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Réalisée le 24 Septembre 2001 en Allemagne

Interviews

ENTRETIEN AVEC BASSIROU AYEVA

Togoforum: Monsieur Bassirou Ayeva, vous êtes journaliste, ancien coordinateur général du MO5 et auteur du livre “MIROIR D´UN RÊVE BRISÉ ”. Vous êtes l’actuel Représentant du PDR en Europe et très connu du monde politique togolais. Vous êtes, on peut le dire, un symbole de la jeunesse combattante pour la démocratie au Togo. Vous avez certainement beaucoup à dire sur la politique togolaise. S’il vous était demandé de resumer un peu vos espoirs et apprehensions pour le Togo, que diriez-vous?

Bassirou Ayéva: Je vous remercie pour l'occasion que vous m'offrez de m'exprimer sur les multiples sujets qui dominent l'actualité politique de notre pays. Je dirai pour résumer mon analyse et mes sentiments sur l'ondoyant, hypothétique et douloureux processus démocratique togolais, que je n'ai jamais été aussi inquiet qu'aujourd'hui. En clair, de nature optimiste, je vire au péssimisme. En terme d'espoir, je n'en vois pas tant que les caciques du RPT et les généraux qui gouvernent le Togo continueront de se muer en chiens enragés. Et puis, le dialogue impossible entre les divers protagonistes de la crise togolaise et même avec les facilitateurs laissent perplexe. 

Togoforum: Lorsqu’on parle d’élections législatives au Togo, qu’est-ce qui vous vient tout de suite à l’esprit eu égard au report sine die des élections legislatives inialialement prévues pour Octobre 2001,  au maintien de l’Assemblée Nationale unicolore et eu égard aux déclarations contradictions du Premier Ministres Agbéyomé Kodjo, qui prône une révision constitutionnelle pour permettre au Président Eyadema Gnasingbé de se représenter à la présidentielle de 2003, et les démentis consécutifs de ce dernier qui se veut “respectueux de la lettre et de l’esprit de la constitution togolaise”?  

Bassirou Ayéva: Dommage que le général ait réussi le tour de force de toujours nous faire  croire le contraire de ce qu'il dit. Je vous étonnerai peut-être en vous apprenant que je savais que le général Eyadèma ne respecterait pas plusieurs clauses des Accords de Lomé. En juillet 1999, comme beaucoup de Togolais, j'ai dû faire contre mauvaise fortune, bon  cœur. Ceci s'explique par le fait que finalement, je doute de la volonté et de la capacité de nous, c'est-à-dire l'opposition à vouloir et à pouvoir réellement éradiquer la dictature.

Depuis quelques temps, j'ai une forte conviction de ce que nous travaillons à notre perte, contre les valeurs et les objectifs que nous affirmons défendre. Depuis le 5 octobre 1990, même avant, le diagnostic était rigoureusement établi. Le mal, pour ne pas dire le cancer togolais avait et a toujours pour nom: le trentenaire régime du vieux général. Le peuple togolais de l'intérieur et de l'extérieur ainsi que l'opinion internationale ont adhéré à notre noble cause. 

Q'avons-nous fait de cette dynamique, de cette cynergie qui, bien gérée aurait pu permettre de chasser le tyran? Lorsque le tandem Agbéyomé-Natchaba s'était hissé: le premier à la primature et le second au perchoir du parlement monocolore RPT, j'avais écrit que la promotion de ces deux dangeureux personnages était un signe de plus du durcissement de la politique du régime. Aujourd'hui, plus rien ne devrait nous étonner, du moins pas dans le comportement de l'agonisant pouvoir.

Par contre le comportement qui devrait nous étonner et nous inquiéter est celui de l'opposition togolaise. À ce sujet, l'analyse du Pr E.Gu-Konu de la CDPA/BT à la suite du meeting d'information organisé par l'opposition le 24 août 2001 à Lomé est très édifiante. Les Togolais devraient la lire. D'ailleurs, vous avez bien fait de la publier. Pourvu que nous la lisions et que nous réfléchions aux problèmes évoqués. Car l'opposition togolaise développe depuis ses ou son Eyadèma, ses Natchaba et ses Agbéyomé.

Togoforum: Vous ne croyez donc pas qu’il y ait une nuance idelogique entre Eyadema et son Premier Ministre Agbéyomé?

