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Togoforum.com :
Monsieur Denis D. Nayone, vous êtes
presqu'une figure emblématique connue
de la plupart des togolais. Vous
êtes réfugié en Allemagne depuis un peu plus de 10
ans. Vous avez combattu feu général Eyadema et
refusé toute compromission avec son régime,
contrairement à beaucoup d’autres.
Le général Eyadema n’est plus !
Quels sentiments avez-vous
actuellement face à la nouvelle situation politique de
notre pays induite par sa disparition ?
Denis D. Nayone :
I est peut être exagéré de dire
que j’ai combattu feu le général Eyadema. Je me suis
plutôt érigé contre un système qui était foncièrement
réfractaire aux valeurs universelles de liberté, de
justice et des droits de l’homme. En fait le président
Eyadema n’était pas pour moi un ennemi mais simplement
un adversaire politique au même titre que les autres
acteurs politique, qu’ils
soient de l’opposition ou du parti au pouvoir mais qui
ne défendent pas le projet de toute société aspirant à
la quiétude, au développement ;
qui nous est indubitablement cher.
Je profite d’ailleurs de l’occasion que vous m’offrez
pour présenter mes condoléances les plus attristées à
la famille de l’illustre disparu.
Devant la nouvelle situation politique induite par sa
disparition, je suis à la fois inquiet et plein
d’espoir. Inquiet, parce que j’ai bien peur que des
apprentis sorciers de tout poil, des extrémistes de
tout bord, ne précipitent notre pays dans le chaos.
C'est-à-dire dans une guerre civile. Un tel cas de
figure vous vous en doutez, est nettement moins
préférable à un état pseudo-democratique. Toute fois
j’ai espoir que le sentiment nationaliste prévaudra
sur les calculs égoïstes dans un sens ou dans un autre
afin que notre pays ne connaisse pas le sort de la
côte d’ivoire, de l’ex Zaïre etc,
après la disparition de leurs présidents respectifs.
Togoforum.com
Des élections en perspective opposeront Monsieur
Bob Akitani,
candidat « unique » de l’opposition
au candidat du RPT Monsieur
Faure Gnassingbé, fils
biologique du général. Pouvez vous nous dire vos
sentiments sur ces candidatures et sur leurs chances
réelles ?
Denis D. Nayone :
Mes sentiments sur les deux
candidatures est qu’elles représentent sous l’angle
du pragmatisme politique deux mauvaises options. En
somme la peste et le cholera et pour cause. Je
souligne à priori avec force que les personnes de MM
Bob Akitani et de Faure Gnassimgbé ne souffrent
d’aucune incompétence. Ils ont tous les aptitudes
nécessaires pour prétendre à la magistrature suprême
de notre pays. Le problème, c’est que devant la
situation délicate que nous traversons, les deux
candidatures nous offrent un duel entre deux familles
qui irrémédiablement se détestent. Les familles
Gnassimgbé et Olympio
Cela peut avoir des conséquences fâcheuses pour notre
processus démocratique. Bien de gens par peur des
lendemains évitent de dire ou d’épouser la vérité
quand bien même elle est évidente. En effet, point
n’est besoin d’être docte pour comprendre qu'à
travers la candidature de Bob Akitani c’est bien
l’ombre de Gilchrist Olympio qui profile à l’horizon.
Et les Togolais dans leur
majorité savent qu’une telle perspective n’est pas
pour rassurer le clan des Gnassimgbé. Pourtant on fait
comme si de rien n’était. En somme c’est la politique
de l’autruche. On s’offre en quelque sorte une arène.
