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Assahoun, le 26 août 2002   

ENTRETIEN AVEC LE COLLECTIF DES ARTISTES JAWABI DU NIGER

Cheikh Amadou Kotondi, comédien, metteur en scène, régisseur, Cissé Saadou Comédien marionnettiste, conteur et Saaleh Ado Mahamat, comédien, conteur, metteur en scène et marionnettiste ont bien voulu répondre à nos questions

Interview réalisée par Ted Hangui, Envoyé spécial de Togoforum à Assahoun


TOGOFORUM: Le Collectif des Artistes Jawabi : qu’est ce que cela veut dire Jawabi ? Parlez-nous de votre Collectif  

CHEIKH AMADOU KOTONDI: Jawabi veut dire message, conseil en Haoussa Ce collectif est créé en 1999 pour compenser le vide existant. Aucune structure ne réunissait les artistes. Alors le collectif Jawabi réunit les artistes des différentes catégories : peintres, marionnettistes, conteurs, comédiens, sculpteurs. Le groupe qui est venu jouer au Festhef est la Génération 2. Il y a d’autres troupes : Koyikoyo Théâtre et les Jeunes Tréteaux du Niger qui ont déjà participé au Festhef 2001.  

TOGOFORUM: Que fait exactement ce Collectif ?  

CAK: Il y a eu l’organisation de diverses manifestations. Le Festival International de Contes, Gatan-Gatan, qui a connu la participation de Béno Sanvé du Togo. C’était  à Dogondoutchi, à 300 km de Niamey. La deuxième édition se tiendra du 15 au 19 octobre 2002.  

SALEY ADO MAHAMAT: Il y a eu aussi le Yayi’art qui est une rencontre de plasticiens. La première édition a eu lieu du 1er septembre au 30 octobre 2001 à Niamey. La seconde édition aura lieu en 2003. Aux 18 plasticiens  s’ajouteront d’autres artistes des autres pays et il y aura le Grand Prix Yayi’art.  

TOGOFORUM: Sakaraï, veut devenir riche. Par tous les moyens. Pourquoi avoir choisi ce sujet dans lequel la superstition est presque tangible ?  

CAK: Il y a une anecdote qui circule depuis longtemps au Niger : Qui couche avec une ânesse ou une folle devient riche s’il n’est pas surpris ! On le dit des commerçants riches. Sans aller dans la vérification scientifique de la chose, nous pensons que C’est trop facile. La facilité complète. Vous jouissez et vous devenez riche.  Le plus surprenant C’est qu’on a surpris des gens en train de coucher avec des folles ou des folles qui reconnaissent leurs amants auxquels elles demandent de l’argent.

Qui est le fou dans cette histoire ? Celui qui veut se faire de l’argent en se permettant certaines bassesses, violant toutes les règles de civilité, et du savoir-vivre ? Ou la folle elle-même ?

Il faut lire derrière ce spectacle, la critique de tous ce qui veulent facilement devenir riche. Ils sont nombreux dans les sphères politiques.  

TOGOFORUM: Est-ce la première fois que vous jouez ce spectacle?  

CAK: Nous l’avons créé le 27 juin 2002 au Burkina Faso à l’occasion des Récréatrales et de résidence d’écriture. 

TOGOFORUM: L’avez-vous déjà joué au Niger ?  

CAK: Il sera le spectacle de la rentrée artistique et culturelle.  

TOGOFORUM: Puisque l’anecdote circule et tout semble conclure à sa véracité, n’avez-vous pas peur que le public ne soit réceptif ?  

CISSE SAADOU: La force du théâtre, c’est de dire haut ce que chacun pense bas.   Si nous artistes ne faisons ressortir cet aspect, qui le fera à notre place ? Il faut soulever le problème, crever l’abcès et soigner la plaie. C’est dommage ce qui anime ceux qui veulent de l’argent facile. Ils méprisent tout le monde.  La femme de Sakaraï le quitte. Plus tard il devient fou. L’argent isole, éloigne. 

CAK: Les gens recherchent de l’argent pour s’élever au-dessus des autres. 