Bassirou Ayéva: Avant que nous ne parlions de "nuance idéologique", entre Eyadèma et son Premier Ministre, il faut bien que nous connaissions de quelle idéologie se réclame le RPT. Pour moi, le premier Ministre et le Président du Parlement RPT ne sont que deux kamikazes qu'Eyadèma a envoyé au front pour empêcher toute alternance démocratique au Togo.

Togoforum: Croyez-vous qu’Eyadema et les tenors de son système soient en quête d’une porte de sortie qui ne s’offre pas à eux? Certains Togolais le pensent. Vous vous souvenez certainement aussi de l’analyse du rédacteur en chef de Jeune Afrique l’Intelligent, Monsieur François Soudan dans le No. 2110 - juin 2001: "TOGO, LE BOUT DU TUNNEL?".  L'auteur de l'article insinuait une telle possibilité. Qu’en dites-vous?

Bassirou Ayéva: Je n'ai jamais pensé qu'Eyadema surtout ait pensé un seul instant à une quelconque porte de sortie. Il est convaincu que sans lui, notre pays finira en ruines, comme s'il ne l'est déjà pas. En conséquence, ne nous laissons donc pas distraire ou endormir par les propagandistes des dictateurs africains. 

Togoforum: Vous y aviez d'ailleurs réagi dans "Une amère leçon de plus", un article publié sur le site de la DIASTODE le 22 juin dernier.

Parlons de l’arrestation et de l’emprisonnement de Maître Agboyibo du 3 Août dernier. Est-ce un durcissement de ton, une menace à l’endroit du peuple, ou tout simplement une stratégie du pouvoir? Le moment du verdict était-il innocent?

Bassirou Ayéva: N'ayons pas peur de nos mots. La signature des Accords de Lomé par toutes les composantes de l'opposition, toutes sans exception, a légitimé le régime togolais. Débarrassé du contentieux des présidentielles de juin 1998, il a entrepris de durcir encore plus sa politique à travers la permutation Agbéyomé-Natchaba. L'un à la tête de l'exécutif et l'autre au sommet du pseudo parlement. Au non d'un consensus à sens unique, l'opposition ne s'est pas offusquée devant la promotion des deux plus grands extrémistes ou va-en-guerre du RPT. L'arrestation de Me Agboyibo n'est qu'un signe suplémentaire du refus d'un changement apaisé dans notre pays. L'inique et cynique procès et le moment choisi pour le verdict démontrent clairement que ce simulacre de procès, véritable procès politique n'était qu'un signal. Celui du refus du dialogue, du débat. Bref, de l'alternance.

Togoforum: Le verdict contre Me Agoyibor a été diversément apprécié, surtout dans la Diaspora togolaise. Le PDR Europe s’est illustré par plusieurs communiqués et actions contre ce verdict. Il semble que vous ne vibriez pas sur les mêmes longueurs d’onde que les tenants du PDR au Togo. Notamment, le Président de votre parti n’a jusqu’ici posé aucun acte public pour démarquer sa position de celle satisfaite du RPT. Qu’en dites-vous?

Bassirou Ayéva: Dire que "le Président de notre parti n'a jusqu'ici posé aucun acte public pour démarquer sa position de celle satisfaite du RPT"…est injuste. Injuste parce que ceux qui le crient se trompent. Je sais que dans notre combat, l'exhibitionnisme, le spectaculaire occupent une très grande place. Or, le PDR a actuellement le tort de ne pas communiquer, de ne pas parler, de ne pas expliquer. Nous sommes habitués tant au pays qu'au niveau de la diaspora à gesticuler pour rien. À donner des leçons. À crier au loup…C'est normal que lorsqu'on arrête de gesticuler, de crier parfois pour rien, on prête le flan à toutes sortes de spéculations.

L'arrestation de Me Agboyibo est une question trop sérieuse, trop grave pour que certains stratèges politiques togolais veuillent l'utiliser pour convaincre leurs troupes, leur électorat ou pour discréditer tel parti ou tel responsable politique. De toute manière, seul Me Agboyibo qui, je le souhaite vivement recouvrera très bientôt sa liberté, dira qui a fait quoi et qui était sincèrement avec lui en ces moments de privations cruelles.

Togoforum: Aussi, le PDR Europe s’est désolidarisé, à la dernière minute, de la manifestation à Berlin contre l’arrestation de Me Agboyibo. Avez-vous une explication à ce revirement brusque?

