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Propos recueillis par Alain Nococo a Lomé, ce 21 fevrier 2006

togoforum s'entretient avec le vice-president de la NDP, M. Richard Nyahoho

Togoforum : Monsieur le Vice-président, que reste t-il de  la NDP depuis l’entrée controversée de son président au gouvernement de M. Edem Kodjo ? La NDP d’hier à comparer avec celle  d’aujourd’hui?
Richard Nyahoho: La NDP se porte bien.


Togoforum 
: La NDP a toujours soutenu qu’après 38 ans de règne du feu président Eyadema, il n’est plus question de laisser le RPT seul gérer les affaires de l’Etat  au risque de perpétuer son système. C’est fort de cela que vous n’avez pas hésité à saisir la main tendue de Faure Gnassingbé. Dites-nous en terme de bilan, ce que votre mouvement a pu faire  pour changer le cours des choses  depuis son entrée dans ce gouvernement dit d’union nationale ?
Richard Nyahoho: D’emblée, je dirais que notre entrée dans le gouvernement d’Union Nationale a fortement marqué la vie politique de notre pays. Auparavant, les responsables des partis  politiques de l’opposition (dite radicale) n’osaient par parler d’une quelconque participation à un  gouvernement avec le RPT au pouvoir. Aujourd’hui, grâce à notre engagement, à notre courage et surtout à notre clairvoyance, les gens n’excluent plus cette possibilité, quoique certains posent encore des préalables.  C’est déjà une bonne chose et cela  augure des lendemains sereins et prépare les esprits au dialogue, participe à l’apaisement et à la détente politique. En cela je peux dire que notre entrée dans le gouvernement d’Union Nationale est entrain de changer certaines mœurs politiques.

Togoforum : L’une des missions du secrétaire d’Etat chargé de la promotion de la jeunesse, c’est d’essayer de trouver des approches de solutions aux problèmes auxquels est confrontée la jeunesse togolaise. Dans ce sens, peut-on avoir une idée des actes concrets  posés par celui-ci et qui entrent dans le cadre de la promotion de ces  jeunes ?
Richard Nyahoho: Des actes concrets du Secrétaire d’Etat, je peux citer le lancement de l’élaboration de la politique nationale de la jeunesse : c’est un document de base qui va orienter toutes les actions à mener en faveur des jeunes. Un fonds d’appui aux Initiatives Economiques des jeunes est déjà disponible. Il ne reste que les modalités de son utilisation qui sont en train de se mettre en place. Et bien d’autres initiatives en faveur des jeunes dont je me garde pour le moment d’en parler, mais que vous aurez à apprécier très bientôt.

Togoforum : Par ailleurs, si on jette un regard autour du ministre, on constate que la plupart  des agents qui forment son cabinet sont presque des dirigeants ou  membres de la  NDP. Pourquoi cette préférence des membres de la NDP et pas d’autres jeunes si c’est pour la promotion de toute la jeunesse togolaise ?  N’est-ce pas, comme disent certains,  une bonne illustration du clientélisme ou que vous êtes allés à la ‘’mangeoire’’ dans le but de vous faire une place au soleil ?
Richard Nyahoho: Je corrige en vous disant qu’il n’y a pas que les membres de la NDP qui forment le cabinet du ministre ; il y a d’autres fonctionnaires qui sont du Ministère de la Jeunesse et des Sports qui font partie du Cabinet. La NDP est une organisation, une structure bien élaborée qui regorge de ressources humaines. Ce n’est pas du tout faire du clientélisme que de s’entourer  de ses hommes de confiance. C’est partout comme ça.  Ceux qui pensent que c’est du clientélisme n’ont qu’à nous prouver le contraire. Dire qu’on est allé à la « mangeoire » en parlant de notre entrée au gouvernement, je crois que cela fausse le débat politique et par delà participe à une volonté délibérée de ternir l’image du pays. Aujourd’hui, nous devons faire l’effort d’intégrer  dans notre langage politique la notion de respect (respect de soi même, respect de l’autre et surtout respect des Institutions de la République) ; et aussi proscrire du débat politique des termes injurieux et discourtois. Nous grandirons ainsi et le TOGO se porterait mieux

