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Christophe Boisbouvier: Gilchrist Olympio bonjour.
Gilchrist Olympio: Bonjour
Christophe Boisbouvier: Comment réagissez-vous au rejet de votre
candidature?
Gilchrist Olympio: Finalement c’est un non événement parce que, comme
vous le savez, ce n’est pas la première fois que ma candidature a été
rejetée. En 93 ce sont les certificats médicaux qui n’etaient pas conformes;
en 98, vous savez, il a arrêté le décompte des voix et finalement il s’est
déclaré vainqueur avec 52% des voix.
Cette
fois-ci il nous a jeté tous les obstacles possibles sur la voie. Il peut
être président à vie; et il parait même qu’il a un certain nombre de fils,
de filles et d’enfants qu’il est en train de préparer pour prendre la relève..
Nous pouvons en avoir sur le dos jusqu’a la fin de ce siècle. Il a amendé
de façon unilaterale la loi électorale, la constitution, les conditions de
résidence; il faut aussi qu’il y ait un quitus fiscal. Bien que je n’aie
pas travaillé au Togo et que je n’aie pas de revenu, il a refusé de donner un
quitus; il a refusé ma domicilation. J’ai une maison familiale au Togo.
Finalement, on ne s’attendait pas à autre chose que ce qui s’est passé avec
la requête à la cour constitutionnelle.
Christophe Boisbouvier: Alors qu’est ce que vous allez faire maintenant?
Gilchrist Olympio: Nous sommes en lutte contre ce régime depuis très
longtmps; depuis plus d’un trentaine d’années. Nous allons renforcer
la lutte par tous les moyens: La désobéissance civile, les grèves, les
meetings populaires, les organisations de masse etc. Nous aimerions à tout
pris éviter la violence parce que la violence appelle la violence et nous
croyons que M. Eyadema n’hésitera pas comme il l’a fait dans le passé à tuer
des gens, à tirer dans la foule. Mais nous croyons que la lutte doit
continuer.
Les
jeunes sont très excités en ce moment et nous essayons de les calmer. Mais
je les comprends aussi. Quand vous avez 25 ans et que vous avez tout votre
avenir hypothequé par ce regime de M Eyadema, vous n’avez aucun avenir
devant vous; vous avez le droit d'être un peu excité.
Christophe Boisbouvier: Mais que conseillez-vous à vos partisans dans
les heures qui viennent.
Gilchrist Olympio: Surtout de garder le calme jusqu’à ce qu’on prenne
une décision définitive. Parce que le scrutin qui vient n’a pas de sens. Si
le but de M Eyadema c’est de faire lever les sanctions, il se trompe.
Christophe Boisbouvier: Quelle consigne allez-vous donner à vos
partisans pour le scrutin du premier juin.
Gilchrist Olympio: Nous attendons de voir. Peut-être, je suis le président du parti
politique le plus important de notre pays. J’ai été exclu, donc ces
élections n’ont pas de sens.
Christophe Boisbouvier: Est-ce que vous pourrez appeler à voter pour un
autre candidat de l’opposition, Bob Akitani par exemple?
Gilchrist Olympio: Bob Akitani est le candidat d’un parti ami qui
s’appelle le PFC, parti des force de changement. Mais notre réflexion nous
dit que si M Eyadema m’écarte par tous ces moyens juridico-techniques, il ne
va pas accepter mon sosie non plus. Il trouvera les moyens aussi pour
écarter les gens qui sont proches de nous. Et finalement est-ce que
ces élections ont un sens? Nous n’avons même pas le droit d’avoir des
représentants dans les bureaux de vote. Par conséquent nous prendrons des
décisions dans les jours qui viennent.
Christophe Boisbouvier: Bon, alors il y a Bob Akitani, mais il y a
aussi d’autres candidats de l’opposition. Il y a Yawovi Agboyibor, Léopold
Gnininvi. Est-ce que vous pourriez éventuellement appeler à voter pour l’un
d’entre eux?
Gilchrist Olympio: Ce n’est pas dans notre repertoire pour le moment.
Vous savez nous avons eu des relations un peu difficiles avec certains de
ces partis et par conséquent nous sommes en train de voir ce qu’on peut
faire. Mais Si Eyadema m’écarte, il va également écarter les gens qui sont
proches de moi et de la politique que nous voulons poursuivre. Par
conséquent pour le moment nous n’avons pris aucune décision. Parce que nous
croyons que finalement ces élections n’auront aucun sens et que
l’alternance au Togo et la décision finale sur le sort de M. Eyadema se fera
par des moyen politiques et pas nécessairement par les scrutins qui auront
lieu dans deux ou trois semaines.
Christophe Boisbouvier: Donc si jamais vous avez à appeler à voter pour
un autre candidat, vous ne le ferez pas tant que la cour constitutionnelle
n’aura pas définitivement validé les autres candidats pour ne pas trop les
exposer?
Gilchrist Olympio: Non je n’ai pas tout a fait dit ça. Vous savez dans
notre pays, que ce soit la cour Contitutionnelle, le parlement, le
gouvernement, ce sont des institutions créées par M. Eyadema qui sont
inféodées à ses gens. Nous n’attendons pas la décision de la cour
constitutionnelle. Nous essayions d’évaluer si ces élections ont un sens et
à notre avis, ces élections n’ont finalement pas beaucoup de sens.
Christophe Boisbouvier : Gilchrist Olympio, vous êtes plus tenté par un
boycott que par autre chose en ce moment?
Gilchrist Olympio: Je ne dis pas ça. Si nous somme arrivés à ce point;
Si nous avons poursuivi notre action jusqu’à aller devant la cour
constitutionnelle dominée par M. Eyadema, c’est parce qu’on veut prouver à
notre population à l’intérieur et à l’extérieur, à l’Union européenne et
surtout à la France que nous ne sommes pas un parti qui prône la chaise
vide. Nous sommes un parti qui veut aller à l’élection et Monsieur Eyadema
ne nous donne pas la chance de le faire.
Christophe Boisbouvier: Est ce que vous pensez que la France a fait
tout ce qu’elle pouvait pour que le scrutin soit le plus transparent
possible.
Gilchrist Olympio: Nous sommes très surpris par l’attitude de la France.
Leur dernière reaction à la presse a été tres très tiède. La France continue
de considérer M. Eyadema comme un chef d’Etat sérieux qu’il faut prendre par
des pincettes. Nous croyons que Monsieur Eyadema doit être considéré comme
protagoniste de la crise qui sevit au Togo et traité comme tel.
Christophe Boisbouvier: Gilchrist, après tant d’années de lutte sans
résultat concret, est-ce que vous n’avez pas envie de renoncer aujourd’hui?
Gilchrist Olympio: Je ne crois pas. Nelson Mandela a fait 25 ans en
prison. Mon slogan c’est ce que j’ai appris chez les prètres catholiques à Lomé: “Du spiro spero”. Tant que je respire j’ai l’espoir. |