L'interview:
Carine
Frank: Agbéyomé Kodjo, bonjour!
Agbéyomé
Kodjo: Oui bonjour!
C.F:
Après votre démission le 27 juin dernier, vous avez fui votre
pays, le Togo. Vous vous cachez d’ailleurs; Que redoutez vous au
juste?
AK:
Ma sécurité est en danger. Je suis poursuivi par Eyadema et sa
police politique. Et donc même ici, un accident peut être vite
arrivé.
C.F: Pendant
ce temps au Togo les préparatifs des élections législatives anticipées
se poursuivent. Des élections qui seront boycottées en toute
vraissemblance par les principaux partis d’opposition. Est-ce que
vous comprenez la position de ces partis.
AK:
Je considère que la position de l’opposion est
raisonnable. On
ne peut pas participer à une mascarade électorale. Le code électoral a été modifié de facon
unilatérale. La
CENI qui comprend également les repréentants de l’opposition a été dissoute et remplacée par un comité
de 7 juges. Et l’indépendance de ces juges n’est pas assusée.
C.F:
Mais c’est vous, Premier Ministre de l’époque qui avez soumis ce
nouveau code à l’Assemblée Naionale!
AK:
C’est un ordre du chef de l’Etat que j’ai
excuté. C’est
le Président Eyadéma qui incarne le pouvoir. Le pouvoir cherche son
maintien au-delà de 2003. Le Président craint que si l’opposition
partcipait aux élections, il perdrait.
Je pense que si le Président
Eyadéma veut réellement quitter le pouvoir en 2003 comme l’indique
la constitution et comme il l’a promis au Président Chirac et à la
communauté internationale, on ferait une croix sur ces élections
législatives anticipees aujourd’hui et faire en sorte également que
des personnalités comme Gilchrist Olympio puissent être au
rendez-vous des élections de 2003.
C.F:
Votre fuite, vos révélations vous les présentez comme le
résultat d’une prise de conscience personnelle avec ce message comme
clé de voûte de vos reflexions: Il faut que le Général Eyadema quitte le pouvoir.
AK:
Oui, Je pense que la solution aux problèmes que rencontrent les
Togolais aujourd’hui passe par le départ du Président Eyadema.
La clé du système
d’Eyadema c’est que tout part d’Eyadema et revient à Eyadema.
Le Président la République assure à la fois le contrôle du pouvoir
exécutif, du pouvoir législatif et du pouvoir judiciaire.
Au niveau économique,
je le vois faire: Comment on prend à la source sur les recettes des
douanes, les recettes des impôts. Comment les privatisions qui ont été opérées dans le pays;
comment l’argent n’est pas rentré en totalité au trésor public.
Il y a tellement d’exemples...
CF:
On vous accuse vous aussi d’avoir profité de cette corruption.
Notamment quand vous étiez directeur du port de Lome.
AK:
Oui j’ai été accusé d’avoir détourné 4 milliards de francs,
mais la banque a publié un démenti…
CF:
Mais vous vous êtes enrichi au pouvoir pendant toutes ces années.
AK:
J’ai gagné légalement ma place et mes fonctions méritées.
CF:
On dit que vous êtes milliardaire aujourd’hui?
AK:
Ça c’est faux, je suis en accord et en harmonie totale avec ma
conscience.
C.F:
Vous parlez aujourd’hui du peuple togolais
martyrisé,
qu’entendez-vous par là?
AK:
Lorsqu’un peuple perd sa liberté; lorsque la moindre manifestation
de rue est reprimée; il y a des violations des droits de l’homme au
Togo. Le système au Togo est un systeme militaire avec un ravalement
civil. La violation des droits de l’homme au Togo, c’est
l’oeuvre des forces de sécurité.
C.F:
En tant que ministre de l’interieur, en tant que Premier Ministre
qu’avez vous fait à titre personnel contre ces violations des
droits de l’homme?
AK:
J’ai fait beaucoup. Je ramais à contre courant. Je n’ai
aucune responsabilité dans les violations des droits de l’homme au
Togo. S’il y a quelque chose donc sur la conscience, c’est le fait
que Me Agboyibor ait passé plus de 7 mois en prison. Pourquoi? Parce qu’en fait Eyadema s’est servi de moi pour
le mettre en prison. Pour le rendre inéligible
C.F:
Quelle crédibilité donner à vos propos quand on sait que c’est
vous en personne qui êtes venu a Genève, c’était en avril
dernier, défendre le régime Eyadéma devant la commission des droits
de l’homme des Nations Unies, pour dire que tout allait bien au
Togo?
AK:
Non, je pense que l’élément fondamental de ma défense à Genève
c’est autour des centaines de morts qu’on aurait trouvés avant,
pendant et après les élections présidentielles de juin 1998. Là-dessus je suis
formel. Il peut y avoir eu
quelques morts, mais il n'y a pas eu des centaines de morts.
C.F:
Vous dénoncez donc ces séries d’exactions au Togo, mais vous avez
participé à ce système Eyadema. Vous en étiez Premier Ministre.
Donc, il y a une complcité!
AK:
Je ne peux pas dire que j’ai été complice d’un
système.
J’ai servi mon pays à divers postes de responsabilité. Mais je dis,
en un moment donné, les dérives sont telles que j’ai décidé donc
de me retirer et de ne plus apporter ma caution…
C.F:
Mais vous avez mis du temps à prendre conscience de tout ça. Il y a
des opposants qui le font depuis longtemps!
AK:
Mais je dis qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. C’est
une décision difficile que j’ai eu à prendre. Très difficile.
C.F:
Est-ce vous avez envie de demander pardon à ce peuple
togolais.
AK:
Le
peuple sait que j’ai opéré mon mea culpa. Je n’en pouvais plus.