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Pour togoforum.com, propos recueillis en Audio et transcrits en texte par Ali Camus le 20 mai 2006

Entretien avec Monsieur Comi Toulabor :
Echec ou réussite du dialogue : tout est fonction de quel bout de la lorgnette où on se trouve pour apprécier

«Nicolas Sarkozy est un françafricain initié par Charles Pasqua dont il est un allié dans les Hauts-de-Seine. Ses déclarations de rupture à Cotonou, au Bénin, le 19 mai 2006 sur la politique africaine de la France sont destinées à quelques bénins d’esprit. Nicolas Sarkozy règle ses comptes à Chirac sur le dos des Africains, et il est déplorable qu’il n’ait pas été reçu comme il se doit sur le sol africain. Il serait crédible sur le dossier françafricain hors campagne électorale qui pollue ses déclarations destinées aux gogos. Lorsqu’il était dans l’opposition, François Mitterrand fit plus fort que lui dans la dénonciation de la politique africaine de son pays. On connaît la suite lorsqu’il parvint au pouvoir en mai 1981. Il eût mieux valu pour les Africains que la Gauche n’accédât point au pouvoir afin de les laisser espérer à une rupture illusoire de la politique africaine. Aujourd’hui, ils n’ont rien à espérer de la Gauche comme de la Droite. Est toujours d’actualité le combat des Togolais et des Africains pour leur véritable libération. Il ne faut point attendre la fin de la Françafrique avec le départ de Chirac de l’Elysée. La Françafrique est une hydre, l’Hydre de Lerne, et les Africains se doivent de devenir des Hercules, pour l’anéantir.»

 
 

TOGOFORUM : Dialogue et toujours dialogue. Celui qui réunit actuellement opposition et RPT peut-il déboucher sur des conclusions audacieuses  ou  allons-nous vers un échec, vu son lancement hâtif, et surtout vu le manque de volonté des uns et des autres ?
Vous le dites très bien : « Dialogue et toujours dialogue ». Je suis persuadé que les Togolais dans leur immense majorité ne croient pas aux vertus du dialogue, dans sa douzième édition si on compte bien,  surtout après la meurtrière présidentielle d’avril 2005. Peut-on y croient encore? D'autres sont indifférents. Je ne suis pas certain que les acteurs qui participent au dialogue en ce moment, c’est-à-dire les tenants du pouvoir et leurs opposants, attendent sincèrement une sortie de crise par le haut. Faure et le RPT ont besoin de ce dialogue pour légitimer leur pouvoir afin que l’Union européenne ouvre les vannes de ses subsides, tandis que leur opposition, cette autre face du RPT, est prête à l’aider en contrepartie de la formation d’un éventuel gouvernement d’union ou de transition. C’est ce marchandage qui est en cours sous le couvert du dialogue.

Me Agboyibor nous parle de l’efficacité de sa méthode consistant à négocier avec le pouvoir tout en faisant pression sur lui dans la rue. Cette méthode, peut-être fiable dans les années 1990, est périmée aujourd’hui. Me Agboyibor est en train de négocier mais on ne voit pas cette pression dans la rue ni ailleurs. Sa méthode est un bon prétexte. Le grand perdant risque d’être les populations togolaises dont les morts et les réfugiés passeront par pertes et profits, le somnambule Premier ministre, Edem Kodjo, ayant été au moins clair sur ce point, confirmé par Abi Thessa, ministre de le Justice, dans ses déclarations par ailleurs.

