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Propos recueillis par Alain Nococo a Lomé, ce 23 fevrier 2006

Réponses du Professeur Léopold M. GNININVI, SG de la CDPA, aux questions de Togoforum

TOGOFORUM: Le dialogue inter togolais prévu pour le 20 février 2006 à Ouagadougou a été reporté à une date ultérieure. Quelles sont les raisons profondes de ce report sine die à part le fait que certains partis politiques qui devaient y prendre part ont boycotté le pré dialogue du 15 février dernier ?
GNININVI: La CDPA, n’a pas boycotté la réunion préparatoire du dialogue. Depuis que l’Union Européenne a dit aux partis qu’un dialogue inter togolais est prévu à Ouagadougou en février en présence d’observateurs de la communauté internationale, un flou a duré jusqu’au moment où, tardivement, une notification verbale puis, sur notre insistance, écrite nous a été adressée la veille du départ présumé. Le délai était un peu court, n’est-ce pas ?

TOGOFORUM: Justement, à propos de ce pré dialogue du 15 février dernier, nous apprenons de sources dignes de foi  que certains de vos pairs qui ont pourtant décliné l’invitation qui leur avait été adressée, se sont nuitamment rendus à Ouagadougou pour y rencontrer le président Blaise Compaoré. Si cette information se révélait vraie, comment appréciez-vous cette démarche de vos amis ?  Cette duplicité de l’opposition togolaise ne fait t-elle pas le jeu du pouvoir RPT ?
GNININVI: C’est vous qui m’apprenez la nouvelle. Je ne ferai pas de commentaire sur cette question, maintenant que vous connaissez la position de la CDPA.

TOGOFORUM: Un énième dialogue à Ouagadougou. Pourquoi Ouagadougou ?  Qui a décidé du choix de Ouaga? les partis politiques de l’opposition traditionnelle, le pouvoir RPT ou l’UE qui nous pousse à aller aux élections législatives  pour ouvrir son robinet ?
GNININVI: Pour être précis nous en sommes au 11ème dialogue qui vise comme les précédents, la résolution de la crise togolaise. Il y a eu : 
-                la commission des 109 en novembre 1990,
-                les dialogues du FAR de février à avril 1991,
-                la Commission préparatoire de la Conférence Nationale en mai juin 1991,
-                la Conférence Nationale, en juillet 1991,
-                la Commission mixte paritaire en juin juillet 1992,
-                la Conférence de Colmar en février 1993,
-                les Négociations de Ouagadougou de mars à juillet 1993,
-                les Conférences de Paris et de Lomé sanctionnées par l’Accord Cadre de Lomé en juillet 1999,
-                les travaux du Comité Paritaire de Suivi de l’Accord Cadre de Lomé de 1999 à 2001,
-                les rencontres organisées autour des 22 engagements pris par le gouvernement de Mr Koffi SAMA à Bruxelles en Avril 2004.

Pourquoi Ouagadougou ? Je ne sais pas. L’information nous avait été livrée sans autre précision.

Qui est à la base de l’initiative ? Pourquoi le dialogue aura lieu seulement en présence d’observateurs ? Je ne sais pas plus que vous. Justement la CDPA attendait de cette réunion préparatoire plus de précision.

Ce dialogue est un prétexte pour reprendre la coopération ? Vous savez, la CDPA n’a jamais demandé la suspension de la coopération, l’UE avait pris cette décision pour être en harmonie avec la Convention de Cotonou liant l’UE aux ACP. Si aujourd’hui l’UE veut reprendre elle n’a pas besoin de notre permission.

TOGOFORUM: Après plusieurs dialogues avec les  résultats que l’on sait, n’est-ce pas une erreur tactique ou, comme l’a dit quelqu’un, une grosse bêtise politique pour l’opposition de s’engager une nouvelle fois dans cette voie ?
GNININVI: Pour un parti politique légalement constitué et qui aspire à prendre le pouvoir par les urnes, est-ce que vous entrevoyez une autre voie ?

TOGOFORUM: Professeur, à vous entendre, ce dialogue inutile. Pourtant, la crise togolaise perdure et il est nécessaire de lui trouver une solution. Que proposez-vous concrètement ? Par ailleurs, dans une déclaration en date du 25 octobre 2005 sur la situation politique du pays, la CDPA proposait entre autres schémas de sortie de crise, l’arrêt de l’impunité, le dialogue, les législatives et la réconciliation. Ce schéma est-il toujours d’actualité au regard de peu d’intérêt qu’il a suscité chez les nouvelles autorités au pouvoir depuis bientôt un an ?
GNININVI: Dix dialogues, dix échecs. Rencontres sans accord ou accords non appliqués, les résultats sont les mêmes : un pays en crise permanente. Les raisons ? On les connaît. Ce n’est pas parce que l’accord de Ouagadougou en juin 1993 ou l’accord cadre de Lomé en juillet 1999 étaient mauvais que notre pays est toujours en crise larvée. Lorsque la volonté politique fait cruellement défaut, un accord, si parfait soit-il, s’avère être un marché de dupes. Un dialogue aujourd’hui sonne comme une interpellation de la classe politique. Les expériences togolaises et celles des autres peuples enseignent que la contribution de la communauté internationale ne peut qu’être un appoint. C’est en nous même que nous devons donc trouver les ressources nécessaires pour poser des actes qui ouvrent la voie à un Togo nouveau.