Bassirou Ayéva:: "Revirement brusque du PDR-Europe...", cela me fait sourire. Avant de répondre à cette question, j'aimerais dire que le PDR national, le bureau exécutif du parti sont informés de toutes les activités du PDR Europe, parmi celles-ci, il y a le rendez-vous du 25 octobre 2000 à Hanovre et bien d'autres. Toutes les déclarations et prises de position sont envoyées à Lomé. En tout cas, jusqu'à présent, nous n'avons été confrontés à un quelconque embarras du PDR, vu la teneur de nos écrits.

Ensuite, le PDR Europe ne s'est jamais désolidarisé à la dernière minute d'une quelconque manifestation contre l'arrestation de Me Agboyibo. Un petit explicatif est nécessaire néanmoins: 

Le 04 août 2001, soit 24 heures après l'incarcération du leader du CAR, nous avons lancé un appel à la mobilisation et à la protestation de la communauté togolaise. C'était à Wismar, dans l'ancienne Allemagne de l'Est. Cet appel a été suivi par une réelle mobilisation des compatriotes lors de la première manifestation à Bonn, le 10 août 2001. 

Ce même jour, il a été mis sur place un Comité que nous voulions fédérateur et mobilisateur. Je suis membre de cette structure circonstentielle. Il lui revenait de concevoir et d'organiser les manifestations rentrant dans le cadre de la dénonciation de ce forfait, plutôt de cet énième défi que le RPT lancait à l'opposition et et aux combattants des Droits de l'Homme.

Toutefois, quelle n'a été la surprise des membres du PDR de constater que pour la marche de Berlin, prévue de concert pour le 31 août 2001, un communiqué publié sur le site de la DIASTODE ne mentionnait pas le PDR et la CPP de M. Edem Kodjo. Interrogé par les responsables du parti, un dirigeant du CAR en Allemagne nous a signifié que ce communiqué est le résultat des contacts avec les principaux responsable du CAR à Lomé.

Ceux-ci auraient demandé de ne pas associer le PDR aux actions visant à réclamer l'élargissement du leader du CAR, puisqu'au Togo, nous a-t-on dit, le PDR ne participerait pas à cette campagne.  Nous ne pouvions accepter pareille stupidité, comme seule l'opposition togolaise sait en créer.

L'incarcération de Me Agboyibo est beaucoup plus une souffrance personnelle, celle d'un combattant privée de liberté. Ensuite elle est une affaire de tous les Togolais. Hélas, certains ont voulu une fois encore en faire un strapontin pour démontrer qu'ils sont plus opposants que d'autres.

Face à  une telle monstruosité visant à nous isoler, nous avons décidé de nous abstenir. Et de prier le vendredi 31 août 2001 à la fois pour la libération de Me Agboyibo et pour que notre opposition devienne moins bête, et moins sectariste.

Nous avons voulu dire aux uns et aux autres de faire attention. De ne pas jouer au jeu du RPT.

Togoforum: Dans un débat sur Togoforum en fevrier dernier, un militant du RPT a affirmé ce qui suit et avec grande satisfaction:

«L'opposition croyait avoir dejà le pouvoir en main et donc qu'autant il fallait écarter une catégorie de togolais en attendant que le gateaux soit partagé. Il y a eu des messages violents contre les nordistes, en faisant parfois semblant d'admirer les Kotokolis. Zarifou Ayéva n'avait rien compris. Il vient de le comprendre à ses dépens.  Il a tout simplement compris que ces Messsieus ne sont pas sérieux. Ils ne veulent pas la démocratie, il ne veulent que le pouvoir.» Voir le thème du débat intitulé:CONTRE L'INFLUENCE NEGATIVE DU TRIBALISME"

Voilà Zarifou Ayéva vu par un militant du RPT. Ce qui nous interesse dans ce passage c'est l'allusion faite au président de votre parti politique.  Ne pensez-vous pas que M. Zarifou Ayéva devrait être plus clair et moins silencieux pour dissiper beaucoup de nuages?

Bassirou Ayéva: Laissons les malins du RPT à leurs déclarations. Évitons simplement de tomber dans leur piège. En ce qui concerne le tribalisme, il exite bel et bien chez nous au Togo. Il régente, hélas, notre comportement politique, n'en déplaise à certains "joueurs". Cependant nous ne devons en aucun cas faire du tribalisme le bouc émissaire de nos turpitudes, de nos errements parfois de notre myopie ou de notre amateurisme politico-stratégique.

