|
Le
tour des difficultés des étudiants et leaders à L'unversité de Lomé
TOGOFORUM:
Monsieur Alphonse Lawson-Héllu,
vous êtes ancien leader étudiant de l’Université de Lomé, alors
Université du Bénin. Très exactement, vous êtes ancien délégué général
de la FASEG(faculté des sciences économiques et de gestion et
ancien Président du Conseil des Étudiants de L’UB (CEUB). C’est pour nous un plaisir et un honneur de vous voir
intervenir de temps en temps sur notre site.
M.
A LAWSON-HELLU: Je crois devoir vous remercier pour
l’opportunité que vous m’offrez
de m’exprimer sur ce plateau web.Vous mettez à la disposition de
la cause nationale et de sa
jeunesse, un outil performant de sensibilisation, de formation et
d’information. Que tous nos vœux d’encouragement
et de succès couronnent vos
efforts qui n’ont d’égal que votre engagement et votre
détermination pour un TOGO libre et prospère.
TOGOFORUM:
Merci pour vos aimables mots d'encouragement. Il y a à peu près un an,
nous recevions des informations faisant état de votre arrestation avec
d’autres camarades étudiants de L’UB. Pouvez-nous nous dire de
quoi il s’agissait exactement et comment vous avez pu échapper aux
griffes de la dictature?
M.
A LAWSON-HELLU: Depuis le soulèvement
du peuple togolais, le 05 octobre 90 provoqué par sa jeunesse, les
étudiants togolais n’ont cessé d’incarner l’espoir d’un
renouveau et d’en être les artisans en dépit des milles et une
péripéties.
Le Pouvoir dans sa volonté de briser cet élan patriotique a suscité des
rivalités tribales et instrumentalisé le Hacame comme arme de terreur.
Dans ces
conditions tout mouvement syndical qui osait se positionner sur le campus
était systématiquement réduit au silence. J’en veux pour preuve le
cas du camarade Edoh Méléssoussou, Ancien Président de l’UNESTO
(Union nationale des étudiants et stagiaires du TOGO) dont la colonne
vertébrale a été brisée avec à la clé une paralysie à vie occasionnée
par les forces de l’ordre en 97 sur indication des miliciens sordides, lors d’un
mouvement de grève de revendicaton de bourses et des conditions
favorables d ‘études. L’incident est survenu dans sa chambre de
la cité B (Cité universitaire) où il a été défénestré.
C’est
dans ce climat de psychose généralisé que nous avions décidé d’agir
car convaincus que «l’oppression se nourrit de l’inaction des
opprimés». Et au panthéon de l’intelligentsia togolaise (l’Université), il est inadmissible que sa fine fleur se prête au jeu
de l’ignominie et des mauvaises odeurs. Il fallait d’abord
convaincre les étudiants de la faisabilité de la chose et libérer leur
énergie patriotique jadis mis à mal; ensuite utiliser les créneaux légaux
existants pour amorcer la «révolution». Nous avons donc été élu d’abord délégué général de la FASEG puis Président de Conseil des Étudiants de L’Université
du Bénin. Je rappelle que le CEUB regroupait en son sein les délégués
généraux élus des Ecoles et facultés de l’U B et à ce titre il siège
au conseil de l’université, organe décisionnel de l’institution présidé
par le Recteur.
En ma
qualité de président du CEUB, je convoquai des assemblées générales
qui connurent la participation de plus 10.000 étudiants. Les étudiants
discutaient et décidaient l’orientation à donner au mouvement. Il va sans
dire que les étudiants togolais ont reconquis leur pouvoir, leur
dynamisme et leur unité qui ont fait disparaître les miliciens du hacame.
Le régime
manifestement inconfortable et incommodé dans cette nouvelle donne et sur
pression de nos marches de protestation et grèves unanimement suivies, a
cherché à négocier depuis le
Recteur jusqu’au Chef de L’État
en passant par une délégation gouvernementale de plus de 9
ministres.
Les négociations
étant soldées en partie par un échec, les étudiants ont décidés
d’intensifier leur mouvement de revendication en associant les lycées
et collèges de tous le pays et en appuyant le mouvement syndical
enseignant de la FETREN/UNSIT.
