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Invité de RFI Afrique 5 décembre 2002 
 Politique togolaise

L'invité Afrique (RFI), 05/12/2002
Comi Toulabor
Chercheur au Centre d'Etude de l'Afrique Noire (CEAN) à Bordeaux

Au micro de Christophe Boisbouvier, le chercheur Toulabor aborde les problèmes fonciers au Togo, le départ de M. Koffi Panu du gouvernement, l'opposition togolaise, la prochaine élection présidentielle de 2003 au Togo. Il fait une comparaison entre les crises togolaise et ivoirienne. 

RFI : Comi Toulabor, Bonjour ! 

Comi Toulabor : Bonjour ! 

RFI : Que pensez-vous du départ du gouvernement de Koffi Panou, l’un des piliers du régime. 

Comi Toulabor : Koffi Panou, c’est le fidèle parmi les fidèles et son départ, on se demande si ce n’est pas un règlement de compte au sein du sérail RPT. 

RFI : C’est vrai qu’il y a de fortes rivalités internes au sein du RPT. On l’a vu cette année avec la dissidence d’un autre pilier, Agbeyome Kodjo. 

Comi Toulabor : Oui, et puis aussi, Maurice Dahokou Pere, Président de l’Assemblée nationale, etc., qui est parti. Donc, si c’est un limogeage, on pourrait avancer pour justifier cela, peut-être l’échec de ses négociations avec l’Union Européenne. 

RFI : On avait en effet tenté de convaincre l’Union Européenne de reprendre son aide au Togo. 

Comi Toulabor : Oui, Oui, tout a fait ! 

RFI : Et, ça n’a pas abouti ! 

Comi Toulabor : ça n’a pas abouti ! 

RFI : On peut imaginer un limogeage, ou une manœuvre pour préparer ou un retour de Koffi Panou à de nouvelles fonctions. 

Comi Toulabor : C’est tout a fait possible. Koffi Panou peut du jour au lendemain revenir et rebondir. En politique, on rebondit toujours. 

RFI : Est-ce qu’il y a une assise politique au Togo ? 

Comi Toulabor : Je ne crois pas, je ne crois pas ; parce que vous savez au Togo, il y a des rumeurs sur sa nationalité. Il semble qu’il serait d’origine béninoise, ça c’est á vérifier. Mais au Togo quand il y a problème, on agite le torchon rouge de la nationalité des gens et c’est ce qui s’est passé pour Agbeyome Kodjo. 

RFI : La grande affaire des mois qui viennent c’est la présidentielle au premier semestre de 2003. Officiellement, Gnassingbe Eyadema ne se représentera pas, puisque la constitution le lui interdit. Il l’a même promis à Jacques Chirac il y a trois ans. Qu’est-ce qui va se passer a votre avis ? 

Comi Toulabor : Ecoutez ! Moi, je pense que Eyadem tentera de faire modifier la constitution, parce que Eyadema s’est mis dans la tête à lui, que sans lui, il y a pas de Togo. Et donc, cette constitution qui limite son mandat à deux, quelque part n’a aucun sens pour lui. D’autant que, bon, il apparaît comme le choisi, le béni du Seigneur et donc, il est Là pour l’éternité un peu comme Houphouët Boigny jusqu’à sa mort. Bien sûr, les Chirac à qui il a promis de se retirer, prendront acte comme il le font toujours. Donc, Moi, je pense que, bon, on s’achemine vers cette hypothèse-là. 

RFI : Mais, il n’y a personne au parti au pouvoir qui puisse avoir l’envergure d’être un dauphin ? 

Comi Toulabor : Je pense que bon, Eyadema dans sa tête à lui pense que bon, il n’a pas besoin de dauphin, il n’y a jamais songé et quand ils sortent de ces têtes-là, qui apparaissent comme des dauphins, tout de suite, on prend le maillet, et on leur tape dessus et ils rentrent. C’est le cas d’Agbeyome Kodjo, c’est le cas de Pere… Peut-être de Panou, je ne sais rien et d’autres. 

RFI : Est-ce qu’il n’y a pas des similitudes entre la Côte d’ivoire et le Togo ? 

Comi Toulabor : Moi, il me semble qu’il y a beaucoup de similitudes entre la Côte d´’Ivoire et le Togo. Je pense même que bon, dans les années prochaines, peut-être même moins, on s’acheminerait vers une configuration à l’ivoirienne d’autant que tous les ingrédients sont là, à savoir les problèmes fonciers qui n’ont jamais été résolus. Quand Eyadema décide du jour au lendemain que la terre appartient a celui qui la met en valeur, et tout de suite, on voit les Kabye qui étaient venus - les Kabye sont les… du nord du pays : disons l’ethnie présidentielle - et donc cette ethnie qui est venue dans le sud dans les plantations de café, de cacao dans le centre-sud du pays, autour d’Atakpamé, á Kpalimé, etc. vendre leur force de travail du jour au lendemain se retrouvent propriétaire. Alors, qu’est-ce qui s’est passé, c’est que le Togo a déjà vécu les pogromes en miniature comme en Côte d’Ivoire où les vrais propriétaires ont chassé manu militari avec violence inouïe etc. ces usurpateurs des terres.  

RFI : Pendant la transition 90.  

Comi Toulabor : C’est ça, 90-91 et ce problème n’a jamais été résolu, même à Lomé, vous avez des locataires qui parce qu’ils sont Kabye, ils sont du nord, parce qu’ils sont au pouvoir comme ils le disent, ne payent pas le loyer. 

RFI : Est-ce qu’il y a comme en Côte d’Ivoire des opposants qui sont victimes d'ostracisme? . 

Comi Toulabor : Bien, écoutez, nous avons notre Alassane Ouattara en la personne de Gilchrist Olympio qui est présenté dans les même termes qu’Alassane Ouattara ;à savoir que c’est un apatride, c’est un étranger, et, bon qu’il est né d’une famille afro-brésilienne. Donc, on a tout ce discours-là xénophobe, raciste qu’on a en Côte d’Ivoire. 

RFI : Est-ce que la classe politique togolaise connais les mêmes dérapages ethnonationalistes que de nombreux partis politiques Ivoiriens. 

Comi Toulabor : Non, non, non, Heureusement au Togo, on n’a pas de ces dérapages ethno-régionalistes comme en Côte d’Ivoire. Heureusement, non. Ce discours n’est pas partagé au contraire, c’est combattu et c’est le RPT pour certaines raisons de conservation du pouvoir, etc. qui continue à tenir ce discours raciste.

RFI : L’opposition togolaise ne tient pas ce discours revanchard ? 

Comi Toulabor : Non, non ! Et même quand on prend la presse privée, c’est rare de trouver comme en C’ôte d’Ivoire, vous prenez des titres comme Le National, La Voix, Le Patriote, etc. où on retrouve ce discours xénophobe. C’est que dans la presse togolaise, on n’a pas ce genre de discours. 

RFI : Est-ce que la crise ivoirienne ne peut pas servir de repoussoir pour les voisins, notamment pour les togolais et préserver de ce drame ? 

Comi Toulabor : Non! Normalement, cette crise devrait servir de repoussoir, mais à partir du moment où le pouvoir lui même se sert de cette crise, alors, que font les gens dans leur discours ; c’est de dire, bien on en a assez d’Eyadema ! Ecoutez, nous aussi passons par la Côte d’Ivoire et donc comme ca, les choses seront clarifiées. 

RFI : Comi Toulabor, je vous remercie. 

Comi Toulabor : Je vous en prie.
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