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Maître Abi Tchessa du PSR optimiste quant à l'avenir du Togo

«Nous appréhendons la situations post électorale avec assurance et optimisme.» 

L’interview qui suit a été réalisée par un journaliste au Togo pour le compte de son organe d’information.  Mais pour des raisons non élucidées, elle n’a pu être publiée. Le texte a été envoyé à togoforum.com par le bureau de communication du pacte socialiste pour le renouveau (PSR) et nous nous faisons le plaisir et le devoir de la mettre à la disposition de l’opinion publique togolaise. 

Lomé, le 28 Octobre 2003.

1.     Maître ABI, vous êtes le Secrétaire National du PSR, (Pacte Socialiste pour le Renouveau). Votre parti a présenté la candidature de Monsieur Dahuku Péré, chef de file du courant des Rénovateurs, au scrutin présidentiel du 1er juin 2003. Voici quatre mois que les rideaux sont tombés sur cette présidentielle avec l’élection contestée du candidat du RPT. Quel regard portez-vous sur la vie politique du Togo dans cette période post électorale ? 

Maître ABI : Au PSR, nous nous écartons du pessimisme dans lequel les gens ont pris l’habitude de baigner. Pour les uns cette élection présidentielle n’a rien changé dans la vie politique togolaise ; pour d’autres c’est l’impasse totale. C’est vrai que rien n’a changé dans la nature dictatorial du système qui nous gouverne ; c’est vrai aussi que tous les acteurs politiques sont désorientés, que les populations sont profondément plus déçues que par le passé. Mais au PSR et parmi nos amis les Rénovateurs, nous allons plus loin que ces analyses statiques, nous avons une perception plus dynamique de la situation politique post électorale au Togo.

Tout d’abord, comparée aux consultations précédentes, en tenant dûment compte des conditions dans lesquelles elles se sont respectivement déroulées, la dernière élection a connu une mobilisation populaire et un taux de participation sans précédent, au point de conduire le pouvoir à l’extrême limite de ses capacités de résistance pacifique et institutionnelle et à recourir ouvertement aux voies de fait par la violence. En effet, bravant tous les dangers et surmontant tous les obstacles, les citoyens électeurs ont renouvelé, massivement et sans ambiguïté, leurs aspirations à la liberté, à la démocratie, à la justice sociale et à l’Etat de droit, bref  leur ardent désir d’être gouvernés autrement, au mieux de leurs intérêts.

Il faut en déduire qu’une légitimité démocratique s’en est globalement et nettement dégagée contre le système actuel. Elle rassemble tous les suffrages exprimés en faveur du changement. Cette légitimité renouvelée pose en des termes nouveaux les bases politiques objectives et subjectives pour la poursuite de la lutte, en ce sens que cette légitimité contestataire contre le pouvoir s’est largement et ouvertement étendue aux prétendus « bastions  traditionnels » imprenables du RPT que l’on situe tendancieusement dans le Nord du pays et dans ce que l’on nomme péjorativement les « poches de peuplement nordiques » au Sud. La direction conservatrice de la mouvance présidentielle, bien instruite par les évènements, ne peut plus ignorer cette nouvelle donne capitale qui dévoile ses manipulations et réduit à néant tous ses soutiens politiques et toutes ses stratégies de résistance, même à moyen terme.

Par ailleurs, il ne faut pas croire que les populations togolaises ont passivement enregistré cette autre défaite de l’opposition partisane pour se plonger dans la déception et la résignation, loin de là. Elles ont bien pris la mesure de l’écart qui séparent leurs aspirations légitimes et les objectifs et calculs « politiciens » des formations politiques auxquelles elles ont longtemps confié leur destin. Elles sauront désormais en tirer les conclusions pratiques qui s’imposent dans l’avenir à leurs engagement pour les transformations politiques et sociales auxquelles elles aspirent. Nombreux sont des signes qui indiquent déjà que les populations togolaises s’engagent dans cette nouvelle perspective où elles joueront les premiers rôles. Pour toutes ces raisons, nous appréhendons la situations post électorale avec assurance et optimisme

2.     Tout le monde sait qu’après cette élection le PRS et le groupe des Rénovateurs sont devenus indésirables et vous avez été écartés lors de la formation du gouvernement. Avez-vous été consultés pour les élections locales à venir ? Si oui, quel est votre réponse ? 