C’est
donc au cours d’un grand rassemblement de sensibilisation au CEG
d’Agbalépédogan que les forces
de l’ordre ont fait irruption
brutale dans l’enceinte de l’établissement
sur réquisition du proviseur. Ils ont chargé la foule des élèves
et étudiants avec gourdins et gaz lacrymogènes faisant plusieurs
bléssés.
Les élèves et étudiants ont réagi à coups de pierres et ont fait de
leur corps des boucliers pour
nous protéger car les forces de l’Ordre nous ayant encerclé,
exigeaient notre reddition. Certains élèves sont allés jusqu’à
enlever leur tenue KAKI pour que nous nous déguisions afin d’échapper
à la horde des hommes en uniforme. Dans le souci d’assumer nos
responsabilités et d’être fidèles à notre engagement hérité du Ché
Guevara qui stipule : «si J’avance suivez-moi,si je
recule tuez-moi et si je meurs vengez-moi» et, surtout de limiter le
nombre de blessés innocents, nous avons décidé de nous rendre. J’ai
été amené avec quatre de mes proches collaborateurs manu militari
d’abord au commissariat de Djidjolé, menottes aux poings; après les séries
d’interrogatoires musclés nous avions été provisoirement enfermés
puis conduits sous bonne escorte mitraillette braquée à la DPJ
(Direction de la Police judiciaire) pour déposition. Nous nous
retrouvâmes plus tard nez à nez auprès de procureur de la République
qui signa notre mandat de dépôt. Nous fûmes conduits à la prison
civile de Lomé où les portes d’acier aux gonds infernaux, dans leur
grondement assourdissant, achevèrent de se refermer derrière nous comme
pour entonner l’hymne aux morts.
Nous fûmes
accueillis par le chant funéraire des milles deux cents prisonniers
claustrés dans un petit périmètre fait de désolation, de misère et de
maladies avec son cortège de décès quotidien.
Nous venions de réaliser l’inimaginable au cœur de la
capitale togolaise dont les riverains ne s’en doutent même pas.
Pour nous donner une idée de ce qui nous attendait nos geôliers nous
convièrent à un festival de fessées sur des fesses qui ont laissé leur
places depuis belle lurette à des têtes d’os en quête
de synovie. Des prisonniers maigrichons qui n’ont de visible que
leur support squelettique subissent encore la corvée des fessées! De là
en conclure que nous avions vécu l’Auzchwich
du régime Éyadéma, il n’y a qu’un pas. À la tombée de la nuit
nous étions rangés comme des sardines (16 prisonniers dans une pièce
de 1m sur 2) comme au temps de l’esclavage dans des dortoirs puants,
peints en noir et dont la température avoisine 42*; j’allais m’évanouir
quand soudain, un prisonnier me
colla à l’oreille un vieux poste radio duquel jécoutai le ministre
WALLA vociférant un communiqué radio-télévisé dans lequel il
m’accusait de trouble à l’ordre publique, destruction de biens
publiques et jurant de m’appliquer la loi anticasseurs héritée de la Côte
d’Ivoire. Vous conviendrez avec moi que dans ces conditions le désespoir
atteignit son paroxysme.
Nous
serions morts aujourd’hui si Dieu et le Peuple n’était pas avec nous.
En
effet, nous n'avons eu la vie sauve que grâce à l’Eternel DIEU, à la
mobilisation générale de toute la jeunesse estudiantine et scolaire,
syndicats et partis politiques, personnes de bonne volonté, organisations
de Droits de l’Homme, notamment Amnesty International et
la communauté internationale.
Je
voudrais une fois de plus saluer leur détermination
qui a sauvé nos vies et leur traduire toute ma reconnaissance et
ma gratitude.
Tellement
la mobilisation était à son comble le quatrième jour de notre
arrestation,
que le pouvoir a dû lâcher du lest. Nous avons été jugés et
condamnés expéditivement à 18 mois d’emprisonnement avec sursis dans
une précipitation terrible sous l’œil vigilant de douze avocats qui se
sont constitués spontanément pour nous défendre. Toute la ville était en ébullition avec barricade, marche, pneus
enflammés à telle enseigne que le pouvoir redouta un 5 octobre bis. Il
l’évita de justesse en réalité. Les étudiants sont allés jusqu’à
secouer les portes de la prison pour exiger ma sortie immédiate au grand
dam des militaires éberlués. À ma sortie j’étais porté en triomphe
par des milliers de jeunes venus m’accueillir. Je pensais que je rêvais.
