|
Togoforum :
Monsieur Dahuku PERE, nous apprenons que votre
formation politique verra le jour sous peu. Quel est
le nom de ce parti et surtout quels sont les grands
traits de votre programme de société ?
Maurice Dahuku
Péré : Ma
formation politique, c’est trop dire ! Plutôt une
formation politique à laquelle mon ami, l’ancien
Premier Ministre Agbéyomé Kodjo, et moi pensons depuis
la dernière élection présidentielle, avec le soutien
très déterminant de tous nos compagnons et
sympathisants. Le nom de cette formation n’est pas
encore définitivement arrêté. Nous sommes en train de
finaliser la rédaction des objectifs que nous voulons
poursuivre ensemble. Après seulement, nous pourrons
choisir un nom qui convienne. Un journal de la
place,
Nouvel Echo, du
29 juillet dernier
nous prête un
nom pour le parti, mais ce nom
n’a absolument rien à voir
avec ce que nous faisons. Bientôt, si Dieu le
veut, vous le saurez et vous
connaîtrez en même temps les grandes orientations que
nous avons voulu privilégier. Elles vont donner à
notre action politique un soubassement éthique tenant
compte de notre expérience passée, mais surtout tiré
des expériences vécues lors de notre passage au
désert. Nous avons puisé dans celles-ci une force et
des idées pour envisager de construire, avec tous nos
concitoyens, une société togolaise nouvelle,
démocratique, prospère et conviviale.
Togoforum : Pourquoi
avez-vous mis si longtemps pour
créer votre formation politique ? Comptiez-vous
secrètement pouvoir un jour rénover le RPT bien
qu’officiellement exclu de ce parti ?
M.D.P :
J’admets que cette idée de créer notre propre parti
politique nous est venue tardivement. Cela s’explique
seulement par le fait que pendant longtemps nous avons
refusé d’y penser.
Après le congrès du renouveau de notre ancienne
formation politique en 1991 et suite à une tournée
faite à travers le pays pour écouter les frustrations
et les suggestions des militants, nous avons, mon ami
et moi, pris pratiquement l’engagement de rester
fidèles au parti à cause des militants et de mettre
tout en œuvre pour opérer, dans le parti, des réformes
courageuses qui seules pourront permettre de redonner
espoir à tous ceux qui, nombreux, croyaient encore au
parti. Malheureusement, au cours des années qui ont
suivi "le retour du
parti aux affaires",
si vous me permettez l'expression,
tous les engagements pris par le
congrès du renouveau envers les militants et envers
les populations ont été battus en brèche par tous ceux
qui ont choisi de laisser croire au président du parti
qu’il n’y avait rien à changer dans sa conduite de
l’Etat, qu’il avait entièrement raison contre le
peuple et que celui-ci s’était laissé tromper et
pousser à l’ingratitude par les leaders de
l’opposition. C’est vraiment en désespoir de cause que
j’ai décidé en 2002 de tirer la sonnette d’alarme,
initiative fortement appuyée en son temps par mon ami.
La conséquence a été, comme vous le savez, notre
exclusion qui court toujours, appuyée par une décision
de justice qui nous interdit de nous réclamer du RPT,
sous peine d’amende.
Même après cette exclusion, ce n’est pas l’idée de
créer un parti qui nous est venue la première, c’est
plutôt celle d’aller vers l’opposition pour la
soutenir dans sa lutte contre le système en place.
Mais, comme vous le savez aussi, la Coalition des
Forces Démocratiques (CFD) que nous avons entrepris
de mettre en place avec les partis de l’opposition a
tourné court. Elle a éclaté à la veille du scrutin
présidentiel de juin 2003 et nous, les Rénovateurs,
sommes entrés dans une alliance avec le Pacte
Socialiste pour le Renouveau (PSR). Cette alliance a
tout à fait bien fonctionné lors du scrutin
présidentiel de juin 2003, mais elle a été rompue à
l’occasion de l’élection présidentielle d’avril 2005.
Exclus du RPT, incompris par les partis de
l’opposition, les Rénovateurs que nous sommes n’avons
plus de choix aujourd’hui qu’entre jeter l’éponge ou
créer notre propre formation politique. Nous avons
décidé de ne pas jeter l’éponge.
Togoforum : Des
informations ont circulé à la veille de la
présidentielle du 24 avril 2005, faisant état de coups
bas du PSR dont vous auriez été
victime. D’aucuns ont affirmé que Péré a été trahi par
Me Abi. Qu’est-ce qui est vrai et qu’est-ce qui ne
l’est pas ?