Maître ABI : Franchement, nous n’avons pas la même lecture de la situation que  votre « tout le monde » qui pense, bien à tort, que nous sommes devenus « indésirables ». Ce dont le PSR et les Rénovateurs se préoccupent, ce n’est pas d’être « désirables » ou acceptés par qui que ce soit. Ce dont nous nous préoccupons davantage, c’est de mieux incarner les aspirations de notre peuple, c’est de mieux communiquer à toutes les forces du progrès engagées sincèrement dans le combat patriotique, par delà toutes les barrières, notre perception de la lutte pour le changement pacifique de régime social et politique au Togo.

Cette perception que partagent le PSR et les Rénovateurs va nettement bien au delà de la course politicienne au « pouvoir pour le pouvoir », elle vise un changement en profondeur qui ne se soldera pas par le simple remplacement d’une équipe gouvernementale par une autre de même nature, ni par l’établissement de l’hégémonie politique et sociale d’une fraction du peuple opprimé sur les autres composantes de la Nation.

Ce dont nous nous préoccupons avec une entière attention, ce sont les innombrables marques de soutien et de sympathie que nous avons reçues des citoyennes et citoyens de tous les coins de la République durant l’élection présidentielle et qui continuent de nous parvenir chaque jour qui passe. Ces soutiens, nous l’avons écrit, ont permis au PSR et aux Rénovateurs unis dans le même combat avec d’autres forces, de franchir les frontières interdites, de renverser les idoles, de démystifier les charlatans politiques et idéologues, de violer les tabous et de lever les interdits séculaires. Ce faisant, le PSR et les Rénovateurs ont apporté une contribution décisive à la lutte pour la restauration de la République et la démocratie au Togo. Ils ont contribué à élever le niveau de conscience patriotique des militants, à libérer les énergies populaires longtemps tenues captives. Nous avons frayé un chemin nouveau vers la liberté, la justice, la paix et le progrès. Nous contribuons à la montée d’une classe politique nouvelle, républicaine et démocratique, nourrie à la source d’une nouvelle éthique politique et sociale.

C’est à la lumière de ces choses que l’on devrait apprécier le fait que le pouvoir n’est pas parvenu à former son fameux « gouvernement d’union nationale » avec la participation de l’opposition traditionnelle et encore moins avec celle du PSR et des Rénovateurs. L’élection présidentielle a bouleversé profondément l’échiquier politique togolais et changé les donnes. Il faut qu’on se le dise franchement, ce que les citoyens électeurs attendent, ce n’est pas le simple « partage » des portefeuilles ministériels entre les Etats majors des partis avec une éventuelle cooptation des personnalités de la société civile. Mais, ils attendent plus que cela, ils veulent la constitution d’un authentique gouvernement représentatif des divers courants, investi des pouvoirs réels pour procéder à des réformes en profondeurs de la vie politique, économique, sociale et culturelle du pays qui apportent des améliorations sensibles à leurs conditions de vie et de travail au quotidien. Cela suppose l’élaboration consensuelle d’un « programme commun de gouvernement » auquel adhèrent, à l’issue d’un dialogue national, toutes les forces représentatives en présence. Voilà le véritable enjeu. C’est ce que le PSR et les Rénovateurs avaient proposé et que le pouvoir a rejeté. Telle est la vérité !

S’agissant des consultations sur les élections locales, le PSR n’a pas été invité à présenter des candidats à l’élection des membres de la CENI chargée de superviser ces élections. Nous avons été invités bien plus tard, à  désigner nos représentants dans les CELI. On ne peut pas dire à partir de cette démarche administrative de pure forme  que le pouvoir nous a consulté, si l’on entend, comme il se doit, par consultation le fait de recueillir notre avis sur l’opération en question. Toutefois, le PSR et les Rénovateurs ont eu à exprimer au gouvernement en d’autres occasions, par écrit, leur position sur le sujet.