Echec ou réussite du dialogue : tout est fonction de quel bout de la lorgnette où on se trouve pour apprécier. Il faut relire attentivement la « déclaration introductive » de Me Agboyibor, président du bureau du dialogue, présentant le bilan de sa « première phase » (cf. AgoraPress du 18 mai 2006). Rien qui emporte vraiment l’adhésion. En effet, Me Agboyibor ne nous dit pas clairement quels sont les points consensuels acquis et les points conflictuels qui sont encore en débat ou en désaccord. Au RPT, on criera immanquablement victoire, le but recherché; du côté de l’opposition, on entendra un discours discordant pendant que les instances de l’Union européenne nous feront un topo alambiqué, quant aux sans-voix, ce dialogue risque d’être un terrible coup de poing de plus dans l’abdomen. Personnellement, je n’attends rien de bon de ce dialogue en cours. Si réussite il y aura, ça sera probablement une sortie de crise par le bas, c’est-à-dire selon les visions du Klan : alors on appellera cela compromission et non compromis. Le Togolais doivent être vigilants. Quand pendant seize ans, on en est au douzième dialogue pour résoudre toujours le même problème, cela veut dire que la méthode du dialogue n’est pas la bonne. Avec en moyenne 0,75 dialogue tous les ans autour de la même crise, faut-il considérer la classe politique togolaise comme stupide ?  En tout cas, elle doit manifestement aimer ça, puisqu’elle n’éprouve aucune lassitude.


TOGOFORUM : Il y a la constitution de 1992, la seule votée par un réferendum massif des Togolais. Pourquoi ne pas revenir à celle-là pour faire une économie de dialogues qui se soldent toujours par des duperies ?

Il faut revenir non seulement à la constitution de 1992 et mais aussi à l’Accord-cadre de Lomé de juillet 1999. Si Faure voulait incarner l’homme d’ouverture et de rupture comme on nous l’avait bassiné durant la campagne électorale d’avril 2005, les premières mesures qu’il aurait dû prendre seraient le retour à ces textes de référence. En s’entourant de pieds-plats comme Charles Debbasch, le prisonnier en cavale, grand ordonnateur de la modification constitutionnelle en décembre 2002 devenu son mentor, Faure a démontré qu’il est lui-même un pied-plat. Les Togolais ne peuvent rien attendre de ces pieds-plats qui ont intérêt à ce que perdurent les habitudes de la maison, très voisines des méthodes de la pègre. Plus on multiplie les dialogues et plus on accorde des sursis à cette pègre qui continue de prospérer sur le dos des  Togolais.

TOGOFORUM : Apparemment le RPT a une peur bleue quand on avance cette constitution comme pouvant soulager le peuple togolais. Comment expliquiez-vous cette peur ?
Comme toutes les pègres du monde, la togolaise se reconnaît plus dans la violence et la brutalité, l’assassinat et l’arbitraire, l’enrichissement illicite et l’imposition de l’omerta que dans une constitution, une élection transparente et sincère, des normes et un ordre juste, etc. Les moyens d’Etat dont elle dispose la différencient fondamentalement des autres pègres. Aussi revenir à la constitution de 1992 serait de demander au Klan Gnassingbé de remettre pacifiquement la clé de la maison (le Togo) qu’elle occupe par la force depuis quarante ans. Ce qu’elle ne fera jamais ni d’Adam ni d’Eve si les Togolais ne se contentent que du  dialogue, cette véritable duperie. Le Klan a peur du retour de la constitution de 1992. Mais on a l’impression que ce retour ne constitue pas non plus l’une des préoccupations majeures de l’opposition et de ceux qui gravitent autour d’elle. Ce qui rend facile la tâche pour la pègre. 

