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TOGOFORUM :
Dialogue et toujours dialogue. Celui
qui réunit actuellement opposition et
RPT peut-il
déboucher sur des conclusions
audacieuses ou allons-nous vers un
échec, vu son
lancement hâtif, et surtout vu
le manque de
volonté des uns et des autres ?
Vous le
dites très bien : « Dialogue et
toujours dialogue ». Je suis persuadé
que les Togolais dans leur immense
majorité ne croient pas aux vertus du
dialogue, dans sa
douzième édition si on compte bien,
surtout après la meurtrière
présidentielle
d’avril 2005. Peut-on y croient encore?
D'autres sont indifférents. Je ne suis
pas certain que les acteurs qui
participent au dialogue en ce moment,
c’est-à-dire les tenants du pouvoir et
leurs opposants, attendent sincèrement
une sortie de crise par le haut. Faure
et le RPT ont besoin de ce dialogue
pour légitimer leur pouvoir afin que
l’Union européenne ouvre les vannes de
ses subsides, tandis que leur
opposition, cette autre face du RPT,
est prête à l’aider en contrepartie de
la formation d’un éventuel
gouvernement d’union ou de transition.
C’est ce marchandage qui est en cours
sous le couvert du dialogue.
Me Agboyibor nous parle de
l’efficacité de sa méthode consistant
à négocier avec le pouvoir tout en
faisant pression sur lui dans la rue.
Cette méthode, peut-être fiable dans
les années 1990, est périmée
aujourd’hui. Me Agboyibor est en train
de négocier mais on ne voit pas cette
pression dans la rue ni ailleurs. Sa
méthode est un bon prétexte. Le grand
perdant risque d’être les populations
togolaises dont les morts et les
réfugiés passeront par pertes et
profits, le somnambule Premier
ministre, Edem Kodjo, ayant été au
moins clair sur ce point, confirmé par
Abi Thessa, ministre de le Justice,
dans ses déclarations par ailleurs.
Echec ou réussite du dialogue : tout
est fonction de quel bout de la
lorgnette où on se trouve pour
apprécier. Il faut relire
attentivement la « déclaration
introductive » de Me Agboyibor,
président du bureau du dialogue,
présentant le bilan de sa « première
phase » (cf. AgoraPress du 18
mai 2006). Rien qui emporte vraiment
l’adhésion. En effet, Me Agboyibor ne
nous dit pas clairement quels sont les
points consensuels acquis et les
points conflictuels qui sont encore en
débat ou en désaccord. Au RPT, on
criera immanquablement victoire, le
but recherché; du côté de
l’opposition, on entendra un discours
discordant pendant que les instances
de l’Union européenne nous feront un
topo alambiqué, quant aux sans-voix,
ce dialogue risque d’être un terrible
coup de poing de plus dans l’abdomen.
Personnellement, je n’attends rien de
bon de ce dialogue en cours. Si
réussite il y aura, ça sera
probablement une sortie de crise par
le bas, c’est-à-dire selon les visions
du Klan : alors on appellera cela
compromission et non compromis. Le
Togolais doivent être vigilants. Quand
pendant seize ans, on en est au
douzième dialogue pour résoudre
toujours le même problème, cela veut
dire que la méthode du dialogue n’est
pas la bonne. Avec en moyenne 0,75
dialogue tous les ans autour de la
même crise, faut-il considérer la
classe politique togolaise comme
stupide ? En tout cas, elle doit
manifestement aimer ça, puisqu’elle
n’éprouve aucune lassitude.
TOGOFORUM : Il y a la constitution
de 1992, la seule votée par un
réferendum massif des Togolais.
Pourquoi ne pas revenir à celle-là
pour faire une économie de dialogues
qui se soldent toujours par des
duperies ?
Il faut revenir non seulement à la
constitution de 1992 et mais aussi à
l’Accord-cadre de Lomé de juillet
1999. Si Faure voulait incarner
l’homme d’ouverture et de rupture
comme on nous l’avait bassiné durant
la campagne électorale d’avril 2005,
les premières mesures qu’il aurait dû
prendre seraient le retour à ces
textes de référence. En s’entourant de
pieds-plats comme Charles Debbasch, le
prisonnier en cavale, grand
ordonnateur de la modification
constitutionnelle en décembre 2002
devenu son mentor, Faure a démontré
qu’il est lui-même un pied-plat. Les
Togolais ne peuvent rien attendre de
ces pieds-plats qui ont intérêt à ce
que perdurent les habitudes de la
maison, très voisines des méthodes de
la pègre. Plus on multiplie les
dialogues et plus on accorde des
sursis à cette pègre qui continue de
prospérer sur le dos des Togolais.