Comme vous, je pense que le Président du PDR doit communiquer. Non pas pour être clair ou pour dissiper un quelconque nuage, mais pour expliquer sa stratégie, sa ligne. Relisez l'analyse du Pr Gu-Konu…

Togoforum: Tout recemment encore, et dans “LE PDR!!!”, intitulé d'une analyse faite par Rilioana Aboudou sur le site de la DIASTODE, il ressort qu’il existerait un fossé entre le PDR-Europe et le PDR-Togo. L’auteur de l’analyse écrit:

«Votre influence est donc limitée et les gens de Lomé feront comme ils le font d'ailleurs, ce qu'ils veulent. Les gens de Lomé se sont foutus les doigts dans l'anus depuis longtemps. Vous êtes restés vous, fidèles à vos convictions et vos engagements, ce n'est pas prouvé que les gens de votre parti restés au pays le sont restés également ; les gestes et faits de votre président de parti sont aux antipodes des vôtres ici. Cherchez donc plutôt à savoir ce qui se passe au lieu de toujours vouloir crier à la manipulation ou à la supercherie. Le PDR national et le RPT se caressent bel et bien amoureusement depuis longtemps maintenant.»

L’auteur de l’analyse a-t-il tort? Autrement dit, n'il y a-t-il pas un vrai gap de communication franche entre le PDR-Diaspora et le PDR-Lomé?

Bassirou Ayéva: Il n´y a pas de fossé entre la Représentation du PDR en Europe et le PDR-National comme vous l´affirmez.

Je suis d'accord avec l'analyse contenue dans le texte intitulé  "LE PDR!!!".  Peut-être que s'il s'agissait d'un autre parti, un membre du PDR aurait écrit la même chose. Chacun a le droit de s'interroger sur tout et sur rien. J'ai seulement peur de certaines formes d'affirmations basées sur de débordantes imaginations, de conseils pour ne pas dire de leçons. L'auteur de cette réflexion n'a pas tort. Mais ne pas crier, ne pas insulter, ne pas prendre des positions spectaculaires comme au temps glorieux de la Conférence Nationale Souveraine ne signifie pas qu'on a rompu avec ses principes et convictions.

Nous vivons à plus de 8000 km du terrain de combat, nous ne pouvons prétendre avoir une influence illimitée sur tout ce qui s'y déroule et sur les orientations de notre parti. Il y a donc la distance, le contexte et bien d'autre réalités qui nous échappent. Je ne vois pas de problème au niveau du PDR, mais au sein de l'opposition dans son ensemble. Notre opposition aime bien cultiver des contradictions, des nons-dits. Comment expliquez-vous par exemple qu'en mars 2000, l'opposition ait "oublié" de mentionner des noms d'une catégorie de ses militants ou sympathisants victimes de la barbarie militaire dans son manifeste contre l'impunité?  

Togoforum: Du reste, votre parti politique fait l’objet de beaucoup de critiques. Comme vous le savez, beaucoup de jeunes Togolais attendent une reponse claire de votre part, M. Bassirou Ayéva. Si l’on vous demandait: Est-ce que le Président national du PDR n’a pas retourné la veste, que repondriez vous?

Bassirou Ayéva: Jusqu'à quelle limite retourne-t-on sa veste. J'ai personnellement eu des entretiens non seulement avec le président du PDR mais aussi avec des observateurs de la vie politique nationale et je peux me permettre d'affirmer que le leader de mon parti reste et démeure un opposant à la dictature

Togoforum: La jeunesse togolaise, au fur et mesure que le temps passe, se sent comme trahie par ses divers leaders. Elle est en droit d’être exigente comme en témoignent toutes les critiques dont vous êtes l’objet ces derniers temps. Permettez nous donc une dernière question, juste pour rassurer ceux qui croient en votre loyauté au combat:

Demissionneriez-vous et dénonceriez-vous le PDR, Monsieur Bassirou Ayéva, si tout devenait un jour clair que le bureau PDR de Lomé est du côté de LoméII?

Bassirou Ayéva: Il n'est pas question de loyauté à un parti ni à un homme. Mais de loyauté à un combat. Pour moi, le PDR est d'abord un cadre de combat convenant à mon engagement, à mes convictions. Il ne s'agit donc pas de loyauté aveugle à une entité partisane. Observez bien le paysage politique togolais et surtout ce qui reste de la brochette des partis de l'opposition, et vous comprendrez ce qui se passe depuis qu'Eyadèma a fait semblant de vouloir quitter le pouvoir en 2003…

Pour moi ce n'est ni une fracassante démission encore moins une théâtrale dénonciation qui réglèrons le problème au cas où il advenait que le PDR est avec le RPT. Je vous étonnerai peut-être en vous disant que s'il fallait démissionner, c'était lorsque le PDR avait voulu sceller son alliance avec le CAR. Heureusement qu'au départ cette alliance comptait l'UFC…et le réalisme politique.

