1. Maître
ABI, vous êtes le Secrétaire National du PSR, (Pacte Socialiste
pour le Renouveau). Votre parti a présenté la candidature de
Monsieur Dahuku Péré, chef de file du courant des Rénovateurs, au
scrutin présidentiel du 1er juin 2003. Voici quatre
mois que les rideaux sont tombés sur cette présidentielle avec
l’élection contestée du candidat du RPT. Quel regard portez-vous
sur la vie politique du Togo dans cette période post électorale ?
Maître
ABI : Au PSR, nous nous écartons du pessimisme dans lequel les
gens ont pris l’habitude de baigner. Pour les uns cette élection
présidentielle n’a rien changé dans la vie politique togolaise ; pour
d’autres c’est l’impasse totale. C’est vrai que rien n’a changé dans
la nature dictatorial du système qui nous gouverne ; c’est vrai aussi
que tous les acteurs politiques sont désorientés, que les populations
sont profondément plus déçues que par le passé. Mais au PSR et parmi
nos amis les Rénovateurs, nous allons plus loin que ces analyses
statiques, nous avons une perception plus dynamique de la situation
politique post électorale au Togo.
Tout d’abord, comparée aux consultations précédentes,
en tenant dûment compte des conditions dans lesquelles elles se sont
respectivement déroulées, la dernière élection a connu une
mobilisation populaire et un taux de participation sans précédent, au
point de conduire le pouvoir à l’extrême limite de ses capacités de
résistance pacifique et institutionnelle et à recourir ouvertement aux
voies de fait par la violence. En effet, bravant tous les dangers et
surmontant tous les obstacles, les citoyens électeurs ont renouvelé,
massivement et sans ambiguïté, leurs aspirations à la liberté, à la
démocratie, à la justice sociale et à l’Etat de droit, bref leur
ardent désir d’être gouvernés autrement, au mieux de leurs intérêts.
Il faut en déduire qu’une
légitimité
démocratique
s’en est globalement et nettement dégagée contre le système actuel.
Elle rassemble tous les suffrages exprimés en faveur du changement.
Cette légitimité renouvelée pose en des termes nouveaux les bases
politiques objectives et subjectives pour la poursuite de la lutte, en
ce sens que cette
légitimité contestataire
contre le pouvoir
s’est largement et ouvertement étendue aux
prétendus
« bastions traditionnels »
imprenables du RPT que l’on situe tendancieusement dans le
Nord du pays et dans ce que l’on nomme péjorativement les
« poches de peuplement
nordiques »
au Sud. La direction conservatrice de la mouvance présidentielle, bien
instruite par les évènements, ne peut plus ignorer cette
nouvelle donne capitale qui dévoile ses manipulations et réduit à
néant tous ses soutiens politiques et toutes ses stratégies de
résistance, même à moyen terme.
Par
ailleurs, il ne faut pas croire que les populations togolaises ont
passivement enregistré cette autre défaite de l’opposition partisane
pour se plonger dans la déception et la résignation, loin de là. Elles
ont bien pris la mesure de l’écart qui séparent leurs aspirations
légitimes et les objectifs et calculs « politiciens » des formations
politiques auxquelles elles ont longtemps confié leur destin. Elles
sauront désormais en tirer les conclusions pratiques qui s’imposent
dans l’avenir à leurs engagement pour les transformations politiques
et sociales auxquelles elles aspirent. Nombreux sont des signes qui
indiquent déjà que les populations togolaises s’engagent dans cette
nouvelle perspective où elles joueront les premiers rôles. Pour toutes
ces raisons, nous appréhendons la situations post électorale avec
assurance et optimisme.
2. Tout
le monde sait qu’après cette élection le PRS et le groupe des
Rénovateurs sont devenus indésirables et vous avez été écartés lors de
la formation du gouvernement. Avez-vous été consultés pour les
élections locales à venir ? Si oui, quel est votre réponse ?
Maître
ABI : Franchement, nous n’avons pas la même lecture de la
situation que votre « tout le monde » qui pense, bien à tort,
que nous sommes devenus « indésirables ». Ce dont le PSR et les
Rénovateurs se préoccupent, ce n’est pas d’être « désirables » ou
acceptés par qui que ce soit. Ce dont nous nous préoccupons davantage,
c’est de mieux incarner les aspirations de notre peuple, c’est de
mieux communiquer à toutes les forces du progrès engagées sincèrement
dans le combat patriotique, par delà toutes les barrières, notre
perception de la lutte pour le changement pacifique de régime social
et politique au Togo.
