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Togoforum.com :
Monsieur Ohin, Bonjour ! Il y a quelques jours, la presse
internationale relayée par la presse privée togolaise avait annoncé
l’imminence d’une rencontre entre Faure Gnassingbé et Gilchrist
Olympio à Rome sous l’égide de la Communauté Sant’Egidio. Et depuis
lors, plus rien et les Togolais sont dans l’expectative. Dites-nous
ce qui bloque cette rencontre entre les deux fils des deux anciens
présidents. S’agit-il, comme disent certains, d’un effet d’annonce
destiné à faire la publicité à Gilchrist Olympio qu’on n’a plus
entendu depuis quelque temps ?
Elliott Ohin :
Bonjour Monsieur Takeli. Il aurait peut être fallu poser la question
à la communauté Sant’Egidio qui est plus habilitée à y répondre
comme tenu de son rôle dans ces rencontres. Les deux dernières
rencontres sont restées lettre morte. A l’UFC tout en restant ouvert
à toutes les initiatives pouvant sortir notre pays de l’ornière,
nous nous sommes interrogés sur le fait que le RPT n’a montré aucun
signe tangible de rupture avec la dictature du passé, et nous
pensons que les préparatifs de ces rencontres doivent être mieux
peaufinés.
Personne ne choisit son père et en démocratie le peuple ne se
détermine pas selon qu’on est le fils d’un ancien président ou pas.
Il se détermine uniquement en tenant compte des valeurs intrinsèques
des dirigeants et de leur capacité à prendre en charge honnêtement
et efficacement les affaires du pays. Que Faure Gnassingbé a des
ambitions présidentielles, c’est son droit le plus absolu en tant
que togolais mais alors il doit se soumettre au verdict populaire
d’une façon loyale. Nous admettons que nous ne pouvons rien contre
l’inégalité héréditaire qui n’est ni juste ni injuste mais, le plus
important est que chacun occupe la place qu’il mérite selon les
règles de notre société. C’est aussi ça la démocratie.
Monsieur Gilchrist Olympio n’a besoin d’aucune publicité.
Togoforum.com : Cette rencontre devrait être la 3e
entre le RPT et l’UFC à l’extérieur au grand dam des autres partis
politiques qui ruminent une exclusion. Pourquoi ces rencontres en
solo ? Le dialogue inter togolais se limite-t-il aux rencontres
entre Gilchrist Olympio et Faure Gnassingbé en terre étrangère?
Est-ce à dire que les autres n’ont pas leur mot à dire ? Bien plus,
pourquoi cette préférence de l’extérieur plutôt qu’au Togo ?
Elliott
Ohin :
Qui exclut qui ? Et où se trouve l’exclusion ? Vous avez à mon sens
une vue très étriquée d’une lutte de libération. Ce n’est pas un
travail à la chaîne une lutte de libération, un maillon de la chaîne
manque et toute la chaîne s’arrête et la production finale en
pâtisse. Je veux dire par la que nous n’avons pas besoin d’avoir au
même moment, au même endroit tous ceux qui luttent pour la même
cause. Ceci, si et seulement si la finalité que nous voulons
atteindre est partagée par tous. Pour nous à l’UFC, notre finalité
est la libération de notre peuple par la voie des urnes. Et, si tous
les partis qui ruminent une exclusion comme vous dites ont la même
finalité que nous alors, qu’ils se rassurent. En ce qui concerne le
choix des lieux des rencontres, ce n’est pas l’UFC qui en décide.
Togoforum.com : Au fait, Monsieur Ohin, M. Olympio peut-il
régler la crise togolaise en recourant à des tête-à-tête en solo
avec le RPT, plutôt que de s’appuyer sur « sa vraie force »,
c’est-à-dire le peuple, qu’il a d’ailleurs démobilisé avec sa
rencontre d’Abuja avec Faure Gnassingbé, en pleine élection
présidentielle ?
Elliott Ohin :
Monsieur Takeli et son site Internet représentent-ils maintenant le
peuple ? Sur quoi vous vous basez pour affirmer ce que vous venez de
dire ? Nous devons arrêter des supputations et des allégations peut
être oniriques pour certains et revenir à des réalités qui sont
beaucoup plus alarmantes pour notre peuple. La résolution de la
crise togolaise est très simple. Que les usurpateurs actuels du
pouvoir laissent notre peuple choisir librement ses dirigeants.