TOGOFORUM : Apparemment le RPT a
une peur bleue quand on avance cette
constitution comme pouvant soulager le
peuple togolais. Comment
expliquiez-vous cette peur ?
Comme toutes les pègres du monde, la
togolaise se reconnaît plus dans la
violence et la brutalité, l’assassinat
et l’arbitraire, l’enrichissement
illicite et l’imposition de l’omerta
que dans une constitution, une
élection transparente et sincère, des
normes et un ordre juste, etc. Les
moyens d’Etat dont elle dispose la
différencient fondamentalement des
autres pègres. Aussi revenir à la
constitution de 1992 serait de
demander au Klan Gnassingbé de
remettre pacifiquement la clé de la
maison (le Togo) qu’elle occupe par la
force depuis quarante ans. Ce qu’elle
ne fera jamais ni d’Adam ni d’Eve si
les Togolais ne se contentent que du
dialogue, cette véritable duperie. Le
Klan a peur du retour de la
constitution de 1992. Mais on a
l’impression que ce retour ne
constitue pas non plus l’une des
préoccupations majeures de
l’opposition et de ceux qui gravitent
autour d’elle. Ce qui rend facile la
tâche pour la pègre.
TOGOFORUM : Tous les indicateurs
socio-économiques sont au rouge. A qui
veut l’entendre, le jeune président
dit, semble-t-il,
que son père n’a
nullement été inquieté par cet état de
chose. Bien que venu dans des
conditions qui froissent
la conscience humaine, lentement mais
sûrement l’opposition tous partis
confondus le reconnaît comme président
des Togolais. Le fait de remporter
beaucoup de sièges au parlement si
élection y avait pourrait-il
affaiblir la machine RPT et le clan
des Gnassingbé ?
Si vous me le
permettez, je mets « jeune président »
entre guillemets, parce que je ne le
considère absolument pas comme
Président. Il n’y a pas d’ambiguïté
pour moi à ce niveau. Cela fait, il
faut dire que c’est là tout le
paradoxe de la situation togolaise
dont on se satisfait, comme ce fut le
cas du père. Il n’y a pas que les
partis politiques qui reconnaissent et
fréquentent Faure en tant président du
Togo, il y a des quartiers entiers de
la société. En le fréquentant, on le
rend fréquentable, et en le rendant
fréquentable on le dote de la
légitimité politique après laquelle il
ne cesse de courir. La Françafrique a
parfaitement réussi son coup au Togo.
En Françafrique en effet, les
élections qui comptent véritablement
sont les présidentielles. On fait
« élire » Faure dans n’importe quelles
conditions et on contraint les
« perdants » à négocier autour d’une
table des élections secondaires que
sont les législatives. C’est
exactement ce qui s’est passé et se
passe au Togo et dans les autres pays
stratégiques de la Françafrique. Si
rien n’est fait pour dégommer Faure du
pouvoir, il peut alors envisager
célébrer sereinement dans quatre ans
le cinquantenaire de notre
indépendance : le 27 avril 2010.
Ce qui constituera la plus grosse
injure jetée à la face du peuple
togolais, contraint à avaler des
couleuvres. Faure est en train
d’acquérir sa légitimité par défaut,
comme son père. Oui, l’Assemblée
nationale, bien élue et largement
dominée par une opposition crédible,
peut servir de contre-pouvoir au Klan
et à la pègre RPT, à condition qu’elle
joue le rôle que la constitution de
1992 lui a dévolu, et ne tombe pas
dans la situation du parlement
français de la Vème République dont le
Togo sait reproduire les miasmes
jusqu’à la caricature.
TOGOFORUM : Olympio ne fait plus
peur, on dirait.
La CDPA et le CAR brillent par des
prises de positions ambiguës. N’est-il
pas temps que les Togolais lorgnent
dans la société civile comme au Benin
avec Yayi Boni pour effacer
définitivement les larmes de nos
concitoyens ?
Si par
peur, vous renvoyez aux événements du
1977 et de 1985-1986, vous avez
peut-être raison. Mais Gilchrist
Olympio a maintenant quelques
scrupules à assumer pleinement ces
événements-là. Dans ces années citées,
on était sous un régime de dictature
militaro-monopartiste. Depuis le
retour du pluralisme politique en
1990, avec la création de son parti,
l’UFC, Gilchrist Olympio a renoncé à
la stratégie de « chef de guerre ».