TOGOFORUM : Tous les indicateurs socio-économiques sont au rouge. A qui veut l’entendre, le jeune président
dit, semble-t-il, que son père n’a nullement été inquieté par cet état de chose. Bien que venu dans des conditions qui froissent la conscience humaine, lentement mais sûrement l’opposition tous partis confondus le reconnaît comme président des Togolais. Le fait de remporter beaucoup de sièges au parlement si élection y avait pourrait-il affaiblir la machine RPT et le clan des Gnassingbé ?
Si vous me le permettez, je mets « jeune président » entre guillemets, parce que je ne le considère absolument pas comme Président. Il n’y a pas d’ambiguïté pour moi à ce niveau.  Cela fait, il faut dire que c’est là tout le paradoxe de la situation togolaise dont on se satisfait, comme ce fut le cas du père. Il n’y a pas que les partis politiques qui reconnaissent et fréquentent Faure en tant président du Togo, il y a des quartiers entiers de la société. En le fréquentant, on le rend fréquentable, et en le rendant fréquentable on le dote de la légitimité politique après laquelle il ne cesse de courir. La Françafrique a parfaitement réussi son coup au Togo. En Françafrique en effet, les élections qui comptent véritablement sont les présidentielles. On fait « élire » Faure dans n’importe quelles conditions et on contraint les « perdants » à négocier autour d’une table des élections secondaires que sont les législatives. C’est exactement ce qui s’est passé et se passe au Togo et dans les autres pays stratégiques de la Françafrique. Si rien n’est fait pour dégommer Faure du pouvoir, il peut alors envisager célébrer sereinement dans quatre ans le cinquantenaire de notre indépendance : le 27 avril 2010. Ce qui constituera la plus grosse injure jetée à la face du peuple togolais, contraint à avaler des couleuvres. Faure est en train d’acquérir sa légitimité par défaut, comme son père. Oui, l’Assemblée nationale, bien élue et largement dominée par une opposition crédible, peut servir de contre-pouvoir au Klan et à la pègre RPT, à condition qu’elle joue le rôle que la constitution de 1992 lui a dévolu, et ne tombe pas dans la situation du parlement français de la Vème République dont le Togo sait reproduire les miasmes jusqu’à la caricature.

TOGOFORUM : Olympio ne fait plus peur
, on dirait. La CDPA et le CAR brillent par des prises de positions ambiguës. N’est-il pas temps  que les Togolais lorgnent dans la société civile comme au Benin avec Yayi Boni pour effacer définitivement les larmes de nos concitoyens ?
Si par peur, vous renvoyez aux événements du 1977 et de 1985-1986, vous avez peut-être raison. Mais Gilchrist Olympio a maintenant quelques scrupules à assumer pleinement ces événements-là. Dans ces années citées, on était sous un régime de dictature militaro-monopartiste. Depuis le retour du pluralisme politique en 1990, avec la création de son parti, l’UFC, Gilchrist Olympio a renoncé à la stratégie de « chef de guerre ». S’il dispose d’un parti qui quadrille assez bien le territoire, il peine à traduire clairement en stratégie de conquête du pouvoir cette occupation territoriale ainsi que des principes éthiques et des valeurs morales de bon sens en politique publique. D’où beaucoup de cafouillages et de contradictions pour le moins incroyables : comme les rencontres hasardeuses d’Abuja, le manque d’alliances stratégiques avec d’autres partis et de relais au sein de l’armée et dans la société globale, et enfin l’absence manifeste de volonté de modernisation de l’UFC qui peut  difficilement à l’heure actuelle être considérée comme un parti de gouvernement.

L’UFC est un géant aux pieds d’argile, pas du tout structurée en commissions de réflexion, sans cadres (ressources humaines) organiques, etc. Elle n’éprouve même pas la nécessité de cette modernisation et « travaille » dans l’informel, à la hussarde, sans aucune instance de délibération collective. Ainsi par exemple les choix de Bob Akitani aux présidentielles de juin 2003 et d’avril 2005 sont des choix individuels et solitaires du président de ce parti qui, comme les autres, ne tient pas de congrès ordinaires ni extraordinaires. Même son hégémonie territoriale est devenue paradoxalement un handicap, le rendant archaïque sur nombre de plans, incapable de revendiquer et d’imposer ses différentes victoires électorales que tout le monde s’accorde à lui reconnaître, puisqu’elle ne s’est pas constituée en force structurée et structurante de son milieu. Ainsi donc se pose à Gilchrist Olympio et à son parti une question de crédibilité politique qui risque de s’approfondir à chaque échéance électorale si elle ne se dote pas de stratégies adéquates.

