Léon Francis Lebris : Au moment
où nous entamons cette interview, la presse internationale a annoncé
le 28 août que le Chef de l'Etat togolais se faisait soigner à Milan
depuis plusieurs jours pour un cancer. D'autres sources, bien
introduites, affirment que sa situation médicale est très critique et
n'hésitent pas à envisager le pire pour le général et pour le Togo.
Comment réagissez-vous à cette situation nouvelle ?
Gilchrist Olympio :
Je suis un adversaire politique et non un adversaire personnel de
Eyadema. Ce que j'aurais souhaité, c'est qu'il nous donne l'occasion
d'organiser des élections libres et transparentes au Togo et qu'il
soit bien battu. Après quoi, nous aurons un gouvernement démocratique
qui va faire ses preuves. Ceci dit, la presse internationale nous
apprend ce vendredi 28 août que M. Eyadema est malade et que c'est
très sérieux, mais nous n'avons pas en ce moment une concordance sur
les informations qui nous parviennent. Le Togo a été jusqu'à hier très
silencieux dans les médias officiels. Les responsables se sont bornés
à dire que le Chef de l'Etat était de passage en Italie, qu'il aurait
rencontré le Pape, mais qu'un peu fatigué, après, il serait allé
ensuite dans une clinique. Aujourd'hui, on nous dit que c'est une
clinique un peu spécialisée dans certaines maladies. M. Eyadema se
trouve depuis deux semaines dans cette clinique à Milan, dans le Nord
de l'Italie. (NDLR : Le Président Eyadema est déjà
retourné dans son pays où il a même rencontré hier M. Lida Kouassi,
ancien ministre ivoirien, P10). Dans la même situation se trouve
un de ses fils bien-aimé, Ernest, qui vient d'être nommé ministre et
serait celui que son père aurait voulu qu'il lui succède, selon
certaines rumeurs (or on n'est pas en monarchie) et le fils d'Eyadema,
qui a toujours fait peur à la population parce qu'il est toujours le
patron des para-commandos et se dit lui-même gouverneur de la région
septentrionale du Togo, serait lui aussi gravement malade et
hospitalisé à Paris pour des problèmes rénaux...
La semaine passée (l'interview est réalisée le 29 août),
il paraît qu'une des filles du Chef de l'Etat aurait eu un accident de
voiture assez grave avec quatre autres filles qui seraient décédées.
Quant à la fille d'Eyadema, elle serait, elle, gravement malade. C'est
donc une période difficile pour cette famille au Togo.
Léon Francis Lebris :
Selon certains avis relayés par la presse internationale, si le
pire se produisait, cela pourrait créer un vide politique au Togo.
Etes-vous du même avis ?
Gilchrist Olympio :
Vide politique, c'est trop dire. Vous savez, au Togo, il y a beaucoup
de gens qui veulent prendre le pouvoir : l'armée, l'opposition, le
parti politique d'Eyadema, etc. Si les choses se précipitaient,
constitutionnellement, c'est le président de l'Assemblée nationale,
M. Natchaba, qui devrait prendre le pouvoir. Et au bout de 60 jours,
organiser des élections. Mais cela, c'est la théorie car en pratique,
je crois qu'il y aurait certaines confrontations entre l'opposition
démocratique à laquelle j'appartiens, le RPT parti d'Eyadema, l'armée
plus la police. La communauté internationale aura aussi son mot à
dire. Car, comme vous le savez, depuis 1992, il y a des sanctions
contre le Togo décidées par l'Union européenne. L'accord ACP-UE
indique que quand il y a un déficit de démocratie, les Européens ont
le droit d'inviter leurs partenaires ACP à des discussions. Or le Chef
de l'Etat et son gouvernement n'ont pu convaincre l'Union européenne
qu'il n'y a pas de violation des droits de l'Homme. Donc, la
coopération officielle entre l'Union européenne et le Togo est
suspendue depuis 11 ans ; ce qui a eu comme conséquence une
aggravation de la crise économique que nous connaissons tous. Le Togo
est un petit pays, avec seulement 4 millions d'habitants, un pays qui
ne produit que 10 à 12.000 tonnes de café et de cacao par an.
Léon Francis Lebris :
On ne peut pas dire que vous vous réjouissez de la situation
actuelle du Président Eyadema et de sa famille, mais la tournure
qu'elle prend ne semble pas vous déplaire et vous n'exprimez même pas
de compassion…
Gilchrist Olympio :
Vous savez, je ne connais pas personnellement M. Eyadema et je n'ai
jamais eu à parler avec lui. Je sais qu'on l'accuse de beaucoup de
choses et je sais qu'il est au pouvoir depuis environ 40 ans ; ce qui
fait beaucoup. A plusieurs reprises, nous avons essayé de le faire
partir : par des moyens diplomatiques, politiques, par le dialogue,
etc. S'il devait quitter la vie politique à la suite de cette maladie,
cela ne serait pas une victoire pour nous. Nous voulions le départ
politique de M. Eyadema.