C’est aussi simple que cela. Puisque vous liez la rencontre d’Abuja
à votre « démobilisation du peuple » parlons en d’Abuja. Monsieur
Olympio en quittant Accra pour Abuja sur l’invitation du Président
Obasanjo, n’était nullement au courant de la présence de Faure
Gnassingbe dans la capitale politique nigériane. Il ne savait pas
qu’il allait rencontrer Faure Gnassingbe, c’est seulement lorsqu’il
a rencontré le Président nigérian que ce dernier lui a fait
comprendre que Faure Gnassingbe se trouvait dans une autre salle. Et
la suite n’est qu’un montage grotesque.
Togoforum.com : Voyons, M. Ohin, il n’y a pas de question
tabou, surtout pas pour un démocrate ! Le peuple a besoin de
savoir. Notre site n’est pas le peuple, mais il émane du peuple
qu’il tente d’informer. C'est aussi notre droit et même notre
devoir.
M. Ohin, ce n’est pas la première fois que M. Olympio préfère un
face-à-face avec le patron du RPT. En 1998, il a demandé carrément à
discuter seul avec Eyadéma en personne en déhors de tout cadre
consensuel ou de tout autre parti politique. Comment à l’UFC vous
expliquez ce comportement ou cette stratégie?
Elliott Ohin :
Vous me donnez l’impression de faire une fixation sur les rencontres
du Président National de l’UFC avec le RPT. Est il anormal qu’un
responsable politique du rang du Président National de l’UFC
rencontre le responsable du RPT ? Personnellement je vois dans cette
requête de rencontre en tête-à-tête une hauteur d’esprit
exceptionnel d’un homme d’Etat guidé uniquement par l’amour pour
son peuple, d’un homme qui a su transcender le passé. Combien
d’hommes peuvent demander à rencontrer en tête à tête l’assassin de
leur père et celui qui a essayé de les tuer ? (Rappelez vous Soudou).
Cette hauteur d’esprit annihile d’ailleurs l’argument de certains
selon lequel M. Olympio n’est politiquement engagé que pour venger
son père. Son seul but est de libérer son peuple d’une dictature
atroce et il le prouve dans ses actions de tous les jours et notre
peuple en est conscient et lui démontre son attachement. Monsieur
Olympio a reçu le mandat des membres du parti qui lui font
confiance. A l’UFC, nous n’expliquons pas le comportement du
Président, nous l’approuvons puisqu’il suit la ligne de notre parti.
Togoforum.com : Par ailleurs, cette rencontre intervient au
lendemain de l’échec du dialogue inter togolais de Ouagadougou pour,
avait-on dit, faute d’entente entre les protagonistes de la crise.
Et l’UFC par la voix de son secrétaire général, M Jean-Pierre Fabre
avait laissé entendre qu’elle n’a pas donné son accord pour que ce
dialogue se tienne à Ouaga plutôt qu’à Lomé, parce que n’ayant pas
été consultée. Pourtant, selon certaines sources bien informées,
Blaise Compaoré, le président du Faso, sollicité pour abriter et
présider ces pourparlers inter togolais, aurait pris attache avec
Gilchrist Olympio qui n’aurait pas trouvé d’objection à aller à
Ouaga. Cela voudrait-il dire qu’il y a problème ou divergence entre
Gilchrist Olympio (loin du Togo et peut-être déconnecté des
réalités) et les responsables locaux ou s’agit-il simplement d’un
déficit de communication ?
Elliott Ohin :
De quelles sources bien informées parlez-vous ? Sur ce sujet précis
mon parti a sorti un communiqué bien explicite, referez vous à ce
communiqué s’il vous plait. Il n’y a aucune divergence de vue dans
le parti, nous sommes tous au même diapason sur ce qui concerne le
type de changement que nous voulons pour notre pays.
Togoforum.com: C’est curieux quand même, Monsieur Ohin, le
temps n’est-il pas venu pour Gilchrist Olympio de revenir
s’installer définitivement au Togo ? Peut-on vraiment diriger son
pays de l’extérieur ?