Ce qui est vrai de l’UFC l’est encore plus du CAR et de la CDPA, avec l’occupation territoriale en moins. Ces deux derniers partis, après la mort du dictateur Eyadéma, cherchent à se libérer de l’hégémonie de l’UFC pour afficher leur autonomie. Leurs prises de position contradictoires avant le XIIème dialogue s’expliquent par cette quête d’autonomie légitime. Mais le champ politique togolais étant encore très manichéen, puisque pas un brin démocratisé, les nuances de positionnement mal négociées sont perçues illégitimes et vous arriment au bateau RPT. D’où la suspicion qui frappe le CAR et la CDPA en ce moment, cherchant à se démarquer de trop de l’UFC qui occupe le terrain des revendications maximalistes, contraignant ainsi ses « alliés » à des prises de position qui sont des contorsions politiques. A terme, ces trois partis, incapables de s’entendre pour conjurer la dictature du Klan, seront frappés du même discrédit.

Au Bénin voisin où les partis politiques sont décrédibilisés, il est vrai que les populations se sont tournées vers la société civile, et on peut imaginer un semblable scénario au Togo. Cependant, il faut convenir que la société civile y est encore faible. On le voit avec le dialogue où elle est superbement ignorée par le Klan et aussi par l’opposition : les syndicats ou corporations de travailleurs, d’étudiants, de jeunes, de paysans sont absents. La société civile reste à construire et se construit difficilement sur place et dans la diaspora où on note quelques frémissements à l’heure actuelle. Au Bénin, c’est la société civile qui lança en 2004 des fronts d’associations tels que « Africa Obota » ou « Elan » pour lutter contre les tentatives de modification de la constitution que Kérékou et ses amis initiaient. C’est elle qui se mobilisa pour collecter des fonds pour la CENA (Commission électorale nationale autonome) lorsque le Caméléon voulut lui supprimer son financement, etc. Au Togo, si la société civile, surtout à travers sa diaspora, sait se mobiliser lors des élections, elle n’a pas encore acquis cette conscience de  se mobiliser pour défendre un cadre électoral juste qui détermine les règles du jeu, ni pour la lutte des principes éthiques comme le respect des droits de l’homme, au-delà de l’émotion épidermique légitime que suscite leurs violations.

Il faut que les Togolais arrêtent de considérer ce qui relève dans la plupart des cas d’assemblages de quelque trois ou quatre lettres de l’alphabet comme organisations de la société civile ; ce que d’ailleurs quelques malins aiment à agiter comme ressource politique pour entretenir l’illusion afin d’obtenir quelques cacahuètes auprès du Klan. Les Togolais doivent s’atteler sérieusement au travail de construction d’une société civile fiable et crédible que la quadragénaire dictature Eyadéma s’est employée à décapiter, au lieu de se contenter d’une société civile d’autant plus idéalisée qu’elle n’existe pas en tant que forces critiques structurées. La déception dans les partis politiques ne doit pas conduire à la myopie non plus quand d’aucuns soutiennent superbement que la société civile togolaise existe et qu’elle est aussi forte que celle en Afrique du Sud au temps de l’apartheid : là on rêve carrément.