Léon Francis Lebris :
Revenons maintenant à vous-même. Quel homme politique êtes-vous,
quand vous n'êtes pas la bête politique togolaise qui resurgit à
l'approche de chaque élection présidentielle depuis quelques années ?
Gilchrist Olympio :
Je suis économiste de formation. J'ai été formé à la London School of
Economics à Londres d'où je suis sorti diplômé et j'ai fait mon
doctorat à l'Université d'Oxford. J'ai travaillé aux Nations unies
comme économiste, au service des études fiscales et financières et
j'ai été le premier Africain francophone à intégrer le Fonds Monétaire
International en 1964. Il y avait déjà un Nigérian là-bas, avec Mandé
Sidibé qui était récemment Premier ministre du Mali mais qui nous a
rejoint au FMI en 1965, puis Alassane Ouattara arrivé en 1967 et qui a
été lui aussi récemment Premier ministre en Côte d'Ivoire. En 1970,
j'ai quitté le FMI pour aller à Londres où j'ai travaillé comme
directeur d'un groupe minier et financier chargé des relations avec la
bourse des " Stocks ex-changes ". Depuis 1981-82, je gère mes propres
affaires, un peu en Côte d'Ivoire et au Ghana, dans l'industrie.
J'enseigne toujours à l'Université à Londres et j'écris mais petit à
petit je prends ma retraite. Aujourd'hui, j'ai 66 ans.
Léon Francis Lebris :
Pourquoi voulez-vous le pouvoir suprême au Togo et le voulez-vous à
tout prix, malgré les trois invalidations dont vous avez déjà fait
l'objet ?
Gilchrist Olympio :
Je suis entré en politique pour opérer le changement. Je suis le
président du plus grand parti au Togo, l'Union des forces du
changement. Au moment où j'avais lancé mon parti, l'UFC, faire la
politique au Togo était une affaire très dangereuse. J'ai lancé
d'abord le mouvement togolais pour la démocratie dans les années 80 et
on opérait à partir des pays européens mais pas tellement sur le sol
togolais et plus tard, on a créé l'UFC au début des années 90. Vous me
demandez pourquoi je suis autant intéressé par la magistrature suprême,
je vous rappelle donc que la Constitution donne des pouvoirs réels au
Président de la République et constitutionnellement, il peut dissoudre
le Parlement s'il le veut. Quant à l'UFC, il a un programme de
gouvernement qui a été officiellement voté par mon parti le 15 août
1992. Ce programme est consistant sur les plans internes et externes
et nous avons les hommes qu'il faut pour le mettre en œuvre. C'est
donc ce projet que je porte dans chacune des candidatures de l'UFC a
l'élection présidentielle. Pourquoi je vise la magistrature ? Eh bien,
c'est à cause de l'histoire de notre pays. Depuis l'indépendance, le
Togo n'a jamais eu d'élection municipale ou locale. En 1963, le
sergent de l'armée coloniale Etienne Eyadema qui avait alors 26 ans,
débarque au Togo et tue le premier Chef d'Etat Sylvanus Olympio, mon
père et il se proclame Président. Et depuis, nous avons le même homme
au pouvoir. Le parlement, chez nous, n'a jamais existé, selon le
schéma démocratique. Ce n'est qu'une chambre d'enregistrement des
décisions de M. Eyadema. On a été, pendant longtemps, un système de
parti unique et au Togo, on n'avait pas la possibilité de gravir les
différentes étapes jusqu'à la magistrature suprême. Par exemple,
devenir maire, député, ministre puis président. En 1992, on a décidé
d'avoir une conférence nationale pour mettre fin à ce régime de parti
unique. J'étais présent à cette conférence et j'ai apporté ma petite
contribution. La conférence a nommé M. Koffigoh, premier Premier
ministre pour servir de contrepoids un peu à M. Eyadema. Cela a duré
exactement un an, puis l'armée a débarqué à la Primature. M. Koffigoh
a été arrêté et fait prisonnier. C'est alors que le Premier ministre
choisi par l'opposition est devenu, ô surprise, le ministre de M. Eyadema.
Vous voyez donc que notre histoire a été assez saccadée. C'est pour
tout cela que je suis candidat à la présidentielle.
Léon Francis Lebris :
Mais vous êtes en exil depuis plusieurs années…
Gilchrist Olympio :
C'est vrai. Cette année, j'ai été candidat à l'élection présidentielle
de juin dernier. Je suis allé au Togo pour faire les formalités mais
M. Eyadema a refusé de me donner un passeport togolais ainsi que la
carte d'identité nationale. Depuis la mort de mon père en 1963, cela
fait 40 ans que je n'ai plus de passeport togolais. Je dois vous dire
que lorsqu'on a commencé le dialogue togolais après les élections
calamiteuses de 1998 dont nous avons revendiqué la victoire que M. Eyadema
s'est attribuée, trois facilitateurs de ce dialogue ont été nommés
ainsi que quelqu'un de la Francophonie. J'ai dit aux facilitateurs que
je ne me rendrais pas au Togo si je n'avais pas un passeport national.