M.D.P : J’évite de recourir à de grands mots
pour traduire ce qui s’est passé. Comme je l’ai déjà
expliqué à ceux qui m’ont interrogé en privé, c’est
seulement la veille de la fin du délai de dépôt des
candidatures que le responsable du PSR m’a informé que
son parti n’avait pas l’intention de m’investir. Mes
efforts pour le convaincre de l’intérêt qu’il y avait
pour notre alliance à être présente à cette élection
n’ayant rien donné, j’ai pris acte de sa décision.
Voilà les faits sur lesquels je ne veux porter aucun
jugement négatif. Tout concourt, dit-on, au bien de
ceux qui aiment Dieu.
Togoforum :
Le 08 juin dernier, M Faure Gnassingbé a nommé Edem
Kodjo Premier Ministre du Togo. D’aucuns sont assez
tranchés sur la question et estiment qu’on ne peut
rien attendre de positif d’une aventure avec les
enfants d’Eyadèma qui lui ont succédé avec beaucoup de
fracas. Connaissez-vous personnellement M Faure
Gnassingbé ? Si oui, pensez-vous qu’il est différent
de son père ?
M.D.P : Je l’ai déjà dit par le passé : la
personne de M. Faure Gnassingbé n’est pas mon
problème. Il est un citoyen togolais et peut de ce
fait, comme tout autre togolais, aspirer à diriger le
Togo. Et si le peuple le choisit, pourquoi ne
dirigerait-il pas effectivement ?
Mes vrais problèmes, ce sont les conditions dans
lesquelles il est arrivé au pouvoir, d’abord par un
coup d’Etat, ensuite par une conspiration
internationale autour du dernier scrutin présidentiel.
Ces conditions m’ont conduit à des questions bien
précises que j’ai déjà exprimées en d’autres
circonstances : De qui, de quoi les conspirateurs
ont-ils peur à la place des togolais ? Qui prétend
avoir une si bonne connaissance des intérêts des
Togolais qu’il peut s’arroger le droit de substituer
son jugement au leur dans le choix de leurs
dirigeants ? Pourquoi veut-on pousser les peuples à
bout ?
Voilà mes problèmes auxquels je pense devoir
contribuer à chercher des solutions appropriées pour
l’avenir.
Cela dit, je vous réponds tout de même que je n’ai pas
une connaissance particulière de Faure Gnassingbé. Je
l’ai croisé à l’Assemblée nationale entre 1999 et
2002, mais j’ai peu échangé avec lui. Je ne peux donc
pas vous dire s’il est ou non différent de son père.
Puisqu’il est président pour 5 ans, il y a assez de
temps devant nous pour le connaître. Certains, comme
vous le dites, estiment qu’il ne faut rien attendre de
positif d’une aventure avec les fils d’Eyadèma ; mais
vraisemblablement d’autres pensent autrement puisque
le Président a pu nommer un premier Ministre, lequel a
pu former son gouvernement. Donnons le temps à ceux
qui ont pris cette deuxième option de nous prouver
qu’ils n’ont pas tort.
Togoforum : Justement, M
Péré, quel regard portez-vous sur la nomination d’Edem
Kodjo et que faut-il en attendre, en terme
d’enracinement de la démocratie au Togo et de
redécollage économique ?
M.D.P : M. Edem Kodjo est Premier Ministre
du Président Faure. Cela signifie d’abord que le
Président a préféré le nommer plutôt qu’un autre. Cela
signifie aussi que M. Edem Kodjo a accepté cette
nomination. Je prends acte de ces deux faits sur
lesquels la loi ne prévoit pas que je donne mon avis.
Ceux qui ont élu ou fait Faure président savent
certainement ce qu’ils attendent de lui et du Premier
Ministre qu’il a nommé. C’est à eux qu’il faut poser
la question. Personnellement je n’attends rien de
particulier, ce qui ne signifie point qu’il n’a rien à
donner. Tout dépend des motivations profondes qui
l’ont poussé à accepter sa nomination : il peut en
résulter du bon comme du moins bon. Je veux souhaiter
pour ma part qu’il en résulte du très bon pour le
pays, aussi bien au plan de l’enracinement de la
démocratie que du redressement économique. Je n’ai
jamais douté des compétences des Togolais en quelque
domaine que ce soit. Ce sont leurs motivations qui
posent souvent problème et qui demandent à être
clarifiées.