Ceux qui n’étaient pas arrivés à la justice avant le verdict ne
croyaient pas à ma libération. Le ministre de l’intérieur a dû me
demander de faire le tour de la ville pour les convaincre de libérer la
chaussée.
À ma
libération, nous enfonçâmes davantage le clou avec d’autres
manifestations à Lomé et à
l’intérieur du pays. Un mandat d’arrêt international fut délivré
contre moi. Cela n’a nullement atteint ma détermination; c’est alors
que ma tête fut mise à prix. Au cours d’un meeting sur le campus,
j’ai évité de peu un assassinat au couteau empoisonné, n’eût été
la vigilance des camarades étudiants vigiles. Ils ont désarmé le
meurtrier qui avait profité d’une agitation provoquée à dessein pour
s’approcher de moi et tenter de me poignarder au dos. Je préciserai que
le groupe des malfaiteurs qui a infiltré l’assemblée ne comportait aucun étudiants inscrits. Il y’a de quoi
s’interroger….
Finalement,
la gravité de la situation mettant en jeu ma vie m’a contraint à
prendre le chemin de l’exil avec certains de mes proches collaborateurs.
TOGOFORUM:
En tant que délégué général du CEUB, comment résumez-vous
votre tâche à la tête des étudiants, surtout pendant une période
aussi mouvementée de notre histoire.
M.
A LAWSON-HELLU: En effet nous avions amorcé une révolution
dans la jeunesse estudiantine qui continue de porter ses fruits.
Les étudiants togolais ont recouvré leur cohésion, leur dignité
et la place qui est la leur sur l’échiquier national et
international. Ils se sentent désormais solidaires et unis face aux manœuvres
de division et de manipulation politique.
Sur le
plan purement social nous avions pu arracher du gouvernement sur décision
d’un conseil de ministre extraordinaire, l’attribution de 544 bourses
à tous les étudiants de 3e année abusivement délaissés par
la commission des bourses et stages. Nous avons également obtenu l’électrification
et la sécurité du campus, la rénovation du parc auto, l’amélioration
des prestations du restaurant universitaire. Les conditions d’études
ont aussi connu une légère amélioration.
Je préciserai
à toutes fins utiles que tous ces acquis ont été remis en cause après
notre départ par la mauvaise foi caractérisée des autorités togolaises
qui ne disposent d’aucune politique cohérente d’éducation et de
formation de la jeunesse. Dans leur pilotage à vue, ils ne voient dans
l’enseignement supérieur qu’un sanctuaire de contestation qu’il
faut à tout prix brader mettant en danger l’avenir de toute une
génération.
N’a-t-on pas souvent clamé qu’«aucun sacrifice n’est trop grand
quand il s’agit de la jeunesse?»
TOGOFORUM:
On se souvient qu’au début des années 1990, les étudiants
de l'UB étaient très divisés par les courants politiques. On peut même
dire que les divisions étaient trop violentes et franchement humiliantes
pour une jeunesse qui se veut relève de demain. Votre mouvement
avait-il bénéfié d’une grande adhésion dans la communauté
estudiantine de l’Université? Sinon, Quelles étaient quelques-unes des difficultés précises avec les étudiants et les autres
mouvements “défendant les intérêts des étudiants” d’une part, et
d’autre part avec le gouvernement?
M.
A LAWSON-HELLU: Comme je l’ai expliqué plus haut le CEUB
regroupe tous les étudiants de L’université du Bénin (LOMÉ) du fait
de sa composition et sa structure. Au début de l’année scolaire les étudiants
sont censés participer à l’élection de leurs représentants au
Conseil de l’université. l’Adhésion populaire est donc acquise au
CEUB car ses responsables sont restés fidèles à la logique tracée par
leurs électeurs. Les autres syndicats étudiants à relent politique était
voués à l’échec et n’attiraient plus les étudiants. Pour éviter
le constat de leur mort clinique, certains ont joué le jeu en s’alliant
à nous. Par contre d’autres ont préféré adopter le profil bas ou le
silence.
