TOGOFORUM:
Le Collectif des Artistes Jawabi : qu’est ce que cela veut dire
Jawabi ? Parlez-nous de votre Collectif
CHEIKH
AMADOU KOTONDI: Jawabi veut dire
message, conseil en Haoussa Ce collectif est créé en 1999 pour
compenser le vide existant. Aucune structure ne réunissait les
artistes. Alors le collectif Jawabi réunit les artistes des différentes
catégories : peintres, marionnettistes, conteurs, comédiens,
sculpteurs. Le groupe qui est venu jouer au Festhef est la
Génération 2.
Il y a d’autres troupes : Koyikoyo
Théâtre et les
Jeunes Tréteaux du Niger qui ont déjà
participé au Festhef 2001.
TOGOFORUM: Que fait exactement ce Collectif ?
CAK:
Il y a eu l’organisation de diverses manifestations. Le Festival
International de Contes, Gatan-Gatan, qui a connu la participation de
Béno Sanvé du Togo. C’était
à Dogondoutchi, à 300 km de Niamey. La deuxième édition se
tiendra du 15 au 19 octobre 2002.
SALEY
ADO MAHAMAT: Il y a eu aussi le
Yayi’art qui est une rencontre de plasticiens. La première édition
a eu lieu du 1er septembre au 30 octobre 2001 à Niamey. La
seconde édition aura lieu en 2003. Aux 18 plasticiens
s’ajouteront d’autres artistes des autres pays et il y aura
le Grand
Prix Yayi’art.
TOGOFORUM:
Sakaraï, veut devenir riche. Par tous les moyens. Pourquoi avoir
choisi ce sujet dans lequel la superstition est presque tangible ?
CAK: Il
y a une anecdote qui circule depuis longtemps au Niger : Qui
couche avec une ânesse ou une folle devient riche s’il n’est pas
surpris ! On le dit des commerçants riches. Sans aller dans la vérification
scientifique de la chose, nous pensons que C’est trop facile. La
facilité complète. Vous jouissez et vous devenez riche.
Le plus surprenant C’est qu’on a surpris des gens en train
de coucher avec des folles ou des folles qui reconnaissent leurs
amants auxquels elles demandent de l’argent.
Qui
est le fou dans cette histoire ? Celui qui veut se faire de
l’argent en se permettant certaines bassesses, violant toutes les règles
de civilité, et du savoir-vivre ? Ou la folle elle-même ?
Il
faut lire derrière ce spectacle, la critique de tous ce qui veulent
facilement devenir riche. Ils sont nombreux dans les sphères
politiques.
TOGOFORUM: Est-ce la première fois que vous jouez ce spectacle?
CAK:
Nous l’avons créé le 27 juin 2002 au Burkina Faso à l’occasion
des Récréatrales et de résidence d’écriture.
TOGOFORUM: L’avez-vous déjà joué au Niger ?
CAK:
Il sera le spectacle de la rentrée artistique et culturelle.
TOGOFORUM: Puisque l’anecdote circule et tout semble conclure à sa
véracité,
n’avez-vous pas peur que le public ne soit réceptif ?
CISSE
SAADOU: La force du théâtre,
c’est de dire haut ce que chacun pense bas.
Si nous artistes ne faisons ressortir cet aspect, qui le fera
à notre place ? Il faut soulever le problème, crever l’abcès
et soigner la plaie. C’est dommage ce qui anime ceux qui veulent de
l’argent facile. Ils méprisent tout le monde.
La femme de Sakaraï le quitte. Plus tard il devient fou.
L’argent isole, éloigne.
CAK:
Les gens recherchent de l’argent pour s’élever au-dessus des
autres.
SAM:
Ce n’est pas tout le monde. Il y en a qui recherchent le bien-être.
CAK:
Ce que je dis, C’est que la misère, la pauvreté, sont des
questions de mentalité. Le bonheur n’est pas dépendant de
l’argent. Nos souffrances à nous Africains, n’existent pas
parce que nous n’avons pas d’argent. Ce sont les
gouvernants qui les cultivent, les entretiennent.