M. Eyadema a fait comprendre à M. Stasi, facilitateur français, que je
n'avais qu'à aller en faire la demande comme tout le monde au consulat
togolais, là où je réside. Mais j'habitais Londres et il n'y avait pas
d'ambassade du Togo à Londres. C'est donc l'ambassadeur Vonstuttnagel,
facilitateur allemand, qui a pris un vieux passeport à moi, et est
monté avec au village d'Eyadema et lui a dit : " M. le Président, vous
prorogez ce passeport, sinon M. Olympio ne viendra pas participer aux
discussions inter-togolaises. Et s'il ne vient pas, moi non plus je
n'y viendrai pas participer ". M. Eyadema a donc prorogé de trois ans
mon vieux passeport. Ensuite, il a réduit la forme des passeports.
Léon Francis Lebris :
Cette élection présidentielle de juin dernier vous semblait-elle
davantage à votre portée, ne serait-ce que parce que le Président
Eyadema avait fait la promesse de ne pas briguer la présidence de
cette année 2003 ?
Gilchrist Olympio :
Nous n'avons pas cru à cette déclaration. Je rappelle qu'après les
élections de 1998, M. Eyadema a déclaré en présence de M. Chirac en
visite au Togo en 1999 et selon le Chef de l'Etat français, qu'il y
aura des élections législatives anticipées en 2000, qu'il ne
changerait pas la Constitution et qu'il ne serait pas candidat pour la
présidentielle de 2003. Et il avait même dit : " …parole d'officier,
je ne me présenterai plus… " On a dit : bon, attendons pour voir. Les
élections législatives de 2000 n'ont jamais eu lieu. Un an après, il a
changé la Constitution. Quelque temps après, il peut désormais se
présenter autant de fois qu'il veut. Ensuite, il édicte que pour être
candidat (et je pense que c'était dirigé contre moi), il faut avoir
résidé un an avant l'élection présidentielle. Or en 1992, quand
j'étais au Togo, j'ai fait l'objet d'une tentative d'assassinat.
J'effectuais une tournée dans le Nord du Togo avec un cortège de mes
partisans quand des militaires ont tiré sur nous. Moi j'ai pris 12
balles dans le corps et certains de mes camarades, environ une dizaine,
sont morts. D'autres ont été grièvement blessés. L'enquête menée
ensuite par la Fédération internationale des droits de l'homme de
Paris, avec le concours d'un magistrat français, d'un avocat belge et
de policiers anglais a conclu que c'est Ernest, le fils du Président
Eyadema, qui a organisé cette tentative d'assassinat. Donc, après cela,
vous comprenez qu'on n'est plus très chaud pour aller s'installer au
Togo pendant un an.
Léon Francis Lebris :
Vous ne résidez donc pas au Togo, vous ne vous rappelez au bon
souvenir des Togolais que pour solliciter leurs suffrages et chaque
fois, vous essuyez des revers électoraux. Vos adversaires du RPT vous
qualifient d'opportuniste et d'instable. Ont-ils raison ou
exagèrent-ils ?
Gilchrist Olympio :
C'est Fourcade, un homme politique, français, qui a dit qu'en
politique on a beaucoup d'adversaires mais la journée n'a que 24
heures. Alors, vous savez quand il faut répondre aux adversaires… Dans
une dictature, le voisin d'à côté en sait moins sur ce qui se passe
dans le pays que celui qui est installé à Paris. Ceci dit, je suis le
président du grand parti du Togo. Vous savez, lors de la dernière
présidentielle de juin, malgré toutes les fraudes qui ont été faites,
Eyadema a quand même donné 34% de voix à mon parti représenté par le
vice-président Bob Akitani et le même score à moi à l'élection de
1998 ; Tous les partis de l'opposition réunis ont eu moins du quart de
notre score, officiellement. Sur les chiffres réels, l'UFC est au-delà
de 65 à 70%. Les faits, c'est que des élections sont organisées au
Togo, nous gagnons.
Léon Francis Lebris :
Pourquoi vous êtes-vous fait remplacer cette fois par Akitani ?
Gilchrist Olympio :
Lorsque j'ai été éliminé par les officiels togolais, j'ai dit au
numéro deux du parti, Bob Akitani, de se présenter et je suis allé le
soutenir. Nous avons même fait des photos ensemble. Nous croyons,
malgré les difficultés et l'insécurité, que nous avons gagné. Je
rappelle qu'en 1993, je m'étais présenté à la présidentielle, mais
Eyadema avait refusé ma candidature, parce que, disait-il, j'avais
présenté un certificat médical qui n'était pas conforme. Son argument,
c'est que j'étais malade (je rappelle qu'en 1992, on avait tiré sur
moi au Togo et j'avais été évacué à l'hôpital du Val-de-Grâce à
Paris). J'ai demandé au médecin de cet hôpital de me faire un
certificat médical qui a conclu au moment de sa rédaction, que j'étais
physiquement et mentalement normal. Eyadema a quand même refusé,
arguant que c'est un médecin étranger. En 1998, je ne sais pas ce qui
l'a fait changer, mais il m'a dit de me présenter à la présidentielle ;
ce que j'ai fait. Pour cela, je suis allé à Lomé trois fois et chaque
fois, pour quelques heures, à cause des problèmes de sécurité : j'ai
été d'abord pour faire les formalités, ensuite pour faire un meeting
populaire et enfin pour clôturer ma campagne électorale.