SAM: Ce n’est pas tout le monde. Il y en a qui recherchent le bien-être.  

CAK: Ce que je dis, C’est que la misère, la pauvreté, sont des questions de mentalité. Le bonheur n’est pas dépendant de l’argent. Nos souffrances à nous Africains, n’existent pas  parce que nous n’avons pas d’argent. Ce sont les gouvernants qui les cultivent, les entretiennent.  

TOGOFORUM:  Vous situez donc l’origine de la misère ailleurs ?  

CAK: Notre misère est l’œuvre de certaines personnes. D’une poignée de personnes. Quelle que soit la misère d’une personne en Afrique, elle a un logis et peut compter sur la solidarité et l’hospitalité des autres. Le pauvre en Afrique est plus heureux que le pauvre en Occident. Au fait c’est la misère morale qui tue.

Voyez-vous, nous sommes dans une impasse. D’un côté, les gouvernants ne nous donnent pas assez de chances. De l’autre, les médias diffusent des images qui emballent. Ces images, fonctionnent comme un emergency exit. Il y a une parabole qu’on raconte dans le sahel. Si j’ai ma gourde d’eau chaude et que j’aperçois une oasis dans le lointain, qu’est-ce que je fais ? Si je choisis de verser ma gourde d’eau et qu’en avançant,  je réalise qu’il s’agit d’un mirage, j’aurai perdu doublement. Je ne sais pas ce qui se passe au Togo mais au Niger des jeunes dépensent plus d’un million de francs pour aller aux USA. Or ce million peut servir de fond de commerce.  Cependant, poussé par le désespoir les jeunes le dépensent pour un inconnu où ils se retrouveront à zéro. Forcément, la misère est le fait de l’homme.  

C.S: L’Africain est trop fataliste. Il se réfugie sous la fatalité. Il pense que sa condition est l’œuvre de Dieu.  C’est de Dieu qu’il doit attendre le secours. Ce fatalisme est simplement suicidaire. Chacun doit construire sa maison. Nous  attendons que les autres  fassent les choses à notre place alors que nous disposons de ressources individuelles  qui restent inexploités.  

TOGOFORUM: En effet les jeunes diplômés sont sans emploi. La solution se trouverait-elle dans une démocratie respectée ?  

SAM: La démocratie en Afrique  n’est pas mûre. Les présidents ne le sont que pour devenir riches. Une fois au pouvoir, ils rejettent les opposants. Quand ça ne va pas, C’est à l’opposition qu’on fait porter le chapeau. Pourquoi les parties au pouvoir pensent-ils que l’opposition déteste leur pays ? C’est absurde. Autant les oppositions ne doivent pas saboter leur pays autant les présidents ne doivent pas dilapider les richesses du pays. Et l’espoir de tout un peuple.  

C.S: Nous les Africains ne sommes pas prêts pour cette nouvelle formule politique.  C’est comme  si personne ne savait ce que c’est que la démocratie. Lorsque je compare ce qui se passe en Afrique à ce qui ce qui se passe en Europe, je me dis que chez nous nous sommes toujours dans la dictature. Ce que je ne comprends pas, pourquoi le peuple qui a élu un régime renouvelle-t-il sa confiance au  régime même si le mandat a été un fiasco ? Pourquoi le peuple n’et-il pas écouté ? S’il y a eu des mutineries à Djiffa, c’est parce que les gouvernants n’ont pas écouté les militaires. Et la population est complice.  

TOGOFORUM: Par ignorance ou par peur peut-être ?  

CS: Ce que je dis, si pendant cinq ans, le régime élu n’a rien fait, c’est au peuple de le sanctionner. Que se passe-t-il  en Afrique ? C’est un truc ethnique, régional. Or en Europe, ça ne se passe pas comme ça. Chirac a été réélu parce que Jospin n’a pas réalisé son programme. Il nous faut, je ne sais pas moi, des cours de démocratie.  