Togoforum : Que répondez-vous à ceux qui disent que l’entrée de  Gilbert Atsu dans le gouvernement de Kodjo, son ‘’mentor’’ avait un objectif : museler la jeunesse togolaise. Et la médiation qu’il a tenté de mener dans la crise universitaire de janvier  dernier était perçue par certains comme une tentative de saborder le mouvement estudiantin. D’autres insinuent qu’il n’a pas d’expériences pour assumer les hautes charges de l’Etat parce qu’il n’a jamais travaillé  dans sa vie.
Richard Nyahoho: Je vais vous dire ceci : la NDP est un mouvement assez responsable. Nous ne réagissons pas au gré de nos humeurs ni seulement selon le cours des évènements politiques. Nous avons une ligne politique, avec des objectifs bien définis. Vous-même vous avez bien fait de  le rappeler à la question 2. Ce n’est donc pas sur instigation de quelqu’un que nous avions décidé de rentrer dans le gouvernement. Et dire que notre objectif en entrant dans le gouvernement  est de museler la jeunesse Togolaise est un mépris et une volonté manifeste de ternir l’image de la NDP. Si le régime de parti unique n’a pas pu museler la jeunesse Togolaise (ce qui  s’illustre bien par le soulèvement du  05 Octobre 1990), ce n’est pas Gilbert ATSU qui peut le faire. Personne ne peut museler la jeunesse Togolaise : aucune organisation même pas la Police, la Gendarmerie, l’Armée, bref aucune force coercitive ne peut museler cette jeunesse.

Sur la médiation qu’il a menée dans la crise Universitaire, je crois que personne ne peut lui dénier ce droit de regard sur ce qui se passe à l’Université de Lomé. D’abord parce qu’il a été un leader engagé qui a participé activement aux mouvements estudiantins sur le campus pendant qu’il était étudiant. A ce titre il maîtrise bien les contours des problèmes qui se posent au monde estudiantin et ses revendications. Ensuite il est le président de la NDP dont la plupart des membres fondateurs sont ses anciens camarades de lutte sur le campus. Et enfin, en tant que Secrétaire d’Etat à la jeunesse, il ne peut rester indifférent aux maux qui minent la jeunesse estudiantine.

Au regard de tout ce qui précède, le Secrétaire d’Etat ATSU Gilbert n’a aucun intérêt à saborder le mouvement estudiantin. Au contraire son intervention dans la récente crise a permis de décrisper cette crise et de préparer ainsi les esprits au dialogue qui a abouti  récemment à la mise en place du CEUL, seul organe représentatif des étudiants auprès des autorités universitaires.

Togoforum : Aussi,  depuis son entrée dans le gouvernement,  Gilbert Atsu est l’objet de vives critiques de la part de la jeunesse de la diaspora togolaise qui estime avoir  été trahie. Aussi, n’hésite –t-elle pas à lui réclamer des comptes pour les fonds dont il a bénéficié de sa part pour combattre le régime togolais. Que dites-vous à ce sujet ?
Richard Nyahoho: C’est bien normale cette réaction. Chacun a le droit de critiquer. Cela ne nous pose aucun problème. Au contraire ces critiques nous permettent de mieux faire et de progresser. C’est bien vrai aussi que la NDP compte beaucoup de membres et de sympathisants au sein de la diaspora. Beaucoup de nos camarades de la diaspora nous soutiennent aussi. Cependant, je tiens à vous dire que la NDP est maître de ses idées. Nous assumons nos responsabilités en tant qu’acteurs politiques et nous ne pensons avoir trahi qui que ce soit. Seule la fin justifie les moyens.

Togoforum : Depuis quelques temps,  on parle de plus en plus de la reprise du dialogue intertogolais à Ouaga sous l’égide du président du Faso, un choix qui n’a pas manqué de susciter des appréhensions au sein de l’opinion nationale.  Quelle est la position de la NDP par rapport au choix du Burkina Faso et de son président  pour abriter et présider ces pourparlers intertogolais ? Que peut-on attendre de cet Ouaga III ?
Richard Nyahoho: Vous savez pour nous à la NDP,  peu importe l’endroit où la réunion aura lieu. Le choix du lieu n’implique pas nécessairement la réussite du dialogue. Il s’agit beaucoup plus de la volonté réelle des acteurs politiques à œuvrer de concert pour sortir le pays de la crise. La NDP invite donc les Togolais et plus spécialement les leaders politiques impliqués dans ce dialogue à aller au-delà de leurs appréhensions et de leurs ressentiments  pour aborder ce rendez-vous dans un esprit d’ouverture, gage de réussite de toute discussion politique. Donc Ouaga IV pour nous devrait permettre à la classe politique impliquée de s’entendre sur un minimum devant déboucher sur l’organisation des élections législatives et la reprise de la coopération avec l’Union Européenne.