 En effet, nous ne sommes pas contre le principe d’élections locales, ni contre l’idée de les organiser dans ce contexte post électoral particulier. Mais, nous ne voyons pas où est l’intérêt, en l’état actuel des choses, à procéder à ces élections, dès lors que le gouvernement prétend être disposé au dialogue national pour un règlement politique global et définitif de la crise togolaise. A notre avis, les élections locales, comme tous les autres contentieux politiques, doivent faire l’objet de négociations préalables pour aboutir à un plan global de règlement de la crise, cohérent, crédible et fiable. Aussi le PSR et les Rénovateurs considèrent-ils ces élections locales comme devant être effectivement la voie démocratique terminale la mieux appropriée pour appliquer à la base, tout près des citoyens, les réformes consensuelles opérées en amont et qui sont tant attendues par les populations togolaises. Dès lors, si elles ne s’inscrivent pas dans cette logique de règlement global de la crise, allant de l’amont en aval, nous n’y voyons pas l’opportunité politique ni l’intérêt social, ni même l’efficacité opérationnelle. Car, apparemment cette perspective ne semble pas être l’option choisie par le pouvoir. Si cela était avéré, nous en prendrons acte, et le moment venu, nous aviserons de la suite à donner. 

3.     Personne ne peut plus ignorer que la reprise de la coopération avec l’Union Européenne est devenue l’os dur à croquer par le pouvoir en place. Le Premier Ministre vient de conduire une délégation officielle à Bruxelles. Que pensez-vous de cette nième  randonnée en Belgique ? 

Maître ABI : Soyons sérieux, il faut en finir une fois pour toutes avec cette tragi-comédie dans laquelle le pouvoir tente de masquer maladroitement son entreprise politique d’asphyxier le pays. Le pouvoir dictatorial des conservateurs du RPT, n’ont aucun intérêt, ni aucune envie de voir le rétablissement de la coopération avec l’Union Européenne, en dépit de ses démagogiques jérémiades. Le pouvoir connaît parfaitement les raisons qui ont motivé les sanctions européennes ainsi que les actes à accomplir pour obtenir leur levée.

A la vérité, le maintien des sanctions font partie de la panoplie des instruments d’oppression et de torture morale et matérielle que le pouvoir revanchard utilise savamment contre le peuple togolais. Et le pouvoir lui-même ne s’en cache pas. Ne dit-il pas, à longueur de journée, que « les sanctions ne pénalisent que le peuple démuni », c’est à dire, qu’il a dépouillé de tous moyens de subsistance ?

Lorsqu’un gouvernement d’un pays, chargé de veiller sur la sécurité et le bien être des citoyens de ce pays, se décharge officiellement de sa mission et de ses obligations constitutionnelles sur d’autres pays, ce gouvernement se désolidarise, par cet acte, d’avec le pays et son peuple. Dans le cas du Togo, les conservateurs du pouvoir RPT clament ouvertement et sans vergogne, qu’ils sont hors d’atteinte des sanctions, qu’ils échappent totalement à ses effets dévastateurs et cela est bien vrai. Car, les « barons » du pouvoir vivent grassement en marge du peuple et des conditions économiques du pays : ils mangent à leur faim, se soignent hors de notre système de santé, instruisent leurs enfants dans des écoles étrangères ; ils disposent à leur seul profit de toutes les ressources du pays et monopolisent les circuits et les emplois par le canal desquels les revenus sont distribués aux citoyens. De même ils disposent à leur seul profit des lois, de la justice et des services de sécurité pour s’assurer une totale impunité et une complète protection contre leur propre peuple etc. Le Togo est gouverné comme l’est un pays occupé. Des Martiens nous gouverneraient avec plus d’humanité.

Sans le vouloir, ces sanctions ont fait découvrir, dans toute sa laideur morale, le mépris dans lequel le pouvoir tient le peuple togolais, en particulier la jeunesse cruellement sacrifiée sur l’autel de l’orgueil, de l’égoïsme et de la méchanceté. Non, la reprise de la coopération avec l’Union Européenne n’a jamais été « un os dur » pour le pouvoir, mais un instrument de manipulation politique et de torture collective. C’est ça la dure vérité !