Et puis il y a cette année 2003 où je me suis encore présenté. Je
signale que Eyadema a changé 27 fois la Constitution togolaise et 100
fois notre code électoral. Pour la compétition de 2003, que dit-il ?
D'abord, il faut résider au Togo pendant un an avant l'élection,
ensuite il faut avoir un quitus fiscal, sachant bien que le candidat
sérieux que j'étais n'ayant jamais travaillé au Togo, n'a pas de
revenu là-bas et qu'il n'y est pas imposable. Alors, ayant plutôt
travaillé à Washington au FMI où d'ailleurs on ne paye pas de taxe
parce qu'on a eu un statut diplomatique, ayant travaillé à Londres et
à Paris, je suis allé à Londres prendre un quitus que j'ai ajouté à
mon dossier. A la vue du document, le ministre des Finances d'Eyadema
a déclaré à Lomé que M. Olympio n'a pas de revenu au Togo. Donc, il
n'est pas imposable et donc on ne peut pas lui donner un quitus au
Togo. Comme tout candidat togolais doit l'avoir au Togo, ce qu'il a
apporté de Londres ne nous intéresse pas. Devant cette attitude, nous
avons voulu présenter M. Fabre. Les officiels togolais ont dit alors
que si un candidat a plus d'une nationalité, il doit en rejeter la
seconde et apporter la preuve de ce rejet. Or, M. Fabre est Français
par son père et Togolais par sa mère et on lui avait accordé la
nationalité française, comme d'ailleurs Eyadema quand il se battait en
Algérie. Je suis allé voir un constitutionnaliste français nommé Monod
et qui exerce à la Cour de cassation. Il m'a dit qu'il n'y a pas
d'institution en France où on peut aller rejeter comme cela votre
nationalité et encore moins en apporter la preuve. Eyadema vous
demande l'impossible.
Léon Francis Lebris :
Le fait qu'il ait été le candidat proposé et accepté de l'UFC à la
présidentielle et qu'il ait fait un score somme toute honorable, ne
fragilise-t-il pas désormais votre propre légitimité ?
Gilchrist Olympio :
Vous savez, Akitani fait partie des gens avec qui nous avons lutté
depuis 40 ans et notre parti est un parti de masse. Nous avons
travaillé ensemble sur l'élection présidentielle. Notre bureau
politique a décidé clairement et unanimement que c'est Olympio le
candidat de l'UFC. C'est le refus de cette candidature qui nous a
amené avec la même unanimité à trouver des candidatures de
remplacement.
Léon Francis Lebris :
Certains ont souvent regretté une certaine dispersion de
l'opposition face à un candidat du pouvoir…
Gilchrist Olympio :
Vous savez, un jour, on m'a demandé d'être le président d'un CFD, une
confédération des partis togolais. J'ai refusé car je ne veux pas être
leader d'un "jacobinat" de leaders non élus. Prenez les scores des
autres partis de l'opposition à cette élection. Certains ont eu 1%,
d'autres 0,2%. Ceux qui ont eu un peu plus, c'est Agboyibor avec 2% et
l'ancien président du parlement d'Eyadema, M. Péré. Le président
lui-même le reconnaît et certains de ses ministres le disent aussi :
il n'y a que deux vraies forces politiques au Togo, le RPT de Eyadema
et l'UFC d'Olympio.
Léon Francis Lebris : Certains
membres de l'opposition ont souhaité une candidature unique de
celle-ci face à Eyadema, sans être entendus…
Gilchrist Olympio :
Faisons seulement de la simple arithmétique : ajoutez à ceux de l'UFC
tous les points déclarés gagnés par les autres partis de l'opposition
et on est encore perdant devant Eyadema. Ce qui signifie que même s'il
y avait eu un seul candidat de l'opposition, on n'aurait pas gagné,
selon les résultats proclamés officiellement. Ce que nous avions
plutôt dit aux partis d'opposition, c'était que le code électoral que
nous avons élaboré lors de la conférence nationale prévoie deux tours.
Alors, comme on n'a jamais de vraie élection au Togo, il faut laisser
tout le monde se présenter et au deuxième tour, nous allons nous
aligner derrière le candidat le mieux placé. Maintenant, Eyadema a
changé les choses. C'est désormais un scrutin uninominal à un tour.