Togoforum: Parlons d’autre chose, si vous le voulez bien. Quels sont les souvenirs positifs ou négatifs de l’ancien Coordinateur général du MO5?

Bassirou Ayéva: L'ancien Coodinateur du M05 a , Allah merci, plus de souvenirs positifs que de clichets négatifs. Le précieux capital de cette période reste la connaissance de l'homme, des dérives que peuvent provoquer des ambitions. Nous nous sommes enrichis en expérience.

Togoforum: Quels sont vos rapports avec la nouvelle coordination du MO5?

Bassirou Ayéva: Oú se trouve-t-elle?

Togoforum: A Agoué au Benin, pendant le mois de juillet 2001, a été élue une nouvelle coordination du MO5. Que proposeriez-vous avec insistance à la nouvelle équipe dirigée par Eloi Koussawo, pour la redynamisation du combat au sein de la jeunesse togolaise? Il y a-t-il eu des actes que le MO5 n’a pas posés et que vous aimeriez voir réalisés par la nouvelle coordination?

Bassirou Ayéva: Le M05 était craint par le RPT et même par l'armée tribale du général. Ceci n'a été possible que parce que nous avions convaincu la jeunesse que nous ne roulions pour personne, pour aucun parti, mais pour notre peuple et notre pays. Aujourd'hui, chacun porte sur son front le logo de son parti. Ce n'est plus rassurant. Et le temps n'est ni au folklore, au discours creux. J'avais été contacté pour la relance du Mouvement. J'ai donné mon humble avis pour la résurection de ce bien commun. Je n'entends plus jouer de rôle dans cette entité.

Je préfère faire d'autres expériences. En ce qui concerne donc la relance du Mouvement, une chose est d'y songer, une autre est de réussir à faire opérer de façon optimale, comme avant 1993. Il faut donc une sincère concertation et une définition clair des objectifs à atteindre et des stratégies. Les réalités sur le terrain ne recommandent pas les mêmes méthodes. Les temps ont changé. Il ne faut donc pas réhabiliter simplement un sigle sans contenu.

Mon plus grand regret est de n'avoir pas compris qu'il fallait privilégier la formation de nos militants, de nos populations sur ce qu'était la démocratie. La lutte paye aujourd'hui cette lacune. C'est dire que rien ne m'étonne. 

Togoforum: La Diaspora togolaise peut-elle constituer une force dans le combat de libération du peuple togolais?

Bassirou Ayéva: Elle devrait constituer une force. Mais, je ne crois pas et plus. La diapora est une copie certifiée conforme de l'affligeante image de l'opposition au pays. Regardez les Sud africains. D'où se sont-ils organisés pour mettre fin à l'apartheid? Revoyons le scérario qui a chassé Mobutu. Pouvons-nous dire que la diaspora a été du reste?

Togoforum: La distance n'est donc pas un blocage majeur?

Bassirou Ayéva: Non. La distance n'est plus de nos jours un handicap.

Togoforum: Quelles sont donc les faiblesses de cette diaspora togolaise?

Bassirou Ayéva: Ce que je qualifierai de faiblesse serait présenté par d'autres comme atouts, ou forces. Passons donc.

Togoforum: Votre conclusion Monsieur Bassirou Ayéva

Bassirou Ayéva: La lutte à l'intérieur du Togo et celle en exil m'apprennent qu'il y a deux, sinon plusieurs catégories de Togolais, de lutteurs. Face à cette triste réalité, je n'ai qu'un souhait. Nous devons cultiver la tolérance,  le droit à la différence, l'unité dans la diversité et surtout l'humilité. Le Togo est un pays à plusieurs facettes. Ne l'oublions pas. Notre démocratie se veut pluraliste. Ne l'oublions pas non plus.

Bien de Togolais ont, au nom de la lutte contre la dictature, avalé des couleuvres. Ils ont supporté certaines frustrations, spéculations et injustices. Au nom de la lutte commune, ils ont préféré se taire, souffrir dans leur âme et dans leur chair. Ils se sont résignés. Qu'en sera-t-il au lendemain de la chutte du règne de l'arbitraire? Notre société se révèle être très politisée. Et je me demande de quoi sera fait l'après Eyadèma, surtout que cette même société et les forces du changement qui la tiraillent et la manipulent présentent un vrai déficit de culture démocratique. 

Togoforum: Nous vous remercions pour votre disponibilité.

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