Elliott Ohin:
Comme dirait l’autre, « le premier devoir d’un révolutionnaire est
de ne pas se faire tuer » car, un mort n’a jamais lutté pour un
changement dans son pays. Rassurez-vous Monsieur Olympio serait le
premier à s’installer au Togo lorsque les conditions minimales de
sécurité seront réunies. Mais pour le moment, même à l’extérieur du
Togo, il est très utile pour notre peuple. Je prends comme une
boutade de votre part la question de savoir si Monsieur Olympio peut
diriger le Togo de l’extérieur. Mais par contre, j’ai envie de vous
renvoyer la question sans pour autant renverser les rôles, puisque
vous êtes vous-même un réfugié politique, Monsieur Takeli ?
Togoforum.com : Ce sont là des questions que beaucoup se
posent. Au Togo losrque les politiques n’aiment pas certaines de vos
questions ils déclinent carrément toute votre interview. Merci donc
de consacrer votre précieux temps à y répondre. Comme vous le savez,
l’exil n’arrange pas notre pays, contrairement à ce qui est
généralement admis dans nos communautés. Un combat virtuel n’est
peut-être pas l’idéal et M. Takeli loin d'ête le grand berger que se
veut M. Olympio pense qu'on ne peut pas être un berger efficace avec
une télécommande à la main. Personne ne souhaite la reédition de
Soudou, mais on a le droit de s’interroger et ceux qui ont à charge
la sécurité de notre pays sont ainsi invités à y refléchir
constamment.
Monsieur Ohin, il y a plus de quinze ans que les Togolais dialoguent
après l’échec de la conférence nationale souveraine sans jamais
parvenir à trouver des solutions aux problèmes qui les divisent.
Toutes les initiatives entreprises par les bonnes volontés pour
tenter de rapprocher les positions des uns et des autres ont
lamentablement échoué et les différents dialogues engagés se sont
terminés en queue de poisson. Pourquoi alors perdre son temps
aujourd’hui à s’engager dans un énième dialogue dont les résultats
sont connus d’avance. N’est-il temps pour l’opposition de faire le
bilan de ces échecs répétés et envisager d’autres stratégies plus
payantes, par exemple entrer dans le jeu et négocier un partage du
pouvoir avec le RPT, ce qui lui permettra peut-être d’arracher des
modifications unilatérales introduites dans la constitution et le
code électoral ?
Elliott Ohin :
Les résultats sont connus d’avance, c’est vous qui le dites. J’en
sais rien mais, je sais par contre que les usurpateurs du pouvoir ne
veulent pas lâcher prise. Nous devons les contraindre. Vous parlez
de partager le pouvoir. Mais, sur quelle base et avec qui ? Des gens
qui tuent nos compatriotes pour s’accaparer du pouvoir ? C’est avec
ces gens là que nous devons partager le pouvoir ? La démocratie et
l’autocratie ne peuvent jamais cohabiter ensemble. L’éclosion de la
démocratie se fait sur les cendres de l’autocratie. Nous, à l’UFC,
nous refusons d’accepter que l’opposition Togolaise n’a le choix
qu’entre une collaboration « alimentaire » et la lutte armée. Raison
pour laquelle nous privilégions ces rencontres en insistant sur le
fait qu’elles doivent être franches et sans aucun sujet tabou pour
une solution solide et durable pour notre pays.
Togoforum.com: Ne pensez-vous pas que parler aujourd’hui de
dialogue (puisque vous en avez fait un credo) c’est donner une
occasion en or au RPT pour se ressouder, lui qui a compris depuis
l’échec de la conférence nationale que le dialogue, loin de servir
ses intérêts, ne fait que les détruire ?
Elliott Ohin :
J’avoue ne pas comprendre le sens exact de votre question. Devons
nous éviter le dialogue avec le RPT pour ne pas détruire ses
intérêts ? Nous devons donc faire ce que le RPT veut que nous
fassions et non ce qui va dans le sens des intérêts de notre
peuple ? Si nous arrivons à ressouder notre peuple, nous serons plus
forts que le RPT ressoudé.