Ensuite, je leur ai dit : nous devons plutôt nous unir pour obtenir de
lui des conditions du scrutin, à savoir la résidence, le quitus
fiscal, la caution de 20 millions CFA à déposer par candidat dans un
pays qui a 300 dollars de revenu par tête d'habitant et que les
élections soient véritablement démocratiques. Je n'ai pas eu gain de
cause avec ces leaders de l'opposition. Par ailleurs, il faut savoir
qu'après tant d'années de parti unique, lorsqu'on a permis en 1996 de
créer des partis, on en a vu plus de 100 sortir de terre comme les 100
fleurs de MaoTsé-Toung. Alors, si vous voulez passer tout votre temps
à essayer d'unifier tous ces partis… vous comprenez aussi pourquoi
j'ai refusé d'être le président de cette coalition de forces
démocratique (CFD).
Léon Francis Lebris :
Pourquoi rappelez-vous sans cesse que le président Eyadema est
depuis 40 ans au pouvoir ?
Gilchrist Olympio :
Pour regretter que les droits de l'homme ne sont pas respectés, que
nous n'avons presque pas de système judiciaire, que sur le plan
économique rien n'a bougé. Tenez : en 1960, le Togo produisait 10.000
tonnes de café. Aujourd'hui il en produit toujours 10.000. Le chiffre
reste le même aujourd'hui. La même année, on avait 3 millions de
tonnes de phosphates, c'est la même chose encore aujourd'hui parce
qu'il n'y a plus de phosphate à la surface. Donc franchement, nous
voulons au Togo un changement en douceur, un changement du type Ghana,
Bénin et Sénégal.
Léon Francis Lebris :
Comment avez-vous réagi en apprenant les prises de position du
Premier ministre Agbeyomé Kodjo alors qu'il était en fonction,
critiquant le Chef de l'Etat et le système et qui, après ses
déclarations, a dû quitter la Primature et le Togo ?
Gilchrist Olympio :
Vous savez, les gens qui ont vécu dans un système monolithique, ils
oublient qu'en dehors de ce système, il y a d'autres forces qui
existent. M. Agbeyomé est venu plusieurs fois me voir dans cet
appartement et je lui ai dit : Vous avez passé 25 ans à servir Eyadema
et vous avez détruit notre pays. L'affaire Agbeyomé n'est donc pas
pour nous un séisme politique au Togo. C'est son parti qui vient de
perdre un ou deux de ses membres et c'est une cuisine purement RPT.
Comme St Paul sur la route, la lumière vous a éclairé un jour, ai-je
dit à Agbeyomé. J'ai ajouté :vous ne représentez pas une force
politique au Togo, pas plus que votre ami Péré. Je rappelle que
Agbeyomé Kodjo était jusqu'à il y a un an, notre ennemi acharné, pour
le compte de l'Etat togolais, comme Ernest Gnassingbé. Maintenant
qu'il est sorti du régime, il lui faut une période de transition et
qu'il se mette maintenant dans l'opposition et commence à comprendre
ce que le peuple désire.
Léon Francis Lebris :
Que faites-vous exactement à Paris où vous résidez ou ailleurs
quand vous n'êtes pas en campagne électorale ?
Gilchrist Olympio :
Je vais au théâtre de temps en temps, je voyage, j'enseigne à
l'Université, je fais des conférences et jusqu'à l'année dernière,
j'avais 550 employés en Afrique. J'ai donc une activité assez chargée.
Léon Francis Lebris :
Comment gérez-vous votre parti, à partir de Paris ?
Gilchrist Olympio :
Comment Bush gère-t-il son armée en Irak ? Vous savez, le premier
point du management, c'est de savoir comment communiquer vos
intentions sans être physiquement présent. Nous avons un parti très
bien structuré. Selon Eyadema, nous avons 34% de l'électorat togolais
et selon vous, 65%.
Léon Francis Lebris :
Vos réactions maintenant, après les crises électorales togolaises,
sur les crises politiques africaines au Liberia et en Côte d'Ivoire.
D'abord le Liberia avec la guerre et le départ de Charles Taylor…
Gilchrist Olympio :
Au Liberia indépendant, il y a le Président Tubman et avec lui c'était
le système monolithique comme vous l'avez connu en Côte d'Ivoire. Il
exerçait la fonction présidentielle avec beaucoup de doigtée. Je l'ai
connu personnellement. Puis il est mort. Son successeur, le Président
Tolbert n'avait pas de contact avec son peuple. Il se disait
Américano-libérien alors que Tubman était resté près du peuple
libérien. L'attitude de Tolbert a permis à Samuel Doe de faire son
coup et de le tuer, mais lui aussi a été tué. Puis est arrivé Charles
Taylor, qui, après s'être échappé de prison aux Etats-Unis, a fait la
guerre puis est devenu président du Liberia. Il vient à son tour
d'être chassé du pouvoir après une guerre longue et sanglante. Je dois
dire que malheureusement pour nous, la CEDEAO, ce n'est pas un club de
démocrates. On ne peut pas dire aujourd'hui que la CEDEAO est là pour
installer la démocratie. Elle n'est là que pour arrêter l'effusion de
sang, mais les problèmes fondamentaux demeurent. Quand je travaillais
pour le FMI, on m'a envoyé deux ou trois fois au Trésor au Liberia
dans les années 60, il y avait 600.000 habitants. Il y avait Firestone
qui faisait le caoutchouc, il y avait des gens qui pesaient un peu de
fer et il y avait à manger pour tout le monde. Maintenant, ils sont
presque 3 millions et il faut créer d'autres richesses sinon… C'est
pourquoi je crois que le problème du Liberia ne fait que commencer. Ce
n'est pas la fin. Charles Taylor n'était pas un bon président, tout le
monde le sait. Mais il y a quelque chose de concret qui a été fait,
c'est qu'on a arrêté la guerre.