S’il dispose d’un parti qui quadrille
assez bien le territoire, il peine à
traduire clairement en stratégie de
conquête du pouvoir cette occupation
territoriale ainsi que des principes
éthiques et des valeurs morales de bon
sens en politique publique. D’où
beaucoup de cafouillages et de
contradictions pour le moins
incroyables : comme les rencontres
hasardeuses d’Abuja, le manque
d’alliances stratégiques avec d’autres
partis et de relais au sein de l’armée
et dans la société globale, et enfin
l’absence manifeste de volonté de
modernisation de l’UFC qui peut
difficilement à l’heure actuelle être
considérée comme un parti de
gouvernement.
L’UFC est un géant aux pieds
d’argile, pas du tout structurée en commissions de
réflexion, sans cadres (ressources humaines)
organiques, etc. Elle n’éprouve même pas la
nécessité de cette modernisation et « travaille »
dans l’informel, à la hussarde, sans aucune instance
de délibération collective. Ainsi par exemple les
choix de Bob Akitani aux présidentielles de juin
2003 et d’avril 2005 sont des choix individuels et
solitaires du président de ce parti qui, comme les
autres, ne tient pas de congrès ordinaires ni
extraordinaires. Même son hégémonie territoriale est
devenue paradoxalement un handicap, le rendant
archaïque sur nombre de plans, incapable de
revendiquer et d’imposer ses différentes victoires
électorales que tout le monde s’accorde à lui
reconnaître, puisqu’elle ne s’est pas constituée en
force structurée et structurante de son milieu.
Ainsi donc se pose à Gilchrist Olympio et à son
parti une question de crédibilité politique qui
risque de s’approfondir à chaque échéance électorale
si elle ne se dote pas de stratégies adéquates.
Ce qui est vrai de l’UFC l’est encore plus du CAR et
de la CDPA, avec l’occupation territoriale en moins.
Ces deux derniers partis, après la mort du dictateur
Eyadéma, cherchent à se libérer de l’hégémonie de l’UFC
pour afficher leur autonomie. Leurs prises de
position contradictoires avant le XIIème dialogue
s’expliquent par cette quête d’autonomie légitime.
Mais le champ politique togolais étant encore très
manichéen, puisque pas un brin démocratisé, les
nuances de positionnement mal négociées sont perçues
illégitimes et vous arriment au bateau RPT. D’où la
suspicion qui frappe le CAR et la CDPA en ce moment,
cherchant à se démarquer de trop de l’UFC qui occupe
le terrain des revendications maximalistes,
contraignant ainsi ses « alliés » à des prises de
position qui sont des contorsions politiques. A
terme, ces trois partis, incapables de s’entendre
pour conjurer la dictature du Klan, seront frappés
du même discrédit.
Au Bénin voisin où les partis politiques sont
décrédibilisés, il est vrai que les populations se
sont tournées vers la société civile, et on peut
imaginer un semblable scénario au Togo. Cependant,
il faut convenir que la société civile y est encore
faible. On le voit avec le dialogue où elle est
superbement ignorée par le Klan et aussi par
l’opposition : les syndicats ou corporations de
travailleurs, d’étudiants, de jeunes, de paysans
sont absents. La société civile reste à construire
et se construit difficilement sur place et dans la
diaspora où on note quelques frémissements à l’heure
actuelle. Au Bénin, c’est la société civile qui
lança en 2004 des fronts d’associations tels que « Africa
Obota » ou « Elan » pour lutter contre les
tentatives de modification de la constitution que
Kérékou et ses amis initiaient. C’est elle qui se
mobilisa pour collecter des fonds pour la CENA
(Commission électorale nationale autonome) lorsque
le Caméléon voulut lui supprimer son financement,
etc. Au Togo, si la société civile, surtout à
travers sa diaspora, sait se mobiliser lors des
élections, elle n’a pas encore acquis cette
conscience de se mobiliser pour défendre un cadre
électoral juste qui détermine les règles du jeu, ni
pour la lutte des principes éthiques comme le
respect des droits de l’homme, au-delà de l’émotion
épidermique légitime que suscite leurs violations.
Il faut que les Togolais arrêtent de considérer ce
qui relève dans la plupart des cas d’assemblages de
quelque trois ou quatre lettres de l’alphabet comme
organisations de la société civile ; ce que
d’ailleurs quelques malins aiment à agiter comme
ressource politique pour entretenir l’illusion afin
d’obtenir quelques cacahuètes auprès du Klan. Les
Togolais doivent s’atteler sérieusement au travail
de construction d’une société civile fiable et
crédible que la quadragénaire dictature Eyadéma
s’est employée à décapiter, au lieu de se contenter
d’une société civile d’autant plus idéalisée qu’elle
n’existe pas en tant que forces critiques
structurées. La déception dans les partis politiques
ne doit pas conduire à la myopie non plus quand
d’aucuns soutiennent superbement que la société
civile togolaise existe et qu’elle est aussi forte
que celle en Afrique du Sud au temps de
l’apartheid : là on rêve carrément.
