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Togoforum :
Monsieur le Vice-président, que reste t-il de la NDP
depuis l’entrée controversée de son président au
gouvernement de M. Edem Kodjo ? La NDP d’hier à comparer
avec celle d’aujourd’hui?
Richard Nyahoho: La NDP se
porte bien.
Togoforum :
La NDP a toujours soutenu qu’après
38 ans de règne du feu président Eyadema, il n’est plus
question de laisser le RPT seul gérer les affaires de
l’Etat au risque de perpétuer son système. C’est fort de
cela que vous n’avez pas hésité à saisir la main tendue de
Faure Gnassingbé. Dites-nous en terme de bilan, ce que
votre mouvement a pu faire pour changer le cours des
choses depuis son entrée dans ce gouvernement dit d’union
nationale ?
Richard Nyahoho:
D’emblée, je dirais que notre entrée dans le gouvernement
d’Union Nationale a fortement marqué la vie politique de
notre pays. Auparavant, les responsables des partis
politiques de l’opposition (dite radicale) n’osaient par
parler d’une quelconque participation à un gouvernement
avec le RPT au pouvoir. Aujourd’hui, grâce à notre
engagement, à notre courage et surtout à
notre clairvoyance, les gens n’excluent plus cette
possibilité, quoique certains posent encore des
préalables. C’est déjà une bonne chose et cela augure
des lendemains sereins et prépare les esprits au dialogue,
participe à l’apaisement et à la détente politique. En
cela je peux dire que notre entrée dans le gouvernement
d’Union Nationale est entrain de changer certaines mœurs
politiques.
Togoforum :
L’une des missions du secrétaire
d’Etat chargé de la promotion de la jeunesse, c’est
d’essayer de trouver des approches de solutions aux
problèmes auxquels est confrontée la jeunesse togolaise.
Dans ce sens, peut-on avoir une idée des actes concrets
posés par celui-ci et qui entrent dans le cadre de la
promotion de ces jeunes ?
Richard Nyahoho: Des actes
concrets du Secrétaire d’Etat, je peux citer le lancement
de l’élaboration de la politique nationale de la
jeunesse : c’est un document de base qui va orienter
toutes les actions à mener en faveur des jeunes. Un fonds
d’appui aux Initiatives Economiques des jeunes est déjà
disponible. Il ne reste que les modalités de son
utilisation qui sont en train de se mettre en place. Et
bien d’autres initiatives en faveur des jeunes dont je me
garde pour le moment d’en parler, mais que vous aurez à
apprécier très bientôt.
Togoforum :
Par ailleurs, si on jette un regard
autour du ministre, on constate que la plupart des agents
qui forment son cabinet sont presque des dirigeants ou
membres de la NDP. Pourquoi cette préférence des membres
de la NDP et pas d’autres jeunes si c’est pour la
promotion de toute la jeunesse togolaise ? N’est-ce
pas,
comme disent certains, une bonne illustration du
clientélisme ou que vous êtes allés à la ‘’mangeoire’’ dans
le but de vous faire une place au soleil ?
Richard Nyahoho: Je
corrige en vous disant qu’il n’y a pas que les membres de
la NDP qui forment le cabinet du ministre ; il y a
d’autres fonctionnaires qui sont du Ministère de la
Jeunesse et des Sports qui font partie du Cabinet. La NDP
est une organisation, une structure bien élaborée qui
regorge de ressources humaines. Ce n’est pas du tout faire
du clientélisme que de s’entourer de ses hommes de
confiance. C’est partout comme ça. Ceux qui pensent que
c’est du clientélisme n’ont qu’à nous prouver le
contraire. Dire qu’on est allé à la « mangeoire » en
parlant de notre entrée au gouvernement, je crois que cela
fausse le débat politique et par delà participe à une
volonté délibérée de ternir l’image du pays. Aujourd’hui,
nous devons faire l’effort d’intégrer dans notre langage
politique la notion de respect (respect de soi même,
respect de l’autre et surtout respect des Institutions de
la République) ; et aussi proscrire du débat politique des
termes injurieux et discourtois. Nous grandirons ainsi et
le TOGO se porterait mieux
Togoforum :
Que
répondez-vous à ceux qui disent
que l’entrée de Gilbert Atsu
dans le gouvernement de Kodjo, son ‘’mentor’’ avait un
objectif : museler la jeunesse togolaise.
Et la médiation qu’il a tenté de mener dans la crise
universitaire de janvier dernier était perçue par
certains comme une tentative de saborder le mouvement
estudiantin. D’autres insinuent qu’il n’a pas
d’expériences pour assumer les hautes charges de l’Etat
parce qu’il n’a jamais travaillé dans sa vie.