C’est fort dommage. L’opposition a pourtant dans ses
rangs, des gens de consensus très compétents : Me
Yaovi Agboyibo, MM Dahuku Péré, Léopold Gnininvi, …
Je n’ai rien contre la personne de monsieur Gilchrist
Olympio ; s’il y a des gens qui ont compris son cas,
j’en fais parti. Tenez, déjà en 1986-1987, je
demandais au président Eyadéma de ne pas célébrer la
date du 13 janvier- date de la mort de Sylvanus Olympio-
comme fête nationale, parce que c’est indécent. Mais
je crois sincèrement que pour l’intérêt supérieur de
la nation, monsieur Olympio dans cette phase
transitoire de notre vie politique, devrait garder
d’avantage le profil bas. On me demandera alors ce
qu’il en est de la candidature de Faure Gnassingbé. Je
réponds qu’elle n’est pas plus justifiable sauf
qu’elle a le soutient du commandement militaire. Les
mémoires sont encore fraîches vis-à-vis du rôle
néfaste qu’a joué l’armée à la mort du général Eyadéma
en confiant sans crier garde le pouvoir à son fils, ce
qui manifestement explique qu’elle a de beaux jours
devant elle. Cela dit, il faut espérer que le peuple
togolais une fois dans son histoire mouvementée, saura
revendiquer la victoire qui lui revient de droit dans
quelques échéances électorale que ce soit.
Togoforum.com :
Vous êtes un grand militant du CAR. Me Agboyibo
aimait vous appeler « le fétiche du parti » vous avez
même représenté les couleur ce parti aux élections
législatives de 1994, mais depuis quelques années on
ne vous entend plus comme naguère. Auriez vous des
griefs…. ?
Denis D. Nayone :
des griefs ? c’est trop dire. Des malentendus certes.
En fait je ne comprends pas toujours pourquoi le CAR à
l’instar des autres partis politique a boycotté les
législatives de 2002 parce que les règle de jeu
étaient fausses et ait pu participer aux élections
présidentielles de 2003 avec les même fausses règles
du jeu.
Par ailleurs, j’avoue que je ne reconnais plus
certains idéaux chers à ce parti qui stimulèrent mon
adhésion et mon combat aux côté de celui qui force
toujours mon respect et mon admiration pour sa
contribution à la cause démocratique ; je veux
parler de Me Yaovi Agboyibo.
Togoforum.com : quel
jugement portez vous sur les différents chefs d’états
qu’à connu le Togo ?
Je pense que les différents chefs
d’Etat – MM Sylvanus Olympio, Nicolas Grunitzky,
Gnassimgbe Eyadema – étaient des gens comme nous, des
mortels imparfaits certes, qui ont rendu service à
notre pays. Ils ont connu des hauts et des bas. Mais
cela relève de l’humaine condition. Ils n’ont donc pas
démérité. Je ne suis pas de ceux qui jettent les
pierres aux morts. Ceux qui le font adoptent une
attitude de mauvais aloi.
Monsieur Sylvanus Olympio a discouru
sur l’indépendance nationale, monsieur Nicolas
Grunitzky a discouru sur le développement national,
monsieur Eyadema Gnassimgbe a
discouru sur l’unité nationale.. C’est à l’histoire de
juger si chacun d’eux a atteint son objectif.
Togoforum.com :
Vous avez été le pionnier de la lutte contre le
régionalisme et le tribalisme au Togo. Avez-vous le
sentiment que la partie est gagnée ?
Denis D. Nayone :
Le combat contre le tribalisme
et le régionalisme comme tout autre combat humain est
toujours renouvelé, jamais achevé. C’est dans la
nature des choses. Le tribalisme tout comme le
régionalisme constituent un mode de comportement
pernicieux qui reconnaît des droits aux membres de sa
tribu ou de sa région, et des
devoirs à ceux qui n’en font pas partis. On s’efforce
de nier l’autre, de le ridiculiser, qu’on estime à
tort inférieur. On a même honte de dire qu’on connaît
la région de l’autre. Et à l’étranger on en parle avec
grand mépris. C’est ainsi qu’il n’est pas rare de
rencontrer des Togolais qui se
vantent de connaître toutes les régions d’un pays
tiers, mais dans le même temps, ne souhaiteraient
jamais connaître Cinkassé dans l’extrême Nord
et Djankassé dans l’extrême sud du Togo.