Léon Francis Lebris :
Comment avez-vous ressenti alors la crise en Côte d'Ivoire voisine
du Liberia ?
Gilchrist Olympio :
La crise de la Côte d'Ivoire est une crise très grave. Ce pays a été
pendant longtemps, le moteur de toute la sous-région francophone. Ce
qui se passe en Côte d'Ivoire nous affecte tous. Au début, quand les
gens se sauvaient du Dahomey ou du Togo, c'est en Côte d'Ivoire qu'ils
allaient. Ceci dit, je crois que cette histoire d'ivoirité a été une
erreur. Quelqu'un qui a vécu une ou deux générations dans ce pays, on
ne peut pas dire du jour au lendemain qu'il n'est pas Ivoirien. Il
faut trouver une solution.
Léon Francis Lebris :
Vous faites allusion au cas Alassane Ouattara ?
Gilchrist Olympio :
Oui et à d'autres personnes. Il y a des Ghanéens qui sont entrés en
Côte d'Ivoire et qui parlent le baoulé et les baoulé eux-mêmes sont
les descendants de Opoku Ware du Ghana. On a traité des Ivoiriens de
non Ivoiriens, de Burkinabé ou de Ghanéen, alors que leur nationalité
ivoirienne est bien connue. Ceci dit, il faut rappeler que les pays
les plus dynamiques sont ceux qui attirent les gens.
Léon Francis Lebris :
Vous justifiez donc essentiellement la crise ivoirienne par
l'utilisation de l'ivoirité ?
Gilchrist Olympio :
Je le crois. On voit le régime à l'extérieur comme un régime voulant
exclure 40% de la population de la vie politique et économique, au-delà
de ce qu'on appelle le problème Alassane Ouattara.
Léon Francis Lebris :
Connaissez-vous bien les principaux leaders politiques ivoiriens de
l'après-Houphouet : Bédié, Gbagbo, Ouattara et le défunt général Guéi ?
Gilchrist Olympio :
Alassane Ouattara, je le connais parce que nous avons travaillé
ensemble au FMI dans les années 60 dans le même département Afrique.
De plus, j'enseignais à l'Institut du Fonds monétaire. Je l'ai encore
connu quand il était à la Banque centrale des Etats de l'Afrique de
l'Ouest et quand il est devenu Premier ministre de Côte d'Ivoire.
Quant à Laurent Gbagbo, nous avons des amis communs qui proposent
souvent qu'on aille le voir. Lorsque les militaires d'Eyadema ont tiré
sur moi au Togo en 1992 et que j'ai été évacué à Paris, il est venu me
voir avec son épouse à l'hôpital du Val-de-Grâce où j'étais soigné. Je
ne le connaissais pas bien mais j'ai été touché par son geste.
Maintenant Henri Konan Bédié, je l'ai connu comme ambassadeur à
Washington, puis quand il est devenu ministre des Finances, mais je
n'ai pas eu du tout de contact avec lui depuis qu'il est devenu
président de la République en 1993 ; Nous avons certains amis qui
croient qu'il est à la base des problèmes qu'a connus la Côte d'Ivoire
ces dix dernières années et d'autres qui croient le contraire.
S'agissant de Robert Guéi, je ne l'ai jamais vu ni eu à parler avec
lui.
Léon Francis Lebris :
Vous savez tout de même que c'est lui qui, comme Chef d'Etat, a
dirigé la transition militaire en Côte d'Ivoire de décembre 1999 à
octobre 2000 ?
Gilchrist Olympio :
A propos de cette transition, je dois dire qu'une fois qu'on met le
pied dans l'engrenage du régime militaire, on ne s'en sort plus.
Peut-être, les choses allaient très mal en Côte d'Ivoire et c'est
dommage que les partis politiques n'aient pu se mettre d'accord pour
trouver une solution.
Léon Francis Lebris :
La guerre en Côte d'Ivoire a connu une cessation des hostilités et
un plan de sortie de crise matérialisé par l'accord de Marcoussis.
Quelle appréciation en avez-vous ?
Gilchrist Olympio :
C'est un pas en avant. De toute façon, je ne vois pas d'alternative.