Togoforum : En songeant à l’extrémisme des radicaux militaires et civils du système RPT, pensez-vous que Faure Gnassingbé a une quelconque marge de manoeuvre pour s’imposer en tant que président et faire respecter par les siens les conclusions qui sortiront des différents accords ?  
Richard Nyahoho: Mr Faure GNASSINGBE est le Président de la République. A ce titre, il a toute la marge de manœuvre pour exercer le pouvoir, tel que la constitution le lui confère (ce qu’il fait d’ailleurs et qui lui réussit bien.) Il n’y a pas lieu de polémiquer là-dessus. Nous ne sommes pas encore aux conclusions du dialogue pour ouvrir une quelconque polémique autour de l’application des accords qui vont sortir des discussions. Attendons que ce moment arrive et chacun pourra apprécier la suite. Evitons les procès d’intention.

Togoforum : Au fait que pensez-vous de l’homme Faure Gnassingbé? Est-il comme son père ou avez-vous des raisons d’espérer qu’il en soit différent?
Richard Nyahoho: C’est un homme   issu de notre génération, à l’esprit ouvert et qui  est animé par la volonté de hisser notre pays au rang des Nation modernes et prospères.

Personne n’est identique à son géniteur. On peut hériter de certains caractères physiques : cela relève de la biologie. Vous n’êtes pas comme votre père, votre enfant n’est pas comme vous… tant au plan biologique que psychologique, affectif comportemental, relationnel, professionnel etc.…

Togoforum : Dans un communiqué rendu public après la relance du dialogue le 18 novembre 2005, la NDP exhortait les acteurs politiques à axer leurs discussions sur l’élaboration d’un cadre conduisant à l’organisation des élections législatives libres, transparentes et démocratiques. Pensez-vous que sans un véritable débat de fond sur les causes de la crise togolaise, qu’il faille se précipiter vers des élections législatives qui, à coup sûr, ne résoudront pas le problème ?
Richard Nyahoho: Des élections législatives supposent qu’un minimum de consensus sur l’organisation   soit obtenu à l’issue du dialogue. Pour cela, on ne peut plus parler d’élection précipitée. 

Nous devons aussi comprendre que quelle que soit l’ampleur des sujets qui seront débattus au cours de ce dialogue, il va toujours demeurer des questions qui ne pourront être abordées. D’autres seront partiellement débattues. Des difficultés vont toujours naître. Mais nous n’allons pas toujours organiser le dialogue politique tel que l’indique le point 1-1 des 22 engagements tout le temps. Croire que c’est au cours de ce dialogue que toutes les questions seront abordées dans le fond avec des solutions à la clé, c’est à notre sens faire preuve d’une certaine légèreté politique. Dans toute République qui se respecte, le débat politique se déroule au Parlement et il est permanent. Pas au travers d’une rencontre ponctuelle et temporaire. Non. C’est pour cette raison que nous disons qu’il faudrait s’entendre au moins sur le cadre électoral et aller aux élections législatives afin de mettre en place ce cadre institutionnel du débat politique. Les différentes réformes à  apporter à nos institutions ne pourront pas se faire en dehors du cadre légal. Aucun dialogue ne viendra résoudre tous les problèmes togolais comme par un coup de baguette magique.

Togoforum : Pour terminer cet entretien, la célébration cette année de la journée du 13 janvier a fait couler beaucoup d’encre et de salive. La NDP n’a pas songé réagir à l’occasion. Avez-vous quelque chose à dire là-dessus ? Votre analyse sur la Commission de réflexion et de réhabilitation de l’histoire du Togo et ses conclusions.
Richard Nyahoho: Comme l’a fait remarquer l’archevêque du TOGO Monseigneur P. KPODZRO, la célébration du 13 Janvier dernier est une grande première au TOGO : la place qui a été faite à  la mémoire du Père de l’indépendance le feu Président Sylvanus OLYMPIO  témoigne de la volonté du Chef de l’Etat d’honorer sa mémoire et de faire de cette date une journée de réconciliation nationale. C’est là où nous marquons notre intérêt.

Les membres de la commission de réflexion et de réhabilitation de l’histoire du Togo sont nos grands parents, des gens qui ont vécu les évènements politiques de notre pays depuis les lendemains immédiats de la fin de la 2ème guerre mondiale. Chacun  est libre de l’apprécier à sa manière. Mais, nous pensons qu’ils ont fait un bon travail et les différentes critiques ne peuvent que contribuer à son amélioration.

 

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