La
violence politique brutale et bestiale a fait place à la synergie
d’action avec en toile de fond les revendications sociales et
académiques,
ferment d’une contestation sociale ouverte contre le Régime. Au risque
de leur survie, les associations défendant le Pouvoir ne pouvaient plus
nager à contre courant de cette vague contestataire qui
a fait du bien-être des étudiants togolais, son cheval de
bataille.
TOGOFORUM:
Alors, pensez-vous que le pluralisme associatif au sein d'une université
comme la nôtre devait exister ou pas?
M.
A LAWSON-HELLU: Notre petite expérience à la tête du CEUB,
le seul mouvement dans l’histoire de l’université
de Lomé qui ait pu rassembler les étudiants de tous les horizons
sans aucune distinction sociale, ethnique, politique ou religieuse, nous a
suffisamment édifié. Nous avons tout lieu de penser qu’une structure démocratique
à la base, dont les principes et les lois constitutifs seront
inaliénables,
indépendants du régime en place quel qu’il soit (dictatorial ou
démocratique)
et qui iront au delà des intérêts
des hommes qui l’animeront serait la panacée, nous semble t-il.
Nous ne
devrons pas perdre de vue que l’université constitue la société en
miniature et une école de formation pour la vie. La jeunesse estudiantine
doit pouvoir faire preuve de maturité et trouver sa propre voie dans
cette société miniaturisée pour être à même de prendre la relève
dans la société grandeur nature où aucune erreur n’est tolérée.
Notre mère patrie attend donc beaucoup de nous.
TOGOFORUM:
L’Université du Bénin a été pendant près d’un quart de siècle,
un centre de culture et d’expérimentation des tendances tribalistes, régionalistes
et autres réflexes rétrogrades. C’est ainsi que nous avons connu des
Mouvements tels que L’Amicale des Etudiants du Nord Togo (AMENTO), l’
Association des Etudiants de l’Université du Benin (AETB), les amicales
par préfecture etc.…Dans les année 1990, vint le vent de démocratie
avec son cortège de mouvements associatifs dont les objectifs sont restés
vagues les uns que les autres. La plupart des mouvements d’étudiants étant
créés ou parrainés par les partis politiques en quête du pouvoir,
etc...
Pouvez-vous
nous dire s’il y a une évolution positive sur le plan des mentalités
et nous préciser ce qui, selon vous, est nécessaire pour que la jeunesse
estudiantine togolaise (ou africaine) s’éloigne d’errements aussi
ridicules que nuisibles?
M.
A LAWSON-HELLU: J’ai tout lieu de penser
qu’en réalité l’université de Lomé a été victime des
tribalites de tout acabit qui ont réussi à
instrumentaliser le tribalisme en pensée politique
au service de leur intérêts machiavéliques et sordides. Les
associations dont vous venez de faire mention en sont la matérialisation
concrète.
Aujourd’hui
je peux vous garantir qu’une révolution intérieure s’est produite
au sein de la communauté estudiantine décidée à découdre avec
les préceptes de tribalisme des politiciens machiavels. Le bon sens, les
valeurs universelles de justice, d’équité, de liberté, de tolérance,
d’enrichissement dans la différence, de solidarité sont les choses les
mieux partagées dans la communauté estudiantine et fondent le
soubassement de la conscience des étudiants togolais.
Je peux
illustrer mes propos par quelques exemples précis :Nos assemblées générales
populaires sur le campus de Lomé sont souvent pimentées par des
chants de guerre kabyè, et des rythmes cotocoli qui annonçaient les
couleurs. Des étudiants imams et pasteurs confiaient la manifestation à
Allah le DIEU TOUT-PUISSANT. Les radicaux du mouvement sont
en grande partie issus du septentrion. La sécurité des
responsables du CEUB et le service de renseignement étudiant se sont
consolidés grâce à cette complicité interne. Nos marches de
protestations qui bloquaient le boulevard de LOMÉ II et empêcher le
"Timonier" de faire sa navette habituelle avaient en tête de
pont des étudiantes du Nord.
Nous
avons su nous réunir sur la base des idées et des valeurs. Mes plus
proches collaborateurs dont certains partagent l’exil avec moi
actuellement viennent du Grand Nord.
Au Togo,
comme d’ailleurs dans tous autres les pays, des différences qui sont
sources de richesse existent certes, parfois même très prononcées
mais de tribalisme, il
n’en existe que dans le cœur et l’esprit des tribalistes.