TOGOFORUM : Mr Boko parle d’Etat voyou quand
il s’agit du Togo. Comment expliquiez-vous que
devant la communauté internationale c’est le voyou
qui ait toujours raison au détriment des honnêtes
Togolais ?
L’Etat togolais a toujours été un Etat
voyou. Au niveau international, certaines grandes
nations se comportent aussi comme des Etats voyous
au nom des intérêts et de la raison d’Etat : les
Etats-Unis en Irak et dans le monde, la France dans
ses anciennes colonies, et celles-ci vis-à-vis de
leurs sujets. En gros, les Etats voyous se
caractérisent par leur affranchissement des règles
et de l’éthique internationale. En fait il n’y a pas
à proprement parler d’Etats voyous, il n’y a que des
dirigeants voyous qui utilisent la puissance
publique et les rouages de l’Etat au profit de leurs
intérêts personnels. Ces dirigeants sont fascinés et
attirés par des homologues tout aussi voyous qu’eux.
Ainsi par exemple Chirac ne peut être charmé, comme
la souris par le serpent, par la pègre
françafricaine. Ainsi l’homme de la Corrèze a-t-il
pactisé avec l’homme de la Kozah, et forment une
sorte une confrérie ésotérique d’entraide et de
fraternisation en tous les domaines. Il convient de
savoir que la catégorie solaire appelée « communauté
internationale » se limite, dans le cas du Togo,
essentiellement à la France. C’est ce face à face
qu’il convient de briser pour le Togo devienne
réellement indépendant et souverain. Le voyou Chirac
tient les voyous Gnassingbé qui à leur tour tiennent
la population togolaise. Cette domination et cette
exploitation étagées sont le propre même de la
pègre.
TOGOFORUM : La France
colonisatrice n’a pas eu une clé magique pour
délivrer les Togolais des Gnassingbé depuis 40
années. Elle n'y avait aucun intérêt,
de toute façon. On dit même
que la miterrandie a plus nui au peuple togolais que
la chiraquie. A votre avis et fort des scandales qui
sécouent le parrain universel des dictatures en
Afrique Mr Chirac, l’an 2007 sanctionnant son départ
de l’Elysée serait-il l’an 1 de la fin des
souffrances du peuple togolais ?
Je serai pessimiste
quitte à être agréablement surpris plus tard. La
mitterrandie et la chiraquie, ainsi que la foccartie,
forment un tout systémique. Il n’est pas sûr que la
disparition de la tête de la Françafrique, Chirac,
en mai 2007 signifie la fin du système. D’autres
têtes Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn,
Laurent Fabius, ou Ségolène Royal risquent de germer
à la place.
TOGOFORUM :
Après l'adoption de la "loi Sarkozy" en France et
face à la colère des Africains de par le monde, M.
Nicholas Sarkozy se défend de toutes les accusions
et se dit même "ami de l'Afrique". Qu'en dites vous?
Nicolas Sarkozy est un
françafricain initié par Charles Pasqua dont il est
un allié dans les Hauts-de-Seine. Ses déclarations
de rupture à Cotonou, au Bénin, le 19 mai 2006 sur
la politique africaine de la France sont destinées à
quelques bénins d’esprit. Nicolas Sarkozy règle ses
comptes à Chirac sur le dos des Africains, et il est
déplorable qu’il n’ait pas été reçu comme il se doit
sur le sol africain. Il serait crédible sur le
dossier françafricain hors campagne électorale qui
pollue ses déclarations destinées aux gogos.
Lorsqu’il était dans l’opposition, François
Mitterrand fit plus fort que
lui dans la dénonciation de la politique africaine
de son pays. On connaît la suite lorsqu’il parvint
au pouvoir en mai 1981. Il
eût mieux valu pour les
Africains que la Gauche n’accédât point au pouvoir
afin de les laisser espérer à une rupture illusoire
de la politique africaine. Aujourd’hui, ils n’ont
rien à espérer de la Gauche comme de la Droite. Est
toujours d’actualité le combat des Togolais et des
Africains pour leur véritable libération. Il ne faut
point attendre la fin de la Françafrique avec le
départ de Chirac de l’Elysée. La Françafrique est
une hydre, l’Hydre de Lerne, et les Africains se
doivent de devenir des Hercules, pour l’anéantir.