Le Premier Ministre est allé à Bruxelles, qu’à cela ne tienne ! Nous nous félicitons que les partenaires européens aient saisi l’occasion pour mettre de nouveau le pouvoir à l’épreuve, en proposant l’ouverture des consultations prévues en pareil cas par l’Accord de Cotonou. Ce qui serait fort souhaitable, c’est que les formations politiques et la société civile organisée soient associées de façon informelle à ces pourparlers préparant les conditions de rétablissement de la coopération avec l’Union Européenne. Il s’agit de recueillir les avis de ces acteurs politiques et sociaux, soit sur la meilleure manière de gérer à l’avenir l’aide européenne en cas de reprise de la coopération, soit sur les nouvelles réorientations possibles des sanctions si celles-ci devaient être maintenues.

Il faut bien se le rappeler, les sanctions ne visent pas le peuple togolais qui a montré de mille manières qu’ils partage entièrement avec les peuples de l’Union Européenne, dont les contributions alimentent les fonds de la coopération, les mêmes valeurs de liberté, de démocratie, de respect des droits humains, d’Etat de droit, de justice, de solidarité internationale, de sécurité et de paix… Les sanctions visent au contraire le pouvoir dictatorial et inhumain qui, drapé dans une abjecte arrogance, rejette et bafoue impunément ces valeurs universelles de progrès. Ce faisant, il s’affiche tout bonnement comme un ennemi commun au peuple du Togo et aux peuples amis de l’Union Européenne. Les sanctions traduisent pleinement la solidarité militante entre ces peuples unis dans la défense des mêmes valeurs. 

4.     M. Gilchrist Olympio a fait dans une déclaration des propositions pour la sortie de la crise. Maître Agboyibo a soutenu cette proposition. Qu’en pensez-vous ? 

Maître ABI : M. Olympio a fait sa proposition à l’occasion de sa dernière déclaration datée du 1er octobre 2003, si notre mémoire est exacte. Mais, bien avant lui d’autres ont fait les mêmes propositions et personne n’a semblé  y accorder la moindre attention. Nous pensons d’abord à l’idée bien évocatrice d’un « Marcoussi préventif » avancée par le candidat de la CPP, M. Edem Kodjo au lendemain du scrutin du 1er juin. Nous pensons ensuite et plus particulièrement à la proposition écrite adressée au Premier Ministre par le PSR et les Rénovateurs suite à sa consultation pour la formation d’un gouvernement d’union nationale. Du reste, en dépit de son « radicalisme oratoire », l’UFC, en tant que formation politique, n’a jamais dit, que nous sachions, qu’elle réprouvait, de façon catégorique, l’idée de dialogue ; mieux, elle a déjà montré son attachement à la voie négociée en prenant part aux principales négociations menées à ce jour, ( exemples : Colmar, Ouaga, Dialogue inter togolais de 1999 etc.).

En soi donc cette proposition n’a rien d’originale ni d’inédit. Elle s’ajoute fort heureusement à toutes celles qui ont été faites auparavant. Le soutien du Leader du CAR, qui s’inscrit, à notre avis, dans la logique de son invitation à M. Olympio, l’engageant à assumer ses responsabilités de « principal opposant », vient élargir le cercle des formations politiques favorables au dialogue national comme voie de règlement de la crise togolaise. Nous ne pouvons que nous en féliciter.

Ceci étant, nous n’en sommes qu’à la « demande » de dialogue. Le plus utile et certainement le plus délicat, reste à venir, savoir la définition du « cadre politique » et « l’objet » du dialogue, « le but » recherché et les « modalités » pour y parvenir, sur lesquels il conviendra de s’accorder parfaitement. L’histoire des dialogues à la togolaise enseignement malheureusement qu’ils partent souvent sur des malentendus volontaires qui conduisent fatalement à des « marchés de dupes ». C’est le principal écueil à éviter cette fois-ci.

En ce qui nous concerne, s’agissant du cadre politique qui détermine tout le reste, le dialogue national auquel le PSR et les Rénovateurs convient tous les acteurs constitue la seconde étape de la défense de la légitimité démocratique promise aux électeurs et à la Nation. En effet, la légitimité démocratique sortie du dernier scrutin présidentiel est la principale base politique du dialogue et aussi sa justification morale. Nous rappelons que la première étape de notre plan d’action visant à défendre cette légitimité pour laquelle les électeurs démocrates ont payé un lourd tribut, a été l’action en annulation introduite auprès de la Cour Constitutionnelle, dont la décision, délibérément et visiblement partisane, a posé implicitement les bases légales pour la suite de nos actions. Tout en réaffirmant notre détermination à aller jusqu’au bout de notre engagement, nous souhaitons vivement que cette deuxième étape nous conduise pour de bon à la sortie pacifique de la crise. 