TOGOFORUM:
C'est une bien bonne nouvelle d'apprendre que la nouvelle
génération d'étudiants de notre université se démarquent des
errements de leurs prédécesseurs.
Pouvez-vous
nous décrire la situation actuelle de l’Université de Lomé, sur les
plans moral, matériel, programmes d’études etc.… et nous dire comment vous entrevoyez l’avenir des études supérieures à
l’Université de Lomé.
M.
A LAWSON-HELLU: La situation de l’université de Lomé n’a
jamais été aussi déplorable et chaotique. Elle est confrontée à une
crise sans précédent. Le calvaire des étudiants a atteint son paroxysme. Ils sont des laissés pour compte d’une politique
universitaire désastreuse. Ils sont restés sans bourses, sans logements,
dans parcs automobiles depuis des mois. Le campus a été pris d’assaut
par les véhicules anti-émeute et les forces de l’ordre en civile
remplissant les amphis à la place des étudiants. Les résultats
universitaires sont des plus catastrophiques de la sous région. Le comble
est venu avec la décision unilatérale du Recteur de multiplier par 5 les
frais d’inscription dans un pays économiquement
ruiné où les travailleurs n’ont pratiquement plus de salaire.
Le désespoir
est total pour les futurs architectes du TOGO. Et comme si cela ne
suffisaient pas, les quelques velléités contestataires sont réprimées
dans le sang et les auteurs des contestations payent leur témérité dans
les couloirs de la gendarmerie ou à la prison civile de Lomé. Les cas de
PKÉLAFIA et TCHA DJOBO respectivement secrétaire générale et membre du
bureau du CEUB sont assez
illustratifs. Les cas récents de l’emprisonnement des responsables de
l’UNET et leurs matériels saccagés finissent par convaincre les plus
dubitatifs. La jeunesse estudiantine et scolaire est désemparée. désorientée et mutilée.
Ceux qui
sont chargés de leur formation ne sont plus du reste. Leurs conditions de
vie, de travail et de recherche sont des plus pénibles, effroyables et
inadmissibles.
Le
constat d’échec cuisant de l’éducation au TOGO est avéré. Le bilan
doit être impérativement déposé. Rien n'est surprenant dans un pays
qui préfère financer la construction des camps militaires que des
écoles.
Une
totale restructuration s’impose
à travers les états généraux de l’éducation. Tous les acteurs
doivent être impliqués. Des éléments de réponses doivent être
trouvés à la question fondamentale: quelle éducation pour quel développement
avec quel moyen?
TOGOFORUM:
Présentez brièvement le nouveau mouvement que vous dirigez en Belgique
et dites-nous dans quelle mesure les activités de ce mouvement peuvent
aider notre pays et l’Université de Lomé.
M.
A LAWSON-HELLU: Le nouveau mouvement
que j’ai l’honneur de diriger est actuellement la Dynamique
Révolutionnaire de la
Jeunesse Togolaise (La Dynamique). C’est un mouvement révolutionnaire
de part ses idées, ses stratégies et ses méthodes d’action. Il
regroupe les anciens étudiants militants du CEUB, les étudiants, les élèves
et toute la jeunesse togolaise désireuse d’une nouvelle approche pour
un Togo libre et prospère, où
les jeunes seront les vrais artisans de leur propre destin.
En
dehors du Togo, ces membres sont répartis un peu partout à travers le
monde notamment en France, en Allemangne, en Belgique, au Canada, aux
Etats-Unis, au Bénin, au Ghana etc .Très prochainement des sections du
mouvement se mettront en place dans la diaspora suivant les différents
pays.
La
Jeunesse étant un état d’esprit, nous invitons toutes les personnes de
bonne volonté à nous rejoindre dans notre couvent
politique où idées, formation et action s’harmonisent
parfaitement pour achever le profil de l’acteur de développement
du TOGO nouveau. Le défi étant important, il s’avère impératif
que nous nous mettions
au travail et au plus vite!