Togoforum :
Monsieur Kodjo a formé son gouvernement que
certains qualifient avec ironie de « gouvernement de
large effectif » en référence au nombre de ministres
(24), de ministres délégués (04) et de secrétaires
d’Etat (02).Que pensez-vous de ce large effectif en
ayant à l’esprit le fait que le Premier Ministre
lui-même travaille à son domicile et que les autres
ministres du gouvernement ont du mal à trouver un
bureau confortable ?
M.D.P : La composition d’un gouvernement est
censée répondre à la perception que les hauts
responsables de l’exécutif ont des moyens qu’ils
doivent se donner pour résoudre les problèmes majeurs
de l’Etat. Je suppose que ces problèmes ainsi que les
moyens d’y faire face efficacement ont été bien
identifiés et que, par conséquent, le gouvernement dit
« de large effectif » se justifie au moins de ce point
de vue. Les citoyens attendent de tout gouvernement
mis en place qu’il s’attaque énergiquement aux
problèmes du pays et qu’il parvienne rapidement à
améliorer le sort des populations. Si dans un avenir
relativement proche le gouvernement de M. Edem Kodjo
nous donne à tous le sentiment d’être engagé largement
dans cette voie et démontre sa capacité à nous donner
largement satisfaction, je ne trouverai rien à redire
et vous non plus d’ailleurs.
Pour ce qui concerne les conditions de travail, je ne
crois pas qu’il soit opportun de s’en faire du souci.
Le Président et son Premier Ministre n’auraient pas
nommé ce gouvernement s’ils ne pensaient pas pouvoir
trouver des bureaux adéquats pour chaque ministre.
Togoforum : Que
pensez-vous du programme de gouvernement présenté par
MonsieurKodjo le samedi 2 juillet devant l’Assemblée
nationale RPT ?
M.D.P : Ce programme contient de très bonnes
idées. Je partage notamment les grands principes
énoncés. J’admire aussi la disponibilité avec laquelle
M. Edem Kodjo a accepté le poste de Premier Ministre.
J’ai un défaut majeur : je ne sais pas abdiquer. Cela
fait que lorsque ma conscience me refuse de faire une
chose, j’éprouve de l’admiration pour ceux qui peuvent
la faire et m’éviter ainsi de me poser trop de
questions.
Togoforum : Quelle
appréciation faites-vous de la plateforme soumise à
Faure Gnassingbé par la coalition avant la nomination
surprise de M Kodjo et qu’est-ce qui explique, selon
vous, que Faure l’ait rejetée en bloc ?
M.D.P : Il était tout à fait normal que la
Coalition, sollicitée pour participer à un
gouvernement d’union nationale, présente sa vision
d’un tel gouvernement et son point de vue sur les
objectifs à poursuivre ensemble. Un gouvernement
d’union ne s’explique pas simplement par la volonté de
l’une ou l’autre partie de partager les portefeuilles,
mais d’abord par la perception de la nécessité de
gouverner ensemble et par la réalisation d’une entente
sur un programme commun minimal. Je ne trouve donc pas
normal que la plateforme de l’opposition ait été
rejetée en bloc. Le Président aurait dû manifester un
peu de bonne volonté en négociant. Il aurait même eu
intérêt à accepter tout ou partie de cette plateforme
pour régler les problèmes urgents qui les ont
conduits, lui et la coalition, à certaines rencontres
à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Il en aurait
certainement tiré grand profit pour le présent et pour
l’avenir. Mais il n’a pas vu les choses ainsi, c’est
son choix qu’il pourra certainement mieux juger et
corriger avec le temps.
Togoforum : Avez-vous
été approché pour être membre du gouvernement ? Si
oui, pourquoi n’y êtes-vous pas ?
M.D.P : Oui, j’ai été approché à cet effet, de
manière non officielle, par des personnes aimables qui
m’ont proposé de toucher telle autorité pour moi ou
m’ont affirmé agir au nom de telle autre autorité. Je
leur ai refusé mon accord pour trois raisons.
La première est que j’avais voulu être candidat au
scrutin du 24 avril, mon dossier était prêt pour cela.
Ce sont des circonstances complètement indépendantes
de ma volonté qui m’en ont empêché. Je sais où je vais
et je n’ai jamais dit que je tenais à exercer une
fonction gouvernementale à n’importe quel prix.