Il fallait malgré tout, s'asseoir et trouver une solution. Ceci dit,
il ne faut pas croire que le problème est résolu. Prenons les
déclarations d'il y a quelques jours dans lesquelles on accusait
carrément le Premier ministre Diarra d'être de mèche avec des
comploteurs. C'est ce que disait l'ancien Premier ministre Affi
N'Guessan du FPI, le parti du Président Gbagbo. Et les gens de la
rébellion disent qu'ils ne vont pas déposer les armes tant que les
problèmes ne sont pas résolus. On n'est pas sorti de l'auberge en Côte
d'Ivoire. Le pays est coupé en deux.
Léon Francis Lebris :
Que pensez-vous du gouvernement de réconciliation nationale ? Vous
semble-t-il viable, en considération des difficultés auxquelles vous
faites allusion ?
Gilchrist Olympio :
Sur le papier oui, mais en politique, il faut toujours être très
prudent. Parce que tout le monde n'est pas forcément content. La seule
chose que ce gouvernement n'arrive pas pour le moment à faire, c'est
de trouver son ministre de l'Armée et son ministre de la Sécurité. Car
tout le monde sait que c'est là où se trouve le pouvoir. Je crois
qu'il faut que les leaders de la Côte d'Ivoire se voient et se parlent.
Léon Francis Lebris :
Le Parlement ivoirien a voté récemment une loi d'amnistie… Va-t-on
respecter cette loi d'amnistie ?
Gilchrist Olympio :
Vous savez, en Afrique,malgré cette loi, on a souvent fait revenir des
gens et on les a décapités. Souvenez-vous de Mulélé au Zaïre. Quant à
Eyadema, combien de fois n'a-t-il pas passé outre les lois d'amnistie
au Togo ? Moi-même, il m'a condamné à mort plusieurs fois avant de
brandir l'amnistie en disant qu'il passe l'éponge. Mais quand je
traverse certaines frontières, on m'arrête en arguant que je suis un
criminel de droit commun. Ce qui est donc important, c'est de bâtir la
nation sur un minimum de confiance. Il faut un partage du pouvoir. Il
faut un régime qui englobe les gens et que tout le monde se sente
concerné.
Léon Francis Lebris :
Le Président Eyadema, à l'occasion de la présidentielle de juin
2003, avait proposé un gouvernement d'union nationale à l'opposition,
après l'élection…
Gilchrist Olympio :
Combien n'a-t-on pas fait d'unions nationales au Togo en 40 ans. Nous
demandons plutôt à Eyadema de partir et de laisser le champ à des gens
beaucoup plus jeunes et beaucoup plus instruits aussi. C'est avec
cette jeunesse que nous allons rebâtir la nation.
Léon Francis Lebris :
Avec l'accord de Marcoussis, ont été abordés, des points de
questions présentées comme ayant toujours posé problème et justifiant
la crise actuelle : par exemple, l'éligibilité à la présidence, la
nationalité…
Gilchrist Olympio :
C'est un problème d'exclusion. Sur quelle(s) base(s) peut-on exclure
certaines personnes ? Sur la question de nationalité, je me rappelle
que lorsque le premier Président de la Côte d'Ivoire Félix
Houphouet-Boigny avait suggéré de donner la double nationalité, il y
avait eu une levée de boucliers et tout le monde avait déclaré et cru
à l'époque que c'était trop tôt pour le faire. C'était une période
difficile où il y avait beaucoup de sentiments sectaires. Aujourd'hui,
je crois que ce problème d'ivoirité a été mal posé et de façon
inopportune.
Léon Francis Lebris :
Dans la suite de l'éligibilité, croyez-vous que la Côte d'Ivoire
pourrait avoir en 2005, des élections notamment présidentielles libres,
ouvertes et transparentes comme le recommande l'accord de Marcoussis
pour sortir de la crise ?
Gilchrist Olympio :
Attendons de voir, car ce n'est pas du tout facile. Un homme qui est
au pouvoir et qui, en même temps organise les élections, veut toujours
tirer la couverture à lui. Moi, je crois que nous devons avoir une
commission électorale ouest-africaine avec des permanents qui ne
soient pas dans la politique et qui aident chaque pays à organiser des
élections dans la transparence. Mais il ne faut pas faire cette
commission avec seulement des Africains, sinon il y a des risques
qu'on cherche à les corrompre. Ceci dit, je crois qu'il va falloir
organiser un scrutin qui soit crédible.
Léon Francis Lebris :
Finissons cet entretien par le sujet avec lequel nous l'avons
commencé, à savoir l'état de santé actuel jugé sérieux du Chef de
l'Etat togolais. Si jamais il n'était plus capable d'assumer ses
charges, entreriez-vous dans la danse de la succession, tout de
suite ?
Gilchrist Olympio :
Quand nous serons au bord du fleuve, alors nous saurons comment le
traverser. Vous savez, je suis entré en politique un peu par la force
des choses. Si le régime Eyadema disparaissait demain et que les
choses sont claires, alors peut-être me mettrai-je sur le départ. Mais
je ne veux absolument pas me mettre dans la bagarre avec des
militaires pour prendre le pouvoir. Ça ne m'intéresse pas. Et je ne
veux pas recevoir le pouvoir de la main de putschistes et des non
démocrates.