Un nouveau départ suppose que les Togolais et les Togolaises retrouvent confiance en eux-mêmes après les graves  traumatismes engendrés par les tueries de février à mai 2005. Aujourd’hui, il y a divorce entre le citoyen togolais et l’Etat togolais qui, au lieu de le protéger, l’a plutôt massacré et jeté des milliers de ses fils dehors.

Il faut commencer par rassurer le citoyen pour qu’il n’ait   plus peur de l’Etat,

Il faut ensuite réconcilier le citoyen avec l’Etat

L’Etat redevenu crédible peut contribuer à   réconcilier les Togolais entre eux

Enfin cet Etat, à nouveau accepté par les citoyens, peut prétendre les consulter par voie électorale. Des élections n’ont pas de sens si les électeurs, c’est-à-dire les citoyens n’ont pas encore accepté de vivre ensemble. Vouloir vivre ensemble, se développer ensemble pour faire face ensemble à la dure compétition internationale, c’est cette volonté que nous avons à bâtir ensemble.

A défaut de cela, la communauté internationale va encore nous pousser à nous massacrer entre nous.

A Ouagadougou, nous devons surtout éviter de nous enfermer dans le cadre des 22 engagements qui après la disparition du Général Eyadéma se révèlent nettement en deçà de notre défi réel.

Tout le monde sait à présent tout ce qui ne va pas au Togo, que ce soit le pillage systématique, les trafics en tout genre, le bradage des intérêts nationaux à des étrangers devenus arrogants du fait des protections occultes. Les toilettages et retoilettages des textes, la préférence ethnique, … Si tout le monde est conscient du danger qui se profile à l’horizon, alors la voie de sortie est simple. Nous n’avons plus besoin de bla bla bla ; tout a été déjà dit, redit et compris par tous.

A Ouaga, il nous faut simplement

I - recenser les tâches à réaliser pour :

-    mettre fin à l’impunité afin de guérir le Togolais de ses traumatismes et lui ôter toute appréhension pour sa sécurité. 
-    Réconcilier le citoyen avec l’Etat afin que celui-ci soit perçu comme notre outil commun de développement
-    Réconcilier les citoyens entre eux pour leur redonner l’envie de vivre ensemble,
-    Demander alors à ces citoyens désireux de vivre ensemble, de se choisir leurs dirigeants,

II - convenir d’une équipe gouvernementale
-susceptible de mener à bien ces tâches dans un délai raisonnable, par exemple douze mois.

C’est ce schéma qui, à notre avis, semble le mieux adapté à la situation actuelle, parce que susceptible d’apaiser les appréhensions actuelles de nos concitoyens et les mettre à l’abri d’autres violences électorales.

TOGOFORUM: Si l’on se souvient que Faure Gnassingbé avait rejeté en bloc la plateforme que la Coalition lui avait soumise en son temps pour son entrée dans un gouvernement d’union nationale recommandée par la communauté internationale, avez-vous des raisons d’espérer que, après près d’un an d’expérience difficile dans la gestion du pouvoir, Faure Gnassingbé en soit revenu à de meilleurs sentiments ?
GNININVI: Oui, je crois sincèrement que cela devrait être le cas. Les épreuves de ces douze mois doivent avoir ouvert les yeux à tout le monde. Nous sommes rattrapés par tous les scandales sans oublier les gémissements assourdissants de la population.

TOGOFORUM: Certaines forces politiques naissantes écartées du dialogue préconisent l’idée d’une concertation entre l’ensemble des forces politiques, ceci en vue de susciter chez les Togolais désemparés et démotivés par les derniers événements espoir et mobilisation. Comment appréciez-vous l’idée ?
GNININVI: La CDPA félicite tout ceux qui prennent l’initiative patriotique fort louable de susciter un cadre de concertation entre les forces de progrès avant la tenue du dialogue de Ouagadougou. En son temps la CDPA avait toujours pris ses responsabilités dans ce sens, malgré tous les procès qu’on lui fait. Ce serait bien dommage que les forces démocratiques aillent à une négociation avec le pouvoir sans se concerter entre elles-mêmes.

L’idée même de cette concertation suscitera chez nos concitoyens d’immenses espoirs et une forte mobilisation. Mais les expériences récentes nous dictent aussi la prudence ; il nous revient donc de prendre toutes les précautions afin que ces espoirs ne soient pas aussitôt déçus.

Aussi, nous souhaitons d’abord des contacts bilatéraux entre partis et associations afin d’aboutir à terme à une plateforme minimale que nous appelons tous de nos vœux. Une concertation ne serait possible que quand il y aura suffisamment d’indices de convergence possible.

La CDPA, comme à l’accoutumée, n’a aucune exigence d’exclusive quant aux partenaires à consulter.

TOGOFORUM: Le pays va mal. Les commerçantes et commerçants ne vendent plus et le panier de la ménagère se réduit à une peau de chagrin de jour en jour.  Pendant  ce temps, on parle de scandales  politico judiciaires dans lesquels sont trempés certains groupes mafieux extérieurs et pontes du pouvoir. Avez-vous quelque chose à dire à ce sujet ?
GNININVI: Il est certain que tout se passe dans ce pays comme s’il n’y avait plus d’Etat. Pendant que nos différentes rencontres s’assimilent au travail de Sisyphe, les conditions de vie du peuple togolais ne cessent de se dégrader : misère chronique dans la grande majorité des foyers. On ne peut pas continuer à jouer avec le destin de notre peuple. Et c’est un fait bien connu que ce sont ces groupes mafieux dont vous parlez qui profitent le plus des situations de crise comme celles que nous vivons. Ce scandale ne prendra fin que lorsque notre pays retrouvera une vie politique normale.

 

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