Togoforum.com : Ce que nous voulons dire c’est que, tout
comme vis-à-vis de la conférence nationale, et sachant que les
dialogues finiraient par leurs arracher leurs pouvoirs, nos
autorités ont fini par transformer ces dialogues en une façon de
gouverner en jouant sur le temps. Nous n’avons pas de solutions à
proposer, mais nous posons simplement des questions à vous
responsables politiques.
Dans cette situation, l’UFC est indexée du doigt pour ses exigences
jugées trop ambitieuses et impossibles. Que répondez-vous alors à
ceux qui disent que par cette position intransigeante l’UFC ne veut
pas de la résolution de la crise qui profiterait à certains de ses
responsables ?
Elliott Ohin : Qui sont ceux qui jugent ce que vous
appelez exigences de l’UFC trop ambitieuses et impossibles ? Notre
peuple ou vous ? La liberté est une exigence ambitieuse et
impossible ? Monsieur Takeli ? Le peuple souverain jugera. Cela me
semble aberrant et dépourvu de toute logique dans le contexte actuel
de notre pays. Je ne vois pas en quoi la résolution de la crise
profiterait à certains de mon parti. L’UFC est un et indivisible et
nous luttons ensemble pour libérer notre patrie, libération qui
profitera à tout le peuple y compris nos frères de l’armée.
Togoforum.com : Vous personnalisez un peu trop cette
causerie, M. Ohin. Ce que nous disons ici n’a rien a voir avec M.
Takeli. Bon…
Revenons à notre causerie : L’un des préalables à votre
participation à un quelconque dialogue, c’est la présence d’un
médiateur pour veiller au respect des engagements qui seront pris.
Ce préalable ne semble pas faire l’unanimité au sein de la classe
politique et à juste titre si l’on se rappelle le rôle négatif joué
par les facilitateurs dans les différents dialogues inter togolais.
La CDPA estime que la présence d’un médiateur lors du prochain
dialogue intertogolais est « accessoire ». Pour le Prof Gnininvi,
« cette bataille de médiateur est une question mineure qui ne mérite
pas de retarder les choses » tandis que pour le CAR de Me Yawovi
Agboyibo, « les togolais doivent d’abord essayer entre eux de
s’entendre quitte à faire appel à un facilitateur si cela s’avérait
impossible ». Dites-nous pourquoi l’UFC en fait un préalable.
Quelle assurance avez-vous aujourd’hui que le prochain médiateur ne
sera pas comme ses prédécesseurs ? N’est-ce pas que le respect des
engagements dépend de la sincère volonté de chaque acteur politique
engagé dans le dialogue ?
Elliott Ohin :
Le choix basé sur l’impartialité d’un médiateur est primordial pour
la bonne marche du dialogue. La présence d’une tierce personne
neutre peut aider à aplanir certaines incompréhensions pouvant
surgir de part et d’autre. En plus ce médiateur peut être le garant
des accords éventuels qui sortiront de ce dialogue. L’inacceptation
du médiateur est un signe avant coureur de la mauvaise foi chronique
du RPT. Le niveau atteint par la crise politique togolaise après les
massacres de populations pendant la dernière période électorale et
l’importance de la crise de confiance qui existe entre les acteurs
politiques, imposent la présence d’un médiateur crédible pour la
conduite du dialogue. C’est dans ce sens que nous avons accepté la
nomination par le Secrétaire Général de l’ONU, M. Lakhdar Brahimi
comme médiateur. Le dialogue, pour être utile, doit aborder les
vrais problèmes qui minent la vie politique togolaise. Il est
incontestable que le problème fondamental du Togo est l’immixtion
permanente de l’armée dans le débat politique. En conséquence, les
discussions devraient prioritairement viser à régler ce problème. Il
est vain d’organiser des élections législatives en laissant à
l’armée la capacité de nuisance dont elle dispose aujourd’hui et qui
enlève tout son sens à nos scrutins. Il est évident que ce point
n’est pas posé comme préalable à notre participation au dialogue. Il
est évoqué pour attirer l’attention sur la confection d’un ordre du
jour sérieux, en rapport avec l’ampleur de la crise.