TOGOFORUM : Mr Boko parle d’Etat voyou quand il s’agit  du Togo. Comment expliquiez-vous que devant la communauté internationale c’est le voyou qui ait toujours raison au détriment des honnêtes Togolais ?
L’Etat togolais a toujours été un Etat voyou. Au niveau international, certaines grandes nations se comportent aussi comme des Etats voyous au nom des intérêts et de la raison d’Etat : les Etats-Unis en Irak et dans le monde, la France dans ses anciennes colonies, et celles-ci vis-à-vis de leurs sujets. En gros, les Etats voyous se caractérisent par leur affranchissement  des règles et de l’éthique internationale. En fait il n’y a pas à proprement parler d’Etats voyous, il n’y a que des dirigeants voyous qui utilisent la puissance publique et les rouages de l’Etat au profit de leurs intérêts personnels. Ces dirigeants sont fascinés et attirés par des homologues tout aussi voyous qu’eux. Ainsi par exemple Chirac ne peut être charmé, comme la souris par le serpent, par la pègre françafricaine. Ainsi l’homme de la Corrèze a-t-il pactisé avec l’homme de la Kozah, et forment une sorte une confrérie ésotérique d’entraide et de fraternisation en tous les domaines. Il convient de savoir que la catégorie solaire appelée « communauté internationale » se limite, dans le cas du Togo, essentiellement à la France. C’est ce face à face qu’il convient de briser pour le Togo devienne réellement indépendant et souverain. Le voyou Chirac tient les voyous Gnassingbé qui à leur tour tiennent la population togolaise. Cette domination et cette exploitation étagées sont le propre même de la pègre.  

TOGOFORUM : La France colonisatrice n’a pas eu une clé magique pour délivrer les Togolais des Gnassingbé depuis 40 années. Elle n'y avait aucun intérêt, de toute façon. On dit même que la miterrandie a plus nui au peuple togolais que la chiraquie. A votre avis et fort des scandales qui sécouent le parrain universel des dictatures en Afrique Mr Chirac, l’an 2007 sanctionnant son départ de l’Elysée serait-il l’an 1 de la fin des souffrances du peuple togolais ?
Je serai pessimiste quitte à être agréablement surpris plus tard. La mitterrandie et la chiraquie, ainsi que la foccartie, forment un tout systémique. Il n’est pas sûr que la disparition de la tête de la Françafrique, Chirac, en mai 2007 signifie la fin du système. D’autres têtes Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, ou Ségolène Royal risquent de germer à la place.

TOGOFORUM : Après l'adoption de la "loi Sarkozy" en France et face à la colère des Africains de par le monde, M. Nicholas Sarkozy se défend de toutes les accusions et se dit même "ami de l'Afrique". Qu'en dites vous?
Nicolas Sarkozy est un françafricain initié par Charles Pasqua dont il est un allié dans les Hauts-de-Seine. Ses déclarations de rupture à Cotonou, au Bénin, le 19 mai 2006 sur la politique africaine de la France sont destinées à quelques bénins d’esprit. Nicolas Sarkozy règle ses comptes à Chirac sur le dos des Africains, et il est déplorable qu’il n’ait pas été reçu comme il se doit sur le sol africain. Il serait crédible sur le dossier françafricain hors campagne électorale qui pollue ses déclarations destinées aux gogos. Lorsqu’il était dans l’opposition, François Mitterrand fit plus fort que lui dans la dénonciation de la politique africaine de son pays. On connaît la suite lorsqu’il parvint au pouvoir en mai 1981. Il eût mieux valu pour les Africains que la Gauche n’accédât point au pouvoir afin de les laisser espérer à une rupture illusoire de la politique africaine. Aujourd’hui, ils n’ont rien à espérer de la Gauche comme de la Droite. Est toujours d’actualité le combat des Togolais et des Africains pour leur véritable libération. Il ne faut point attendre la fin de la Françafrique avec le départ de Chirac de l’Elysée. La Françafrique est une hydre, l’Hydre de Lerne, et les Africains se doivent de devenir des Hercules, pour l’anéantir. 