Richard Nyahoho: Je vais
vous dire ceci : la NDP est un mouvement assez
responsable. Nous ne réagissons pas au gré de nos humeurs
ni seulement selon le cours des évènements politiques.
Nous avons une ligne politique, avec des objectifs bien
définis. Vous-même vous avez bien fait de le rappeler à
la question 2. Ce n’est donc pas sur instigation de
quelqu’un que nous avions décidé de rentrer dans le
gouvernement. Et dire que notre objectif en entrant dans
le gouvernement est de museler la jeunesse Togolaise est
un mépris et une volonté manifeste de ternir l’image de la
NDP. Si le régime de parti unique n’a pas pu museler la
jeunesse Togolaise (ce qui s’illustre bien par le
soulèvement du 05 Octobre 1990), ce n’est pas Gilbert
ATSU qui peut le faire. Personne ne peut museler la
jeunesse Togolaise : aucune organisation même pas la
Police, la Gendarmerie, l’Armée, bref aucune force
coercitive ne peut museler cette jeunesse.
Sur la médiation qu’il a menée dans la crise
Universitaire, je crois que personne ne peut lui dénier ce
droit de regard sur ce qui se passe à l’Université de
Lomé. D’abord parce qu’il a été un leader engagé qui a
participé activement aux mouvements estudiantins sur le
campus pendant qu’il était étudiant. A ce titre il
maîtrise bien les contours des problèmes qui se posent au
monde estudiantin et ses revendications. Ensuite il est le
président de la NDP dont la plupart des membres fondateurs
sont ses anciens camarades de lutte sur le campus. Et
enfin, en tant que Secrétaire d’Etat à la jeunesse, il ne
peut rester indifférent aux maux qui minent la jeunesse
estudiantine.
Au regard de tout ce qui précède, le Secrétaire d’Etat
ATSU Gilbert n’a aucun intérêt à saborder le mouvement
estudiantin. Au contraire son intervention dans la récente
crise a permis de décrisper cette crise et de préparer
ainsi les esprits au dialogue qui a abouti récemment à la
mise en place du CEUL, seul organe représentatif des
étudiants auprès des autorités universitaires.
Togoforum :
Aussi, depuis
son entrée dans le gouvernement, Gilbert Atsu est l’objet
de vives critiques de la part de la jeunesse de la
diaspora togolaise qui estime avoir été trahie. Aussi,
n’hésite –t-elle pas à lui réclamer des comptes pour les
fonds dont il a bénéficié de sa part pour combattre le
régime togolais. Que dites-vous à ce sujet ?
Richard Nyahoho: C’est
bien normale cette réaction. Chacun a le droit de
critiquer. Cela ne nous pose aucun problème. Au contraire
ces critiques nous permettent de mieux faire et de
progresser. C’est bien vrai aussi que la NDP compte
beaucoup de membres et de sympathisants au sein de la
diaspora. Beaucoup de nos camarades de la diaspora nous
soutiennent aussi. Cependant, je tiens à vous dire que la
NDP est maître de ses idées. Nous assumons nos
responsabilités en tant qu’acteurs politiques et nous ne
pensons avoir trahi qui que ce soit. Seule la fin justifie
les moyens.
Togoforum :
Depuis quelques temps, on parle de
plus en plus de la reprise du dialogue intertogolais à
Ouaga sous l’égide du président du Faso, un choix qui n’a
pas manqué de susciter des appréhensions au sein de
l’opinion nationale. Quelle est la position de la NDP par
rapport au choix du Burkina Faso et de son président pour
abriter et présider ces pourparlers intertogolais ? Que
peut-on attendre de cet Ouaga III ?
Richard Nyahoho: Vous
savez pour nous à la NDP, peu importe l’endroit où la
réunion aura lieu. Le choix du lieu n’implique pas
nécessairement la réussite du dialogue. Il s’agit beaucoup
plus de la volonté réelle des acteurs politiques à œuvrer
de concert pour sortir le pays de la crise. La NDP invite
donc les Togolais et plus spécialement les leaders
politiques impliqués dans ce dialogue à aller au-delà de
leurs appréhensions et de leurs ressentiments pour
aborder ce rendez-vous dans un esprit d’ouverture, gage de
réussite de toute discussion politique. Donc Ouaga IV pour
nous devrait permettre à la classe politique impliquée de
s’entendre sur un minimum devant déboucher sur
l’organisation des élections législatives et la reprise de
la coopération avec l’Union Européenne.