5.     Voulez-vous insinuer que la proposition du Leader de l’UFC  n’apporte rien de spécifique à la donne post électorale de la crise togolaise ? 

Maître ABI : Non, ne faisons pas de la surenchère. L’apport capital de cette proposition ne réside pas, comme on voudrait le faire croire abusivement, dans le fait que M. Olympio - qui a souvent négocié avec le pouvoir dans le passé - a appelé la mouvance présidentielle au dialogue national. La nouveauté dans le contexte, et il y en a une précisément, c’est que cette proposition de dialogue traduit implicitement  le renoncement de l’UFC à « sa  victoire électorale personnelle» et, par conséquent, la légitimation du « hold up électoral » opéré par le RPT.

En effet, rien, dans la déclaration de M. Olympio, n’explique de façon convaincante ce revirement politique inattendu. En fait, nous assistons, à peu de chose près, au même scénario qu’en 1998/1999 qui s’est achevé par l’Accord-Cadre de Lomé qui contenait en germe les éléments politiques de son échec !

Ceci dit, nous sommes heureux de la démarche. Bien que tardive, elle constitue, dans le contexte, un apport stratégique de taille, dans la mesure où elle enlève au pouvoir son traditionnel puissant alibi : le « radicalisme » du leader de l’UFC. Car, le pouvoir avait misé largement sur ce « radicalisme oratoire » renforcé par la revendication de la victoire électorale par l’UFC. Il s’attendait au refus catégorique de l’UFC de sa mensongère et provocante proposition de gouvernement d’union nationale pour échapper à la nécessité de négocier les solutions à la crise avec l’opposition. Et c’est cela qui s’est produit effectivement, puisque l’UFC n’avait pas répondu à l’invitation du Premier Ministre à prendre part à cette consultation de diversion. Mais, voilà que, renonçant soudainement à «sa victoire », l’UFC dit au pouvoir : « nous aussi, nous sommes d’accord, nous acceptons ta «main tendue» et ta proposition de gouvernement d’union nationale ; négocions donc le contenu et les modalités » ! Nous imaginons facilement l’embarras du pouvoir qui se voit pris à son propre piège ! Voilà la nouveauté contextuelle ! 

6.     Vous avez sûrement appris les troubles survenus à Mango, suivis des arrestations des militants de l’opposition. Que dites-vous sur ces évènements ? 

Maître ABI : Que peut-on dire de plus que ce que ces évènements disent par eux-mêmes ? Ils constituent l’exemple typique des situations récurrentes qui participent de l’arbitraire auquel le pouvoir nous a habitués. Nous ne partageons pas l’avis de ceux qui pensent que ces évènements ne relèvent pas du domaine politique. La question de la protection de l’environnement est une question d’intérêt national de haute portée qui relie le présent à l’avenir de notre pays. Il est donc normal que les partis d’opposition expriment leurs points de vue sur la question.

Ceci étant, une bonne politique de protection de l’environnement repose sur un équilibre parfait entre l’intérêt national et les intérêts particuliers des citoyens riverains des zones protégées. On y parvient sans encombre en associant ces derniers à la réflexion générale, à la définition des objectifs et des actions à mener pour les atteindre au mieux des divers intérêts composés, à l’élaboration des projets de proximité et à leur mise en exécution etc.

Cette démarche fait partie des mécanismes de la gouvernance démocratique que le pouvoir dictatorial du RPT rejette. Pourquoi donc s’étonner des ratés du passé comme ceux du présent ? Nous souhaitons vivement que les autorités compétentes se ravisent adroitement pour aborder la question avec une ouverture d’esprit favorable au dialogue avec les populations locales concernées pour trouver des solutions crédibles et fiables. Nous les y encourageons même. Les populations ont tout simplement besoin d’être rassurées sur leurs bons droits d’accès aux ressources dont elles vivent. Nous leur exprimons sincèrement toute notre sympathie patriotique. 