Togoforum.com : La réforme de l’armée. Un sujet qui préoccupe
tant la classe politique togolaise que la communauté internationale
impliquée dans la crise togolaise et l’UFC en a fait son cheval de
bataille. A chaque occasion, l’UFC remet sur le tapis cette
question. Mais pour nombre d’observateurs de la politique togolaise,
cette question de la réforme de l’armée est une question très
sensible et qui, comme telle, mérite d’être abordée avec délicatesse
et tact. Et plusieurs voix autorisées vous en avaient avisé.
Dites-nous ce que vous entendez sous le vocable « réformer
l’armée ?»
N’est-ce pas qu’en voulant s’aventurer sur ce terrain dont vous ne
maîtrisez d’ailleurs pas les contours, vous mettez la charrue avant
les bœufs et compromettez toute chance de résolution pacifique de la
crise ? L’armée togolaise étant un pilier du régime RPT.
Elliott Ohin :
Qu’est ce que vous voulez insinuer ? De quelles voix autorisées
parlez-vous ? Qui connaissent mieux le problème togolais que les
togolais qui subissent depuis 40 ans une dictature appuyée sur une
armée prétorienne. Est il normal qu’une armée qui doit être
nationale, une émanation du peuple soit un pilier d’un parti
politique ? Nous ne mettons nullement en cause l’institution
militaire en tant que telle mais, leur propension à s’ingérer
continuellement dans les affaires politiques. Dans combien de pays
au monde l’armée fait allégeance au fils du président défunt en
l’intronisant Président à la place du père ? Sommes-nous dans une
République ou pas ? La reforme de l’armée que nous appelons de tous
nos vœux passe obligatoirement par une concertation avec tous ses
échelons hiérarchiques, dans le but d’en faire une force
véritablement républicaine, de qualité et consciente de ses
responsabilités citoyennes spécifiques en matière de sécurité
extérieure du territoire national. Trois points succincts mais non
exhaustifs de cette reforme :
- Equilibre national dans le système de recrutement de l’armée.
- Revalorisation de l’armée
- Meilleure formation.
Il est évident que c’est une reforme à long terme. Mais, nous
pensons à l’UFC que le principe de cette reforme doit être accepté
par tous.
Togoforum.com : Il n’est un secret pour personne aujourd’hui
que les relations entre les partis politiques de l’opposition
traditionnelle (CAR CDPA UFC) se sont fortement détériorées au grand
dam de la grande majorité de la population. Et cela s’est confirmé
il n’y a pas longtemps avec cette guéguerre par médias interposés
entre le CAR et l’UFC à propos de la rencontre de Rome. Dites-nous
les causes de climat de méfiance qui règne entre les partis
politiques. Dans ces conditions, comment comptez-vous aborder les
pourparlers intertogolais?
Elliott Ohin :
Sur ce point précis, je veux parler des rencontres de Rome,
permettez-moi d’être un peu plus prolixe. A l’UFC nous nous battons
pour l’instauration de la démocratie qui passe obligatoirement par
des élections libres, transparentes et ouvertes à tous les partis.
Nous ne rencontrons pas le RPT pour négocier une passation ou un
transfert du pouvoir d’Etat du RPT à notre parti. Nous ne
rencontrons pas le RPT pour négocier un poste de Premier ministre
ou une participation à ce gouvernement de fait. Que cela soit clair
une fois de bon pour tout le monde. Les rencontres de Rome ne sont
pour nous que des préliminaires pour une résolution globale de la
crise, résolution qui ne peut aboutir qu’avec l’implication de
toutes les composantes de notre échiquier politique. Nous n’avons
jamais fait un procès d’intention à qui que ce soit pour avoir
rencontré un membre du RPT car pour nous, ces rencontres sont
nécessaires pour une résolution pacifique de la crise que je répète
doit passer obligatoirement par des élections libres. Et, ceci est
le leitmotiv qui nous guide dans toutes nos démarches pour sortir
notre pays de l’ornière.
Togoforum.com : L’un des reproches que l’on vous fait, c’est
votre suffisance et votre arrogance. Vous n’hésitez même pas à
demander que les autres partis s’alignent derrière vos desiderata en
comparant votre parti à l’ANC derrière lequel les autres partis sud
africains se sont alignés pour venir à bout de l’apartheid.