Cette
perception que partagent le PSR et les Rénovateurs va nettement bien
au delà de la course politicienne au « pouvoir pour le pouvoir »,
elle vise un changement en profondeur qui ne se soldera pas par
le simple remplacement d’une équipe gouvernementale par une autre
de même nature, ni par l’établissement de l’hégémonie politique
et sociale d’une fraction du peuple opprimé sur les autres
composantes de la Nation.
Ce dont
nous nous préoccupons avec une entière attention, ce sont les
innombrables marques de soutien et de sympathie que nous avons reçues
des citoyennes et citoyens de tous les coins de la République durant
l’élection présidentielle et qui continuent de nous parvenir chaque
jour qui passe. Ces soutiens, nous l’avons écrit, ont permis au PSR et
aux Rénovateurs unis dans le même combat avec d’autres forces, de
franchir les frontières interdites, de renverser les idoles, de
démystifier les charlatans politiques et idéologues, de violer les
tabous et de lever les interdits séculaires. Ce faisant, le PSR et les
Rénovateurs ont apporté une contribution décisive à la lutte pour la
restauration de la République et la démocratie au Togo. Ils ont
contribué à élever le niveau de conscience patriotique des militants,
à libérer les énergies populaires longtemps tenues captives. Nous
avons frayé un chemin nouveau vers la liberté, la justice, la paix et
le progrès. Nous contribuons à la montée d’une classe
politique nouvelle, républicaine et démocratique, nourrie à la source
d’une nouvelle éthique politique et sociale.
C’est à la
lumière de ces choses que l’on devrait apprécier le fait que le
pouvoir n’est pas parvenu à former son fameux « gouvernement
d’union nationale » avec la participation de l’opposition
traditionnelle et encore moins avec celle du PSR et des Rénovateurs.
L’élection présidentielle a bouleversé profondément l’échiquier
politique togolais et changé les donnes. Il faut qu’on se le dise
franchement, ce que les citoyens électeurs attendent, ce n’est pas le
simple « partage » des portefeuilles ministériels entre les
Etats majors des partis avec une éventuelle cooptation des
personnalités de la société civile. Mais, ils attendent plus que cela,
ils veulent la constitution d’un authentique gouvernement
représentatif des divers courants, investi des pouvoirs réels
pour procéder à des réformes en profondeurs de la vie politique,
économique, sociale et culturelle du pays qui apportent des
améliorations sensibles à leurs conditions de vie et de travail au
quotidien. Cela suppose l’élaboration consensuelle d’un « programme
commun de gouvernement » auquel adhèrent, à l’issue d’un
dialogue national, toutes les forces représentatives en présence.
Voilà le véritable enjeu. C’est ce que le PSR et les Rénovateurs
avaient proposé et que le pouvoir a rejeté. Telle est la vérité !
S’agissant des consultations sur les élections locales,
le PSR n’a pas été invité à présenter des candidats à l’élection des
membres de la CENI chargée de superviser ces élections. Nous avons été
invités bien plus tard, à désigner nos représentants dans les CELI.
On ne peut pas dire à partir de cette démarche administrative de pure
forme que le pouvoir nous a consulté, si l’on entend, comme il se
doit, par consultation le fait de recueillir notre avis sur
l’opération en question. Toutefois, le PSR et les Rénovateurs ont eu à
exprimer au gouvernement en d’autres occasions, par écrit, leur
position sur le sujet.
En effet, nous ne sommes pas contre le principe
d’élections locales, ni contre l’idée de les organiser dans ce
contexte post électoral particulier. Mais, nous ne voyons pas où est
l’intérêt, en l’état actuel des choses, à procéder à ces élections,
dès lors que le gouvernement prétend être disposé au dialogue national
pour un règlement politique global et définitif de la crise togolaise.