SAM: Je vais contre ce que dit Cissé Saadou. En Afrique nous étions démocrates. On me traite souvent de traditionaliste parce que je remonte souvent à nos traditions. J’accepte. Il y avait une vraie démocratie dans la désignation des chefs traditionnels.  Lorsque plusieurs frères consanguins se présentaient, et qu’un seul était élu, la famille pour autant ne brisait pas la cohésion. Toutefois lorsque le frère élu se permettait des écarts, il y avait des cousins et des parents à plaisanterie qui le lui disaient. Lorsque le roi devenait dictateur et que plusieurs conseils de sages avaient échoué à le mettre sur la bonne voie, on désignait sa femme préférée pour l’empoisonner.

Nous devrions partir de cette tradition pour composer nos constitutions. Après le sommet de la Baule  j’ai lu les constitutions de cinq pays de l’Afrique de l’Ouest.  Dans les cinq les points qui diffèrent sont des points d’intérêt pour un homme. Un point qui protège, un autre qui fait élire plusieurs fois. Le reste c’est la copie de la constitution française.  

TOGOFORUM: Quelles sont vos impressions depuis trois jours que vous êtes ici ?

CAK: Je crois qu’il y a des difficultés en ce qui concerne la programmation. Avec tous les pays attendus, on se retrouve avec le Niger, le Burkina Faso, le Bénin avec deux troupes. Ceux qui sont attendus n’ont pas répondu.  Je suis administrateur de festival et je sais les frustrations. Avec ces absents, les programmations se font au jour le jour.  

SAM: J’ai moi l’impression que le Festhef n’a pas encore démarré. Les comédiens que je connais sont restés à Lomé. C’est une insulte pour le Festhef.

C.S: Nous n’avons pas vu les artistes que nous connaissons. Ils nous manquent un peu.  

CAK: Je suis particulièrement déçu parce que je m’attendais à voir Le Cid en Rap, une création d’Alpha Ramsès. Nous nous sommes manqués au Niger. Ils étaient à Niamey et nous à 1000km de là.  

C.S: Bon ! Dans ce genre de manifestation, on croit avoir  bien tout huilé,  mis la mécanique en marche pour qu’elle fonctionne. Eh bien ! Non ! Il y a toujours des ratés. Ce sera sûrement mieux les prochaines fois.  

CAK: Si on sait saisir les vérités et tirer les leçons.  

TOGOFORUM: Les grandes leçons alors ?  

CAK: L’organisation doit se ressaisir. Quand vous recevez quelqu’un … votre étranger comme on dit chez nous est votre griot. Les gens vont écouter ce que disent les organes de presse, ce que vous écrivez, mais moi ce que je dirai sera cru. Les invités, sont les avocats défenseurs du  Festhef. Je disais, quand vous recevez un étranger, la première des choses c’est de s’assurer que l’étranger dort bien et mange bien. Personne ne l’a fait. Aucun responsable n’est venu voir où nous dormons ! Il faudra revoir. On nous rencontre au foyer et on nous demande « Vous avez bien dormi ? » Je réponds « Où ? » Quant au reste le Festhef doit survivre. A tout.  

C.S: Le mot de fin ? Heu… ! Bon ! Je suis très fier d’être à Assahoun. Je remercie sincèrement la population pour sons accueil chaleureux. Quant à l’organisation, il y a des ratés et j’espère qu’ils vont se ressaisir la prochaine fois pour la survie du Festhef.

Pour le reste je suis content d’être au Togo. Au départ j’étais déçu.  Néanmoins avec la sollicitude de la forte diaspora nigérienne et des populations d’Assahou, je change d’avis. Même quand Saleh Ado Mahamat était sous sérum, la diaspora et la population étaient à l’hôpital. Saleh n’oubliera pas qu’on l’a sorti de l’hôpital pour jouer et qu’après il y est retourné(Rire). Merci au Togo. Merci à Assahoun. Merci.  

SAM: Moi je trouve que c’est une bonne idée de faire le festival hors de Lomé. La population est accueillante et on se sent en sécurité. Il y a vraiment la fraternité la-dedans. J’ai retrouvé des amis de 1998. C’est formidable. Ca va. On verra plus tard.  

TOGOFORUM:  Rendez-vous au Festhef 2003?  

SAM: Inch’Allah !

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