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TOGOFORUM:
Le dialogue inter togolais
prévu pour le 20 février 2006 à Ouagadougou a été
reporté à une date ultérieure. Quelles sont les
raisons profondes de ce report sine die à part le fait
que certains partis politiques qui devaient y prendre
part ont boycotté le pré
dialogue du 15 février dernier ?
GNININVI:
La CDPA, n’a pas boycotté la réunion préparatoire du
dialogue. Depuis que l’Union Européenne a dit aux
partis qu’un dialogue inter togolais est prévu à
Ouagadougou en février en présence d’observateurs de
la communauté internationale, un flou a duré jusqu’au
moment où, tardivement, une notification verbale puis,
sur notre insistance, écrite nous a été adressée la
veille du départ présumé. Le délai était un peu court,
n’est-ce pas ?
TOGOFORUM:
Justement, à propos de ce
pré dialogue du 15 février dernier, nous apprenons de
sources dignes de foi que certains de vos pairs qui
ont pourtant décliné l’invitation qui leur avait été
adressée, se sont nuitamment rendus à Ouagadougou pour
y rencontrer le président Blaise Compaoré. Si cette
information se révélait vraie, comment appréciez-vous
cette démarche de vos amis ? Cette duplicité de
l’opposition togolaise ne fait t-elle pas le jeu du
pouvoir RPT ?
GNININVI:
C’est vous qui m’apprenez la nouvelle. Je ne ferai pas
de commentaire sur cette question, maintenant que vous
connaissez la position de la CDPA.
TOGOFORUM:
Un énième dialogue à Ouagadougou. Pourquoi
Ouagadougou ? Qui a décidé du choix de Ouaga?
les partis politiques de l’opposition traditionnelle,
le pouvoir RPT ou l’UE qui nous pousse à aller aux
élections législatives pour ouvrir son robinet ?
GNININVI:
Pour être précis nous en sommes au 11ème
dialogue qui vise comme les précédents, la résolution
de la crise togolaise. Il y a eu :
-
la commission des 109 en novembre 1990,
-
les dialogues du FAR de février à avril 1991,
-
la Commission préparatoire de la Conférence Nationale
en mai juin 1991,
-
la Conférence Nationale, en juillet 1991,
-
la Commission mixte paritaire en juin juillet 1992,
-
la Conférence de Colmar en février 1993,
-
les Négociations de Ouagadougou de mars à juillet
1993,
-
les Conférences de Paris et de Lomé sanctionnées par
l’Accord Cadre de Lomé en juillet 1999,
-
les travaux du Comité Paritaire de Suivi de l’Accord
Cadre de Lomé de 1999 à 2001,
-
les rencontres organisées autour des 22 engagements
pris par le gouvernement de Mr Koffi SAMA à Bruxelles
en Avril 2004.
Pourquoi Ouagadougou ? Je ne sais pas. L’information
nous avait été livrée sans autre précision.
Qui est à la base de l’initiative ? Pourquoi le
dialogue aura lieu seulement en présence
d’observateurs ? Je ne sais pas plus que vous.
Justement la CDPA attendait de cette réunion
préparatoire plus de précision.
Ce dialogue est un prétexte pour reprendre la
coopération ? Vous savez, la CDPA n’a jamais demandé
la suspension de la coopération, l’UE avait pris cette
décision pour être en harmonie avec la Convention de
Cotonou liant l’UE aux ACP. Si aujourd’hui l’UE veut
reprendre elle n’a pas besoin de notre permission.
TOGOFORUM:
Après plusieurs dialogues
avec les résultats que l’on sait, n’est-ce pas une
erreur tactique ou, comme l’a dit quelqu’un, une
grosse bêtise politique pour l’opposition de s’engager
une nouvelle fois dans cette voie ?
GNININVI:
Pour un parti politique légalement constitué et qui
aspire à prendre le pouvoir par les urnes, est-ce que
vous entrevoyez une autre voie ?
TOGOFORUM:
Professeur, à vous entendre,
ce dialogue inutile.
Pourtant, la crise togolaise perdure et il est
nécessaire de lui trouver une solution. Que
proposez-vous concrètement ? Par ailleurs, dans une
déclaration en date du 25 octobre 2005 sur la
situation politique du pays, la CDPA proposait entre
autres schémas de sortie de crise, l’arrêt de
l’impunité, le dialogue, les législatives et la
réconciliation. Ce schéma est-il toujours d’actualité
au regard de peu d’intérêt qu’il a suscité chez les
nouvelles autorités au pouvoir depuis bientôt un an ?
GNININVI:
Dix dialogues, dix échecs. Rencontres sans accord ou
accords non appliqués, les résultats sont les mêmes :
un pays en crise permanente. Les raisons ? On les
connaît. Ce n’est pas parce que l’accord de
Ouagadougou en juin 1993 ou l’accord cadre de Lomé en
juillet 1999 étaient mauvais que notre pays est
toujours en crise larvée. Lorsque la volonté politique
fait cruellement défaut, un accord, si parfait
soit-il, s’avère être un marché de dupes. Un dialogue
aujourd’hui sonne comme une interpellation de la
classe politique. Les expériences togolaises et celles
des autres peuples enseignent que la contribution de
la communauté internationale ne peut qu’être un
appoint. C’est en nous même que nous devons donc
trouver les ressources nécessaires pour poser des
actes qui ouvrent la voie à un Togo nouveau.
Un nouveau départ suppose que les Togolais et les
Togolaises retrouvent confiance en eux-mêmes après les
graves traumatismes engendrés par les tueries de
février à mai 2005. Aujourd’hui, il y a divorce entre
le citoyen togolais et l’Etat togolais qui, au lieu de
le protéger, l’a plutôt massacré et jeté des milliers
de ses fils dehors.
