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RFI :
Comi Toulabor, Bonjour !
Comi
Toulabor : Bonjour !
RFI
:
Que pensez-vous du départ du gouvernement de Koffi Panou, l’un
des piliers du régime.
Comi
Toulabor : Koffi Panou, c’est le fidèle parmi les fidèles et son
départ, on se demande si ce n’est pas un règlement de compte au
sein du sérail RPT.
RFI
: C’est
vrai qu’il y a de fortes rivalités internes au sein du RPT. On
l’a vu cette année avec la dissidence d’un autre pilier,
Agbeyome Kodjo.
Comi
Toulabor : Oui, et puis aussi, Maurice Dahokou Pere, Président de
l’Assemblée nationale, etc., qui est parti. Donc, si c’est un
limogeage, on pourrait avancer pour justifier cela, peut-être l’échec
de ses négociations avec l’Union Européenne.
RFI
:
On avait en effet tenté de convaincre l’Union Européenne de
reprendre son aide au Togo.
Comi
Toulabor : Oui, Oui, tout a fait !
RFI
:
Et, ça n’a pas abouti !
Comi
Toulabor : ça n’a pas abouti !
RFI
:
On peut imaginer un limogeage, ou une manœuvre pour préparer ou un
retour de Koffi Panou à de nouvelles fonctions.
Comi
Toulabor : C’est tout a fait possible. Koffi Panou peut du jour au
lendemain revenir et rebondir. En politique, on rebondit toujours.
RFI
:
Est-ce qu’il y a une assise politique au Togo ?
Comi
Toulabor : Je ne crois pas, je ne crois pas ; parce que vous
savez au Togo, il y a des rumeurs sur sa nationalité. Il semble
qu’il serait d’origine béninoise, ça c’est á vérifier.
Mais au Togo quand il y a problème, on agite le torchon rouge de la
nationalité des gens et c’est ce qui s’est passé pour Agbeyome
Kodjo.
RFI
:
La grande affaire des mois qui viennent c’est la présidentielle
au premier semestre de 2003. Officiellement, Gnassingbe Eyadema ne
se représentera pas, puisque la constitution le lui interdit. Il
l’a même promis à Jacques Chirac il y a trois ans. Qu’est-ce
qui va se passer a votre avis ?
Comi
Toulabor : Ecoutez ! Moi, je pense que Eyadem tentera de faire
modifier la constitution, parce que Eyadema s’est mis dans la tête
à lui, que sans lui, il y a pas de Togo. Et donc, cette
constitution qui limite son mandat à deux, quelque part n’a aucun
sens pour lui. D’autant que, bon, il apparaît comme le choisi, le
béni du Seigneur et donc, il est Là pour l’éternité un peu
comme Houphouët Boigny jusqu’à sa mort. Bien sûr, les Chirac à
qui il a promis de se retirer, prendront acte comme il le font
toujours. Donc, Moi, je pense que, bon, on s’achemine vers cette
hypothèse-là.
RFI
:
Mais, il n’y a personne au parti au pouvoir qui puisse avoir
l’envergure d’être un dauphin ?
Comi
Toulabor : Je pense que bon, Eyadema dans sa tête à lui pense que
bon, il n’a pas besoin de dauphin, il n’y a jamais songé et
quand ils sortent de ces têtes-là, qui apparaissent comme des
dauphins, tout de suite, on prend le maillet, et on leur tape
dessus et ils rentrent. C’est le cas d’Agbeyome Kodjo, c’est
le cas de Pere… Peut-être de Panou, je ne sais rien et d’autres.
RFI
:
Est-ce qu’il n’y a pas des similitudes entre la Côte d’ivoire
et le Togo ?
Comi
Toulabor : Moi, il me semble qu’il y a beaucoup de similitudes
entre la Côte d´’Ivoire et le Togo. Je pense même que bon, dans
les années prochaines, peut-être même moins, on s’acheminerait
vers une configuration à l’ivoirienne d’autant que tous
les ingrédients sont là, à savoir les problèmes fonciers qui
n’ont jamais été résolus. Quand Eyadema décide du jour au
lendemain que la terre appartient a celui qui la met en valeur, et
tout de suite, on voit les Kabye qui étaient venus - les Kabye sont
les… du nord du pays : disons l’ethnie présidentielle - et
donc cette ethnie qui est venue dans le sud dans les plantations de
café, de cacao dans le centre-sud du pays, autour d’Atakpamé, á
Kpalimé, etc. vendre leur force de travail du jour au lendemain se
retrouvent propriétaire. Alors, qu’est-ce qui s’est passé,
c’est que le Togo a déjà vécu les pogromes en miniature comme
en Côte d’Ivoire où les vrais propriétaires ont chassé manu
militari avec violence inouïe etc. ces usurpateurs des terres.
RFI
:
Pendant la transition 90.
Comi
Toulabor : C’est ça, 90-91 et ce problème n’a jamais été résolu,
même à Lomé, vous avez des locataires qui parce qu’ils sont
Kabye, ils sont du nord, parce qu’ils sont au pouvoir comme ils le
disent, ne payent pas le loyer.
RFI
:
Est-ce qu’il y a comme en Côte d’Ivoire des opposants qui sont
victimes d'ostracisme? .
Comi
Toulabor : Bien, écoutez, nous avons notre Alassane Ouattara en la
personne de Gilchrist Olympio qui est présenté dans les même
termes qu’Alassane Ouattara ;à savoir que c’est un
apatride, c’est un étranger, et, bon qu’il est né d’une
famille afro-brésilienne. Donc, on a tout ce discours-là xénophobe,
raciste qu’on a en Côte d’Ivoire.
RFI
:
Est-ce que la classe politique togolaise connais les mêmes dérapages
ethnonationalistes que de nombreux partis politiques Ivoiriens.
Comi
Toulabor : Non, non, non, Heureusement au Togo, on n’a pas de ces
dérapages ethno-régionalistes comme en Côte d’Ivoire.
Heureusement, non. Ce discours n’est pas partagé au contraire,
c’est combattu et c’est le RPT pour certaines raisons de
conservation du pouvoir, etc. qui continue à tenir ce discours
raciste.
RFI
:
L’opposition togolaise ne tient pas ce discours revanchard ?
Comi
Toulabor : Non, non ! Et même quand on prend la presse privée,
c’est rare de trouver comme en C’ôte d’Ivoire, vous prenez
des titres comme Le National, La Voix, Le Patriote, etc. où on
retrouve ce discours xénophobe. C’est que dans la presse
togolaise, on n’a pas ce genre de discours.
RFI :
Est-ce que la crise ivoirienne ne peut pas servir de repoussoir pour
les voisins, notamment pour les togolais et préserver de ce drame ?
Comi
Toulabor :
Non! Normalement, cette crise devrait servir de repoussoir, mais à
partir du moment où le pouvoir lui même se sert de cette crise,
alors, que font les gens dans leur discours ; c’est de
dire, bien on en a assez d’Eyadema ! Ecoutez, nous aussi
passons par la Côte d’Ivoire et donc comme ca, les choses seront
clarifiées.
RFI
:
Comi Toulabor, je vous remercie.
Comi
Toulabor :
Je vous en prie.
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