La deuxième est que ce sont les conditions mêmes que
j’ai entrepris de combattre qui ont été consolidées
par la dernière élection présidentielle et je vois
difficilement pourquoi je participerais à un
gouvernement issu de cette élection.
La troisième, enfin, est que je n’avais pas du tout
l’intention de cautionner l’humiliation infligée à mon
pays et au peuple Togolais par une certaine communauté
internationale.
Ceci dit, je reste disposé à apporter de toutes
manières ma contribution au règlement de la crise de
notre pays dans le cadre d’une volonté manifeste de
recherche d’un large consensus au plan national.
Togoforum : Que
pensez-vous de l’entrée au gouvernement de Me Abi
Tchessa dont le parti politique (le PSR) vous avait
présenté comme candidat à la présidentielle de juin
2003 ?
M.D.P : Je n’ai rien de particulier à en
penser. Il l’a certainement mérité d’une manière ou
d’une autre. Je lui souhaite de tout cœur une belle
carrière politique.
Le PSR m’a présenté à l’élection présidentielle de
juin 2003, je l’en remercie. Il ne m’a pas investi
pour celle de 2005, je l’en remercie aussi.
Togoforum : Nous avons
appris par ailleurs que vous avez été réhabilité dans
tous vos droits par Faure Gnassingbé au lendemain de
sa prise de pouvoir, y compris dans vos droits
d’ancien Président de l’Assemblée. Pouvez-vous
confirmer ou infirmer ces informations ?
M.D.P : Le13 mars 2005, jour de mon invitation
à me rendre à Libreville, sur instructions du
Président Bongo, mon passeport ordinaire et celui de
mon fils m’ont été remis. Le lendemain à Libreville,
au cours des entretiens avec le Président Bongo, M.
Faure Gnassingbé s’est engagé à réparer ce qui pouvait
l’être dès son retour à Lomé, en attendant que le
reste suive. En conséquence j’ai reçu par la suite un
avis de virement couvrant les mois d’indemnités
parlementaires suspendus, ainsi que des arriérés de
salaire de fonctionnaire couvrant le reste du temps
jusqu’en janvier 2005. A cet égard je viens d’écrire
au Gouvernement pour lui souligner que, dans les
correspondances successives que je lui ai adressées,
il n’a jamais été question de salaire de
fonctionnaire mais plutôt de la rente viagère et des
autres avantages liés à mon statut d’ancien Président
de l’Assemblée nationale. Voilà les actes qui ont été
posés.
Selon vous, que dois-je considérer comme une
réhabilitation ? Est-ce le fait de m’avoir rendu
certains des biens que l’on avait abusivement
confisqués ? Je vous laisse apprécier et me dire
ensuite qui doit s’occuper des dommages matériels et
moraux ayant résulté de cette confiscation et du
reste.
Non, je n’ai pas encore des raisons de considérer que
j’ai été réhabilité ni dans l’intégralité de mes
droits, ni dans mon honneur. Il en est d’ailleurs de
même pour mes compagnons. Je peux tout au plus
féliciter les nouvelles autorités pour avoir compris,
à l’initiative d’une personnalité extérieure, qu’il
n’est pas bon d’abuser des citoyens qui ne demandent
qu’à servir honnêtement leur pays.
Togoforum : Quels sont
vos rapports avec les autres formations politiques de
l’opposition et surtout quels sont vos rapports avec
le RPT après le décès d’Eyadèma ?
M.D.P : Au moment où vous me posez la question,
je dois vous dire que je n’ai plus de rapports formels
avec aucun parti de l’opposition. Depuis juin 2003 je
n’en ai plus eus vraiment. J’ai dû me rendre à
l’évidence que je représentais pour certains de leurs
dirigeants plus un problème qu’une approche de
solution et j’en ai pris acte.
Avec le RPT les rapports sont demeurés tels qu’ils
étaient depuis mon exclusion du parti. Après la
rencontre de Libreville il y a eu ces rumeurs que l’on
a fait courir sur mon retour au parti, puis cette
fausse impression que l’on a donnée de vouloir entrer
en discussion avec moi ; mais la volonté de négocier a
disparu dès qu’il a été évident que je n’allais pas
constituer un obstacle lors de la présidentielle. La
seule rencontre que mes compagnons et moi nous avons
eue avec les émissaires du RPT est intervenue le 28
mars, je crois. Ils nous ont demandé pour l’essentiel
de tenir prête, pour la prochaine rencontre, la liste
des torts que nous estimions avoir subis ; mais ils ne
sont plus revenus jusqu’à ce jour.