Il faut commencer par rassurer le citoyen pour qu’il
n’ait plus peur de l’Etat,
Il faut ensuite réconcilier le citoyen avec l’Etat
L’Etat redevenu crédible peut contribuer à
réconcilier les Togolais entre eux
Enfin cet Etat, à nouveau accepté par les citoyens,
peut prétendre les consulter par voie électorale. Des
élections n’ont pas de sens si les électeurs,
c’est-à-dire les citoyens n’ont pas encore accepté de
vivre ensemble. Vouloir vivre ensemble, se développer
ensemble pour faire face ensemble à la dure
compétition internationale, c’est cette volonté que
nous avons à bâtir ensemble.
A défaut de cela, la communauté internationale va
encore nous pousser à nous massacrer entre nous.
A Ouagadougou, nous devons surtout éviter de nous
enfermer dans le cadre des 22 engagements qui après la
disparition du Général Eyadéma se révèlent nettement
en deçà de notre défi réel.
Tout le monde sait à présent tout ce qui ne va pas au
Togo, que ce soit le pillage systématique, les trafics
en tout genre, le bradage des intérêts nationaux à des
étrangers devenus arrogants du fait des protections
occultes. Les toilettages et retoilettages des textes,
la préférence ethnique, … Si tout le monde est
conscient du danger qui se profile à l’horizon, alors
la voie de sortie est simple. Nous n’avons plus besoin
de bla bla bla ; tout a été déjà dit, redit et compris
par tous.
A Ouaga, il nous faut simplement
I - recenser les tâches à réaliser pour :
-
mettre fin à l’impunité afin de guérir le Togolais de
ses traumatismes et lui ôter toute appréhension pour
sa sécurité.
-
Réconcilier le citoyen avec l’Etat afin que celui-ci
soit perçu comme notre outil commun de développement
-
Réconcilier les citoyens entre eux pour leur redonner
l’envie de vivre ensemble,
-
Demander alors à ces citoyens désireux de vivre
ensemble, de se choisir leurs dirigeants,
II - convenir d’une équipe gouvernementale
-susceptible de mener à bien ces tâches dans un délai
raisonnable, par exemple douze mois.
C’est ce schéma qui, à notre avis, semble le mieux
adapté à la situation actuelle, parce que susceptible
d’apaiser les appréhensions actuelles de nos
concitoyens et les mettre à l’abri d’autres violences
électorales.
TOGOFORUM:
Si l’on se souvient que Faure Gnassingbé avait
rejeté en bloc la plateforme que la Coalition lui
avait soumise en son temps pour son entrée dans un
gouvernement d’union nationale recommandée par la
communauté internationale, avez-vous des raisons
d’espérer que, après près d’un an d’expérience
difficile dans la gestion du pouvoir, Faure Gnassingbé
en soit revenu à de meilleurs sentiments ?
GNININVI:
Oui, je crois sincèrement que cela devrait être le
cas. Les épreuves de ces douze mois doivent avoir
ouvert les yeux à tout le monde. Nous sommes rattrapés
par tous les scandales sans oublier les gémissements
assourdissants de la population.
TOGOFORUM:
Certaines forces politiques
naissantes écartées du dialogue préconisent l’idée
d’une concertation entre l’ensemble des forces
politiques, ceci en vue de susciter chez les Togolais
désemparés et démotivés par les derniers événements
espoir et mobilisation. Comment appréciez-vous
l’idée ?
GNININVI:
La CDPA félicite tout ceux qui prennent l’initiative
patriotique fort louable de susciter un cadre de
concertation entre les forces de progrès avant la
tenue du dialogue de Ouagadougou. En son temps la CDPA
avait toujours pris ses responsabilités dans ce sens,
malgré tous les procès qu’on lui fait. Ce serait bien
dommage que les forces démocratiques aillent à une
négociation avec le pouvoir sans se concerter entre
elles-mêmes.
L’idée même de cette concertation suscitera chez nos
concitoyens d’immenses espoirs et une forte
mobilisation. Mais les expériences récentes nous
dictent aussi la prudence ; il nous revient donc de
prendre toutes les précautions afin que ces espoirs ne
soient pas aussitôt déçus.
Aussi, nous souhaitons d’abord des contacts bilatéraux
entre partis et associations afin d’aboutir à terme à
une plateforme minimale que nous appelons tous de nos
vœux. Une concertation ne serait possible que quand il
y aura suffisamment d’indices de convergence possible.
La CDPA, comme à l’accoutumée, n’a aucune exigence
d’exclusive quant aux partenaires à consulter.
TOGOFORUM:
Le pays va mal. Les
commerçantes et commerçants ne vendent plus et le
panier de la ménagère se réduit à une peau de chagrin
de jour en jour. Pendant ce temps, on parle de
scandales politico judiciaires dans lesquels sont
trempés certains groupes mafieux extérieurs et pontes
du pouvoir. Avez-vous quelque chose à dire à ce
sujet ?
GNININVI:
Il est certain que tout se passe dans ce pays comme
s’il n’y avait plus d’Etat. Pendant que nos
différentes rencontres s’assimilent au travail de
Sisyphe, les conditions de vie du peuple togolais ne
cessent de se dégrader : misère chronique dans la
grande majorité des foyers. On ne peut pas continuer à
jouer avec le destin de notre peuple. Et c’est un fait
bien connu que ce sont ces groupes mafieux dont vous
parlez qui profitent le plus des situations de crise
comme celles que nous vivons. Ce scandale ne prendra
fin que lorsque notre pays retrouvera une vie
politique normale. |