TOGOFORUM:
Vous situez donc l’origine de la misère ailleurs ?
CAK:
Notre misère est l’œuvre de certaines personnes. D’une poignée
de personnes. Quelle que soit la misère d’une personne en Afrique,
elle a un logis et peut compter sur la solidarité et l’hospitalité
des autres. Le pauvre en Afrique est plus heureux que le pauvre en
Occident. Au fait c’est la misère morale qui tue.
Voyez-vous,
nous sommes dans une impasse. D’un côté, les gouvernants ne nous
donnent pas assez de chances. De l’autre, les médias diffusent des
images qui emballent. Ces images, fonctionnent comme un emergency
exit. Il y a une parabole qu’on raconte dans le sahel. Si j’ai ma
gourde d’eau chaude et que j’aperçois une oasis dans le lointain,
qu’est-ce que je fais ? Si je choisis de verser ma gourde
d’eau et qu’en avançant, je réalise qu’il s’agit d’un mirage, j’aurai perdu
doublement. Je ne sais pas ce qui se passe au Togo mais au Niger des
jeunes dépensent plus d’un million de francs pour aller aux USA. Or
ce million peut servir de fond de commerce.
Cependant, poussé par le désespoir les jeunes le dépensent
pour un inconnu où ils se retrouveront à zéro. Forcément, la misère
est le fait de l’homme.
C.S:
L’Africain est trop fataliste. Il se réfugie sous la fatalité. Il
pense que sa condition est l’œuvre de Dieu.
C’est de Dieu qu’il doit attendre le secours. Ce fatalisme
est simplement suicidaire. Chacun doit construire sa maison. Nous
attendons que les autres fassent
les choses à notre place alors que nous disposons de ressources
individuelles qui restent
inexploités.
TOGOFORUM: En effet les jeunes diplômés sont sans
emploi. La solution se
trouverait-elle dans une démocratie respectée ?
SAM:
La démocratie en Afrique n’est
pas mûre. Les présidents ne le sont que pour devenir riches. Une
fois au pouvoir, ils rejettent les opposants. Quand ça ne va pas,
C’est à l’opposition qu’on fait porter le chapeau. Pourquoi les
parties au pouvoir pensent-ils que l’opposition déteste leur pays ?
C’est absurde. Autant les oppositions ne doivent pas saboter leur
pays autant les présidents ne doivent pas dilapider les richesses du
pays. Et l’espoir de tout un peuple.
C.S:
Nous les Africains ne sommes pas prêts pour cette nouvelle formule
politique. C’est comme
si personne ne savait ce que c’est que la démocratie.
Lorsque je compare ce qui se passe en Afrique à ce qui ce qui se
passe en Europe, je me dis que chez nous nous sommes toujours dans la
dictature. Ce que je ne comprends pas, pourquoi le peuple qui a élu
un régime renouvelle-t-il sa confiance au
régime même si le mandat a été un fiasco ? Pourquoi le
peuple n’et-il pas écouté ? S’il y a eu des mutineries à
Djiffa, c’est parce que les gouvernants n’ont pas écouté les
militaires. Et la population est complice.
TOGOFORUM: Par ignorance ou par peur peut-être ?
CS:
Ce que je dis, si pendant cinq ans, le régime élu n’a rien fait,
c’est au peuple de le sanctionner. Que se passe-t-il en Afrique ? C’est un truc ethnique, régional. Or en
Europe, ça ne se passe pas comme ça. Chirac a été réélu parce
que Jospin n’a pas réalisé son programme. Il nous faut, je ne sais
pas moi, des cours de démocratie.
SAM:
Je vais contre ce que dit Cissé Saadou. En Afrique nous étions
démocrates.
On me traite souvent de traditionaliste parce que je remonte souvent
à nos traditions. J’accepte. Il y avait une vraie démocratie dans
la désignation des chefs traditionnels.
Lorsque plusieurs frères consanguins se présentaient, et
qu’un seul était élu, la famille pour autant ne brisait pas la
cohésion.