Pour un pays, le tribalisme et le régionalisme
constituent de loin un poison plus nocif que la
dictature. Car la dictature est une contrainte venue
de l’extérieure dont on peut se défaire plus
rapidement, alors que dans le tribalisme l’individu
dans un narcissisme complaisant se prend pour le
centre de l’univers ; ce qui précisément est la pire
des choses qui soit.
Togoforum.com :
Dans le cadre du choix du candidat unique de
l’opposition, Gilchrist
Olympio et l’UFC ont eu le privilège d’offrir un
candidat unique en la personne de Bob Akitani au reste
de l’opposition. Quel
est votre sentiment sur ce choix
Denis D : Nayone :
Je pense que c’est un choix peu
judicieux ; non pas que les membres de l’UFC ne
doivent pas être candidats, ce qui serait insensé,
mais parce qu’ à mon sens Mr Bob Akitani est un
faire-valoir de Mr Gil Christ Olympio. Je lui aurais
préféré en tous cas quelqu’un comme Jean pierre Fabre
ou tout autre membre de l’UFC pour des raisons que
j’ai évoquées plus haut.
Togoforum.com :
Que pensez vous de la candidature de monsieur Koffi
Yamgnane aujourd’hui retirée de la course ?
Denis D. Nayone :
je pense que c’est un gag.
Sans doute monsieur Koffi Yamgnane a un beau
curriculum vitae. Mais cela ne
se suffit pas. Dans les années 90-91, époque de braise
dans l’enclenchement de la démocratisation au Togo,
Monsieur Yamgnane
alors membre du gouvernement socialiste en France
aurait pu ou aurait dû apporter une contribution
significative dans la vie politique du Togo.
Malheureusement il a brillé par son absence. Il est
vrai qu’il n’est jamais trop tard de bien faire, soit!
Mais le moment me semble mal
choisi. C’est un peu comme on dit souvent que «quand
le chat n’est pas là, les souris dansent »…
Togoforum.com :Edem
Kodjo, Zarifou Ayeva, Dahuku Pére, Agbéyomé Kodjo, et
bien d’autres personnes encore se plaignent d’être
traités d'opposants
de seconde zone, quel est votre sentiment ?
Denis D. nayone :
En politique plus qu’ailleurs
il n y a meilleur censeur que le peuple ; C’est aux
uns et aux autres de savoir comment leurs discours est
perçu par le peuple et de se
situer par rapport à cela. Le reste, c’est de la
littérature.
Togoforum.com :
Beaucoup de Togolais pensent
aujourd’hui que la classe politique actuelle est
dépassée, et appelle par conséquent à l’émergence
d’une nouvelle classe politique plus jeune et plus
responsable. Souhaiteriez vous
être à l’avant-garde comme ce fut le cas lors de
l’enclenchement du processus démocratique en 1990, car
personne n’a oublié la fameuse conférence d’Adidogomé. ... ?
Denis D : Nayone :
le tout dépend de ce que l’on entend par être dépassé.
Est-ce que le fait de vieillir
suffit à être dépassé par les enjeux politiques ? Je
ne le pense pas. Nous connaissons des responsables
politiques très âgés qui valent mieux que leurs frères
puînés
Quand à savoir si je veux être à l’avant-garde d’une
classe politique émergente, je pense que ce n’est pas
à moi d’en décider, ça serait pécher par orgueil. Vous
savez, c’est bien souvent les nécessités
circonstancielles qui imposent un leader, pas
l’inverse. La fameuse conférence d’Adidogomé s’inscrit
volontiers dans le développement précédent.
Togoforum.com :
avez-vous un message à l’endroit de la diaspora, en
particulier et de la jeune togolaise en général ?
Denis D. Nayone :
le message que j’ai pour la diaspora et pour toute la
jeunesse togolaise, c’est de cultiver la tolérance et
le respect mutuel dans nos différences. Oui soyons
unis pour faire face aux défis qui sont les notre à
l’aube du troisième millénaire.
Togoforum.com :
Nous vous remercions monsieur Nayone |