TOGOFORUM : De grands
noms dont vous-même de la diaspora sillonnent de
pays en pays pour des conférences-débats. Preuve que
les Togolais en ont marre de la situation. Faure est
plus occupé par des voyages que par la situation
delétère des Togolais. Que fait courir ce jeune
président sous d’autres cieux à votre avis ?
Ah non et non ! je ne suis pas et ne me considère
pas comme un grand nom de la diaspora togolaise. Les
conférences que je donne par-ci par-là participent
de mon travail de chercheur et de mon engagement
citoyen. Il n’y a rien d’extraordinaire à ce niveau
et cela ne doit en aucun cas me donner un statut
privilégié au sein de la diaspora. Je suis vraiment
désolé pour ceux qui pensent le contraire. Ce qui
fait courir Faure ? Sûrement la conquête du saint
Graal de la légitimité comme je l’ai écrit quelque
part. Eh oui, Faure est conscient de sa mal-élection.
Il croit qu’en parcourant le monde, le vase
viendrait l’inonder de son contenu. Mais les
capitales comme Tripoli, Riyad, Téhéran, Pékin,
Rome, Libreville, Niamey, etc. ne confèrent pas la
légitimité dans la tradition françafricaine. Quand
il sera officiellement reçu à
Berlin, Bruxelles,
Washington et surtout à Paris, alors Faure pourra
crier à sa victoire et se dire désormais reconnu.
Pour l’instant, il est à constater que ce sont
plutôt des leaders de l’opposition et des Togolais,
qui se bagarrent aux portes de la mangeoire du Klan,
qui sont en train de l’oindre président. La
françafrique n’a qu’à croiser les bras, ils sont en
train de faire le travail à sa place.
TOGOFORUM : Question d’ordre personnel. Le
commissaire á l’action humanitaire Louis Michel n’a
plus que le groupe de mot « élections législatives
» au bec. Pour légitimer son pouvoir à la suite
d’une élection qui a emporté près de 1000 Togolais,
Faure est allé jusqu’en zone occupée de la RDC le
rencontrer. Depuis le Belge a posé des actes très
discutables. Selon vous pourquoi ce haut cadre
européen a t-il aussi peur de la démocratie au
Togo ?
Comme vous, je cherche à
comprendre en formulant plusieurs hypothèses.
Première hypothèse : Louis Michel est un incompétent
qui n’est pas à la hauteur du dossier togolais qui
le dépasse. Mais on se demande à quoi servent ses
collaborateurs et ses conseillers chargés de
l’éclairer? Deuxième hypothèse : est-ce que
l’arrogance et la suffisance (qui frisent parfois le
racisme inconscient) que l’homme aime afficher
n’oblitèrent pas son intelligence ? Troisième
hypothèse : Louis Michel aurait des ambitions de
Premier ministre dans son pays comme ce fut le cas
d’un certain Romano Prodi. Mais si cela est vrai, on
ne comprend pas très bien ses déclarations
hasardeuses, contradictoires et d’une légèreté à
peine croyable pour un homme politique qui a des
ambitions. Quatrième hypothèse : Louis Michel roule
pour Chirac sous l’influence duquel il se trouve. Sa
focalisation sur les législatives et le déblocage
des fonds de l’Union européenne après ce qui s’est
passé au Togo s’apparente aux points de vue de
Chirac. On sait que les pays africains sont des
financeurs des partis politiques français et de
leurs campagnes électorales, lesquelles sont
proches. Il n’est pas impossible que Louis Michel
cherche à accélérer les choses pour que Faure puisse
venir cracher à temps au bassinet de la
chiraco-sarkozyenne UMP, une fois effectué le
déblocage des subventions européennes. En tout cas
ce n’est pas lui, Louis Michel, qui demandera le gel
des avoirs du Klan et l’interdiction de voyager au
sein des pays de l’Union européenne. Cinquième
hypothèse : Louis Michel aurait été envoûté par le
Klan lors de son séjour à Pya en décembre 2004, et
depuis il a perdu toute rationalité dans le dossier
togolais comme il en a perdu dans le dossier de la
RDC. Dans tous les cas, le commissaire européen est
un agent qui nuit énormément à l’image de l’Union
européenne dans les pays africains. Quelles
hypothèses privilégier ? Je pense qu’elles ne sont
pas exclusives et encore moins exhaustives, et
qu’elles s’imbriquent les unes dans les autres comme
les réseaux et les lobbies françafricains.
Bordeaux, le 20 mai 2006
Pour togoforum.com, propos recueillis
en Audio et transcrits en texte par
Ali Camus |