Toutefois lorsque le frère élu se permettait des écarts, il y avait
des cousins et des parents à plaisanterie qui le lui disaient.
Lorsque le roi devenait dictateur et que plusieurs conseils de sages
avaient échoué à le mettre sur la bonne voie, on désignait sa
femme préférée pour l’empoisonner.
Nous
devrions partir de cette tradition pour composer nos constitutions.
Après le sommet de la Baule j’ai
lu les constitutions de cinq pays de l’Afrique de l’Ouest.
Dans les cinq les points qui diffèrent sont des points d’intérêt
pour un homme. Un point qui protège, un autre qui fait élire
plusieurs fois. Le reste c’est la copie de la constitution
française.
TOGOFORUM: Quelles sont vos impressions depuis trois jours que vous êtes ici ?
CAK:
Je crois qu’il y a des difficultés en ce qui concerne la
programmation. Avec tous les pays attendus, on se retrouve avec le
Niger, le Burkina Faso, le Bénin avec deux troupes. Ceux qui sont
attendus n’ont pas répondu. Je
suis administrateur de festival et je sais les frustrations. Avec ces
absents, les programmations se font au jour le jour.
SAM:
J’ai moi l’impression que le Festhef n’a pas encore démarré.
Les comédiens que je connais sont restés à Lomé. C’est une
insulte pour le Festhef.
C.S:
Nous n’avons pas vu les artistes que nous connaissons. Ils nous
manquent un peu.
CAK:
Je suis particulièrement déçu parce que je m’attendais à voir Le
Cid en Rap, une création d’Alpha Ramsès. Nous nous sommes manqués au Niger. Ils étaient à Niamey et
nous à 1000km de là.
C.S:
Bon ! Dans ce genre de manifestation, on croit avoir
bien tout huilé, mis la mécanique en marche pour qu’elle fonctionne. Eh
bien ! Non ! Il y a toujours des ratés. Ce sera sûrement
mieux les prochaines fois.
CAK:
Si on sait saisir les vérités et tirer les leçons.
TOGOFORUM: Les grandes leçons alors ?
CAK:
L’organisation doit se ressaisir. Quand vous recevez quelqu’un …
votre étranger comme on dit chez nous est votre griot. Les gens vont
écouter ce que disent les organes de presse, ce que vous écrivez,
mais moi ce que je dirai sera cru. Les invités, sont les avocats défenseurs
du Festhef. Je disais,
quand vous recevez un étranger, la première des choses c’est de
s’assurer que l’étranger dort bien et mange bien. Personne ne
l’a fait. Aucun responsable n’est venu voir où nous dormons !
Il faudra revoir. On nous rencontre au foyer et on nous demande
« Vous avez bien dormi ? » Je réponds « Où ? »
Quant au reste le Festhef doit survivre. A tout.
C.S:
Le mot de fin ? Heu… ! Bon ! Je suis très fier d’être
à Assahoun. Je remercie sincèrement la population pour sons accueil
chaleureux. Quant à l’organisation, il y a des ratés et j’espère
qu’ils vont se ressaisir la prochaine fois pour la survie du Festhef.
Pour
le reste je suis content d’être au Togo. Au départ j’étais
déçu.
Néanmoins avec la sollicitude de la forte diaspora nigérienne
et des populations d’Assahou, je change d’avis. Même quand Saleh
Ado Mahamat était sous sérum, la diaspora et la population étaient
à l’hôpital. Saleh n’oubliera pas qu’on l’a sorti de l’hôpital
pour jouer et qu’après il y est retourné(Rire). Merci au Togo.
Merci à Assahoun. Merci.
SAM:
Moi je trouve que c’est une bonne idée de faire le festival hors de
Lomé. La population est accueillante et on se sent en sécurité. Il
y a vraiment la fraternité la-dedans. J’ai retrouvé des amis de
1998. C’est formidable. Ca va. On verra plus tard.
TOGOFORUM:
Rendez-vous au Festhef 2003?
SAM:
Inch’Allah !