : Oui, l’EPAM a, en effet, été crée sous l’impulsion du feu chef de l’Etat parce qu’il avait été constaté que les marchés devaient produire des recettes pour construire d’autres marchés dans les quartiers. Et la gestion était telle que nos prédécesseurs en faisaient des budgets de fonctionnement. La Banque Mondiale est intervenue, a initié des études et a trouvé que les marchés sont rentables, donc il faut en faire un établissement autonome pour que ça génère des moyens pour construire d’autres marchés et rendre tous les quartiers capables d’avoir un marché. Et je m’en vais le dire, parce qu’à l’époque, j’étais le directeur des collectivités locales et aussi membre de l’équipe de la Banque Mondiale qui faisait le travail, l’EPAM pour ceux qui ne savent pas a été créé par arrêté municipal du maire. Là où le problème a commencé à se  poser, c’est que comment une autorité locale crée un établissement et l’autorité centrale s’accapare pour gérer. Voilà là où le problème est né. Donc, quand l’autorité centrale s’est accaparée de l’établissement que la municipalité a créé, ça a rendu la maire comme un mineur, il ne peut plus avoir droit de regard sur les marchés. Cette situation a continué jusqu’à ce qu’il y ait un scandale à l’EPAM ; c’est à l’issue de ce scandale que nous nous sommes retrouvés ici. Et il a été décidé pour une période très courte de mettre en place un comité de gestion pour mettre de l’ordre en attendant de repenser l’institution elle-même. Malheureusement, ça a duré et je crois que ça fait pratiquement cinq ou six ans que ce problème dure.

Vous-mêmes vous savez que lorsqu’on gère quelque chose à trois têtes, il y a toujours problème. Deuxièmement, il a été constaté que la gestion n’est pas ce qu’elle devait être. Vous allez constater que l’initiative de créer les marchés dans les quartiers n’a pas suivi. C’est pour ça que les commerçants ayant su que la création de l’EPAM était de leur rendre service pensent que les taxes qu’on leur prend servent à nourrir plutôt, soit les fonctionnaires, soit les agents etc. C’est pour cela que vous avez constat
é que depuis un moment elles  frondent, elles font de bruit et autres. A plusieurs Conseils d’administration auquel j’assiste d’ailleurs, il a été demandé de nommer un audit pour faire un inventaire des lieux, voir ce que l’EPAM a comme patrimoine (puisque toutes les structures appartiennent à la Mairie) , qu’est-ce que la Mairie a comme patrimoine et elle a donné à l’EPAM et voir si maintenant l’EPAM peut aider la municipalité à fonctionner. Ce problème, il y a environ deux ans que je l’avais posé à un des conseils et à l’époque c’était le ministre Boko qui a dit que c’est impossible que j’ai  une affaire et je la confie à quelqu’un de gérer et qui ne me donne plus rien. C’est ainsi que depuis deux ans l’EPAM verse une petite contribution à la ville de Lomé pour son fonctionnement. Mais l’idéal serait, par rapport aux autres pays entre autres Ouaga, Cotonou, qu’on repense la structure même de l’EPAM. Nous avons 26 marchés à Lomé gérés par l’EPAM, alors qu’à Cotonou il n’y a que le Grand marché et quelques marchés de la périphérie qui sont gérés par une structure analogue à l’EPAM à Lomé. Les autres marchés sont du ressort de la Commune de Cotonou. Ici le Maire n’a un droit de regard sur aucun marché de la ville. Donc, il  y a bien de repenser et je crois que les ministres en charge du dossier ont instruit une commission pour revoir les statuts de l’EPAM et les soumettre au chef de l’Etat pour qu’une décision soit prise pour que le problème de l’EPAM soit définitivement réglé.

TOGOFORUM :  Monsieur Le Maire, avez-vous un message à adresser aux populations de votre commune? 
M Lodé AOUSSI : Si j’ai un message à adresser aux populations, c’est de leur dire d’être non pas des habitants de la ville de Lomé mais des citoyens à part entière de la ville de Lomé et de prendre les problèmes de la ville comme leurs problèmes :

1)       en n’occupant pas anarchiquement les trottoirs

2)       en ne créant pas des dépotoirs sauvages n’importe où

3)       en ne jetant pas les détritus ou autres immondices dans les caniveaux pour les boucher et enfin

4)       en essayant de collaborer avec les autorités municipales pour payer leurs taxes pour nous permettre de mener à bon port notre action

 

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