Pensez-vous que l’UFC prise individuellement et fort de sa
popularité puisse seul venir à bout du RPT ?
Elliott Ohin :
Pour nous venir à bout du RPT comme vous dites passe par des
élections démocratiques qui donnent la possibilité à notre peuple de
choisir librement ses dirigeants. Vous savez tout parti politique a
comme finalité la prise du pouvoir d’état, cette prise du pouvoir
passe en démocratie par le choix du peuple du programme de société
qui lui parait le plus approprié. Laissons et respectons donc le
libre choix de notre peuple et la crise togolaise sera résolue. La
réponse à la dernière partie de votre question se trouve dans
votre question elle-même. Si la démocratie est l’expression
populaire et si l’UFC est populaire comme vous l’affirmez alors l’UFC
en tant que parti populaire peut gagner les élections démocratiques.
Voila d’ailleurs pourquoi le RPT n’a jamais voulu organiser des
élections démocratiques au Togo parce que le RPT n’est pas un parti
populaire. S’il y a une analogie entre l’ANC et l’UFC, c’est celle
de la promotion de l’unité nationale et de réconciliation fondée sur
le besoin de compréhension et non pas de vengeance, le besoin de
réparation et non pas de représailles. L’UFC reste ouvert à tous
les partis qui veulent se joindre à nous pour la même cause sans
aucune aliénation.
Togoforum.com : Un journal de la place vient de publier une
information selon laquelle le leader de l’UFC aurait reçu par
l’intermédiaire du président Obasanjo plus de deux milliards de
francs CFA de la part du président Faure Gnassingbé. Pouvez-vous
nous dire davantage sur cette affaire qui, dit-on, aurait failli
faire éclater votre parti ?
Elliott Ohin :
Décidément, vous voyez partout l’éclatement de mon parti. Vous
savez à l’UFC, les futilités ne nous intéressent pas et nous avons
comme habitude de laisser les vils propos calomnieux et mensongers
mourir de leur propre mort. « Calomnier, calomnier, il en restera
toujours quelque chose ». Ceci a toujours été la stratégie au RPT
depuis 40 ans et ceci n’a jamais marché car notre peuple est
responsable et sait faire la part des choses. Nous balayons d’un
revers de main ces affabulations grotesques pour nous occuper de
choses beaucoup plus sérieuses.
Togoforum.com : Un membre de la Commission Dossey-Anyron a
contesté par voie de presse la paternité de l’indépendance, et donc
de l’appellation « père de l’indépendance » attribuée à Sylvanus
Olympio. Quelle est votre réaction à ce sujet et quel regard
portez-vous sur les travaux de cette commission ?
Elliott Ohin :
Nous voulons instaurer une vraie démocratie dans notre pays et ceci
inclut la liberté d’expression. Ce qui en clair veut dire que tout
togolais a le droit de contester, mais encore faut-il que ces
contestations soient fondées et dépourvues de soubassements d’ordre
mercantile.
Pour nous, l’idée de vérité historique récuse toute autorité
officielle. On ne peut réécrire l’histoire du Togo par une
quelconque commission, ceci à mon sens est une ineptie. Au peuple
est assignée la tache incontournable d’évaluer l’action de ses
dirigeants et de jeter son dévolu sur celui qui peut être le père de
la nation. Le père de la nation ne peut en aucun cas être celui qui
a privé le peuple de son bien le plus cher, sa liberté. Le peuple,
seul gardien du temple de nos mémoires, rétablira la vérité.
Togoforum.com : La crise perdure et les populations
désemparées sont gagnées par la démobilisation et ne croient plus en
leurs leaders. Quel message avez-vous à l’endroit de la vaillante
population togolaise ?
Elliott Ohin :
A l’UFC, nous avons fait le choix intransigeant de la démocratie et
rien ne peut contrarier ou affadir cette exigence. Nous devons
défier dignement le fatalisme, la résignation, le désenchantement ou
la désespérance. Continuons à réclamer avec insistance notre du, la
liberté et agissons. Agir, Agir.
Je vous remercie pour m’avoir ouvert votre colonne.
Togoforum.com:
C’est nous, Monsieur Ohin. |