A notre avis, les élections locales, comme tous les autres contentieux
politiques, doivent faire l’objet de négociations préalables pour
aboutir à un plan global de règlement de la crise, cohérent, crédible
et fiable. Aussi le PSR et les Rénovateurs considèrent-ils ces
élections locales comme devant être effectivement la voie
démocratique terminale la mieux appropriée pour appliquer à la
base, tout près des citoyens, les réformes consensuelles
opérées en amont et qui sont tant attendues par les populations
togolaises. Dès lors, si elles ne s’inscrivent pas dans cette logique
de règlement global de la crise, allant de l’amont en aval, nous n’y
voyons pas l’opportunité politique ni l’intérêt social, ni même
l’efficacité opérationnelle. Car, apparemment cette perspective ne
semble pas être l’option choisie par le pouvoir. Si cela était avéré,
nous en prendrons acte, et le moment venu, nous aviserons de la suite
à donner.
3. Personne
ne peut plus ignorer que la reprise de la coopération avec l’Union
Européenne est devenue l’os dur à croquer par le pouvoir en place. Le
Premier Ministre vient de conduire une délégation officielle à
Bruxelles. Que pensez-vous de cette nième randonnée en
Belgique ?
Maître ABI : Soyons sérieux, il faut en finir une fois
pour toutes avec cette tragi-comédie dans laquelle le pouvoir tente de
masquer maladroitement son entreprise politique d’asphyxier le pays.
Le pouvoir dictatorial des conservateurs du RPT, n’ont aucun intérêt,
ni aucune envie de voir le rétablissement de la coopération avec
l’Union Européenne, en dépit de ses démagogiques jérémiades. Le
pouvoir connaît parfaitement les raisons qui ont motivé les sanctions
européennes ainsi que les actes à accomplir pour obtenir leur levée.
A la vérité, le maintien des sanctions font
partie de la panoplie des instruments d’oppression et de torture
morale et matérielle que le pouvoir revanchard utilise savamment
contre le peuple togolais. Et le pouvoir lui-même ne s’en cache pas.
Ne dit-il pas, à longueur de journée, que
« les sanctions ne
pénalisent que le peuple démuni »,
c’est à dire, qu’il a dépouillé de tous moyens de subsistance ?
Lorsqu’un gouvernement d’un pays, chargé de
veiller sur la sécurité et le bien être des citoyens de ce pays,
se décharge
officiellement
de sa mission et de ses obligations constitutionnelles sur d’autres
pays, ce gouvernement se désolidarise, par cet acte, d’avec le pays et
son peuple. Dans le cas du Togo, les conservateurs du pouvoir RPT
clament ouvertement et sans vergogne, qu’ils sont hors d’atteinte des
sanctions, qu’ils échappent totalement à ses effets dévastateurs et
cela est bien vrai. Car, les « barons » du pouvoir vivent grassement
en marge du peuple et des conditions économiques du pays : ils mangent
à leur faim, se soignent hors de notre système de santé, instruisent
leurs enfants dans des écoles étrangères ; ils disposent à leur seul
profit de toutes les ressources du pays et monopolisent les circuits
et les emplois par le canal desquels les revenus sont distribués aux
citoyens. De même ils disposent à leur seul profit des lois, de la
justice et des services de sécurité pour s’assurer une totale impunité
et une complète protection contre leur propre peuple etc. Le Togo est
gouverné comme l’est un pays occupé. Des Martiens nous gouverneraient
avec plus d’humanité.
Sans le vouloir, ces sanctions ont fait
découvrir, dans toute sa laideur morale, le mépris dans lequel le
pouvoir tient le peuple togolais, en particulier la jeunesse
cruellement sacrifiée sur l’autel de l’orgueil, de l’égoïsme et de la
méchanceté. Non, la reprise de la coopération avec l’Union Européenne
n’a jamais été
« un os dur »
pour le pouvoir, mais un instrument de manipulation politique et de
torture collective. C’est ça la dure vérité !
Le Premier Ministre est allé à Bruxelles,
qu’à cela ne tienne ! Nous nous félicitons que les partenaires
européens aient saisi l’occasion pour mettre de nouveau le pouvoir à
l’épreuve, en proposant l’ouverture des consultations prévues en
pareil cas par l’Accord de Cotonou. Ce qui serait fort souhaitable,
c’est que les formations politiques et la société civile organisée
soient associées de façon informelle à ces pourparlers préparant les
conditions de rétablissement de la coopération avec l’Union Européenne.