7.     Vous venez de tenir une grande réunion avec les délégués du PSR venus de l’intérieur du pays. Quel est le point essentiel dont vous avez discuté ? Quels sont leurs impressions ? 

Maître ABI : Le PSR a tenu le samedi dernier à Lomé son premier Conseil National élargi aux responsables des préfectures et des régions du pays. C’est le premier du genre après le scrutin présidentiel du 1er juin 2003. Le Conseil a fait l’évaluation de notre participation à cette consultation électorale pour en dresser le bilan et jeter les bases des prochaines activités du parti. Nous sommes un parti républicain et démocratique qui vit et fonctionne, par anticipation, selon les idéaux que nous professons.

La quasi-totalité des préfectures et des régions s’étant faites représenter, nous avons pu faire une évaluation générale de notre participation au dernier scrutin présidentiel et de la situation post électorale, et un bilan exhaustif très encourageant en a été dressé. En effet, tous les participants ont saisit l’occasion pour verser à la réflexions collective les observations critiques de leurs bases respectives et exprimer également les motifs de satisfaction des militants pour l’ensemble des actions accomplies et renouvelé leur engagement dans la poursuite de la lutte patriotique.

Nos militantes et nos militants sont fiers de la contribution inestimable que notre jeune parti a apporté à la lutte pour le changement véritable au Togo. Leur confiance, leur soutien sous toutes les formes et leur engagement déterminé constituent les bases objectives de notre foi en la victoire. Unis dans cette foi militante, nous allons ensemble honorer sans défaillir, avec l’aide de Dieu et du peuple togolais, tous nos engagements électoraux. C’est sur les actes que nous voulons être jugés. 

8.     Pour terminer, pensez-vous que le Président Eyadéma acceptera de discuter franchement avec l’opposition ?  

Maître ABI : Comment voulez-vous que nous le sachions, il faudra poser la question à l’intéressé lui-même, il saura mieux vous répondre.

Ceci dit, nous pensons qu’il faut s’engager dans un dialogue étant soi-même sincère et en se disposant à discuter franchement avec ses interlocuteurs. De même il faut accorder aux interlocuteurs le bénéfice de la présomption de bonne foi et de sincérité. Au besoin même les y aider, si possible, ou à défaut les y contraindre, si nécessaire, en se donnant dans tous les cas en exemple. Les succès et les échecs d’un dialogue sont aux mérites et aux torts partagés des protagonistes. L’essentiel est dans ce que l’on veut réellement et des moyens pour l’obtenir.

C’est dans cet esprit de totale ouverture que le PSR se dispose à dialoguer avec tous les acteurs de la scène politique et sociale en vue de sortir le pays de la crise qui le paralyse. Nous n’y allons pas en quémandeurs, mais bien plus, nous y allons pour offrir à nos interlocuteurs des concessions raisonnables qui satisferont leurs revendications légitimes de manière à faire avancer les choses. Nous le ferons bien volontiers en échange, bien entendu, de toutes les réformes politiques, économiques et sociales indispensables qui satisferont pleinement à la légitimité démocratique issue du scrutin présidentiel du 1er Juin dernier, que notre parti et les Rénovateurs ont pris l’engagement solennel de défendre.

 Nous rappelons, une fois encore, que  les négociations auxquelles nous convions le pouvoir et les autres acteurs s’inscrivent, en ce qui nous concerne, dans le cadre du respect de nos engagements électoraux auxquels nous ne saurions nous dérober. C’est pour des réformes concrètes que l’écrasante majorité des électeurs, dans leur ensemble, ont voté pour le changement et contre le système de gouvernement actuel du pays. Comme vous pouvez en conclure vous-même, en toute bonne logique, ce n’est donc pas la sincérité présumée ou prouvée de nos interlocuteurs qui nous motive au dialogue, mais plutôt la justesse de la cause que nous défendons avec détachement et nos capacités à obtenir, en toute justice et équité, le respect de la légitimité démocratique par la satisfaction des préoccupations quotidiennes du peuple. C’est le soutien de plus en plus large que ce même peuple apporte à notre orientation politique et à nos choix stratégiques qui renforce chaque jour qui passe notre détermination à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour contribuer à la réalisation effective de ces réformes salutaires.

Lomé, le 28 Octobre 2003

 

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