Togoforum :
En songeant à l’extrémisme des
radicaux militaires et civils du système RPT, pensez-vous
que Faure Gnassingbé a une quelconque marge de manoeuvre
pour s’imposer en tant que président et faire respecter
par les siens les conclusions qui sortiront des différents
accords ?
Richard Nyahoho: Mr
Faure GNASSINGBE est le Président de la République.
A ce titre, il a toute la marge de manœuvre pour exercer
le pouvoir, tel que la constitution le lui confère (ce
qu’il fait d’ailleurs et qui lui réussit bien.) Il n’y a
pas lieu de polémiquer là-dessus. Nous ne sommes pas
encore aux conclusions du dialogue pour ouvrir une
quelconque polémique autour de l’application des accords
qui vont sortir des discussions. Attendons que ce moment
arrive et chacun pourra apprécier la suite. Evitons les
procès d’intention.
Togoforum :
Au fait que pensez-vous de l’homme
Faure Gnassingbé? Est-il comme son père ou avez-vous des
raisons d’espérer qu’il en soit différent?
Richard Nyahoho: C’est
un homme issu de notre génération, à l’esprit ouvert et
qui est animé par la volonté de hisser notre pays au rang
des Nation modernes et prospères.
Personne n’est identique à son géniteur. On peut hériter
de certains caractères physiques : cela relève de la
biologie. Vous n’êtes pas comme votre père, votre enfant
n’est pas comme vous… tant au plan biologique que
psychologique, affectif comportemental, relationnel,
professionnel etc.…
Togoforum :
Dans un communiqué rendu public
après la relance du dialogue le 18 novembre 2005, la NDP
exhortait les acteurs politiques à axer leurs discussions
sur l’élaboration d’un cadre conduisant à l’organisation
des élections législatives libres, transparentes et
démocratiques. Pensez-vous que sans un véritable débat de
fond sur les causes de la crise togolaise, qu’il faille se
précipiter vers des élections législatives qui, à coup
sûr, ne résoudront pas le problème ?
Richard Nyahoho: Des
élections législatives supposent qu’un minimum de
consensus sur l’organisation soit obtenu à l’issue du
dialogue. Pour cela, on ne peut plus parler d’élection
précipitée.
Nous devons aussi comprendre que quelle que soit l’ampleur
des sujets qui seront débattus au cours de ce dialogue, il
va toujours demeurer des questions qui ne pourront être
abordées. D’autres seront partiellement débattues. Des
difficultés vont toujours naître. Mais nous n’allons pas
toujours organiser le dialogue politique tel que l’indique
le point 1-1 des 22 engagements tout le temps. Croire que
c’est au cours de ce dialogue que toutes les questions
seront abordées dans le fond avec des solutions à la clé,
c’est à notre sens faire preuve d’une certaine légèreté
politique. Dans toute République qui se respecte, le débat
politique se déroule au Parlement et il est permanent. Pas
au travers d’une rencontre ponctuelle et temporaire. Non.
C’est pour cette raison que nous disons qu’il faudrait
s’entendre au moins sur le cadre électoral et aller aux
élections législatives afin de mettre en place ce cadre
institutionnel du débat politique. Les différentes
réformes à apporter à nos institutions ne pourront pas se
faire en dehors du cadre légal. Aucun dialogue ne viendra
résoudre tous les problèmes togolais comme par un coup de
baguette magique.
Togoforum :
Pour terminer cet entretien, la
célébration cette année de la journée du 13 janvier a fait
couler beaucoup d’encre et
de salive. La NDP n’a pas songé
réagir à l’occasion. Avez-vous quelque chose à dire
là-dessus ? Votre analyse sur la Commission de réflexion
et de réhabilitation de l’histoire du Togo et ses
conclusions.
Richard Nyahoho: Comme l’a
fait remarquer l’archevêque du TOGO Monseigneur P.
KPODZRO, la célébration du 13 Janvier dernier est une
grande première au TOGO : la place qui a été faite à la
mémoire du Père de l’indépendance le feu Président
Sylvanus OLYMPIO témoigne de la volonté du Chef de
l’Etat d’honorer sa mémoire et de faire de cette date une
journée de réconciliation nationale. C’est là où nous
marquons notre intérêt.
Les membres de
la commission de réflexion et de réhabilitation de
l’histoire du Togo sont nos grands parents, des gens qui
ont vécu les évènements politiques de notre pays depuis
les lendemains immédiats de la fin de la 2ème
guerre mondiale. Chacun est libre de l’apprécier à sa
manière. Mais, nous pensons qu’ils ont fait un bon travail
et les différentes critiques ne peuvent que contribuer à
son amélioration. |