Il s’agit de recueillir les avis de ces acteurs politiques et sociaux,
soit sur la meilleure manière de gérer à l’avenir l’aide européenne en
cas de reprise de la coopération, soit sur les nouvelles
réorientations possibles des sanctions si celles-ci devaient être
maintenues.
Il faut bien se le rappeler, les sanctions
ne visent pas le peuple togolais qui a montré de mille manières qu’ils
partage entièrement avec les peuples de l’Union Européenne, dont les
contributions alimentent les fonds de la coopération, les mêmes
valeurs de liberté, de démocratie, de respect des droits humains,
d’Etat de droit, de justice, de solidarité internationale, de sécurité
et de paix… Les sanctions visent au contraire le pouvoir dictatorial
et inhumain qui, drapé dans une abjecte arrogance, rejette et bafoue
impunément ces valeurs universelles de progrès. Ce faisant, il
s’affiche tout bonnement comme un ennemi commun au peuple du Togo et
aux peuples amis de l’Union Européenne. Les sanctions traduisent
pleinement la solidarité militante entre ces peuples unis dans la
défense des mêmes valeurs.
4. M.
Gilchrist Olympio a fait dans une déclaration des propositions pour la
sortie de la crise. Maître Agboyibo a soutenu cette proposition. Qu’en
pensez-vous ?
Maître
ABI : M. Olympio a fait sa proposition à l’occasion de sa dernière
déclaration datée du 1er octobre 2003, si notre mémoire est
exacte. Mais, bien avant lui d’autres ont fait les mêmes propositions
et personne n’a semblé y accorder la moindre attention. Nous pensons
d’abord à l’idée bien évocatrice d’un « Marcoussi préventif »
avancée par le candidat de la CPP, M. Edem Kodjo au lendemain du
scrutin du 1er juin. Nous pensons ensuite et plus
particulièrement à la proposition écrite adressée au Premier Ministre
par le PSR et les Rénovateurs suite à sa consultation pour la
formation d’un gouvernement d’union nationale. Du reste, en dépit de
son « radicalisme oratoire », l’UFC, en tant que formation
politique, n’a jamais dit, que nous sachions, qu’elle réprouvait, de
façon catégorique, l’idée de dialogue ; mieux, elle a déjà montré son
attachement à la voie négociée en prenant part aux principales
négociations menées à ce jour, ( exemples : Colmar, Ouaga, Dialogue
inter togolais de 1999 etc.).
En soi donc
cette proposition n’a rien d’originale ni d’inédit. Elle s’ajoute fort
heureusement à toutes celles qui ont été faites auparavant. Le soutien
du Leader du CAR, qui s’inscrit, à notre avis, dans la logique de son
invitation à M. Olympio, l’engageant à assumer ses responsabilités de
« principal opposant », vient élargir le cercle des formations
politiques favorables au dialogue national comme voie de règlement de
la crise togolaise. Nous ne pouvons que nous en féliciter.
Ceci étant, nous n’en sommes qu’à la
« demande » de dialogue. Le plus utile et certainement le plus
délicat, reste à venir, savoir la définition du « cadre politique »
et « l’objet » du dialogue, « le but » recherché et les
« modalités » pour y parvenir, sur lesquels il conviendra de
s’accorder parfaitement. L’histoire des dialogues à la togolaise
enseignement malheureusement qu’ils partent souvent sur des
malentendus volontaires qui conduisent fatalement à des « marchés
de dupes ». C’est le principal écueil à éviter cette fois-ci.
En ce qui
nous concerne, s’agissant du cadre politique qui détermine tout
le reste, le dialogue national auquel le PSR et les Rénovateurs
convient tous les acteurs constitue la seconde étape de la défense
de la légitimité démocratique promise aux électeurs et à la Nation.
En effet, la légitimité démocratique sortie du dernier
scrutin présidentiel est la principale base politique du
dialogue et aussi sa justification morale. Nous rappelons que la
première étape de notre plan d’action visant à défendre cette
légitimité pour laquelle les électeurs démocrates ont payé un lourd
tribut, a été l’action en annulation introduite auprès de la Cour
Constitutionnelle, dont la décision, délibérément et visiblement
partisane, a posé implicitement les bases légales pour la suite de nos
actions. Tout en réaffirmant notre détermination à aller jusqu’au bout
de notre engagement, nous souhaitons vivement que cette deuxième étape
nous conduise pour de bon à la sortie pacifique de la crise.