Tout
récemment,
lors de l’arrestation des camarades étudiants à Lomé, la
DYNAMIQUE a obtenu le soutien de la Fédération des étudiants du Canada
lors de sa conférence de mobilisation tenue à l’université du
MANiTOBA. Des actions tous azimuts menés par les étudiants canadiens ont
pesé dans la libération des camardes à Lomé. Nous multiplions toutes
sortes d’initiatives pour la libération du TOGO du carcan de la
dictature inhumaine.
TOGOFORUM:
La politique togolaise aujourd’hui ne permet pas
d’entrevoir, même virtuellement, le bout du tunnel. La seule bonne
nouvelle est la libération de Maître Yawovi Agboyibo le 14 mars dernier.
Quelle est votre appréciation de la situation politique actuelle de notre
pays et quelles sont vos propositions concrètes à l’endroit de
l’opposition?
M.
A LAWSON-HELLU: La révolution que nous avions amorcé sur le
campus nous a propulsés au devant de la scène
nationale. Nous avons eu le privilège de rencontrer et de discuter
avec tous les acteurs les plus en vue de la vie politique et syndicale au
Togo et à l’extérieur. Nous avons également
eu l’occasion de toucher du doigt
la réalité des réfugiés togolais au GHANA et discuté avec
certains d’entre eux. Nous avons arpenté les rues de Lomé de
manifestations tous azimuts. Nous avons reçu notre baptême de feu à la
prison civile de Lomé. Notre expérience s’est enrichie enfin par
l’exil loin du TOGO. Tout ce passé alimente aujourd’hui une profonde
réflexion qui se poursuit au gré des évènements. Nous saluons tout
d’abord la libération du leader du CAR et son courage politique.
Pour
l’instant ce que nous pouvons dire est l’extrême complexité de la
situation politique togolaise qui n’admet pas d’analyse simpliste.
Aussi faudrait-il attirer
l’attention sur la souffrance implacable du peuple togolais meurtri.
Je
crois savoir que le peuple
togolais est victime du conflit d’intérêt des politiciens de tout bord.
D’un
coté un peuple déterminé, qui a exprimé clairement une volonté claire
et précise, de l’autre un marchandage de cette volonté dont les règles
échappent à la majorité des togolais. En fonction de l’objectif bien
spécifié, nous devons nous doter de moyens conséquents car la
politique étant une question de rapport de force, Arrêtons de berner le
peuple. Il y a pas une grande différence entre une politique de
lutte de libération d’un peuple et une politique de conciliation
d’intérêts en démocratie.
Jugez en
vous même: À la sortie de
prison de Maître Agboyibo, au lieu de manifester sa bonne foi pour aller
au CPS pour négocier(quoi?) avec ces geôliers qui sont en position de
force, il aurait rendu grand service au peuple s'il multipliait des
meetings de sensibilisation pour expliquer et réaffirmer ce pour quoi il
a été arrêté, avec force et conviction et sa détermination d’aller
de l’avant. Nous pensons qu’il aurait soulevé des foules et changé
le paysage politique togolais. C’est seulement étant nanti de cette
force populaire qu’il pourra poser ses conditions pour une quelconque
négociation.
Mais avant ça, tout est marché de dupe.
Dans notre article intitulé "la redéfinition
des moyens et stratégies de renversement de la dictature au TOGO",
paru sur les sites Togoforum et Diastode, nous
lancions un cri à la redéfinition de la lutte politique au TOGO,
auquel cas nous appelons le peuple et sa jeunesse à prendre sa destinée
en main pour mettre fin à la danse de tango qu’on lui impose
injustement. C'est de cette façon seule, me semble-t-il, que pourra se
dessiner le bout du tunnel. Le peuple togolais est très nationaliste et
militant; il n’attend qu’un leader charismatique pour lui indiquer la
direction de l’assaut final des derniers bastions de la dictature. Karl
Marx ne disait-il pas qu’«il faut chanter aux peuples pétrifiés
leurs propres chassons pour les mettre en mouvement?»
TOGOFORUM:
Votre mot de fin.
M.
A LAWSON-HELLU: Nous voudrions terminer sur cette note
d’espoir adressée à tous les combattants et combattantes de la liberté
retenue du feu Président Sylvanus Olympio et tirée de la Bible : «Sentinelle
que dis-tu de la nuit? la nuit est longue mais le jour vient» Unis
pour la même cause la lutte continue!
TOGOFORUM:
Nous vous remercions pour votre disponibilité. |