Togoforum : Comment se
porte votre compagnon, M Agbéyomé Kodjo, après sa
libération ?
M.D.P : Apparemment il se porte bien. Mais
après toutes les fortes émotions de l’exil et les
conditions de vie particulières de la prison
togolaise, il n’est vraiment pas superflu de s’assurer
de l’état réel de sa santé. Il s’en occupe en ce
moment.
Togoforum : Pouvez-vous
nous dire un mot sur la rencontre de Libreville avec
Omar Bongo-Ondimba à la veille du scrutin présidentiel
du 24 avril 2005 ?
M.D.P : Avant d’arriver à Libreville je ne
savais pas pourquoi ma présence y était requise. Mais
après les entretiens auxquels j’ai participé, je peux
vous résumer la situation de la manière suivante : Le
Président Bongo a demandé à mon ami, l’ancien Premier
Ministre, et à moi de lui raconter ce qui nous est
arrivé au sein de notre ancienne famille politique. Il
a ensuite écouté une autre délégation et c’est
lorsqu’il nous a réunis avec elle que nous avons
compris que M. Faure Gnassingbé était aussi présent, à
Libreville, à la tête d’une délégation. Ce qui s’est
passé dès lors me fait dire que le président Bongo a
voulu nous réconcilier afin d’obtenir que mon ami et
moi nous reprenions notre place dans notre ancienne
famille politique.
Malgré toute la bonne volonté du Président Gabonais,
les conditions n’ont pu être réunies pour que les
entretiens atteignent leur but : Aucune demande de mon
ami concernant ses parents défunts n’a été satisfaite
et je n’étais guère, pour ma part, encouragé par les
dispositions peu conciliantes de l’autre partie.
Toutefois je veux préciser que j’ai beaucoup apprécié
la personnalité du président Bongo telle qu’elle m’est
apparue au cours des différents entretiens. Sa qualité
d’écoute, sa courtoisie et sa compassion m’ont
personnellement beaucoup touché.
Togoforum :
Au fait qui avait
intérêt à une telle rencontre
selon vous ?
M.D.P : Qui avait
intérêt à cette rencontre ? Je ne peux pas le dire
vraiment. Ce dont je suis certain est que je ne
m’attendais guère à une telle rencontre. J’ai
seulement constaté, à Libreville, que le Président
Bongo était vivement préoccupé par un certain
règlement de la crise togolaise.
Togoforum : Votre mot de
fin.
M.D.P : Mon mot de fin, je veux l’adresser
principalement aux compatriotes qui ont subi les
violences occasionnées par le dernier scrutin
présidentiel. Beaucoup trop sont morts, beaucoup ont
été mutilés à vie. Des milliers se sont exilés ou
déplacés à l’intérieur du pays. A tous je tiens à dire
ma profonde compassion et mon espoir que très bientôt
notre pays ne sera plus le même. Soit parce que les
nouvelles autorités auront compris que pour gouverner
démocratiquement les Togolais il n’est pas besoin
d’enjamber leurs cadavres, soit parce que toutes les
communautés composant notre Nation auront compris que
c’est dans l’union vraie que nous pourrons accoucher
de la nouvelle société que Dieu nous a déjà donnée.
C’est cette société là que nous devons accueillir et
non pas une autre.
Je voudrais aussi remercier tous les pays qui se sont
laissés toucher par cette tragédie et ont accueilli
nos compatriotes exilés et/ou leur ont apporté, en
bons samaritains, leur aide fraternelle. Que ces pays
ne se laissent pas décourager par les inconvénients
liés à leur présence et ne renoncent pas à les traiter
dignement ; le Togo le leur revaudra bien un jour.
A l’heure qu’il est sur le continent et au Togo en
particulier, il n’est guère facile de s’impliquer en
politique. Je considèrerai assurément comme un honneur
de mourir pour les causes que j’ai aimé défendre, mais
j’ai plutôt demandé à Dieu de les faire aboutir à sa
convenance. C’est donc en toute confiance que je veux
poursuivre mon combat. Désormais, avec le parti qui
naît, les choses ne font que commencer et tout espoir
est permis. Que Dieu bénisse et protège le Togo !
|