5. Voulez-vous
insinuer que la proposition du Leader de l’UFC n’apporte rien de
spécifique à la donne post électorale de la crise togolaise ?
Maître
ABI : Non, ne faisons pas de la surenchère. L’apport capital de
cette proposition ne réside pas, comme on voudrait le faire croire
abusivement, dans le fait que M. Olympio - qui a souvent négocié avec
le pouvoir dans le passé - a appelé la mouvance présidentielle au
dialogue national. La nouveauté dans le contexte, et il y en a une
précisément, c’est que cette proposition de dialogue traduit
implicitement le renoncement de l’UFC à « sa victoire électorale personnelle»
et, par conséquent, la légitimation du « hold up électoral »
opéré par le RPT.
En effet,
rien, dans la déclaration de M. Olympio, n’explique de façon
convaincante ce revirement politique inattendu. En fait, nous
assistons, à peu de chose près, au même scénario qu’en 1998/1999 qui
s’est achevé par l’Accord-Cadre de Lomé qui contenait en germe les
éléments politiques de son échec !
Ceci dit,
nous sommes heureux de la démarche. Bien que tardive, elle constitue,
dans le contexte, un apport stratégique de taille, dans la mesure où
elle enlève au pouvoir son traditionnel puissant alibi : le « radicalisme »
du leader de l’UFC. Car, le pouvoir avait misé largement sur ce
« radicalisme oratoire » renforcé par la revendication
de la victoire électorale par l’UFC. Il s’attendait au refus
catégorique de l’UFC de sa mensongère et provocante proposition de
gouvernement d’union nationale pour échapper à la nécessité de
négocier les solutions à la crise avec l’opposition. Et c’est cela qui
s’est produit effectivement, puisque l’UFC n’avait pas répondu à
l’invitation du Premier Ministre à prendre part à cette consultation
de diversion. Mais, voilà que, renonçant soudainement à «sa victoire »,
l’UFC dit au pouvoir : « nous aussi, nous sommes d’accord, nous
acceptons ta «main tendue» et ta proposition de gouvernement d’union
nationale ; négocions donc le contenu et les modalités » ! Nous
imaginons facilement l’embarras du pouvoir qui se voit pris à son
propre piège ! Voilà la nouveauté contextuelle !
6. Vous
avez sûrement appris les troubles survenus à Mango, suivis des
arrestations des militants de l’opposition. Que dites-vous sur ces
évènements ?
Maître
ABI : Que peut-on dire de plus que ce que ces évènements disent
par eux-mêmes ? Ils constituent l’exemple typique des situations
récurrentes qui participent de l’arbitraire auquel le pouvoir nous a
habitués. Nous ne partageons pas l’avis de ceux qui pensent que ces
évènements ne relèvent pas du domaine politique. La question de la
protection de l’environnement est une question d’intérêt national de
haute portée qui relie le présent à l’avenir de notre pays. Il est
donc normal que les partis d’opposition expriment leurs points de vue
sur la question.
Ceci étant,
une bonne politique de protection de l’environnement repose sur un
équilibre parfait entre l’intérêt national et les intérêts
particuliers des citoyens riverains des zones protégées. On y parvient
sans encombre en associant ces derniers à la réflexion générale, à la
définition des objectifs et des actions à mener pour les atteindre au
mieux des divers intérêts composés, à l’élaboration des projets de
proximité et à leur mise en exécution etc.
Cette démarche fait
partie des mécanismes de la gouvernance démocratique que le pouvoir
dictatorial du RPT rejette. Pourquoi donc s’étonner des ratés du passé
comme ceux du présent ? Nous souhaitons vivement que les autorités
compétentes se ravisent adroitement pour aborder la question avec une
ouverture d’esprit favorable au dialogue avec les populations locales
concernées pour trouver des solutions crédibles et fiables. Nous les y
encourageons même. Les populations ont tout simplement besoin d’être
rassurées sur leurs bons droits d’accès aux ressources dont elles
vivent. Nous leur exprimons sincèrement toute notre sympathie
patriotique.
7. Vous
venez de tenir une grande réunion avec les délégués du PSR venus de
l’intérieur du pays. Quel est le point essentiel dont vous avez
discuté ? Quels sont leurs impressions ?