Léon Francis Lebris :
Que feriez-vous en priorité, si vous prenez le pouvoir ?
Gilchrist Olympio :
Les 100 premiers jours, nous changerons beaucoup de choses avec les
hommes que nous avons et avec lesquels nous formerons un gouvernement
cohérent et capable de mettre en œuvre notre programme. Deuxièmement,
il faut arriver à signer un concordat avec l'armée parce que depuis
l'intrusion de Eyadema dans la vie politique togolaise, l'armée est
devenue une force très importante, passant de 300 hommes en 1963 à
14.000 aujourd'hui, soit plus qu'en Côte d'Ivoire. Il nous faudra
améliorer la qualité de l'armée. Heureusement, il y a maintenant
beaucoup d'officiers instruits avec qui le dialogue est possible. Nous
devons également impliquer l'armée dans le développement.
Troisièmement, il faut qu'on renoue avec la communauté internationale :
retourner à Bruxelles pour que l'Union européenne lève les sanctions
et qu'on ait une relation normale avec l'UE. Mais aussi avec le FMI,
la Banque mondiale, etc. Quatrièmement, il nous faut faire la
réfection des infrastructures qui sont dégradées : nos pistes, nos
routes, nos hôpitaux, nos écoles et tout ce qui peut faire revenir la
production. Il y a aussi la Fonction publique : les fonctionnaires qui
ne sont pas payés depuis des années, il va falloir négocier avec eux,
commencer à les payer en s'engouffrant dans les fenêtres qui existent
au FMI et à la Banque mondiale notamment. Il faut aussi ressusciter
puis crédibiliser à nouveau nos institutions, notamment aider notre
système judiciaire. Puis, il y a le plan de développement du pays,
avec les grands axes. Notre agriculture ne ressemblera jamais à celle
de la Côte d'Ivoire, on ne produira jamais 1 million de tonnes de
cacao, car on n'a pas les terres pour cela. Mais on doit se projeter
sur le haut de gamme. Par exemple, un paquet de café bien emballé peut
valoir dix fois le prix du café en Côte d'Ivoire. On ne doit pas
s'amuser à vouloir faire ce que fait la Côte d'Ivoire ou le Cameroun.
Nous devons nous cantonner sur la valeur ajoutée, qu'il s'agisse du
café ou du coton togolais. On doit aussi relancer le tourisme avec nos
réalités nationales mais aussi celles de pays voisins comme le Bénin
ou le Ghana. On peut faire du tourisme intégré. Nous avons aussi un
marché tout prêt : ce sont les Allemands et les Suisses qui veulent
investir dans l'hôtellerie au Togo. Vous savez, notre dette extérieure
fait 1,5 milliard de dollars. Nous ne pourrons jamais rembourser cela
avec des recettes d'exportation qui font 250 millions par an. Voilà le
travail qui m'intéresse.
Léon Francis Lebris :
Dernière question plus personnelle : début août, lorsque je vous ai
rencontré fortuitement à Paris et que je vous ai demandé une
interview, vous marchiez seul, sans sécurité apparente, alors que
votre adversité politique vous expose. Puis, revenu à Paris trois
semaines plus tard, je suis allé à votre domicile le 29 août, je n'ai
pas vu de dispositif de sécurité autour de votre habitation. Qui
assure votre sécurité ? Seulement le bon Dieu ?
Gilchrist Olympio :
Vous savez, je ne suis pas fataliste. D'abord j'habite une rue, dans
le 16ème arrondissement de Paris où je suis voisin de l'ancien
Président Giscard d'Estaing, des ambassades du Maroc et du Pakistan,
donc un périmètre qui est surveillé 24 h sur 24 par la police
française, des dizaines d'agents qui se relayent matin, midi et soir.
Mais le problème, ce n'est pas cela. Rappelez-vous : n'a-t-on pas tiré
sur les présidents américains John Kennedy et Ronald Reagan ? N'a-t-on
pas tiré sur le Pape Jean-Paul II ? Or qui est plus et mieux protégé
qu'eux ? Donc, ce n'est pas forcément en vous entourant de gardes du
corps avec des gilets pare-balles pour vous que vous êtes plus en
sécurité. Ceci dit, finalement Eyadema, est-ce dans son intérêt de
m'abattre dans les rues de Paris ou de Londres ? Car tôt ou tard, la
justice européenne va le prendre. C'est quand on est en Afrique qu'il
faut être prudent. Dans tous les cas, je prends mes précautions : par
exemple je n'ai pas d'habitudes, je ne prends pas de vacances dans les
mêmes endroits. Alors, c'est très difficile de mettre en place un
dispositif d'assassinat contre moi. Je n'ai pas de voiture, alors pour
me tuer, il va falloir tirer dans les métros ou dans les bus.