TOGOFORUM : De grands noms dont vous-même de la diaspora  sillonnent de pays en pays pour des conférences-débats. Preuve que les Togolais en ont marre de la situation. Faure est plus occupé par des voyages que par la situation delétère des Togolais. Que fait courir ce jeune président sous d’autres cieux à votre avis ?
Ah non et non ! je ne suis pas et ne me considère pas comme un grand nom de la diaspora togolaise. Les conférences que je donne par-ci par-là participent de mon travail de chercheur et de mon engagement citoyen. Il n’y a rien d’extraordinaire à ce niveau et cela ne doit en aucun cas me donner un statut privilégié au sein de la diaspora. Je suis vraiment désolé pour ceux qui pensent le contraire. Ce qui fait courir Faure ? Sûrement la conquête du saint Graal de la légitimité comme je l’ai écrit quelque part. Eh oui, Faure est conscient de sa mal-élection. Il croit qu’en parcourant le monde, le vase viendrait l’inonder de son contenu. Mais les capitales comme Tripoli, Riyad, Téhéran, Pékin, Rome, Libreville, Niamey, etc. ne confèrent pas la légitimité dans la tradition françafricaine. Quand il sera officiellement reçu à Berlin, Bruxelles, Washington et surtout à Paris, alors Faure pourra crier à sa victoire et se dire désormais reconnu. Pour l’instant, il est à constater que ce sont plutôt des leaders de l’opposition et des Togolais, qui se bagarrent aux portes de la mangeoire du Klan, qui sont en train de l’oindre président. La françafrique n’a qu’à croiser les bras, ils sont en train de faire  le travail à sa place.


TOGOFORUM : Question d’ordre personnel. Le commissaire á l’action humanitaire Louis Michel n’a plus que le groupe de mot « élections législatives  » au bec. Pour légitimer son pouvoir à la suite d’une élection qui a emporté  près de 1000 Togolais, Faure est allé jusqu’en zone occupée de la RDC  le rencontrer. Depuis le Belge a posé des actes très discutables. Selon vous pourquoi ce haut cadre européen a t-il aussi peur de la démocratie au Togo ? 
Comme vous, je cherche à comprendre en formulant plusieurs hypothèses. Première hypothèse : Louis Michel est un incompétent qui n’est pas à la hauteur du dossier togolais qui le dépasse. Mais on se demande à quoi servent ses collaborateurs et ses conseillers chargés de l’éclairer? Deuxième hypothèse : est-ce que l’arrogance et la suffisance (qui frisent parfois le racisme inconscient) que l’homme aime afficher n’oblitèrent pas son intelligence ? Troisième hypothèse : Louis Michel aurait des ambitions de Premier ministre dans son pays comme ce fut le cas d’un certain Romano Prodi. Mais si cela est vrai, on ne comprend pas très bien ses déclarations hasardeuses, contradictoires et d’une légèreté à peine croyable pour un homme politique qui a des ambitions. Quatrième hypothèse : Louis Michel roule pour Chirac sous l’influence duquel il se trouve. Sa focalisation sur les législatives et le déblocage des fonds de l’Union européenne après ce qui s’est passé au Togo s’apparente aux points de vue de Chirac. On sait que les pays africains sont des financeurs des partis politiques français et de leurs campagnes électorales, lesquelles sont proches. Il n’est pas impossible que Louis Michel cherche à accélérer les choses pour que Faure puisse venir cracher à temps au bassinet de la chiraco-sarkozyenne UMP, une fois effectué le déblocage des subventions européennes. En tout cas ce n’est pas lui, Louis Michel, qui demandera le gel des avoirs du Klan et l’interdiction de voyager au sein des pays de l’Union européenne. Cinquième hypothèse : Louis Michel aurait été envoûté par le Klan lors de son séjour à Pya en décembre 2004, et depuis il a perdu toute rationalité dans le dossier togolais comme il en a perdu dans le dossier de la RDC. Dans tous les cas, le commissaire européen est un agent qui nuit énormément à l’image de l’Union européenne dans les pays africains. Quelles hypothèses privilégier ? Je pense qu’elles ne sont pas exclusives et encore moins exhaustives, et qu’elles s’imbriquent les unes dans les autres comme les réseaux et les lobbies françafricains.

Bordeaux, le 20 mai 2006

Pour togoforum.com, propos recueillis en Audio et transcrits en texte par Ali Camus

 

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