Maître ABI : Le PSR a tenu
le samedi dernier à Lomé son premier Conseil National élargi aux
responsables des préfectures et des régions du pays. C’est le premier
du genre après le scrutin présidentiel du 1er juin 2003. Le
Conseil a fait l’évaluation de notre participation à cette
consultation électorale pour en dresser le bilan et jeter les bases
des prochaines activités du parti. Nous sommes un parti républicain et
démocratique qui vit et fonctionne, par anticipation, selon les idéaux
que nous professons.
La quasi-totalité
des préfectures et des régions s’étant faites représenter, nous avons
pu faire une évaluation générale de notre participation au dernier
scrutin présidentiel et de la situation post électorale, et un bilan
exhaustif très encourageant en a été dressé. En effet, tous les
participants ont saisit l’occasion pour verser à la réflexions
collective les observations critiques de leurs bases respectives et
exprimer également les motifs de satisfaction des militants pour
l’ensemble des actions accomplies et renouvelé leur engagement dans la
poursuite de la lutte patriotique.
Nos
militantes et nos militants sont fiers de la contribution inestimable
que notre jeune parti a apporté à la lutte pour le changement
véritable au Togo. Leur confiance, leur soutien sous toutes les formes
et leur engagement déterminé constituent les bases objectives de notre
foi en la victoire. Unis dans cette foi militante, nous allons
ensemble honorer sans défaillir, avec l’aide de Dieu et du peuple
togolais, tous nos engagements électoraux. C’est sur les actes que
nous voulons être jugés.
8. Pour
terminer, pensez-vous que le Président Eyadéma acceptera de discuter
franchement avec l’opposition ?
Maître
ABI : Comment voulez-vous que nous le sachions, il faudra poser la
question à l’intéressé lui-même, il saura mieux vous répondre.
Ceci dit, nous pensons qu’il faut
s’engager dans un dialogue étant soi-même sincère et en se disposant à
discuter franchement avec ses interlocuteurs. De même il faut accorder
aux interlocuteurs le bénéfice de la présomption de bonne foi et de
sincérité. Au besoin même les y aider, si possible, ou à défaut les y
contraindre, si nécessaire, en se donnant dans tous les cas en exemple.
Les succès et les échecs d’un dialogue sont aux mérites et aux torts
partagés des protagonistes. L’essentiel est dans ce que l’on veut
réellement et des moyens pour l’obtenir.
C’est dans
cet esprit de totale ouverture que le PSR se dispose à dialoguer avec
tous les acteurs de la scène politique et sociale en vue de sortir le
pays de la crise qui le paralyse. Nous n’y allons pas en
quémandeurs, mais bien plus, nous y allons pour offrir à
nos interlocuteurs des concessions raisonnables qui satisferont
leurs revendications légitimes de manière à faire avancer les choses.
Nous le ferons bien volontiers en échange, bien entendu, de toutes les
réformes politiques, économiques et sociales indispensables qui
satisferont pleinement à la légitimité démocratique issue du scrutin
présidentiel du 1er Juin dernier, que notre parti et les
Rénovateurs ont pris l’engagement solennel de défendre.
Nous
rappelons, une fois encore, que les négociations auxquelles nous
convions le pouvoir et les autres acteurs s’inscrivent, en ce qui nous
concerne, dans le cadre du respect de nos engagements électoraux
auxquels nous ne saurions nous dérober. C’est pour des réformes
concrètes que l’écrasante majorité des électeurs, dans leur
ensemble, ont voté pour le changement et contre le système de
gouvernement actuel du pays. Comme vous pouvez en conclure vous-même,
en toute bonne logique, ce n’est donc pas la sincérité présumée ou
prouvée de nos interlocuteurs qui nous motive au dialogue, mais plutôt
la justesse de la cause que nous défendons avec détachement et nos
capacités à obtenir, en toute justice et équité, le respect de la
légitimité démocratique par la satisfaction des préoccupations
quotidiennes du peuple. C’est le soutien de plus en plus large que ce
même peuple apporte à notre orientation politique et à nos choix
stratégiques qui renforce chaque jour qui passe notre détermination à
faire tout ce qui est en notre pouvoir pour contribuer à la
réalisation effective de ces réformes salutaires.
Lomé, le 28 Octobre 2003